Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 11:01
Panel sur les médias traditionnels et les réseaux sociaux : Intervention d’André Silver Konan

Invité à prononcer une conférence sur le thème « Les médias traditionnels et les réseaux sociaux, complémentarité ou rivalité », au Forum international de la formation et de l’emploi (FIFE), le journaliste-écrivain et communicateur André Silver Konan, spécialiste des réseaux sociaux, a instruit les panélistes, à l’auditorium de la Caistab au Plateau (Abidjan), le jeudi 11 juin 2015.

J’ai été invité par les organisateurs du Forum international de la formation et de l’emploi (FIFE) à animer le panel sur le thème suivant : « Les médias traditionnels, les réseaux sociaux : rivalité ou complémentarité ».

Pour commencer, je vais vous faire partager les résultats d’un constat personnel. Il y a quelques jours, M. Essy Amara, un homme politique bien connu en Côte d’Ivoire, a accordé une interview à un média international. De larges extraits de cette interview ont été repris par les médias traditionnels, notamment les journaux et par de nouveaux médias comme des sites Internet sérieux. Comme j’aime le faire, davantage pour susciter le débat, j’ai publié un extrait de son intervention, sur ma page officielle Facebook et sur mon compte Twitter. J’ai été surpris de constater que la plupart des intervenants sur mon post, considéraient cette information comme exclusive. Explication : ils n’avaient ni lu les journaux, ni lu les sites Internet, ni écouté la radio.

Deuxième exemple : le week-end passé, des machinistes de la Sotra ont observé un arrêt de travail brutal, sur le boulevard Nangui Abrogoua d’Adjamé, au motif que l’un de leurs collègues avait été brutalisé par un élément de la garde rapprochée du commandant de la Marine. L’information a créé le buzz sur les réseaux sociaux. Grande a été cependant, ma surprise, de constater que l’information n’a pas été reprise, en tout cas, à ma connaissance, par les médias traditionnels. Explication : les journalistes de ces médias n’ont pas eu le flair de récupérer l’information ou ne l’ont pas vu passer.

Complémentarité

J’ai cité ces deux exemples pour démontrer que les médias traditionnels et les réseaux sociaux, sont absolument et nécessairement, pour le consommateur de l’information publique, deux sources complémentaires d’information. Et chaque média (traditionnel ou social) étend davantage son influence. L’exemple le plus patent, en ce qui me concerne, est l’affaire des disparitions d’enfants à Abidjan, en début d’année. Vers la fin du dernier trimestre 2014, il ne se passait pas une semaine, sans que je sois alerté par des proches d’enfants disparus, pour une campagne de mobilisation autour d’un enfant. Sur les réseaux sociaux, notre mobilisation a permis qu’un enfant à Marcory soit rapidement retrouvé, qu’un autre qui avait été pris en otage par des jeunes du quartier, en vue de rançonner ses parents, soit aussi retrouvé à Adjamé. Cependant, il manquait quelque chose. Les médias traditionnels ne s’étaient pas encore emparés de l’affaire. A la mi-janvier, j’ai publié une tribune dans le quotidien progouvernemental Fraternité Matin, où j’invitais le gouvernement à assumer ses responsabilités régaliennes. La tribune a été abondamment relayée par les sites Internet et les réseaux sociaux. Deux jours après, le gouvernement prenait des mesures vigoureuses. Et sauf erreur de ma part, ces mesures ont relativement payé, puisque j’entends de moins en moins d’histoires sur des cas d’enlèvements d’enfants.

Rivalité

Mais il ne faut pas s’y méprendre. Les nouveaux médias, réseaux sociaux y compris, sont de sérieux concurrents des médias traditionnels. Il n’y a qu’à voir comment les journaux tournent la page de leur propre survie. France Soir en France est le symbole de la fin de règne continue des médias traditionnels, vaincus par l’influence croissante des réseaux sociaux.

En Côte d’Ivoire, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En effet, bien que le taux de pénétration d’Internet est faible. En février 2014, le ministère de la Poste et des TIC indiquait qu’il y avait près de 200 000 abonnés à Internet. Pendant ce temps, Facebook dressant son tableau des pays africains utilisant sa plate-forme, indiquait en avril de la même année, que la Côte d’Ivoire avait dépassé le million d’utilisateurs, soit exactement 1 260 000 abonnés. Alors question : comment alors qu’il y a 200 000 abonnés à Internet, l’on peut être plus d’1.2 millions d’utilisateurs de Facebook ? Eh bien, l’explication est simple. Pour avoir accès à Facebook sur son téléphone portable (à la même date, le pays comptait 19.7 millions d’abonnés aux réseaux cellulaires), on n’a pas besoin de s’abonner à Internet. Il suffit d’installer une application sur son téléphone et de payer directement son accès, à partir de son numéro de téléphone.

Ceci explique pourquoi les réseaux sociaux deviennent de plus en plus puissants et dévoilent des affaires qui deviennent des affaires d’État. Exemple : affaire Awa Fadiga, du nom de cette jeune femme mannequin qui a été violemment éjectée d’un taxi par des agresseurs et qui a trouvé la mort, dans les locaux du Chu de Cocody. Exemple encore : affaire Habib Fall, du nom de ce jeune homme tué par un magistrat à Cocody. La mobilisation exceptionnelle de la toile a abouti à l’arrestation du tueur présumé, qui fait partie d’un corps jugé jusque-là intouchable, en Côte d’Ivoire.

Perspectives

En clair et en conclusion, les médias traditionnels ont tous et irrévocablement un destin commun : la transition vers le numérique. Le propriétaire d’un journal papier qui ne réfléchit pas à un nouveau modèle économique qui associerait le print (l’imprimé) à la version numérique, ne survivra pas après 2020. Évidemment, le propriétaire de ce journal n’atteindra même pas 2020, s’il n’associe pas ce journal à un site Internet dynamique et des comptes sur les réseaux sociaux, et surtout s’il ne développe pas des applications, pour avoir accès aux utilisateurs de smartphones. La télévision, même si elle reste le média d’influence, par excellence, n’échappe pas à cette perspective.

Une télé et une radio qui ne seraient pas visibles à partir d’un site Internet (personnellement, il m’est déjà difficile de m’asseoir devant un poste téléviseur, pour regarder une émission, je préfère regarder mes émissions à partir des sites Internet) court vers la perte croissante de son audimat. Les médias traditionnels ne peuvent pas et ne doivent pas mourir au profit des réseaux sociaux. Pour une raison toute simple : sur les réseaux sociaux, il y a souvent trop de rumeurs, voire de voyeurisme ; c’est un endroit où du jour au lendemain, on voit naître des journalistes d’un genre nouveau, qui ignorent tout de la déontologie du métier et qui publient les informations aussi vite qu’ils tapent sur un clavier, tout en se moquant royalement des principes de vérification de l’information, du recoupement des sources, etc. .

Merci pour votre attention. J’attends les questions pour mieux échanger.

Partager cet article

Repost 0
Published by andré silver konan
commenter cet article

commentaires