Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 14:41

Qui était Thierry Zébié ? Comment a-t-il été tué ? Qui l’a tué et pourquoi ? Plus de dix-huit ans après la mort violente de cet étudiant de 24 ans, inscrit à la faculté de sciences et techniques de l’université d’Abidjan, témoins oculaires et auriculaires, acteurs directs ou indirects de cette affaire, commencent à briser la loi de l’omerta qui depuis le jour noir du lundi 17 juin 1991, maintient cette mort au panthéon des crimes non élucidés. Le début de la vérité sur ce crime attribué à la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), moins de deux ans après sa création ? Enquête sur un drame médiatisé qui a bouleversé le milieu scolaire et estudiantin.

 

“Nous ne sommes pas découragés, mais désolés et déçus d’avoir constaté que la Côte d’Ivoire ait pu fabriquer des produits de cette nature, les mêmes qui s’étaient signalés par l’assassinat de leur camarade Thierry Zébié, il y a quelques années”. A la veille de la fête de Noël 2002, en pleine crise politico-armée, Augustin Laurent Dona Fologo évoque un souvenir douloureux : la mort de Thierry Zébié Zirignon. Le président du Conseil économique et social ne cache pas son amertume. Désigné négociateur pour le compte de l’Etat de Côte d’Ivoire par le président de la République Laurent Gbagbo, quarante-cinq jours plus tôt, il revient du Togo,  » la mort dans l’âme « , selon ses propres termes. Il fait le parallèle entre la mort brutale de Thierry Zébié attribuée à la Fesci et la rébellion de ceux qui s’appelleront plus tard les Forces nouvelles, conduite par un certain Guillaume Soro, ex-secrétaire général de la Fesci , présent à Lomé. L’accusation de Laurent Dona Fologo, ministre au moment des faits et secrétaire général du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, parti alors au pouvoir) est à la fois impersonnelle et simple. Elle a toutefois le mérite de replacer la Fesci au banc des accusés de crimes. L’énoncé des faits, lui, n’est pas aussi simple.

 

« Le 17 juin, relate Alphonse Voho Sahi, actuel conseiller spécial du chef de l’Etat et enseignant syndicaliste à l’université d’Abidjan, à cette époque, dans son livre  » Une chronique de la révolution démocratique en Côte d’Ivoire (1989-1995) », au cours d’un meeting organisé au parking de l’université, les étudiants décident de  » libérer le Koweit « . Un nom donné à la cité universitaire de Mermoz occupée par Zébié qui y règne en maître comme Saddam Hussein au Koweit. Nous sommes dans le contexte de la première guerre du Golfe dont les images sont retransmises chaque soir au Centre culturel français d’Abidjan, au journal télévisé de la nationale française France 2. Il faut donc  » libérer  » Mermoz comme les Américains, le Koweit. La marche rassemble tant de monde qu’au moment où la tête de manifestation se trouve au Cours secondaire protestant (CSP), la queue est toujours au campus. La foule n’est pas encore arrivée à la cité Mermoz quand on découvre le corps de Thierry Zébié, couvert de toutes sortes d’objets ; morceaux de bois et cailloux comme on en trouve sur un chien écrasé ». Il est un peu plus de 12 heures.

 

Négocier avec Zébié

 

Eugène Djué, alors numéro deux de la Fesci se souvient : « Quand nous convoquons notre meeting le lundi 17 juin 1990, au campus de Cocody, Thierry Zébié n’entreprend rien de grave. Nous finissons notre meeting sans incident. Les étudiants se dispersent. Mais certains membres du bureau restent là et nous nous rendons au  » guédégbadrôme  » (lieu de vente de beignets, NDLR). Il y a des gens qui criaient pendant le meeting, « Libérez le Koweit ! » Mais cela ne relève d’aucune préméditation. Quand, à un moment donné, on décide de rentrer, nous voyons des étudiants en train de courir partout. On rencontre un, en sang, qui fuit. Nous devions passer par Mermoz pour aller chez Martial Ahipeaud, à la Sogephia. Sur notre passage, les gendarmes sont arrêtés au carrefour de Mermoz. Apparemment, ils ne sont pas informés qu’un drame vient de se produire. C’est quand nous arrivons chez Martial Ahipeaud qu’on apprend que Thierry Zébié a été tué « .

 

Martial Joseph Ahipeaud, alors secrétaire général de la Fesci , soutient qu’il fait tout ce qui est en son pouvoir, ce jour-là pour éviter le drame. Dans un premier temps, il dit « avoir essayé de contenir la foule ». « Ce sont les filles de Mermoz qui sifflent pour convoquer un meeting au campus, sur le parking. La direction de la Fesci est prise de court car je m’apprête, ce jour-là à aller déposer la liste des loubards à la Primature pour exiger du gouvernement une action contre leurs exactions. C’est ainsi que je me retrouve sur le parking pour essayer de contenir la foule », relate-t-il. Il soutient avoir, dans un second temps, « envoyé certains responsables de la direction vers Mermoz pour négocier avec Zébié et ses amis en leur demandant de bien vouloir quitter la cité avant l’arrivée de la foule puisqu’elle est difficile à contenir. Car les filles de Mermoz exigent un meeting dans leur cité pour la libérer de l’emprise de Zébié et de sa terreur. Les camarades du bureau exécutif national de la Fesci , envoyés sur place, trouvent Zébié et ses camarades au kiosque. Lorsque les camarades leur donnent l’information, tous les autres prennent des taxis et quittent la cité. Sauf Zébié ».

 

Dans un troisième temps, il dit tenter la diversion : « Pour faire baisser la tension, je fais traîner la foule deux heures durant sur le campus en inventant la marche sinueuse qui devrait parcourir toutes les administrations de l’université ».

 

Sous la pression de « la foule d’étudiants qui exige que le secrétaire général les conduise à Mermoz qui doit être  » libéré  » car la Fesci doit y tenir son premier meeting contre l’avis des loubards », Martial Ahipeaud finit par prendre la voie de la cité universitaire de Mermoz.

 

« Je suis à la montée de la colline du Collège de Cocody, fait-il savoir, quand l’incident du meurtre de Zébié me parvient ».

 

Le témoignage de Jean Blé Guirao, alors numéro trois de la Fesci est plus précis : « La foule d’étudiants qui devance le secrétaire général à Mermoz se retrouve nez à nez avec Thierry Zébié et trois de ses gars, au kiosque, devant la cité. Thierry Zébié est armé d’un pistolet. Devant la foule, il tire en l’air. Quand il sent que la pression de la foule ne faiblit pas, il s’enfuit et va trouver refuge dans la villa d’un couple qui à ce temps, aide beaucoup les militants de la Fesci. Thierry Zébié sait, étant donné qu’il était l’un des nôtres au début, que quand on nous pourchasse de Mermoz, on se refugie souvent là-bas. Les gens le suivent. Très vite, la villa est encerclée. Le salon est investi. De même que la chambre ».

 

Les dernières secondes de l’étudiant relèvent des fictions de mort violente. Selon Jean Blé Guirao, « Il y a trois personnes en tenue jeans complet avec des paires de basket, qui sont dans la cuisine. C’est l’un d’eux qui porte la brique sur la tête de Thierry Zébié qui s’écroule ».

 

Par la suite, selon les témoignages que Martial Ahipeaud dit avoir recueillis plus tard, l’individu « qui l’assomme le livre à la vindicte populaire ».

 

« L’irréparable »

 

La nouvelle de « l’irréparable », expression employée par le commentateur du reportage diffusé au journal de 13 heures à la télé nationale, le même jour, plonge la Nation dans l’émoi.

 

« C’est un événement douloureux, se rappelle Thérèse Yobouet, présentatrice du journal de 13 heures, ce jour-là. C’est la première fois qu’un tel drame survient et j’en suis complètement bouleversée puisqu’il s’agit de la mort d’un homme ».

 

Comment en est-on arrivé là ? Dans un document disponible sur le site de son parti politique, l’Union pour le développement et les libertés (UDL), intitulé « De Zébié à Guéi : au nom de la liberté », Martial Ahipeaud, aujourd’hui titulaire d’un doctorat et résidant pour la plupart du temps en Europe, répertorie des actes qu’il attribue à Thierry Zébié, susceptibles d’expliquer son lynchage à mort, du moins la fronde des militants de la Fesci contre lui.

 

« Le 7 février 1991, écrit Martial Ahipeaud, Thierry Zébié conduit une action de sabotage de ma conférence de presse se tenant à l’amphi Léon Robert (…) Le 14 février 1991, Zébié et sa bande de loubards vont incendier la maison de mes parents adoptifs à Cocody Sogefia. Entre février et mai 1991, ses actes de violation de la dignité féminine sont légion à la cité universitaire de Mermoz. Le 15 mai 1991, à la tête d’une cohorte de loubards, Zébié attaque ma conférence de presse qui se tient au Forum de l’université. Notre camarade Marius Eponon a la paume transpercée quand il s’interpose entre le couteau d’un des loubards et moi. La nuit du 17 mai 1991, Zébié conduit les forces spéciales qui massacrent les étudiants à la cité universitaire de Yopougon. La nuit du 16 juin, il laisse dans le coma, un étudiant sur le campus parce qu’il conteste avec d’autres camarades la dernière décision du Président Houphouët de créer une commission nationale d’enquête (sur les événements de Yopougon, dans la nuit du 17 mai 1991, NDLR) alors que la Fesci veut une commission internationale. C’est cette énième action qui pousse les filles à organiser un meeting de protestation contre sa bande le lendemain alors que la direction de la Fesci avait donné le mot d’ordre de calme ».

 

La vengeance comme mobile du crime? « J’affirme haut et fort que ce n’est pas la Fesci qui a commis ce crime », se défend Martial Ahipeaud. Non coupable ! Telle est invariablement la ligne de défense de la direction de la Fesci.

 

« A l’époque, je suis étiqueté comme le dernier des extrémistes, mais pas une seule fois l’idée de tuer quelqu’un ne me vient en tête en dépit, je précise, de tout ce que Thierry Zébié nous fait subir, à savoir les humiliations, les bastonnades, etc. Je suis là, sincère devant Dieu et je dis que jamais un jour, l’idée ne nous est venue en tête de le tuer. Jamais. Peut-être l’effrayer, le frapper un peu et le laisser partir, mais aller jusqu’à le tuer, jamais ! », jure Eugène Djué.

 

Pour lui, le gouvernement (PDCI) du Premier ministre Alassane Ouattara qui désigne quatre jours après, la Fesci comme étant responsable de la mort de Thierry Zébié, trouve en eux « le coupable idéal. Ceux qui tuent Thierry Zébié sont convaincus qu’ils ne seraient pas du tout soupçonnés, parce que le coupable désigné est là, c’est la Fesci qui avait tenu un meeting au cours duquel on a crié « Libérez le Koweit ! ». Mais  » Libérez le Koweit », c’est quoi ? Etait-ce aller tuer quelqu’un ? Non ».

 

Les responsables de la Fesci voient en cette mort, un coup monté du pouvoir. « Les trois personnes en tenue jeans complet avec des paires de basket, sont habillées exactement comme les éléments de la brigade de recherche de la gendarmerie. Je savais comment ils s’habillaient parce qu’on était très souvent confronté à eux. Ceux qui ont kidnappé une étudiante devant la cité Rouge s’habillaient exactement ainsi. C’est l’un d’eux qui a porté la brique sur la tête de Thierry Zébié », accuse Jean Blé Guirao, aujourd’hui secrétaire général adjoint de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI, parti d’opposition). Dans quel but le pouvoir ferait-il tuer Thierry Zébié qui s’oppose à la Fesci , la bête noire du gouvernement ? Dans le but de noircir le casier judiciaire de ce mouvement et de détruire son honorabilité dans l’opinion ainsi que freiner son influence dans le milieu estudiantin, répondent en chœur les responsables de l’époque. « La preuve est que, démontre Martial Ahipeaud, le 21 juin 1991, soit quatorze mois jour pour jour après la création de la Fesci , symboliquement, le gouvernement prend une décision de dissolution de notre syndicat. A qui profite alors le crime ? ».

 

Militant de la Fesci

 

A la Fesci , rétorque d’un côté le gouvernement et de l’autre, d’autres étudiants qui fustigent les méthodes de la Fesci. Parmi eux, Claude Daniel Djè Konan, alors étudiant au département d’allemand et président de la Jeunesse estudiantine du PDCI, section Yopougon-Toits rouges. Pour lui, « Thierry Zébié est au départ un militant de la Fesci. Il découvre par la suite que ce mouvement est plutôt une mafia à la solde de l’opposition d’alors pour renverser le pouvoir PDCI. Il se retire carrément. La Fesci ne lui pardonne pas ce qu’elle qualifie de « félonie ». Elle cherche donc à l’éliminer. Non seulement pour se venger de lui mais pour passer un message très ferme à tous ceux qui comme Thierry Zébié, seraient tentés de rallier le camp adverse. Des gens de la Fesci le ratent une première fois dans un maquis à Yopougon. La dernière tentative est l’opération conduite par Martial Ahipeaud lui-même à partir du campus. Presque toute la Fesci réussit à surprendre Zébié dans le kiosque à Mermoz ».

 

Eugène Djué reconnait, en effet que Thierry Zébié est au départ l’un des leurs. « C’est lui qui nous aide à escalader les murs quand la police boucle certains endroits, au début de la lutte ».

 

Les allégations de Claude Daniel Djè Konan sont corroborées par Fabrice Sibry Mahi, étudiant en licence de mathématique à cette époque et résident de la cité de Mermoz. « Je ne suis pas alors un ami de Thierry Zébié, juste quelqu’un qui échange de temps en temps avec lui », précise-t-il. Il se souvient de lui comme étant « un garçon brillant, un solide gaillard, adepte des arts martiaux, élégant et propre sur lui ». Fabrice Sibry Mahi, se disant aujourd’hui « libre penseur » fait savoir qu’il assiste de loin à la scène, « parce que tout cela lui fait peur. Ce jour-là, on sent que quelque chose de grave va se passer. Les militants de la Fesci sont comme pris d’une transe collective. Ils courent dans tous les sens, crient ». Il soutient qu’il voit des membres du bureau de la Fesci discuter avec Thierry Zébié et des gens autour de lui. « Je ne m’intéresse pas trop aux manifestations, de ce fait, je sais qu’ils sont membres du bureau de Martial Ahipeaud mais je ne connais pas leur nom. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle ils en veulent à Thierry Zébié. Ce dernier dans le milieu estudiantin est autant célèbre que Martial Ahipeaud, plus que Eugène Djué, le numéro deux et encore plus que Blé Guirao, que les étudiants connaissent à peine. En outre, nombre d’étudiants sont jaloux de lui parce qu’ils lui reprochent une vie ostentatoire. Ce qui n’est pas faux ». Fabrice Sibry Mahi, aujourd’hui cadre supérieur dans une entreprise privée, avance que  » le 17 juin, vers midi, alors que la foule d’étudiants encercle de plus en plus Thierry Zébié, un coup de feu est tiré. Je ne vois pas Thierry Zébié tirer pas plus que celui qui tire. Mais la thèse défendue plus tard par les responsables de la Fesci , tendant à dire que Thierry Zébié tire avec un pistolet qu’il a sur lui, pour moi est totalement contradictoire ». La raison : « Si tant est qu’il possède un pistolet et qu’il sait tirer, pourquoi n’use-t-il pas de son arme pour se défendre quand il sent que son heure est proche parce que les militants de la Fesci l’ont rejoint dans la maison où il trouve refuge et le menacent avec des objets contondants divers ? ». Pour lui, « c’est justement ce coup de feu qui fait fuir Thierry Zébié, un garçon connu pour n’avoir peur de personne et qui plus est, inspire la crainte chez ses assaillants qui n’osent d’ailleurs pas l’approcher ». Fabrice Sibry Mahi est formel : « personnellement, je réprouve surtout la violence sexuelle attribuée à Thierry Zébié, cependant ma conviction est faite que les responsables de la Fesci de l’époque, ont minutieusement préparé son assassinat. Le motif est simple : il les combat ouvertement et son combat commence à trouver des soutiens dans d’autres cités, surtout celles de Cocody où certains étudiants que la Fesci qualifie de loubards s’organisent pour ne pas qu’elle y prenne pied ».

 

« Dieu nous pardonne »

 

La piste Fesci bénéficie de l’intime conviction de l’Union interafricaine des droits de l’homme (UIDH). Dans un communiqué publié en mai 2007, à la suite du saccage du siège de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho) par des individus présumés de la Fesci , l’UIDH affirme que « depuis quelques années, la Fesci a pris une forme proche d’une organisation mafieuse. Elle s’est illustrée de façon notoire, dans de nombreux cas de violations de droits de l’homme. Son nom est associé aux assassinats de Thierry Zébié, un étudiant hostile à ses agissements, d’Habib Dodo, un dirigeant de l’Association générale des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (Ageeci) ».

 

Pour sa part, Laurent Gbagbo monte au créneau quand Alassane Ouattara prend la décision de dissoudre la Fesci. Il parle d’une  » grande erreur  » et apporte officiellement son soutien politique à la Fesci.

 

Plus de dix-huit ans après ce drame qui continue vraisemblablement de hanter les souvenirs de nombre d’Ivoiriens et d’étudiants de cette époque, Martial Ahipaud continue de clamer son innocence : « Dieu est mon juge et il sait que je suis innocent de ce sang versé ». En attendant la mise sur pied d’une commission d’enquête, qu’il réclame, il conclut que « le 17 juin 1991, un crime fut commis et fut mis sur le dos de la Fesci qui, par moi, avait tout tenté pour l’éviter. Dieu nous pardonne le sang versé ».

 

André Silver Konan

Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 18:44
 
Eugène Kouadio Djué N'Goran est un membre fondateur de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci). Président fondateur de l'Union des patriotes pour la libération totale de la Côte d'Ivoire (UPLTCI) qu'il crée à la faveur de la crise, il est ancien secrétaire général de la Fesci entre 1993 et 1994. Ce samedi 9 janvier 2010, quand il nous reçoit dans son village à Diabo (15 Km de Bouaké), dans le quartier N'Dènou, où il a établi son quartier général depuis fin 2008, il est habillé en tee-shirt vert et pantalon de sport blanc, entouré de membres de sa communauté. " Je n'aime pas les vestes parce que c'est un habit du colon", fait-il savoir. Quand nous lui rétorquons que le tee-shirt frappé du drapeau tricolore ivoirien, n'est pas une invention africaine, il répond que la veste dans l'esprit de nombre d'Africains, symbolise la domination occidentale. Dans un premier temps, il se refuse à toute interview, surtout quand l'un de ses collaborateurs lui chuchote qu'il ne saurait s'exprimer dans " Le Nouveau Réveil ". Il hésite un instant puis tranche en parlant suffisamment fort pour que tout le monde l'entende: " Je suis un enfant de Gbagbo donc je suis ouvert ".
 
La Fesci est aujourd'hui coupée en deux avec deux secrétaires généraux qui revendiquent chacun de son côté, une légitimité à l'issue de deux congrès organisés l'un à Abidjan par le secrétaire général sortant Augustin Mian et l'autre à Yamoussoukro, par l'un de ses adjoints Durand Zagol. Comment expliquez-vous le bicéphalisme actuel à la Fesci ?
A chaque passage de témoin, le bicéphalisme s'est dessiné. Avec pour point culminant, l'irruption de la machette lors du passage de témoin entre Soro Guillaume et Blé Goudé. C'est le schéma traditionnel : certains membres du bureau veulent être candidats quand d'autres soutiennent une candidature. La fracture interne est souvent alimentée par des intérêts exogènes. ça flambe donc. C'est la même chose aujourd'hui. Seulement cette fois, le problème se pose au sein du même groupe. Il n'y a pas de pouvoir aux trousses de ce groupe, heureusement. De toutes les crises à la Fesci que j'ai vues ou vécues, cette crise est la plus civilisée. Les arguments soulevés sont d'ordre juridique. Ce sont les textes qui constituent la base de la contestation. C'est le congrès qui a entraîné cela. Ce n'est pas le cas de certaines crises qu'on a connues qui s'inscrivaient dans un contexte d'irresponsabilité où on se contentait de dénigrer, de calomnier ou d'accuser sans fondement les autres.

La " dissidence " dirigée par Durand Zagol soulève un problème : celui de l'irrégularité du congrès organisé par Augustin Mian. Elle soutient que d'une part, le secrétaire général n'a pas compétence pour convoquer le congrès et d'autre part, le délai pour tenir le congrès n'a pas été respecté. Comment appréciez-vous cette question ?
Ne les appelez pas encore " dissidents ". Je préfère dire les camarades de Mian. L'amendement de l'article 3 actuel qui donne un mois de délai minimum pour la tenue d'un congrès a été introduit par nous à cause de certaines difficultés rencontrées pour l'organisation du congrès qui m'a porté à la tête de la Fesci. C'est un argument juridique qui est soulevé par ceux qui contestent la régularité du congrès qui a élu Mian. Il faut discuter avec eux. Les autres arguments soulevés par eux doivent aussi faire l'objet de discussion. Tout comme les arguments autant juridiques soulevés par le groupe de Mian. Sur ce sujet, je ne me prononce pas dans le fond dans les journaux. Pour le moment, je suis en train de travailler à recoller les morceaux avec mes jeunes frères. Je suis fondateur de la Fesci. Aujourd'hui , mon devoir est de faire évoluer ce mouvement. Quand il y a des problèmes comme ceux que nous vivons actuellement, tout le monde me demande de les régler. Les acteurs eux-mêmes m'appellent souvent pour demander mon opinion. Ils me considèrent comme leur doyen et je le suis.

C'est la première fois qu'un secrétaire général de la Fesci sollicite et obtient un second mandat. L'esprit n'est-il pas que le secrétaire général se retire après un mandat, en dépit du fait que la lettre lui permet de se représenter une seconde fois ?
Il ne faut pas voir les choses ainsi, de façon simple, je dirais. Ce sont les circonstances encore une fois qui vont jouer. Il n'est effectivement écrit nulle part qu'un secrétaire général ne peut pas se représenter. C'est une coutume que le secrétaire général sortant ne se représente pas. Mais une fois n'est pas coutume, dit-on. Encore que la coutume elle-même est juridique, quoiqu'elle ne puisse pas prévaloir sur ce qui est écrit dans les textes. Mian est donc fondé à solliciter cet autre mandat. Nous avions tenté dans le temps, de limiter les mandats à un seul. Cependant nous avons été retenus par les risques de changements intempestifs. Je constate en fin de compte que c'est ce que nous voulions éviter qui est en train d'arriver.

Que vouliez-vous éviter ?
 Ce que le second mandat de Mian aurait permis d'éviter, c'est la dispersion et les troubles en ces instants précis. Des troubles liés à un congrès mal géré. Cela aurait pu permettre de gagner en temps, en qualité de travail et en cohésion. Cela aurait dû être la continuité dans l'efficacité et aurait pu permettre de gagner.

Désiré Tagro, le ministre de l'Intérieur a pris ouvertement position pour Augustin Mian. Une décision que ne reconnait pas le groupe de Durand Zagol. Quelle est votre appréciation de la position du ministre de l'Intérieur ?
Je ne commente pas la sortie du ministre même si j'avais quelque chose à reprocher à cette sortie. Même si je pensais qu'il ne devrait pas prendre cette décision, ce ne serait pas à travers un journal que je le lui dirais. Je connais bien le ministre Tagro. C'est un aîné. Je parlerai avec lui afin qu'il nous aide à trouver un dénouement autre que celui qu'il prévoyait dans le communiqué. De mémoire de militant de la Fesci , aucun gouvernement, qu'il soit considéré comme hostile ou partenaire, n'a pu régler notre problème. Il ne faut donc pas croire qu'un ministre va pouvoir régler ce problème et trancher par voie de communiqué. C'est pourquoi, cette voie n'est pas bien indiquée. Mais le ministre est certainement nourri par la bonne volonté. Ce que je puis dire, c'est que le problème est à la fois simple et complexe. Il est simple parce que tous nos passages à témoin se font ainsi. Il est complexe parce que d'une part, nous sommes à une période très sensible et d'autre part, les acteurs sont issus du même moule. Moi, je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que tel n'est pas avec nous, tel est avec l'autre, etc. C'est faux ! Les gens disent cela pour calomnier. L'avantage qu'ils ont, c'est que nous sommes là. Ce qui n'était pas le cas quand nous étions aux affaires. La guerre des machettes, je vous l'assure, aurait pu survenir à notre temps si la sagesse et l'esprit de sacrifice n'avaient pas prévalu. Si j'ai accepté de partir, c'était dans l'intérêt supérieur du mouvement et pour éviter des situations plus graves. C'est ce dépassement qu'on demande parfois. Cela s'accommode mal avec l'orgueil.

A votre temps, les responsables de la Fesci ne géraient pas de gros intérêts financiers comme c'est le cas aujourd'hui, à en croire une enquête publiée le 20 mai 2008 par Human Rights Watch et selon des révélations récurrentes de la Ligue ivoirienne des droits de l'homme. Quelle lecture faites-vous de ces deux réalités ?
Ce ne sont pas les intérêts financiers qui alimentent les crises ou les commandent. C'est l'orgueil. Je prends mon exemple. Après avoir subi beaucoup d'humiliations, de sévices et de souffrances, il n'est pas facile de se voir accuser à tort, d'avoir été corrompu avec 30 millions FCFA par le pouvoir. L'objectif de mes accusateurs était mon départ. Les 30 millions FCFA n'étaient qu'un prétexte. Si dans ce genre de cas, l'orgueil s'y mêle, on finit par dire : " Eh bien, je ne bouge pas !"

Outre l'argent, il y a aussi le pouvoir que confère le secrétariat général de la Fesci. Qu'en est-il dans le cas présent ?
Pensez-vous qu'avant, le secrétaire général n'avait pas de pouvoir ? Le pouvoir est lié à l'argent. Quand les problèmes se posent, je vous dis que c'est l'orgueil qui annihile la capacité de se mettre au-dessus. Qu'est-ce qui coince dans la résolution de cette crise ? J'imagine ce que Mian pourrait dire en de telles circonstances. Il pourrait dire qu'il n'est plus prêt à travailler avec son camarade Zagol et les siens parce qu'il pourrait penser que ses camarades, même s'ils reviennent dans son bureau, pourraient œuvrer dans le sens de son renversement. Ses camarades pourraient se dire que s'ils entrent dans le bureau formé par Mian, il pourrait les absorber puis les " liquider " par la suite. La méfiance s'installe. Chacun campe sur sa position. Il faut donc avant tout, rapprocher les deux parties et travailler à la disparition du mur qui les sépare.

Que pensez-vous des révélations du quotidien " Notre Voie ", le journal du Front populaire ivoirien, le parti présidentiel, qui évoque souvent des parrains du FPI qui entretiendraient ce bicéphalisme ?
Des journaux disent aussi que certains anciens leaders entretiennent le bicéphalisme. Je leur demande tout simplement de les citer. Pour ma part, je ne suis pas concerné. Ce que je puis dire, c'est que le problème de parrain vient dès lors qu'il y a une fissure au sein du mouvement. Et la fissure survient toujours au moment du passage de témoin. Le vrai problème dans l'histoire tient en deux éléments. Il y a les causes internes et les causes externes. Les causes internes sont l'orgueil, le pouvoir et l'égoïsme des acteurs. En ce qui concerne les causes externes, je vous envoie à ma propre expérience. Dans mon cas, le pouvoir d'alors en voulait à ma tête. Cependant, il y avait aussi une bagarre de contrôle qui n'avait rien à voir avec le pouvoir. Aujourd'hui, le pouvoir ne cherche la tête de personne, du moins pas la tête du secrétaire général de la Fesci. Le pouvoir n'est donc pas directement acteur de la crise.

Que faut-il faire pour régler la crise?
Il faut appeler ces jeunes et discuter avec eux, et non prendre des décisions qui doivent leur être imposées. Quand on est jeune, qu'on est dans ce mouvement et qu'on n'a pas pris le temps de bien écouter parce qu'on n'a pas des gens pour donner des conseils très sages, on ne mesure pas toujours les conséquences des actes qu'on pose. Les amis ont besoin d'écouter des gens, mais il faut qu'eux-mêmes soient disposés à écouter. Ils ont besoin qu'on leur parle. Parfois, ils donnent l'impression de faire exprès mais non, ils ne font pas exprès. C'est que dans ces cas, ils écoutent la voie de leurs intérêts qui ne sont pas seulement financiers. Il faut donc leur parler et leur présenter les enjeux, la situation telle qu'elle est aujourd'hui. Vous avez parlé d'enjeu. Le plus grand enjeu actuel est l'élection présidentielle, avec la campagne électorale qui nécessite des ralliements de groupes sociaux en faveur de certains candidats notamment le président Gbagbo qui a toujours eu le soutien de la Fesci autant quand il était dans l'opposition que depuis bientôt dix ans qu'il est au pouvoir. De même, au cours de la campagne électorale, de l'argent circule.

Quel est votre avis sur cet enjeu qui semble être le fond du problème ?
 L'élection présidentielle est effectivement un enjeu important et je ne souhaite pas en parler dans le cadre de cette interview. C'est un réel enjeu et c'est la raison pour laquelle, quand le Président Gbagbo m'a fait l'honneur de m'appeler au Haut conseil de sa campagne électorale, j'ai rappelé tous les anciens camarades du mouvement. Cependant, l’enjeu le plus important est la paix sociale.

Quand vous fondiez le mouvement, vous aviez pris la résolution de combattre certaines pratiques jugées opportunistes du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d'Ivoire, (Meeci), affilié au Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, alors au pouvoir). Qu'est-ce qui explique que la Fesci soit accusée quelques années après de tomber dans les mêmes travers ?
Le Meeci n'inspirait pas confiance. A l'époque, ce qui était répandu en Côte d'Ivoire, c'était qu'un jeune ne se faisait pas confiance. Cela s'explique par la gestion de ceux qui dirigeaient les mouvements estudiantins avant nous, à savoir les camarades du Meeci. Tous les jeunes, ou presque, qui dirigeaient le Meeci, le faisaient pour que le pouvoir les voie et qu'à la fin, on les case eux-mêmes. Les intérêts de leurs camarades, ils s'en fichaient. En 1990, notre adversaire le plus redoutable était la confiance qui n'existait pas entre nous-mêmes d'abord et entre les étudiants et nous ensuite. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles on a choisi la forme de fédération, parce qu'on n'avait pas confiance en nous-mêmes. La Fesci n'a pas obtenu la confiance des étudiants dès le départ. Ils voyaient en nous, des gens qui venaient encore se servir d'eux pour aller se faire nommer ou se faire une place au soleil. Il fallait qu'on prouve que nous n'avions pas d'ambition avec le pouvoir. On a travaillé sans argent, sans voiture, sans moyens. Nous avons fait la preuve de notre intégrité. Je mets au défi un quelconque dirigeant ivoirien de l'époque qui peut prétendre qu'il nous a remis 500.000 FCFA voire 200.000 FCFA. Il y a eu beaucoup de choses qui avaient été dites sur mon compte et sur le compte de Martial Ahipeaud, mais tout ceci était faux. Je suis incorruptible. J'ai vu des jeunes incorruptibles. Ce qu'il faut craindre aujourd'hui, c'est qu'on retombe dans la même situation qui nous a amené à créer la Fesci en 1990 et qui a fondé notre lutte. Ce n'est pas une lutte de voyous qu'on a menée. La Fesci n'est pas un mouvement de voyous. C'est ce que je m'en vais dire à mes jeunes frères. La Fesci ne doit pas devenir le Meeci par ses pratiques. Nous l'avons créée pour ça. La Fesci ne doit pas être le mouvement où on vient pour se faire remarquer pour être nommé ou devenir quelqu'un. A partir du moment où ces intérêts individuels disparaissent, on recentre le combat : la lutte pour l'intérêt général. Mais dans la lutte, il peut avoir des erreurs. Quand il y a des erreurs, si les intérêts égoïstes ne sont pas en jeu, il faut s'asseoir et discuter puis repartir de plus belle.

Ne vous sentez-vous pas un peu responsable de ce qui se passe aujourd'hui ?
Je me sens interpellé parce que je fais partie de ce groupe qu'on disait extrémiste, à la création de la Fesci. On nous appelait " la gauche de la gauche " et cette tendance-là, c'est moi qui l'incarnais avec comme animateur Charles Groguhet (paix à son âme) et par la suite Blé Guirao. Tandis que Martial Ahipeaud était de la " gauche caviar ", c'est-à-dire la tendance souple. A telle enseigne que même avec nos partenaires, on avait souvent des difficultés. Par exemple Dégny Ségui ne voulait pas que Martial Ahipeaud aille avec moi dans ses rencontres parce qu'il trouvait mes positions trop tranchées. On a pensé à un moment donné que la Fesci , c'était l'intransigeance. Mais j'ai commencé à comprendre dès le départ de Martial Ahipeaud. Porté à la tête du mouvement, j'ai compris que l'extrémisme n'était pas la clé de la réussite. J'ai compris que j'étais celui qui décidait et donc que je devais faire attention à ce que je décidais. Moi, j'avais du mal à faire comprendre à certains responsables qui étaient dans les sections, qu'il fallait souvent aller doucement et non choisir systématiquement le radicalisme. Il fallait arriver à faire comprendre aux jeunes frères avant notre départ que la lutte n'était pas uniforme encore moins linéaire. Il y a des moments où on peut durcir le ton et des moments où on peut baisser le ton. De sorte qu'on ne pense pas que celui qui adopte une position médiane est un traître. Mais au moment où tu comprends, tu n'as pas le temps d'expliquer cela aux plus jeunes, puisque ton départ lui-même se fait dans la confusion. Il y a donc la question de relais, de transition. Mais cela est surtout la faute au pouvoir (PDCI d'alors, NDLR). C'est parce que le pouvoir était préoccupé à couper des têtes. Le pouvoir pensait qu'il suffisait de disqualifier Ahipeaud ou Djué pour que le mouvement prenne fin. Tout syndicat, de toutes les façons soutient ou combat un pouvoir par ses revendications. Quant au pouvoir, pour éviter le piège du syndicat, il gagne à régler les problèmes soulevés. On n'a donc pas eu le temps de nous former nous-mêmes. On n'a pas eu le temps de former les plus jeunes. On n'a pas eu le temps d'assurer la relève et de transmettre le relais. Bref. Nous sommes tous coupables. J'accuse tout le monde. J'accuse nous tous. Ayons le courage de l'assumer. Mais surtout réagissons pendant qu'il n'est pas encore trop tard pour éviter l'irréparable. Tout est encore possible.

Pourquoi selon vous, l'esprit désintéressé n'anime plus vos successeurs ?
Si les jeunes d'aujourd'hui sont devenus calculateurs, c'est à cause de tout ce que j'ai décrit préalablement. La différence entre ces jeunes et nous, c'est qu'ils se disent : " Je suis là depuis telle année, je finis telle année, si je fais ça, peut-être à cause de cela, je serai nommé quelque part ". Ils n'ont pas forcément tort. Puisqu'ils nous voient, nous autres, leurs devanciers, qui n'avons pas fait de calcul, en train d'être traités souvent comme des moins que rien ou en train d'être présentés comme des vauriens qui n'ont pas de diplômes ou qui n'ont pas fait d'études.

Quelles sont vos solutions pour la résolution de la crise ?
Je ne rentre pas dans le fond du problème, je le précise une fois de plus. Je dis qu'il faut régler le problème. J'appelle donc tous ceux qui peuvent aider à la résolution pacifique de ce problème à se joindre à moi afin que nous prenions attache avec ces jeunes. Il ne faut pas envenimer la situation. Il faut éviter des sorties cavalières. De mémoire de militant de la Fesci , aucun gouvernement n'a pu régler notre problème, qu'il soit considéré comme hostile ou partenaire. Il ne faut donc pas croire qu'un ministre va pouvoir régler ce problème et trancher. C'est pourquoi cette voie n'est pas bien indiquée. Mais le ministre est certainement nourri par la bonne volonté. Tous ceux qui se sentent interpellés, rien que pour la paix sociale, doivent s'impliquer. Ce n'est pas normal que pour des questions de succession, internes à la Fesci , l'école soit en danger puisqu'il est arrivé qu'on prenne des machettes et qu'on entre dans des lycées et collèges pour découper des gens. C'est au moment où la Fesci peut prouver à jamais qu'elle est un mouvement mature et responsable, et nous laver nous tous définitivement qu'un autre problème est en train d'être créé. La crise pour l'heure ne s'est pas encore étendue.

A vingt ans le 21 avril prochain, qu'est-ce qui explique le fait que la Fesci n'est pas encore mature ?
A vingt ans, on est encore adolescent. Je n'ai pas encore vu de président de la République à vingt ans. Il y a quelques erreurs qui sont tolérables. Mais il faut que les amis sachent qu'à vingt ans, il y a un seuil qui est intolérable, à savoir qu'il ne faut pas s'installer dans les erreurs de ceux qui ont précédé et dont les conséquences ont été vécues, y compris par ceux qui sont encore aux affaires. Il faut savoir tirer les conséquences des erreurs du passé.

Quel appel pouvez-vous lancer ?
Il faut que des gens cessent de penser que la Fesci est leur bien. Non, la Fesci n'est le bien de personne. Des gens l'ont créée. Ils y ont mis tout, souvent même leur vie. D'autres sont venus prendre le relais. Ils y ont travaillé. Il faut que le mouvement évolue. Aidons la Fesci à évoluer. J'appelle tous les élèves et étudiants, les militants de la Fesci , au calme et à la sérénité. Je leur dis qu'il n'y a pas de problème sur terre ici qui n'ait pas de solutions. Cette crise n'est pas une crise grave. Il faut éviter des comportements qui pourraient être regrettables. Je les invite à aller à l'école et à étudier pour garantir leur avenir. Je voulais rappeler à tous les acteurs politiques que la Fesci est un acteur incontournable de la vie sociale en Côte d'Ivoire, qu'on l'aime ou non. Il faut que certains acteurs politiques cessent de jouer à l'autruche en feignant d'ignorer la Fesci et prétendre diriger un parti politique encore moins le pays. Je souhaiterais alors que tout le monde s'intéresse à ce mouvement qui détesté ou adulé, a une influence réelle dans le milieu scolaire et universitaire, donc sur les enfants de ce pays. Chacun doit alors travailler à sa maturité, à l'amélioration de la mentalité de ses dirigeants. La Nation entière y gagne.
 Interview réalisée par André Silver Konan
Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /2010 21:08

Ils sont ou ont été responsables de partis politiques en Côte d’Ivoire. Ils ou elles sont candidats pour le compte de leurs partis, candidate indépendante ou directrice nationale de campagne. Ils ont été Premiers ministres ou ministre d’Etat. Hier, ils (ou elles) étaient pourtant vendeurs de journaux, veilleurs de nuit, courtier en assurances etc. Hier, à la lumière de leurs emplois faiblement rémunérés et de leur position dans la hiérarchie sociale, rien ne les prédisposait à un destin national. Révélations sur les tout premiers jobs de certains leaders politiques ivoiriens.

 

Aimé Henri Konan Bédié : le « souleveur » de sac au tri postal

Le président et candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), 76 ans le 5 mai prochain, est chef d’Etat du 7 décembre 1993 au 24 décembre 1999. Ex-président de l’Assemblée nationale pendant treize ans (1980 à 1993) et ex-ministre de l’Economie et des finances pendant onze ans (1966 à 1977), il commence son parcours professionnel en Côte d’Ivoire en juin 1959 à la Caisse d’allocations familiales (actuelle Caisse nationale de prévoyance sociale). Quatre ans plus tôt, alors qu’il poursuit des études d’économie et de droit à l’Université de Poitiers (France) en tant qu’étudiant non boursier, il sollicite et obtient un poste de maître d’internat au Lycée de Montmorillon, à soixante kilomètres de Poitiers. C’est ce qu’il révèle dans son livre « Les chemins de ma vie », publié en avril 1999. Dans ce livre, il déclare que « durant l’été 1955, (il s’est) fait embaucher au centre de tri postal de Vavin, juste à côté de Montparnasse (à la limite entre le 6è et le 14è arrondissement de Paris, NDLR) ». Aimé Henri Konan Bédié témoigne dans son livre : « Au début, je prenais les sacs pour les déposer sur le tapis roulant. Certains pesaient soixante kilos ! Au bout d’une semaine, on m’a affecté au tri du courrier ». Le jeune étudiant rêve alors de devenir avocat. Ainsi entre 1958 et 1959, effectue-t-il un stage à Poitiers dans un cabinet d’avocat. Il ne sera jamais avocat.

 

Alassane Dramane Ouattara : le chauffeur de taxi

Le président-candidat du Rassemblement des républicains (RDR, parti d’opposition) Alassane Dramane Ouattara, 68 ans révolus, est titulaire d’un Ph.D en économie obtenue à l’Université de Pennsylvanie (Etats-Unis). Au cours d’un meeting qu’il anime le 20 juin 2009 à la place Jean Paul II de Yamoussoukro, il révèle qu’il a été chauffeur de taxi à Philadelphie, une ville de l’Etat de Pennsylvanie quand il était étudiant au début des années 60. Actuellement en tournée dans la région des « 3A », il se fait plus explicite. A l’en croire, il est arrivé aux Etats-Unis en 1962. Deux ans plus tard, il se fait embaucher en tant que chauffeur de taxi. Le jeune étudiant ne se rappelle plus combien il touche alors comme salaire, mais il sait qu’il est payé à l’heure. Le futur Premier ministre (1990-1993) de Félix Houphouët-Boigny (premier président de la Côte d’Ivoire, décédé le 7 décembre 1993) ne s’arrête pas à ce job. Pendant les week-ends, toujours selon lui, il trouve un poste temporaire dans une entreprise, toujours à Philadelphie, en tant qu’opérateur de saisie.

 

Pascal Affi N’Guessan : le vendeur de journaux

Le président du Front populaire ivoirien (FPI, parti présidentiel) et porte-parole du candidat Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle est un ancien premier ministre (octobre 2000 à mars 2003). En 1969, il boucle ses études secondaires de premier cycle au Lycée moderne de Dimbokro et est orienté au Lycée technique d’Abidjan. Le futur ingénieur des techniques de télécommunication de l’Ecole nationale supérieure des postes et télécommunications (ENSTP) et futur maire (1990-1995) de Bongouanou trouve un métier qui lui permet de s’acheter de l’attiéké au poisson et d’aller au cinéma avec des copains. « J’avais des amis qui n’allaient pas à l’école et qui vendaient des journaux. Alors je me suis fait recruter par l’un d’entre eux qui sous-traitait ses journaux. Je vendais les journaux ID (Ivoire Dimanche, NDLR) », fait-il savoir dans sa résidence de Cocody Riviera Golf (Abidjan). Les lieux de travail de Pascal Affi N’Guessan, 57 ans, sont « les feux tricolores  du Plateau, endroits privilégiés pour proposer les journaux aux passagers de taxis compteurs et aux fonctionnaires à bord de leurs véhicules personnels ». Sa rémunération chaque fois qu’il vend les journaux se chiffre « entre 400 Fcfa et 600 Fcfa ».

 

Innocent Anaky Kobena : le rabatteur

Le président et candidat du Mouvement des forces d’avenir (MFA, parti d’opposition), 62 ans le 27 juillet prochain, est un ancien ministre des Transports (mars 2003 à Septembre 2006). L’ex-directeur général d’Inter Transit, l’entreprise de commerce international qu’il crée en 1977, se retrouve en France en 1968, en tant qu’étudiant non boursier. Pour arrondir ses fins de mois, le jeune étudiant trouve une idée originale.  « J’étais à l’époque, explique Innocent Anaky Kobenan dans son bureau au siège de son parti à Cocody Angré, ce qu’on appelait un bon baratineur ou un beau parleur. Sur le boulevard Saint Michel et le boulevard Saint Germain à Paris, je servais de rabatteur à certains restaurants pour leur faire venir de la clientèle étrangère parce que je parlais aussi bien le français que l’anglais et l’allemand ». La technique d’approche de la clientèle est autant originale : « Je me promenais sur le boulevard, mine de rien, et quand je repérais des touristes anglo-saxons, des germaniques ou des Européens du nord, je les abordais, je les faisais rire et je leur disais que je connaissais un très bon restaurant ». Au total, quatre restaurants sont dans le giron du rabatteur. Il est payé à la commission. « J’avais entre 5 et 10% de commission sur la note globale des clients que j’amenais », fait-il savoir.

 

Jacqueline Lohoues-Oble : la rangeuse de livres à la bibliothèque

La première et unique femme candidate à l’élection présidentielle ivoirienne,  est aussi la première femme agrégée de droit privé en Afrique subsaharienne. Anne Jacqueline Lohoues-Oble, 60 ans le 7 novembre prochain est ancienne ministre de la Justice de Félix Houphouët-Boigny.  Pendant les vacances de l’année académique 1974-1975, l’étudiante de la faculté de droit d’Abidjan s’offre un boulot rétribué à 80.000 Fcfa à la bibliothèque de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. « Je rangeais les livres pendant quatre à six heures par jour », déclare-t-elle à l’issue d’un meeting tenu le 21 décembre 2009 au marché de Belleville sis à Treichville. La future députée d’Abobo (1995-1999) côtoie sans les fréquenter les députés de la quatrième législature : « C’était à l’époque du président Philippe Yacé. Je suivais les débats parlementaires ». Pendant deux vacances académiques successives, Anne Jacqueline Lohoues-Oble, alors étudiante à l’Université d’Abidjan, se consacre à cet emploi. Elle part, par la suite en France où elle s’inscrit successivement à l’Université Jean Moulin de Lyon et à l’Université de droit, d’économie et de sciences sociales de Paris 2.

 

Géneviève Bro-Grebé : la secrétaire de direction temporaire

La directrice nationale de campagne du candidat Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle et présidente des femmes patriotes de Côte d’Ivoire, est ministre des Sports d’octobre 2000 à août 2002. C’est avec son Organisation non gouvernementale (ONG) Réseau ivoirien des organisations professionnelles (RIOF) qu’elle se fait véritablement connaître aux Ivoiriens. « Nous autres sommes des villageoises, relate-t-elle dans son Quartier général du Congrès national de la résistance démocratique (CNRD, coalition de mouvements politiques et d’organisations de la société civile, proches du Président Laurent Gbagbo) sis à Cocody. Nous avons fait des travaux champêtres pour gagner un peu d’argent. Mais ce sont surtout les travaux de secrétariat qui m’ont véritablement permis d’avoir de l’argent ». A partir de la classe de seconde, pendant les vacances scolaires de 1971, elle est appelée à effectuer un stage rémunéré de secrétaire de direction stagiaire à Blohorn à Abidjan. Son premier sursaut patriotique, Geneviève Bro-Grébé, le manifeste deux ans plus tard, en 1973, à Shell-CI où elle  sera d’ailleurs embauchée en 1977 en tant qu’assistante du PDG. Elle est alors en Terminale et elle est appelée à remplacer la secrétaire du directeur financier, qui avait claqué la porte, ne supportant plus un patron jugé difficile à vivre. « Un poste temporaire », précise-t-elle.  «Le directeur financier était un Européen, se souvient Geneviève Bro-Grébé. Il me dictait des lettres pendant des heures et moi je ne perdais jamais ma patience. A l’époque, il n’y avait que des secrétaires européennes. Un jour, je lui ai demandé la permission pour me rendre au village participer au « Fokué », ma fête de génération. Il a refusé. Alors, je lui ai adressé une longue lettre pour lui expliquer l’importance que revêtait cette fête pour moi. Quand il a fini de la lire, il a accédé à ma demande. Nous sommes devenus par la suite des amis ».

 

Bamba Moriféré : le veilleur de nuit

En 1969, le jeune étudiant (né en 1945) en pharmacie de l’Université d’Abidjan arrive en France. En poche, une bourse d’études offerte par l’Etat de Côte d’Ivoire. Le premier petit boulot de Bamba Moriféré est celui de chauffeur-livreur dans un pressing situé dans le 13è arrondissement de Paris. Depuis la France où il se trouve depuis quelques années et d’où il revient de temps en temps à Abidjan, le président fondateur du Parti pour le progrès et le socialisme (PPS, parti d’opposition) témoigne au téléphone : « Je prenais les vêtements dans un van à partir du pressing et je partais les donner pour lavage, à l’usine de Vitry ». Par la suite, ayant perdu le bénéfice de sa bourse « pour des raisons politiques », à l’en croire, le jeune étudiant marxiste, opposant à Félix Houphouët-Boigny, se trouve un emploi dans la banlieue de Bordeaux. « J’étais gardien de nuit dans une usine de fabrication de médicaments dénommée Labaz », révèle-t-il.

 

Bernard Bottey Zadi Zaourou : le courtier d’assurances

Bernard Bottey Zadi Zaourou, 72 ans, est le fondateur de l’Union des sociaux démocrates (USD, parti politique). Professeur d’université, poète, écrivain, homme de théâtre, philosophe, homme de gauche, il occupe le poste de ministre de la Culture dans le premier gouvernement de Henri Konan Bédié. Aujourd’hui, depuis sa résidence de Cocody où il se repose, il se rappelle ses premiers petits boulots, aussi bien à Abidjan qu’à Paris, où il part étudier dans les années 50. A Abidjan, le jeune homme est courtier d’assurances. A Paris, il se fait embaucher en tant qu’ouvrier dans une usine, pour dit-il, vivre les conditions ouvrières, à la demande du parti communiste dans lequel il milite.

 

Joël N’Guessan : le guitariste

L’ex-ministre des Droits de l’homme dans le gouvernement de Charles Banny, aujourd’hui cadre du Rassemblement des républicains (RDR) est un musicien. Entre 1974 et 1977, il est élève au Collège Saint Viateur de Bouaké. Il dirige alors l’orchestre de l’établissement le Viat Expérience Musique. Il est guitariste. Pour se faire de l’argent de poche, il se transforme pendant des week-ends en organisateur de concert live avec son orchestre. Très souvent, ces spectacles sont un succès. Mais, « des fois, ironise Joël N’Guessan Kouadio à son domicile de la Riviera, c’était le fiasco car les entrées au spectacle ne couvraient pas les frais de location du matériel de sonorisation et de la salle de spectacle». Joël N’Guessan, 54 ans le 17 juillet prochain, est titulaire d’un diplôme d’ingénieur commercial et d’un Diplôme d’étude comptable et financière (DECF). En 1974, il devient le président fondateur de l’Association des handicapés de Côte d’Ivoire. Sa devise : « Le handicap, c’est dans le regard des autres ».

 

Dolo Adama « Dahico » : l’apprenti maçon

Le plus jeune (42 ans) candidat à l’élection présidentielle ivoirienne est un artiste comédien qui met fin à ses études en classe de seconde au Collège Sépi de Yopougon. Dolo Adama, plus connu sous le sobriquet de « Dahico » souhaite alors se consacrer au théâtre. Les débuts sont difficiles. Il n’hésite donc pas à se faire embaucher comme apprenti maçon. « C’était sur le chantier de mon père à Abobo Clouetcha au début des années 90 », affirme-t-il. A la fin de la journée de travail, comme tous les apprenti maçons, il touche 1.000 FCFA. Cet argent lui permet de payer son déplacement pour les répétitions de sa troupe de théâtre « Les Rigolos d’Abobo » et pour les stages de perfectionnement au métier de théâtre et d’acteur.

André Silver Konan

 

 

Le premier job de Laurent Gbagbo

Le président de la République, le candidat de La majorité présidentielle (LMP), Laurent Gbagbo, 65 ans le 31 mai prochain, est titulaire d’un doctorat en histoire obtenu en 1979. Il débute pourtant sa carrière professionnelle en tant qu’enseignant de lycées et collèges. Il possède alors une licence d’histoire de l’Université d’Abidjan. Son premier poste est le Lycée classique d’Abidjan où il enseigne l’histoire-géographie pendant l’année scolaire 1970-1971. Son épouse Simone Ehivet, 61 ans le 20 juin prochain, députée (Front populaire ivoirien, parti présidentiel) d’Abobo, ne souhaite pas pour l’heure parler de son premier petit métier. Cependant, elle est titulaire d’un doctorat de littérature obtenu à l’Université de Dakar en 1983. Son premier poste est le Lycée classique d’Abidjan. Elle y enseigne à partir de 1974, le français après être « sortie major de la promotion CAPES (Certificat d’aptitude pédagogique de l’enseignement secondaire) de Lettres modernes à l’Ecole normale supérieure d’Abidjan », selon son site Internet. Dans une interview accordée au magazine « L’Union », le 18 octobre 1991, Simone Ehivet-Gbagbo déclare que son rêve de jeune fille était de devenir institutrice.

André Silver Konan

 

 

Du cireur de chaussures Lula au livreur de fleurs Sarkozy

Dans sa biographie du président brésilien Lula Da Silva, Wikipedia, l’encyclopédie en ligne révèle que celui-ci « quitte l'école à 10 ans pour des petits boulots dans la rue (cireur de chaussures, vendeur de cacahuètes). A 14 ans, il devient tourneur dans une usine automobile de São Bernardo do Campo, puis ouvrier métallurgiste ». Selon le site « L’Internaute », Nicolas Sarkozy, le président français a « avant tout autre métier, effectué des petits boulots comme livreur de fleurs et vendeur de glaces », pour financer ses études de droit. Toujours selon ce site, Silvio Berlusconi, le président du Conseil italien « a exercé plusieurs petits boulots dont celui de chanteur sur les bateaux de croisière ». C’est après cela qu’il s’est lancé dans les affaires notamment dans l’immobilier, puis d’embrasser une carrière politique dans les années 60. Quant à Barack Obama, le président des Etats-Unis, il a fait la lumière sur son premier emploi, dans son livre biographique « Les rêves de mon père ». Il y révèle qu’il était « chargé entre autres, de collecter des informations sur les marchés internationaux » pour le contact de l’entreprise qui l’employait. Un job qu’il qualifie avec ironie d’ « espionnage ».

André Silver Konan

 

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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 18:13
Le film de la tentative d'assassinat de Moussa « Dadis » Camara

3 décembre 2009. L’histoire de la Guinée bégaye encore. Tragiquement. Cette fois-ci, le sang qui coule est celui du du capitaine Moussa Camara alias Dadis, le chef de la junte du Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd) au pouvoir depuis bientôt un an (23 décembre) qui manque de peu d’être tué. Retour sur une révolution de palais improvisée qui risque de faire basculer la Guinée aussi bien dans l’horreur de la guerre que dans la joie de la paix définitive.

« Toumba est venu avec trois pick-up remplis de militaires bérets rouges lourdement armés, ils ont bloqué tout ce qui mène au PM3 (Poste militaire 3, ndlr). Ils ont menacé les policiers du ministère de l’Intérieur. Avant d’entrer pour ressortir avec deux de leurs hommes. Ils n’ont tiré qu’un seul coup en l’air avant de repartir ». Nous sommes en milieu d’après-midi, ce jeudi 3 décembre. La personne qui parle est une source oculaire anonyme interrogée par guineenews.org, un site Internet généralement très bien informé. Le PM3 est situé dans le quartier de Kaloum. Les hommes qui viennent d’être libérés étaient des collaborateurs directs du lieutenant Aboubakar Sidiki Diakité alias Toumba, le commandant du Bataillon autonome spécial de la sécurité présidentielle (Basp, cantonnement des fameux bérets rouges) et aide de camp du capitaine Camara. Il est accusé d’être le principal exécuteur des massacres du 28 septembre 2009 qui auraient causé la mort d’au moins 150 opposants, selon l’Organisation guinéenne des droits de l’homme (Ogdh). Les hommes qui le commandant Toumba vient de faire libérer ont été arrêtés quelques jours plus tôt pour « opérations illégales » présumées, par des policiers proches de Moussa Tiégboro Camara, le ministre de la Lutte anti drogue et du grand banditisme. Après la libération de ses hommes, le commandant Toumba se retranche au camp Koundara de Kaloum, commandé par son bras droit, le sergent chef Mohamed II Camara alias Beugré (ou Begré). A partir de cet instant, les choses se précipitent.

 

Les enquêteurs internationaux

 Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser l’homme qui ne se séparait jamais de son « patron », comme il l’appelait à se mettre dans une position de défiance de l’autorité ? « Tout est parti, selon guineenews.org, de l’insistance du chef de la junte pour convaincre son aide de camp de répondre à la convocation des enquêteurs internationaux présents à Conakry, deux semaines plus tôt ». Le commandant Toumba refuse d’obtempérer et se retranche au camp Koundara. « Il ne répondait plus aux coups de fil de son patron et refusait de (se rendre) au camp Alpha Yaya Diallo, siège de la présidence (…) Informé au téléphone, Dadis s’emporta et décida impulsivement d’aller ramener son aide de camp à la raison. Mal préparés à l’affrontement, les gardes présidentiels, dont certains étaient plus fidèles à Toumba qu’à Dadis lui-même, le suivirent dans une dizaine dizaine de pick-up. Il est 17H15 environ lorsque le cortège présidentiel longe le couloir large seulement de 3 mètres qui aboutit au camp de Koundara. Un véritable terrier. Autoritaire, Dadis tire son aide de camp au milieu de ses hommes, avant de l’apostropher. « Il faut que tu ailles voir les enquêteurs », luilance-t-il. « Et votre neveu Marcel, lui ne va pas les voir ? », rétorque Toumba désormais convaincu qu’il a été lâché par son mentor. Machinalement, Toumba qui était à la hauteur de son chef, recule de deux pas, dégaine son pistolet et ouvre le feu. Dadis tombe, la balle a touché sa tête et l’épaule. Avant que Toumba n’enchaîne, Joseph Mokembo et le chauffeur du président se projettent pour servir de bouclier humain. Ils reçurent plusieurs balles mortelles et succomberont à leurs blessures. Des tirs s’échangeaient des deux camps, pendant qu’une dizaine d’hommes s’activaient à tirer Dadis du milieu du champ de bataille. Ils réussirent à mettre leur chef, inanimé, dans un pick up, avant de se diriger vers l’hôpital militaire du camp Almamy Samory Touré ».

Bilan : plusieurs morts dont l’adjoint du commandant Toumba, connu sous son sobriquet de capitaine Makembo et plusieurs  blessés dont le ministre Moussa Tiégboro Camara attaqué à la grenade au moment où il ralliait le camp de Koundara.

 

Duel non prémédité

Le commandant Toumba constate que dans le duel non prémédité, il n’a pas réussi à  atteindre mortellement le « patron ». Il s’enfuit du camp Koundara avec ses hommes vers l’île de Kara, situé à 10 Km au large de Conakry, selon le correspondant de l’Agence africaine de presse (Apa). Quelques minutes après, les informations contradictoires circulent sur son compte. Tantôt il est annoncé mort, tantôt arrêté (France24). A 19H45, le commandant Tiégboro Camara, ministre chargé de la Lutte anti drogue et du grand banditisme, déclare au journal radiodiffusé de la Radiodiffusion télévision guinéenne (Rtg) que «Toumba est recherché, les enquêtes se poursuivent ». Quelques heures plus tard, le Cndd fait passer en boucle à la télé nationale une annonce promettant « une forte récompense » à quiconque aiderait à capturer le fugitif.

Le lendemain du jour sanglant, alors que les recherches pour retrouver le groupe des insurgés se poursuit et que l’armée attend le numéro trois de la junte, le général Sékouba Konaté (ministre de la Défense), en déplacement au Liban, Moussa « Dadis » Camara est évacué à partir de l’avion médicalisé du président burkinabé vers le Maroc.

Pendant tout ce temps, les habitants de Conakry, se terrent chez eux. Depuis des décennies, ils savent qu’il faut garder le profil bas quand leur armée se met en ordre de…pagaille.

André Silver Konan

Par andré silver konan - Publié dans : politique africaine
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Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /2009 13:50

Témoignage sur 80 minutes de violences

Il est un peu plus de 16H30, hier, quand une stagiaire nous informe, alors que nous tenions une réunion du comité scientifique du séminaire qui devrait avoir lieu à partir de demain samedi, de l’attroupement d’un groupe de jeunes gens devant le siège du journal.

Je sors pour m’enquérirce qu’il en est et je vois un groupe de plusieurs dizaines de jeunes gens arborant des tee-shirts à l’effigie de l’Union estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Unesci).

Je reviens au sein de l’entreprise pour chercher à rencontrer le » meneur du groupe. Celui-ci était déjà entré au sein de l’entreprise et était en discussion avec Parfait Tadjau, le secrétaire général des rédactions. Il se présente comme étant Olivier Anangaman, le secrétaire général de l’Unesci. Parfait Tadjau arrêté à l’entrée de la salle d’attente lui demande s’il est bien l’interlocuteur et le motif de la visite du groupe. Le secrétaire général de l’Unesci prend ombrage de cette attitude de Parfait Tadjau et les esprits se chauffent. Je tente de calmer les hôtes sans succès. Parfait Tadjau est suivi de la salle d’attente au sein de la rédaction par le groupe conduit par le secrétaire général de l’Unesci. C’est lui-même qui saisit Parfait Tadjau au collet.

En syndicalisme, c’est un signal très clair et très ferme. D’autres membres du groupe, une demi-douzaine se jette alors sur Parfait Tadjau. Il est molesté.  Djè KM, le chef du service Société et économie qui essaye à son tour de calmer les uns et les autres est molesté. Il réussit à s’échapper des mains de ses agresseurs et sort de l’enceinte de l’entreprise. Il est rattrapé par les éléments du groupe postés aux différents points d’accès au siège du journal. Il est encore molesté. Pendant ce temps, à l’intérieur de l’entreprise, le secrétaire général de l’Unesci et certains de ses éléments continuent de molester des agents.

Au total, au moins six personnes sont agressées. Outre Parfait Tadjau et Djè KM, François Kouassi le chef du service Correction, Zoumana Tréta le responsable du montage de l’hebdomadaire « Le Repère », Kadelaure Rachelle, opératrice de saisie et Eugène Kouadio, stagiaire sont victimes de diverses agressions et ont des traumatismes divers. Quatre bureaux, le mien, ceux de Djè KM, de Parfait Tadjau et du service Correction son saccagés. Au moins deux ordinateurs sont endommagés dont le mien et celui de Djè KM. Finalement, le secrétaire général de l’Unesci consent à m’écouter et accepte de se rendre au bureau du directeur de publication Patrice Yao. Celui-ci le reçoit en ma présence et en présence du rédacteur en chef  central Akwaba Saint Clair. Le secrétaire général de l’Unesci se fait assister de deux autres membres de son mouvement. D’autres membres du mouvement prennent soin de bloquer la porte d’entrée de la rédaction, plus personne n’est admis à sortir ni à entrer au sein de la rédaction. Le secrétaire général de l’Unesci déclare que le groupe qui est venu dans la rédaction est sa garde rapprochée. Il explique qu’il est venu déposer un droit de réponse suite à un article qu’il juge diffamatoire à l’égard de son mouvement. Il me remet son droit de réponse. Le directeur de publication fait savoir qu’on n’aurait pu éviter le grabuge.

Les policiers accourus sont témoins d’une chaude discussion entre le secrétaire général de l’Unesci et un visiteur qui se plaint de l’attitude du mouvement. La discussion dégénère et le secrétaire général de l’Unesci se lève, suivi par certains de ses éléments. Il menace de frapper le visiteur qui est pour sa part soutenu par d’autres jeunes accourus. Les policiers réussissent à calmer les esprits. Le secrétaire général de l’Unesci et ses deux éléments reviennent dans le bureau du directeur de publication. Ils quittent la rédaction peu après 17H50 en chantant et en dansant.

André Silver Konan

Rédacteur en chef du groupe « Le Réveil »

Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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