Enquête, dossier, reportage, interview

Mercredi 22 septembre 3 22 /09 /Sep 18:12

  « Manger du choukouya peut être dangereux pour la femme enceinte »

 Les intoxications alimentaires en Côte d’Ivoire ont causé des dizaines de morts, notamment à Logbakro et à Ahounianfoutou, les cas les plus médiatisés. Une goutte d’eau macabre dans un océan de morts provoqués par des intoxications alimentaires, si on en croit l’enseignant chercheur Amian Koua. Celui-ci est le responsable du Laboratoire d’hygiène de l’environnement à l’Unité de formation et de recherches (UFR) des sciences pharmaceutiques de l’Université de Cocody. Dans cette interview enregistrée le lundi 20 septembre dernier dans son bureau de Cocody, il se prononce sur certaines habitudes alimentaires des Ivoiriens, apparemment bénignes mais sources de maladies souvent mortelles.

 

Comment définissez-vous en des termes simples, l’hygiène alimentaire ?

L’hygiène alimentaire, c’est manger sainement, sans la présence d’un microorganisme dangereux. Cependant, des aliments tels le yaourt, le saucisson ou des médicaments sont fabriqués à base de microorganismes. Les microbes sont donc nos « amis » de tous les jours. Sauf qu’il y en a qui sont très pathogènes, c’est-à-dire qu’ils peuvent entraîner des maladies qui peuvent conduire à la mort.

 

Dans quelles conditions ces microbes « très pathogènes » peuvent se retrouver dans des aliments consommés ?

Si nous prenons le secteur informel, précisément tout ce qui se vend sur la voie publique, les précautions d’hygiène ne sont pas assez importantes. Par conséquent, les denrées alimentaires peuvent être chargées de microorganismes. J’utilise le terme microorganisme parce qu’il a le mérite d’englober les parasites, les gênes, les bactéries, etc. Malheureusement, quand les gens mangent et qu’ils tombent malades, ils accusent les sorciers.

 

Quels sont les cas de menaces sur la santé des consommateurs que vous avez détectés au niveau du secteur informel?

Nous avons entrepris des études sur l’attiéké par exemple. Précisément l’attiéké frais, non déshydraté. Il y a environ 17% de cas de présence de microorganismes dangereux dans l’attiéké frais. La raison est que la dame qui le vend dans sa cuvette, utilise la main aussi bien pour servir le client que pour prendre l’argent. Ces derniers temps, les vendeuses d’attiéké utilisent le sachet. Cela aussi est dangereux. Dans le plastique, il y a de la toxine qui n’est pas un microorganisme. Il y a des éléments toxiques qui vont s’incruster dans l’aliment avec l’exposition au soleil. Tout ce qui se vend sur la voie publique est exposé à des risques de contamination. La viande « choukouya » (viande de bœuf ou de mouton cuite au barbecue artisanal, NDLR) qui est très prisée par les Ivoiriens, est par exemple facteur de risques.

 

A quoi s’expose le consommateur de « choukouya » ?

Si la viande n’est pas bien cuite, outre le fait que le vendeur ne lave pas sa main après chaque service où il prend l’argent, remue les fagots de bois, etc. ou s’essuie la main avec une serviette à la propreté douteuse, alors il y a problème d’infection de type parasitaire ou de type bactérien. J’aimerais relever le cas particulier de la femme enceinte. Lorsqu’elle est enceinte, dans les premiers trimestres, si elle mange cette viande non cuite et que celle-ci est contaminée par des bactéries qu’on appelle les toxoplasmoses, elle peut malheureusement mettre au monde un enfant microcéphale ou macrocéphale, c’est-à-dire qui a une tête exagérément petite ou exagérément grosse. Par ailleurs, le « kankankan », qui accompagne le choukouya, est préparé à base de légumes divers et de colas séchés, ce qui lui donne des vertus aphrodisiaques. Cependant, la préparation de cet assaisonnement est non hygiénique.

 

Quels sont les risques auxquels s’exposent les consommateurs de « garba », un autre mets prisé par des Ivoiriens ?

Au deuxième symposium de microbiologie de l’UFR des sciences pharmaceutiques en avril 2008 à Abidjan, nous avons eu des expositions et des résultats de recherches sur ce sujet. Des exposants ont démontré qu’il y avait beaucoup de risques à consommer le « garba ». D’abord, le poisson. C’est du faux thon, parce qu’il est rejeté par des industriels, du fait qu’il est chargé d’histamine qui est un poison. L’huile utilisée pour la cuisson est permanemment chauffée, ce qui est dangereux en ce sens qu’au-delà de 180°, l’huile devient quasiment du goudron, qui est un autre poison. La personne qui consomme régulièrement cet aliment évolue vers un cancer primitif du foie.

 

 

Qu’en est-il de l’aloco ?

Il faut parler de la matière première qui est la banane mûre. Si elle est mûre, c’est qu’elle contient beaucoup de glucides. Or les microorganismes aiment bien les glucides. Si vous êtes en présence d’un microorganisme qui libère une toxine thermostable, c’est-à-dire qui résiste à la forte chaleur, lorsque l’aloco va passer dans l’huile, cette toxine n’est pas éliminée. Dans ce cas, vous faites votre intoxication alimentaire d’office. Mais je dois préciser que ce cas est extrêmement rare. Le second aspect de la toxicité de l’aloco est que c’est de la friture. Au plan chimique, cela peut vous faire gagner en poids, ce qui n’est pas bien pour la santé. En effet, quand vous prenez du poids, c’est le cholestérol qui intervient. Le cholestérol va apporter beaucoup de graisse au niveau du cœur et vous ferez une hypertension. Les complications de l’hypertension peuvent entraîner l’insuffisance rénale, qui peut causer la mort. En outre, il y a l’huile surchauffée qui peut entraîner le même effet de cancer primitif du foie à l’instar du « garba ».

 

Que dites-vous des aliments consommés dans les « maquis » ?

Je vais prendre le cas précis de l’agouti faisandé que des gens apprécient quand il est accompagné de sauce gombo. Si l’agouti a été tué par un fusil de chasse, c’est relativement bon puisqu’il va être colonisé par des microorganismes. Lorsqu’il a été pris au piège, c’est moins bon. Puisque l’animal avant de mourir s’est débattu et a libéré dans ses muscles, de l’acide urique. Cet acide urique, quand vous en mangez régulièrement, provoque la goutte, la maladie des articulations. Allez dans des villages et vous verrez des personnes qui ont du mal à se lever et qui ont les articulations qui craquent, etc.

 

Quelles sont les solutions pour éviter d’être intoxiqué par des aliments contaminés ?

La seule façon est de varier son poison, terme effrayant qui signifie plus prosaïquement de ne pas manger la même chose tous les jours. Il faut avoir un réflexe qui consiste à se laver systématiquement les mains parce que celles-ci portent une bactérie presque de façon permanente appelée le staphylocoque aureus qui libère des toxines thermostables et s’installe dans les jointures des mains. Il faut aussi se laver les mains pour éviter la fièvre typhoïde. En Côte d’Ivoire, il y a déjà une bonne chose, c’est qu’on mange beaucoup de fruits et de légumes. Il faut bien laver ces fruits et légumes puisqu’ils ne passent pas à la marmite, surtout que des jardiniers utilisent des produits toxiques comme la poudre noirâtre de la pile, pour faire du déparasitage des plantes. D’un point de vue institutionnel, on pourrait envisager la mise en place d’une institution de réglementation, de surveillance et de prévention par le ministère de la Santé et de l’hygiène publique à l’instar de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA). Enfin, il faut que chacun se mette bien dans la tête que le microbe contenu dans les aliments, tue l’Africain, beaucoup plus qu’on l’imagine, contrairement à l’adage répandu en Côte d’Ivoire.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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Lundi 6 septembre 1 06 /09 /Sep 18:42

Dolo Adama, 42 ans, concepteur du " drômikan " ou la parole de l'ivrogne, est candidat à l'élection présidentielle du 31 octobre prochain. Ce mercredi 1er septembre, quand il nous reçoit à son quartier général (QG) de Cocody, en face de l'alocodrome, il s'excuse poliment parce qu'il est largement en retard. Le QG n'a ni secrétaire ni vigile. " J'ai un autre bureau ", explique Dahico (son nom d'artiste) pour devancer notre question. L'homme se montre plutôt cultivé, ce qui tranche avec son personnage, mais aussi son curriculum vitae, long de plusieurs pages mais très bref en ce qui concerne sa formation scolaire. Niveau BEPC. Ce qui ne l'empêche pas d'écrire des livres et des scénarios caustiques et de passer aujourd'hui pour l'un des humoristes les plus célèbres et les plus nantis de sa génération. Quand commence l'interview, le candidat à l'élection présidentielle (ce n'est plus une blague) allie hilarité et sérieux, une technique qui lui réussit bien. Car en définitive, Dahico sait cracher ses vérités souvent très crues, à qui il veut, sans jamais fâcher son interlocuteur.

 

Certains critiques disent : " Pourquoi Dahico joue-t-il la comédie avec une chose aussi sérieuse que l'élection présidentielle ?" Que leur répondez-vous ?

Nous nous sommes dit que si l'être humain pouvait comprendre qu'il allait mourir un jour, il serait plus humain, vis-à-vis de son semblable. Nous avons constaté que c'est une élection de crise. Etant humoriste, il y a beaucoup de maux de la société qu'on peut relever avec l'autodérision. Nous nous sommes rendu compte que les politiciens de métier sont trop sérieux dans la pratique de la politique. Il y a des tueries, des injures, etc. Nous nous sommes dit qu'il faut un candidat qui va utiliser un autre langage. La politique est très sérieuse, mais la comédie aussi est jouée avec beaucoup de sérieux.

 

Sérieusement, pourquoi devrait-on prendre votre candidature au sérieux ?

Je suis très sérieux et plus sérieux que les candidats qui se disent sérieux. Je suis un citoyen comme les autres. Je veux juste faire comprendre que pour être candidat, il faut être dans les règles. Le conseil constitutionnel qui est une institution très sérieuse a vu que j'étais sérieux dans ma candidature. Doucement mais sûrement, je suis en train de battre campagne, sérieusement, avec mes maigres moyens. J'entre dans les cours communes, je fais une campagne de proximité. Dieu merci, les gens m'écoutent avec beaucoup de sérieux.

 

Vous avez dit : " Je veux juste faire comprendre que pour être candidat, il faut être dans les règles ". Autrement dit, le sens réel de votre candidature est de décomplexer la candidature à l'élection présidentielle. Corrigez-nous, si nous nous trompons.

Vous avez bien compris. Quand j'ai introduit ma demande à la CEI (Commission électorale indépendante, structure qui organise les élections, NDLR), j'ai bien noté que je veux contribuer à apaiser, à décrisper le climat sociopolitique et participer à une élection de sortie de crise. Je suis un humoriste. Coluche l'a fait en France, même s'il n'est pas allé jusqu'au bout. Je dis qu'il faut qu'Adama Dahico pose un acte fort, historique, que toute l'humanité retiendra en ce sens qu'en Côte d'Ivoire, il y a eu une crise importante à une époque, et un humoriste s'est présenté à l'élection présidentielle. Dieu merci, j'ai pu réaliser ce rêve.

 

Où avez-vous trouvé les 20 millions FCFA de caution, nécessaires pour déposer une candidature à l'élection présidentielle ?

S'il y a une question qui revient beaucoup, c'est celle-là. A tel point que j'ai eu peur à un certain moment. Je me suis demandé si on ne mettrait pas la police économique à mes trousses pour qu'elle cherche à savoir où j'ai eu cet argent. Mais tranquillisez-vous, ce jour-là, il n'y a pas eu de braquages (rires, NDLR). Ce sont d'honnêtes citoyens qui, après maintes réflexions et après que j'eus donné des arguments solides, qui se sont cotisés pour que je puisse réunir ces 20 millions. Quand je suis allé au Trésor public, on ne m'a pas demandé l'origine de l'argent, mais tranquillisez-vous, ce n'est pas de l'argent sale.

 

Vous avez déclaré lors d'une émission télévisée que vous souhaitez que tous les candidats comme vous, soient transparents. Alors de façon transparente, qui sont ceux qui ont payé vos 20 millions FCFA ?

C'est vrai qu'on a vu que certaines personnes physiques ou morales, ne se sont pas cachées pour dire que ce sont elles qui payent la caution de certains candidats. En ce qui me concerne, pour ne pas créer d'autres polémiques, je dirais que ce sont mes relations. Je suis un artiste. Je travaille avec des personnes, des sponsors, etc., j'ai usé de ces relations. J'ai même dû appeler hors de la Côte d'Ivoire pour cela. Ceux qui m'ont aidé ont dit qu'il y a certaines mesures qu'il faut adopter. Je ne fais que respecter cela. De façon transparente, vous ne répondez pas à la question. Qui sont les personnes physiques ou morales dont vous parlez ? (Hésitations, NDLR). Je peux vous donner par exemple, le nom de quelqu'un qui n'est pas Ivoirien et qui ne vit pas en Côte d'Ivoire. Il s'agit de Me Vincent Gomez, qui est à Pointe Noire au Congo Brazzaville, un avocat international et un ami. C'est un monsieur dont le nom est chanté par presque tous les grands artistes. C'est lui que j'ai appelé et à qui j'ai dit que j'ai besoin de soutien. C'est ainsi que le coup de fil est venu à Abidjan. Je pense que j'ai été un peu transparent (rires, NDLR).

 

Vous soutenez que vous êtes 14 candidats mais que votre seul adversaire est le président Gbagbo. Alors, comment jugez-vous le bilan de votre " seul " adversaire ?

Je dis en effet très souvent que mon seul adversaire, c'est Laurent Gbagbo, tandis que les autres sont des concurrents. C'est lui qui a le fauteuil que nous sollicitons. Cependant, il me serait très difficile de faire le bilan du président Laurent Gbagbo à la tête de l'Etat parce que cela équivaudrait à dire que j'ai des chiffres, ce qui n'est pas le cas. Une chose est certaine, il est arrivé au pouvoir en 2000 et en 2002, il y a eu une rébellion armée. Ce que je voudrais retenir, c'est que toute guerre installe le désordre. Dans le désordre, il y a le pillage des ressources, l'enrichissement illicite, il n'y a pas de contrôle, etc. De même, on ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille des arachides. Et des gens ont grillé des arachides, comme sous tous les pouvoirs qui se sont succédé. Aujourd'hui, il faut quitter dans ça, comme on le dit. Il faut aller aux élections, afin qu'il y ait un bon gouvernement. Si on veut faire le bilan du pouvoir en place, on doit aussi prendre en compte tous ceux qui ont géré le bien collectif, qu'ils soient ministres du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire, parti d'opposition, NDLR) ou du RDR (Rassemblement des républicains, parti d'opposition, NDLR). Je ne peux donc pas dire que le bilan est positif ou négatif.

 

En septembre 2004, le président Gbagbo prend un décret de naturalisation, qui vous confère la nationalité ivoirienne, alors que vous étiez notoirement reconnu comme un Ivoirien. Certains journaux évoquent la possibilité d'un deal. Qu'est-ce qui s'est réellement passé ?

S'il y a un décret de naturalisation qu'on peut qualifier de vedette, c'est bien le mien. Ce qui s'est passé est simple. J'étais à une émission télévisée, Wozo Vacances, quand des journalistes m'apprennent que le président Gbagbo a affirmé à une réunion de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest, NDLR) qu'il a signé mon décret de naturalisation. Je réponds que c'est une bonne chose. De fait, j'ai rencontré le président de la République, quelque temps auparavant. Je lui ai dit : " Monsieur le président, je suis né en Côte d'Ivoire avant 1972. Je revendique donc le droit de sol. Monsieur le président, j'ai des papiers ivoiriens, je parcours le monde entier au nom de la Côte d'Ivoire. Je peux participer à une compétition au nom de la Côte d'Ivoire, cependant cela peut poser un problème à l'avenir puisque je n'ai pas fait officiellement la demande comme il se doit pour la simple raison que mes parents n'ayant pas été à l'école, ne savaient pas qu'il fallait entreprendre des démarches. Ainsi, comme beaucoup d'autres Ivoiriens, nous avons eu des papiers ". J'ai donc dit au président de la République que je souhaitais que ma situation soit régularisée. Etant donné qu'il n'existe pas de décret de régularisation, l'on s'est tourné vers le décret de naturalisation. Le président de la République a pris le soin de préciser, au vu de notre code de la nationalité, que je suis relevé de toute incapacité prévue par l'article 43 dudit code. Nous étions en 2004, l'élection présidentielle devrait avoir lieu en 2005. A cette époque, je n'avais même pas 40 ans, comme l'exige le code électoral, pour être candidat. Il n'y a donc eu aucun deal. Je puis vous assurer que le président de la République a bien apprécié ma démarche. C'est ainsi que toute ma famille a été naturalisée.

 

Vous avez parlé du code de la nationalité en évoquant le droit du sol, ce qui n'est pas le cas avec le code actuel qui proclame le droit du sang. Quel est votre avis sur le débat autour de la nationalité ?

Si nous ne trouvons pas une solution idoine à ce problème qui est un véritable fléau, nous risquons de nous éterniser là-dessus. J'ai fait un sketch à l'époque pour relever que chaque fois que Dieu élève quelqu'un à un haut poste de responsabilité, l'on trouve toujours quelque chose à dire sur son compte. Les Ivoiriens sont passés maîtres dans le fait d'attribuer des nationalités aux gens. Le président Houphouët a été traité par des gens, de Togolais. Quand le président Bédié est arrivé, des gens ont dit : " tel père, tel fils ". A l'avènement du général Guéi (paix à son âme), des gens ont dit que son village, Kabacouma, n'est pas loin de la Guinée. Quand le président Gbagbo est arrivé au pouvoir, des gens ont avancé qu'il est un Maraka. Au niveau des premiers ministres, c'est quasiment la même chose. Alassane Ouattara, des gens l'ont présenté comme un Burkinabé. Des gens ont dit qu'ils n'ont jamais vu un Ivoirien qui s'appelle Duncan, d'autres ont soutenu que le vrai nom d'Affi N'Guessan, c'est Zongo et que Seydou Diarra est un Malien, tandis que Charles Konan Banny est un Béninois. J'ai dit dans ce sketch que peut-être que des gens diraient que j'ai la nationalité libanaise, si un jour, je devenais président. Mais voyez-vous, le problème est sérieux parce que le dernier recensement a montré qu'il y a près de 2 millions de Guinéens, 4 millions de Burkinabé, 3 millions de Maliens, sans compter les Nigérians, les Nigériens et les Libanais., les Mauritaniens, les Togolais, etc. Il reste dans ces conditions, combien d'Ivoiriens sur la population ? Il y a un problème fondamental : qu'est-ce qu'on propose comme solution pour ne pas qu'on revienne tout le temps sur ces histoires de nationalité ?

 

Quelles sont vos solutions ?

Les solutions doivent être politiques. Il faut que les politiciens qui sont des intellectuels, se parlent. Au nom de la patrie et non des partis, ils doivent dire : " Sauvons la Côte d'Ivoire ".

 

Quel est votre avis sur le débat autour des inscriptions controversées sur la liste électorale ? Allons-y aux élections avec ceux dont on n'a pas les preuves pour étayer les soupçons de fraude sur la nationalité, dont ils se seraient rendus coupables. Autrement, des noms vont sortir de la liste, et demain, dès qu'il y aura un petit problème, ces gens, devenus des apatrides, iront prendre des armes pour revendiquer leurs droits. Il ne faut pas que nous arrivions encore là. C'est pourquoi nous disons que dès que nous sommes élu, sur nos frontières portuaires, aéroportuaires, terrestres, nous installons des dispositifs pour que, comme on le fait en Europe, toute personne qui entre sur le territoire national, soit fiché, que ses empreintes soient prises. Ainsi si 10 ans après, il revient en Côte d'Ivoire et qu'il cherche à établir une pièce d'identité, dès qu'on prélève ses empreintes, on découvre automatiquement qu'il est entré sur le territoire il y a dix ans, sous une autre nationalité et il est épinglé.

 

Que souhaitez-vous voir corriger avant la campagne électorale qui s'ouvre théoriquement à la mi-octobre ?

Pour ironiser, je dis souvent que pour cette élection, nous avons trois candidats officiels et onze candidats libres, comme des gens qui présentent le bac. Les quatorze candidats ne sont pas logés à la même enseigne, ce qui paraît normal. En effet, il y a un qui est président de la République en exercice, il y a un qui a été président de la République, un autre a été premier ministre. C'est normal qu'ils aient une sécurité, et tout cela. Mais si ces trois à eux seuls pouvaient trouver une solution à la crise, on ne nous dirait pas de faire acte de candidature. Depuis que nous avons fait acte de candidature, aucune lettre ne nous a été adressée pour nous signifier que l'élection a été reportée. Nous disons que c'est frustrant et humiliant. Nous avons rencontré M. Choi (Représentant spécial du secrétaire général de l'Onu en Côte d'Ivoire, NDLR). Le représentant du Facilitateur nous a reçu. Le président de la CEI a reçu nos différents directeurs de campagne. Depuis quelques mois, nous essayons de rencontrer le premier ministre Soro en vain. Nous sommes frustré. Nous avons beaucoup de respect pour l'institution qu'est la Primature, et nous souhaitons qu'il y ait un minimum de considération en retour. Au demeurant, je ne suis pas du tout content et je réclame une indemnisation à l'Etat de Côte d'Ivoire. La raison est simple : nous avons déposé 20 millions FCFA pour une élection qui part de report en report. Depuis lors, notre argent qui aurait pu nous servir à faire autre chose, a produit des intérêts. Rien que pour cela, l'Etat doit donc donner de l'argent frais sur les 40 milliards de francs CFA décaissés dans le cadre du financement du processus de sortie de crise pour le remettre aux candidats indépendants.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

http://andresilverkonan.over-blog.com

Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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Vendredi 3 septembre 5 03 /09 /Sep 15:48

Leur lieu de commerce : les chaussées et les bandes blanches des grands boulevards d'Abidjan. Presque tous les jours, leur silhouette frêle, frôle les véhicules et tutoie le danger. Certaines ont à peine dix ans. D'autres, sont des filles-mères. Quelles raisons peuvent pousser ces vendeuses ambulantes à défier la mort, quotidiennement ? Pourquoi ne quittent-elles pas les chaussées en dépit des risques divers ? Enquête.

 

La tête écrabouillée d'une fillette, sous un énorme pneu d'un car de transport. L'image a fait le tour des rédactions d'Abidjan. Nous sommes en décembre 2008. La fillette était une vendeuse ambulante de sachets d'eau glacée, le long des chaussées du corridor de Yopougon Gesco d'Abidjan. Le drame abondamment relayé par la presse a été classé sans suite, après une brève interpellation du chauffeur. Aucun parent de la victime ne s'était, en effet, présenté à la police.

 La victime était une déplacée de guerre. Selon les confidences de ses camarades du corridor de Yopougon Gesco, celle-ci dormait à la station d'essence, non loin de là. Une fillette de la rue, en quelque sorte.

 Manifestement, le manque d'encadrement familial et l'inexistence d'une cellule familiale ou d'une famille d'accueil, ont été fatals pour la petite vendeuse de sachets d'eau glacée. Comme elle, nombreuses sont les jeunes filles qui se retrouvent à se " débrouiller " sur les chaussées d'Abidjan.

 

Poussées par la misère

Affoussatou Maranga, elle, n'est pas une fille de la rue. " Ma maman est à Colombie. C'est elle qui m'a dit de venir vendre ici. Mon père est mort ", témoigne-t-elle. Son père était un travailleur immigré. Sa mère, une Ivoirienne, est illettrée. Colombie est un quartier précaire situé à quelques encablures du carrefour Duncan du quartier chic des Deux-Plateaux d'Abidjan. Un carrefour où la densité du trafic provoque souvent d'énormes embouteillages dont raffolent les vendeuses des chaussées. Un père décédé, une mère sans emploi, une famille sans sou. A 12 ans, avec son foulard négligemment noué sur la tête, le regard vif, le sourire crispé, Affoussatou, porte le poids d'une famille de quatre enfants, sur ses frêles épaules. Depuis deux ans, elle se faufile entre les voitures, pour proposer aux automobilistes, ses serviettes "Gbagbo", ainsi appelées, parce qu'elles étaient régulièrement utilisées par le chef de l'Etat actuel, lors de ses marches, quand il était à l'opposition. Elle n'a jamais mis les pieds à l'école.

" Par jour, raconte-t-elle, en guettant le trafic sur le boulevard des Martyrs (ex-Latrille), au carrefour Las Palmas des Deux-Plateaux, je gagne 1.000 francs ou 1 500 francs ". Somme représentant le bénéfice tiré de la vente de petites serviettes de poche. Elle les revend à 100 francs CFA l'unité, après les avoir prises " en gros, à crédit chez une grande sœur à Adjamé ".

 

Risques

Qu'elles soient vendeuses de chewing-gum (100 francs CFA le paquet), de pommes (150 francs CFA l'unité), d'oranges (trois pour 100 francs CFA), de sachets d'eau glacée (50 francs CFA le sachet), etc., leur bénéfice quotidien dépasse rarement 2 000 francs CFA. Dans une publication intitulée " Villes et citadins des tiers-mondes ", des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de l'Université de Lyon II, expliquent que bien qu'elles soient dérisoires, " les sommes retirées des ventes quotidiennes sont immédiatement utilisées à satisfaire les besoins de la vie courante (nourriture, loyers, frais d'écolage…) sans que l'on fasse une différence bien nette entre chiffre d'affaires et bénéfice ".

La satisfaction de besoins primaires. Telle est l'une des raisons, outre la pauvreté de la famille, qui a poussé Fanta Sanogo, 19 ans, mère d'une fillette de 3 ans, à se risquer sur les chaussées du rond-point d'Adjamé Indénié (commune d'Abidjan). " Le père de mon enfant a refusé la grossesse, soutient-elle. J'utilise l'argent pour payer des habits pour mon enfant et pour le nourrir ".

Fanta Sanogo vit au Quartier Rouge, un sous-quartier populaire de la commune d'Adjamé. Elle a été témoin d'un accident de la circulation au carrefour de l'Indénié, qui l'a bouleversée, il y a un an. " Un monsieur a cogné un jeune qui vendait des papiers hygiéniques. Le monsieur est parti.

Heureusement, le jeune n'est pas mort. Il est revenu pour revendre ", raconte-t-elle d'une voix étouffée.

La traque quotidienne des services du District d'Abidjan, qui luttent contre les occupations anarchiques des trottoirs, la révoltent plutôt que de la décourager. Les maladies liées à la longue exposition au soleil, la fatigue (personne ne peut savoir combien de kilomètres elles ont dans les jambes par jour, tant elles courent après les véhicules), les railleries et insultes des passants et les arrestations de la police du District, font partie des risques du métier.

 

" Que faire ? "

 " Qu'est-ce que les autorités veulent qu'on fasse ? Qu'on aille voler ou mendier ? ", lance Fanta Sanogo, les traits tirés par la colère.

Celle-ci veut bien abandonner ce métier " fait pour les hommes ", comme elle dit, qui ne lui rapporte pas grand-chose. Mais que peut-on faire, quand on a arrêté ses études à l'école primaire, sans avoir obtenu le Certificat d'étude primaire et élémentaire (CEPE), quand on n'a aucune épargne et que les structures chargées de l'encadrement des jeunes filles sont inaccessibles ?  

Fanta a la réponse : rester aux abords des trottoirs. Car soutient-elle : " Je sais que quelqu'un peut venir me menacer en m'accusant d'avoir volé quelque chose dans sa voiture, qu'un chauffeur peut me renverser, mais si je ne viens pas sur la route, mon enfant, il mange quoi ? ".

 Fatalité ? Certainement pas. Elles sont tout simplement " prises entre des exigences et les contingences de leur vie quotidienne ", souligne Dr Alfred Babo, psychologue et enseignant-chercheur à l'université de Bouaké.

Poussées par la pauvreté, l'analphabétisme, le manque d'encadrement familial ou structurel, le chômage, etc., des jeunes filles des banlieues d'Abidjan font les trottoirs en proposant des produits divers et peu coûteux, aux usagers de la route. Jusqu'à quand vont-elles résister à la tentation de faire les trottoirs en offrant leurs corps ?

 

Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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Samedi 21 août 6 21 /08 /Août 09:35

 

Ahne Jacqueline Lohoues-Oble, 60 ans, mère de quatre filles, est la première femme candidate à une élection présidentielle en Côte d`Ivoire. Alors, elle joue à fond la carte du genre et elle ne s`en cache pas. Dans la grande villa modestement meublée, sise à Cocody Deux-Plateaux, qui lui sert de quartier général de campagne, elle reçoit ses invités, rares, ce jeudi 19 août 2010, en respectant scrupuleusement l`heure. Sans complexe, elle confie qu`elle est financièrement essoufflée. Cela n`empêche pas la première femme agrégée de droit en Afrique, ex-doyenne de la faculté de droit de l`université d`Abidjan, de croire en ses chances, au soir de l`élection présidentielle, qu`elle va disputer contre treize hommes.

 

Pour commencer, une question simple : pourquoi voulez-vous diriger la Côte d`Ivoire ?

Je veux diriger la Côte d`Ivoire parce que nous sommes dans une République et que tout citoyen, qui peut apporter sa pierre à l`édification de cette République et qui respecte les conditions d`éligibilité à la présidence de la République, peut se porter candidat. C`est donc à ce titre que j`ai décidé d`être candidate.

 

Que proposez-vous de nouveau que les autres candidats n`ont pas proposé ?

Nos propositions partent des problèmes du pays. Et les problèmes du pays sont les mêmes et connus de tous. Ce sont la corruption, l`enrichissement illicite, le racket, la fraude, etc. C`est donc un peu normal que les solutions que les uns et les autres proposent, se ressemblent. Cependant, il y a une différence entre les personnes qui font ces propositions. En effet, il faut voir la personnalité qui appelle à l`application d`un programme de gouvernement. Pour ma part, je veux gouverner par l`exemple. De fait, les Ivoiriens ont perdu leurs repères depuis un certain temps. Il faut donc que celle ou celui qui gouverne soit un exemple en tous points. Prenez le cas du racket. On entend souvent dire, "s`il y a le racket, c`est parce que l`argent remonte à qui de droit". Mais s`il n`y a plus de "qui de droit", il n`y a plus de racket. Et celui qui rackette sera sanctionné. Il y a par exemple l`assiduité au travail, qui est l`un des grands maux de l`Afrique. Nous, nous l`avons déjà expérimenté. Quand j`étais enseignante, les cours commençaient à 7H 30. Le premier jour, je suis arrivée à 7H 30, personne n`était dans l`amphithéâtre. Les jours suivants, je suis arrivée à la même heure et les étudiants étaient présents. Pendant trois ans, j`ai appliqué le principe de l`assiduité au ministère de la Justice. Par ailleurs, le responsable doit donner l`exemple de la transparence.

 

En parlant de transparence, à combien s`élève votre budget de campagne ?

Je ne peux pas vous le dire pour la simple raison que je dresse mon budget au fur et à mesure qu`on avance et que je reçois des soutiens extérieurs. Cependant, je suis prête à publier mes ressources en ce qui concerne les élections, à condition que les autres candidats en fassent autant.

 

Etant donné que vous prônez la transparence, qui sont ceux qui financent votre campagne électorale ?

J`ai quelques amis qui me soutiennent. Globalement, ce sont mes économies que j`utilise. C`est d`ailleurs la raison pour laquelle je suis essoufflée. C`est aussi pour cela que je demande qu`on ait des subventions de la part de l`Etat, afin qu`il y ait une égalité entre les candidats. C`est une élection exceptionnelle qui nécessite des mesures exceptionnelles. Ce n`est pas normal que certains candidats bénéficient de certains avantages parce qu`ils sont signataires de l`accord de Marcoussis et que d`autres, parce qu`ils ne le sont pas, n`aient pas droit à ces avantages. Pourtant, nous avons payé la même caution.

 

Comptez-vous M. Charles Konan Banny parmi vos amis qui vous soutiennent financièrement ?

Pas du tout. Tout le monde pense que M. Charles Konan Banny me soutient financièrement. Mais regardez aujourd`hui la situation de M. Banny, il veut être candidat, selon ce que je lis dans la presse. Quel est donc ce potentiel candidat qui va soutenir une autre candidate ? Au demeurant, M. Banny a dit qu`il soutient le candidat de son parti, le PDCI (Parti démocratique de Côte d`Ivoire du candidat Henri Konan Bédié, NDLR).

 

Dans votre déclaration de candidature, vous affirmiez que vous allez lutter contre divers maux. Prenons l`exemple précis de la lutte contre l`enrichissement illicite. Comment concrètement allez-vous traduire en acte cette belle promesse ?

C`est très simple. Je vais gouverner par l`exemple. Je considère que si l`exemple est donné, les uns et les autres vont suivre.

 

Rien que cela ? Quid des mécanismes institutionnels ?

Justement, je parle également d`évaluation, de contrôle et de sanctions. On n`occupe pas un poste, rien que pour les avantages. Il y a aussi les responsabilités. Les fonctionnaires, les travailleurs des entreprises publiques seront soumis à une obligation de résultats. A partir de ce moment, nous saurons qui fait bien son travail et qui ne le fait pas. Par ailleurs, nous allons demander la sanction aussi bien du corrompu que du corrupteur. Ce sera la transparence.

 

Comment allez-vous appliquer concrètement, la transparence dans la gestion des affaires publiques ?

C`est simple. Chaque année, il y a un budget. Chaque ministère a son budget avec les différents chapitres. Il faut que ce budget soit exécuté conformément à la loi des finances. Je ne tolérerai pas de taxes parallèles. Aujourd`hui, il y a des ministères où il y a des taxes qui sont créées et où des usagers vont payer directement des taxes dans les caisses. Non, ce n`est pas le rôle d`un ministère. Tout l`argent doit être comptabilisé au Trésor. Je vais créer, de ce fait, un observatoire contre la corruption.

 

Procèderiez-vous à un audit de la Présidence si vous êtes élue ?

Quand je dis que je vais créer un observatoire de lutte contre la corruption, tout cela entre en ligne de compte.

 

Vous ne répondez pas à la question. Allez-vous commander un audit de la gestion des présidents qui se sont succédé à la tête du pays ?

De toutes les façons, nous aurons à faire le point. Quand on arrive à la tête d`un Etat, on est bien obligé de savoir ce qui s`est passé. Il est évident qu`il y a des dossiers qu`on serait obligé de regarder de plus près. Mais on tiendra certainement compte du temps et de la prescription de certaines affaires.

 

Quels dossiers allez-vous "regarder de plus près", si vous êtes élue ?

Je ne suis pas encore élue donc je ne sais pas. Vous savez, quand on est à l`extérieur du pouvoir, on a une vision des choses, différente de la vision qu`on aurait, une fois à l`intérieur. J`aimerais donc entrer pour voir ce qui s`y passe.

 

" L`heure est venue pour la Côte d`Ivoire de panser ses plaies, de recoller les morceaux, de reconstruire le pays et cela, c`est un travail que les femmes savent faire", disiez-vous à l`occasion de votre déclaration de candidature. Pourquoi jouez-vous tant la carte du genre ?

Je suis seule contre treize hommes. C`est la première fois qu`une femme est candidate à l`élection présidentielle, donc il faut l`expliquer à la population dont une grande partie est analphabète. En outre, ce pays appartient aussi bien aux femmes qu`aux hommes. La voie est donc ouverte et aux prochaines élections, peut-être que ce ne sera pas seulement une seule femme contre treize hommes.

 

Une chose est de déposer sa candidature et une autre est de gagner. Comment comptez-vous battre ces hommes ?

Personne n`est assuré de gagner d`avance, qu`on soit femme ou homme. Chacun a sa chance. Je vous vois venir. Vous ne l`avez pas dit, mais vous auriez pu me demander, quelles sont mes chances en face des "trois grands" candidats que sont Bédié, Gbagbo et Ouattara. Je vous répondrais très simplement, qu`on verra au soir du 31 octobre qui est "grand candidat" et qui est "petit candidat".

 

Comment avez-vous accueilli l`information relative à une opposition de certains cadres de votre région natale, le Léboutou, à la candidature d`une femme à l`élection présidentielle, vous en l`occurrence ?

Un : je n`ai jamais réagi après la publication de cette information parce que je considérais que cela n`en valait pas la peine. Cependant, des personnalités, hommes ou femmes, ont réagi. Deux : les cadres, supposés avoir exprimé cette opinion, ont nié avoir tenu de tels propos. Une chose est certaine, cela ne m`empêche pas de poursuivre mon chemin parce que je considère qu`aucun poste ne peut m`être interdit.

 

Dans le chapitre de l`opposition à votre candidature, il y a l`appel aux femmes, lancé par Mme Geneviève Bro Grébé, la présidente des femmes patriotes et responsable de la campagne au niveau des femmes, du candidat Laurent Gbagbo. Elle a appelé les femmes à vous boycotter, lors d`une conférence de presse. Quelle est votre réaction ?

Geneviève Bro Grébé est une jeune sœur. Elle est responsable des propos qu`elle tient. Moi, j`en prends acte. Je ne veux pas donner l`image de femmes qui s`entredéchirent. Ce qui ferait d`ailleurs plaisir aux hommes qui se frotteraient les mains et diraient : "Voyez comme les ennemis des femmes sont les femmes elles-mêmes". Si cet appel avait été lancé par un candidat, j`aurais eu une réaction.

 

L`élection présidentielle a été fixée au 31 octobre prochain. Qu`est-ce qui vous porte à croire que ce rendez-vous est le bon ?

La Commission électorale indépendante a proposé une date. Le président de la République a pris un décret pour confirmer cette date. Je pense que nous devons nous en tenir à cela. Le président de la République doit respecter sa candidature. La CEI, nous le pensons, a pris toute la mesure des actions à mener pour tenir le délai. A partir de ce moment, pour moi, l`élection aura lieu le 31 octobre.

 

Ce n`est pas la première fois que le président signe un décret pour confirmer une date proposée par la CEI. Qu`est-ce qui fonde réellement votre conviction ?

Il faut bien que les reports s`arrêtent un jour. En tant que candidate, ces reports successifs nous portent beaucoup de préjudices, surtout que nous sommes une candidate indépendante et que nous ne bénéficions d`aucune subvention.

 

Dans ces conditions, que ferez-vous s`il n`y a pas d`élection le 31 octobre prochain ?

Nous aviserons. Mais je peux vous assurer que vous allez nous entendre.

 

"Les autres cherchent une élection, nous, nous cherchons la paix", a dit le président Gbagbo dans son discours du 7 août dernier. Comment voyez-vous une élection en Côte d`Ivoire sans paix véritable ?

Les problèmes en Côte d`Ivoire sont immenses. Ce ne sont pas les élections qui vont les régler. Les élections sont une porte de sortie. L`élection n`est pas synonyme de paix mais la paix passe par l`élection présidentielle parce que les Ivoiriens auront compris que dès lors, la bataille pour le fauteuil présidentiel est terminé et qu`il faille passer à d`autres batailles allant dans le sens de la résolution des autres problèmes du pays. En outre, tout le monde, notamment les investisseurs à l`extérieur, attendent cette élection pour venir faire des investissements. On ne va donc pas continuer à hypothéquer l`avenir de la jeunesse.

 

Quelle est votre position sur les radiations réelles ou supposées de potentiels électeurs de la liste électorale ?

Je pense que sur cette affaire, il y a une extrapolation des journalistes. La liste électorale comprend 5,5 millions de potentiels électeurs. Il y a eu 28.000 demandes de radiation. Ce qui ne veut pas dire que ces 28.000 vont être effectivement radiés. Faisons confiance à notre justice. Je ne comprends donc pas tout ce bruit autour de cette affaire. Je pense qu`il faut prendre les choses calmement. Ceux qui sont concernés doivent prendre les dispositions pour soutenir leurs accusations ou pour justifier leur nationalité.

 

Le dernier article sur votre site officiel de campagne date de février 2010. Ce qui confirme que vous êtes effectivement essoufflée. Manifestement, vous sortez perdante de la guerre de l`usure. Allez-vous encore tenir jusqu`au 31 octobre ?

Y a-t-il une honte à dire qu`on est essoufflé ? Non. Dans un Etat normal, on aurait eu des subventions. Je ne sors pas perdante de la guerre de l`usure. C`est à cette défaite qu`on veut nous conduire. Le site n`est pas à jour parce que le responsable est en déplacement. Ce sera d`ailleurs actualisé. Quant à moi, je continue d`être sur le terrain. Demain (aujourd’hui, NDLR), je serai par exemple à Yamoussoukro. J`étais récemment dans la région du Zanzan. Moi, je privilégie les contacts directs avec les populations.

 

La question de la nationalité serait au centre de la crise ivoirienne. Pour quel code de la nationalité plaidez-vous ? Celui qui privilégie le droit du sang, comme c`est le cas aujourd`hui, ou celui qui prône le droit du sol comme le demande votre ancien parti, le Rassemblement des républicains (RDR) ?

Mon avis, c`est que le code de la nationalité doit demeurer tel qu`il est actuellement. On l`a déjà amendé, il n`y a pas très longtemps. On peut être Ivoirien par naissance parce que les deux parents ou un parent sont (ou est) Ivoirien(s). On peut l`être par mariage. Autrefois, c`était la femme étrangère seulement qui pouvait devenir Ivoirienne si son mari est Ivoirien. Maintenant, c`est réciproque. Enfin, il y a la naturalisation. Je pense que c`est largement suffisant. Le choix a été fait, à savoir le droit du sang.

 

En deux mots, à quoi résumeriez-vous le véritable problèmes de la Côte d`Ivoire ?

Le vrai problème de la Côte d`Ivoire s`appelle la lutte pour le pouvoir. Ce sont trois personnes, messieurs Bédié, Gbagbo et Ouattara, qui sont en première ligne depuis une vingtaine d`années. C`est cette lutte qui nous a amené la crise, la guerre que nous connaissons, avec tous ses effets collatéraux. Si donc nous voulons sortir définitivement de ce véritable problème, il faut que les Ivoiriens se prononcent. Moi, je constitue l`alternative. Regardez au Libéria, depuis l`élection d`Ellen Johnson Sirleaf, le pays connaît la tranquillité. Vous connaissez la légende de la reine Pokou. Pendant la colonisation, ce sont des femmes qui ont marché sur Grand-Bassam pour aller libérer les hommes. Pour remettre tout le monde ensemble et repartir sur des bases pacifiques, il faut une femme.

 

Globalement, comment jugez-vous les dix ans de pouvoir du président Laurent Gbagbo ?

Le temps des débats n`est pas encore arrivé. Mais tout le monde voit que le bilan n`est pas satisfaisant. Aujourd`hui, nous sommes à 50% de pauvres, après 50 ans d`indépendance. Lui-même (Laurent Gbagbo, NDLR) l`a d`ailleurs reconnu quand il a dit que nous avons régressé de 30 ans.

 

Une question indiscrète : quelles sont les vraies raisons qui vous ont amené à quitter le RDR ?

Il n`y a pas d`un côté, de vraies raisons et de l`autre côté, de fausses raisons. En 1999, je suis partie parce qu`en tant que juriste, je considérais qu`il fallait que je m`en tienne à la loi, tant qu`on ne l`a pas changée, au cas où elle ne serait pas bonne. Dans un groupe, quand on est minoritaire par rapport à une opinion ou une position, soit on se soumet soit on se démet. Je me suis démise parce que je ne pouvais pas faire changer l`opinion majoritaire.

 

Madame la candidate, quelles sont, en définitive, les rasions qui peuvent pousser un électeur, dans un pays marqué par les "parkings" politiques des trois principaux partis que sont le Front populaire ivoirien (FPI du candidat Laurent Gbagbo), PDCI et le RDR, à porter son choix sur vous ?

C`est très souvent qu`on me demande ce que j`apporte de particulier ou de nouveau, en termes de programme de gouvernement. Je demande tout simplement que les électeurs regardent à la personnalité des candidats. Je dis et je peux le prouver si je suis élue, qu`un Etat peut et doit être gouverné à la limite comme une entreprise privée. On sait ce qu`on doit dépenser, qui doit effectuer ces dépenses, à quels moments et quels contrôles doivent être exercés. La bonne gouvernance est possible et nous allons montrer qu`il suffit d`être animé par l`intérêt collectif, le souci de la transparence, pour l`appliquer.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

 

Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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Jeudi 12 août 4 12 /08 /Août 08:26

Entre ceux qui fument un joint dans le salon VIP d'un bar de Biétry, et ceux qui " chassent le dragon " dans un fumoir de Treichville ou qui fument du "Sékou Touré " dans les encablures d'une gare routière d'Adjamé, le monde de la consommation de la drogue à Abidjan se construit et se développe. Durant plusieurs mois, nous avons été sur les pistes de ce monde parallèle pour en déterminer les modes de consommation, les lieux de vente, les catégories de consommateurs, les prix pratiqués sur le marché, la nature des drogues vendues, etc. Plongée au cœur d'un monde qui ne se cache (presque) plus.

 

Le samedi 15 mai dernier, par un début d'après-midi ensoleillé, M. François Kouamé est au cimetière de Yopougon. Cet enseignant au lycée technique de Cocody a la gorge nouée, les yeux embués de larmes. Sa nièce, une " jeune fée de 16 ans ", selon ses termes, vient d'être portée en terre. Une semaine plus tôt, elle avait rendu l'âme aux urgences du Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Yopougon. Sur le certificat de genre de mort, le médecin a écrit : " coma stade 4 ", résultant d'une overdose de drogue. M. François Kouamé n'en revient pas : " Elle était une fille tranquille, un peu introvertie à la suite du décès dans un accident de la circulation, de ses parents. Je n'ai pas compris pourquoi elle a commencé à faire des fugues, à fréquenter des bars et à se droguer au point où elle a été internée à deux reprises au centre de désintoxication de Bingerville. Pourtant, plus jeune, elle se plaignait de moi, quand je fumais encore de la cigarette ".

La mort prématurée de la nièce de M. Kouamé, emportée par la consommation non maîtrisée d'une drogue dont on ne saura peut-être jamais la nature, est symptomatique de cette nouvelle jeunesse ivoirienne qui a décidé (avec ou contre son gré) de fumer son…âme.

Une jeunesse qui s'est trouvée une figure emblématique : l'artiste " zouglou " Petit Denis, avec ses overdoses et ses interpellations répétées.

 

Chasseur de dragon

Marcory. Non loin du grand marché. La nuit tombe sur une commune trempée par des pluies diluviennes au début du mois de juin dernier. Dans la petite cour cimentée de Diakiss ; Asko, un homme formé à l'école des loubards des années 90, a rendez-vous avec son dealer. Diakiss est absent. " C'est le boss, il vient seulement à la fin du mois pour désintéresser les policiers. C'est comme ça depuis que je connais ce coin. On n'a jamais été embêté par la police ", explique en riant, Asko. Il dit ne pas craindre que son nom apparaisse dans un article de presse : " au moins je serai une star devant les copains ". La maison de Diakiss est un crack-house, qui est aussi bien un " djassa ", entendez un endroit de vente au détail de la drogue, qu'un fumoir, appelé " talouèk ", dans le monde parallèle de la drogue. Le crack-house de Diakiss n'est pas un " valval ", c'est-à-dire, un espace de consommation à ciel ouvert, comme l'est, par exemple, le cimetière municipal de Williamsville.

Dans la cour de Diakiss, on se croirait dans le Bronx (New York) des années 80. En effet, de chaque côté du mur, des hommes assis sur des bancs en bois, fument tranquillement des joints. Ceux-ci dégagent une odeur âcre. Les hommes paraissent pour la plupart en parfaite santé, hormis un adolescent aux cheveux " afro ", portant des vêtements griffés, qui semble regarder les nouveaux visiteurs sans les voir. Lui, il " chasse le dragon ". Traduction : il inhale de la fumée d'héroïne chauffée sur du papier aluminium. Chaque fois qu'il inhale la fumée, il semble s'endormir les secondes qui suivent. Debout, une jeune fille, maigre comme un bambou, les nerfs à fleur de peau et des vaisseaux sanguins saillants, hume un caillou blanc qui lui fait balancer la tête dans tous les sens. Dans un coin de la cour, près du robinet, un crachoir. Le dealer d'Asko est dans l'une des trois pièces de la maison. Asko l'a déjà prévenu par sms, de la quantité qu'il souhaite avoir. C'est dire que le milieu de la drogue utilise aussi les technologies de l'information et de la communication…

 

Le parfum du diable

Les échanges, ici, se font dans le silence. Ainsi, Asko tend-il un billet de 5.000 FCFA au dealer. Celui-ci lui remet un petit sachet blanc. Aussitôt, Asko sort de la pièce non éclairée, où on a l'impression d'étouffer, tant le mélange d'odeur de cigarette, de drogue, de sueur humaine et de poussière, est suffocante.

Asko va se placer auprès de la jeune fille anorexique et découvre le sachet blanc. Il en sort un petit caillou blanc qu'il casse en petits morceaux. C'est du crack. Obtenu en mélangeant du bicarbonate de soude à de la cocaïne. Chez Diakiss, on ne vend que de la drogue dure : du crack appelé cailloux ou " gor " et de l'héroïne, le " pao " fabriqué dans les mêmes conditions que le crack, sauf qu'à la différence du crack, il se présente sous une couleur jaunâtre.

Asko allume une cigarette mais ne la fume pas. Il la pose sur le banc et la laisse se consumer. Il sort une petite pipe de son pantalon jeans puis s'étire longuement, comme s'il s'apprêtait à livrer une partie de lutte. A l'aide d'une lame, il pousse la cendre de cigarette dans la pipe et jette les bouts de cailloux sur la cendre, puis il sort son briquet et allume la pipe. Il ne fume pas la pipe mais inhale la fumée qui s'en dégage. Cette fumée-là, qui dégage un parfum nauséeux de déchets toxiques, c'est le " parfum du diable ", ainsi dit dans le milieu, parce qu'une fois inhalé, " on ne peut plus s'en passer ", souligne Asko.

Ici, le gramme de crack, c'est-à-dire la " dose adulte ", comme celle que prend Asko, est vendue à 5.000 FCFA. Le demi-gramme à 3.000 FCFA. C'est à ce prix que le caillou d'héroïne est vendu. L'héroïne est aussi vendue au " quarter ", entendez au quart de gramme, à 1.000 FCFA. C'est la dose préférée des jeunes collégiens des quartiers chics de Cocody et du quartier résidentiel de Biétry. Il s'achète aussi à Treichville non loin du 18ème arrondissement de police, au quartier Apolo, à l'avenue 15 rue 7.

A l'avenue 12 rue 11 de la même commune, il existe un fumoir à la réputation établie. En effet, c'est l'un des rares " djassa " où on trouve du speedball. Le speedball est la " sainte des saintes " des drogues dures consommées en Côte d'Ivoire. La drogue des " django ", autrement dit, des durs. Le speedball est le mélange de deux drogues dures : l'héroïne et la cocaïne. Un cocktail potentiellement mortel ! On se l'injecte avec une seringue. Les consommateurs sont généralement des bandits de grands chemins, des junkys indécrottables et inguérissables, ceux que les Allemands appellent les " Drogen Abhängige " ou des soldats. Le samedi 29 mai 2007, par exemple, la police a interpellé 191 personnes dans sept fumoirs d'Abidjan, au cours d'une vaste opération " coup de poing ". Parmi les personnes interpellées se trouvait un militaire, selon le communiqué du ministère de l'Intérieur publié quatre jours plus tard. Le communiqué dénonçait les fumoirs comme étant " une nouvelle catégorie de commerce honteux par lesquels des individus mettent à la disposition d`autres individus, en toute illégalité, des drogues de toutes natures en leur assurant un espace pour les consommer ".

Avant septembre 2002, date du début de la crise armée qui les a contraints à être plus discrets, des militaires français étaient des consommateurs et/ou des revendeurs de speedball, dans certains bars de Biétry. Selon l'Observatoire géopolitique des drogues (OGD) de France, " plusieurs soldats servant au 43ème BIMA purgeaient une peine de plusieurs années de prison pour usage ou revente " de stupéfiants, en 1994.

 

Drogue VIP

De jeunes cadres d'entreprises privées ou publiques, ainsi que des artistes qui ont assez d'argent pour s'acheter régulièrement de la drogue dure se retrouvent souvent dans des bars à Abidjan. De nombreux bars situés à l'avenue 21 de Treichville, ont des espaces pour Very important personalities (VIP).

La plupart de ceux qui fréquentent ces bars ne se doutent pas qu'on y vend et consomme de la drogue. Ces endroits sont pourtant facilement identifiables : vigiles musculeux affichant des airs de chiens battus, contrôles au faciès à l'extérieur, blocs VIP interdits aux non habitués, grande piste de danse. Dans ces bars, point de coke inhalé ni d'héroïne injecté. On y vend plutôt des joints d'héroïne et de cocaïne. Coût : 2.000 FCFA pour le premier et 4.000 FCFA pour le second.

Ces drogues sont très rarement à l'état pur. De nombreux accrocs l'ignorent. Asko, lui, se défend de consommer " n'importe quoi " mais ne nie pas la pratique. En effet, de nombreux (sinon tous) revendeurs malins ajoutent d'autres substances, telles la chaux ou la craie, à la coke pour accroître leur marge bénéficiaire. C'est ce qui explique les fréquentes overdoses, puisqu'en fin de compte le consommateur final de crack consomme tout sauf de la cocaïne pure.

Le dealer d'Asko est un détaillant qui achète les 5 grammes de coke à l'état " pur " à 80.000 FCFA, soit un gramme à 16.000 FCFA. Après le mélange avec le bicarbonate de soude, le détaillant obtient cinq fois plus que la quantité originelle. Il revend le caillou de crack ainsi obtenu à 5.000 FCFA le gramme, soit un chiffre d'affaires de 125.000 FCFA sur les 5 grammes de coke achetés.

" Avant, au temps du vieux père Pololo (un loubard médiatique d'Abidjan, des années 80-90 qui a été éliminé dans des circonstances floues par la junte militaire en 2000, NDLR), il fallait se rendre à l'avenue 15, rue 17 (de Treichville) pour avoir un caillou. Ce sont les durs qui en prenaient à cette époque, parce que le caillou s'achetait à 30.000 FCFA ", raconte Asko.

Explication de la chute du prix, par la loi du marché : la quantité de drogue offerte a énormément augmenté sur la place.

" Avant, le seul talouèk que je connaissais était à Treichville, chez une ressortissante du Ghana ", indique Asko. Le nom de code de cette dernière : " Vieille chinoise ". Celle-ci est manifestement la pionnière de la création des fumoirs à Abidjan.

 

Sékou Touré et Marie-Jeanne

 Depuis lors, les fumoirs poussent comme des champignons à Abidjan. Les sections anti-drogue de la police, de la gendarmerie et de la douane ont démantelé, depuis 2006, plus de 2.000 fumoirs à Abidjan. Chaque semaine, ce sont au bas mot, entre 50 et 70 personnes qui sont appréhendées, soit pour consommation, soit pour détention, soit encore pour vente de drogue. Ces chiffres record fournis par la Direction de la police des stupéfiants et de la drogue (DPSD) montrent aussi bien la détermination des autorités à lutter contre le phénomène avec des moyens modestes, que la hargne de la mafia locale du trafic de stupéfiants à gagner de nouvelles âmes à perdre.

Le 30 décembre 2009, rien que la section anti-drogue de la gendarmerie nationale a procédé à la destruction de plus de 900 kg de drogue représentant les saisies effectuées au cours du dernier trimestre de l'année 2009. Stupéfiant ! Sur la quantité saisie, 210 kg de cannabis en partance pour Ossybissa, (Si tu ne sais pas, il faut demander, traduction littérale de l'Ashanti, langue la plus parlée au Ghana). Dans ce campement, situé sur l'île Boulay, les agents chargés de la lutte contre les stupéfiants s'aventurent très rarement.

Les dealers d'Ossybissa fournissent le marché de Yopougon, d'Adjamé et d'Abobo en marihuana.

A Yopougon (bas-fond de Siporex, Yaoséhi), à Adjamé (sous l'échangeur après le zoo, bas-fond de la nouvelle gare, derrière la grande mosquée) ou à Abobo (dépôt 9, Derrière Rails), les quartiers populaires de la capitale, ou encore au cimetière de Williamsville, le " valval " géant de 50 ha, les accrocs aux drogues ne se cachent pas. Dans ces endroits, les fumeurs de " ganja ", de " kangbé ", de " gban ", de " tchoukounou ", de " l'herbe de Marley ", les noms divers de la marihuana, appelée par les jeunes branchés des milieux rasta de Port-Bouêt " Marie-Jeanne ", ne se sentent guère troublés.

 

Proches de la tombe

 La marihuana est considérée dans le milieu comme la drogue des pauvres. En effet, elle est consommée tout comme l'Imménoctal (IM10, surnommée " Sékou Touré ", pour ses dégâts sur l'organisme), par les jeunes désœuvrés de Yopougon et de Koumassi (quartier Divo), par les aboyeurs et autres arracheurs de sacs à mains, des gares routières d'Adjamé et d'Abobo.

On reconnaît facilement ces derniers à la nouvelle gare d'Adjamé par leurs dents abîmées, leurs corps squelettiques, leurs haleines de baleine, leurs yeux rougis et leur hyperactivité.

Ceux qui fréquentent le " valval " de Williamsville peuvent être facilement observés à travers les miradors des immeubles qui entourent la grande nécropole. Des loques humaines aux déhanchements fantomatiques, comme balancées de tous côtés par le vent.

Qu'ils soient dans les ghettos d'Adjamé ou d'Abobo ou qu'ils vivent dans des maisons plus ou moins modestes à Cocody ou à Treichville, les consommateurs de drogue d'Abidjan ont tous un point commun. Ils sont quotidiennement plus proches que jamais des tombes que leurs " homologues " de Williamsville profanent sans ménagement.

André Silver Konan

kandresilver@yahoo.fr

 

 

 

Des zones de transit bien connues

20 mai dernier. A la barre du tribunal des flagrants délits du Plateau, Lazare Yougoné Tizié, un petit dealer bien connu au quartier Banco 2 de Yopougon, confesse publiquement qu'il s'approvisionne à Ossybissa, un campement situé sur l'île Boulay de Yopougon, dans la banlieue d'Abidjan. Ce dimanche du lendemain de la célébration de l'indépendance (7 août) de la Côte d'Ivoire est un jour ordinaire dans ce campement. Dans la cour du chef de la communauté ghanéenne, majoritairement résidente de l'île, un gospel ashanti, distillé par un vieux transistor, semble rythmer l'avancée sur la lagune ébrié, d'une pinasse qui roule plutôt rapidement. Dans ce lieu, les bateaux-bus de la Société des transports abidjanais (Sotra, transport public) refusent de s'aventurer, préférant comme site de débarquement, la paisible Eden City voisine. On s'y rend donc à bord de pinasses, des bateaux construits de façon artisanale. La pinasse qui accoste ce dimanche contient des sacs de 50 kg solidement attachés. Ils sont déchargés par les occupants du bateau de fortune, qui ne se soucient guère de leur entourage.

" Il ne fait l'ombre d'aucun doute que c'est du cannabis ou du marihuana ", dénonce Jérôme Danho, un jeune homme qui travaille en tant que rabatteur dans un restaurant de l'île Boulay. Il dit ne pas supporter les activités illicites à Ossybissa.

A Abidjan, certains lieux à l'instar d'Ossybissa, sont réputés zones de transit de la drogue. C'est le cas de Colombie, un quartier précaire au nom évocateur, situé à Cocody entre le zoo et le carrefour Duncan des Deux-Plateaux. C'est le cas aussi de Gobelet, un autre quartier précaire de Cocody, logé dans un ravin entre les Deux-Plateaux Vallons et le commissariat du 30è arrondissement d'Attoban. Dans ce quartier, la douane anti-drogue a saisi, le 5 septembre 2007, la quantité surréaliste de 1,62 tonne de chanvre indien. Il y a 17 ans, c'était presque la quantité totale (1,63 tonne de drogue) qui était saisie à Abidjan, au cours du premier semestre, selon les chiffres de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Un autre quartier : Yaoséhi, dans la commune de Yopougon. Le 20 juillet 2009, les populations de ce quartier précaire se sont soulevées contre les policiers du 16è arrondissement, situé non loin, accusés de ne rien faire pour éradiquer la commercialisation de la drogue qui se fait au vu de tous.

Aujourd'hui, les saisies concernent toutes sortes de drogues. Outre les drogues dures, il y a aussi des psychotropes ou drogues synthétiques. Les plus courants de ces psychotropes sont l'Immenoctal (IM10) ou "Sekou Touré", les amphétamines et le Mandrax. Ces drogues sont consommées dans les milieux des travailleurs de l'informel. Ceux qui n'ont pas assez d'argent pour se rendre dans un salon VIP d'un bar de Treichville ou de Biétry et qui en ont suffisamment pour ne pas " s'empoisonner ", selon l'expression d'Asko, avec du " fôtô " (de la colle forte) imbibé dans un mouchoir et aspiré violemment.

 

André Silver Konan

kandresilver@yahoo.fr

 

Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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