Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 18:02
Bonjour monsieur Yao N’Dré,
Je voudrais avant de vous dire ce que j’ai à vous dire, vous rafraîchir la mémoire sur les circonstances de notre première rencontre. C’était en 2006. A Divo. Vous aviez constitué un convoi à partir du siège provisoire du conseil général dont vous êtes le président, pour aller expliquer votre politique dans un canton. J’ai participé à toutes les étapes de cette mission, non à votre invitation, mais à mon initiative personnelle, étant présent dans la ville pour enquêter sur des actes subversifs menés par des jeunes bien connus de vous, contre certaines communautés. 
A votre retour de cette mission qui a duré toute la journée, pour la simple raison que vous perdiez inutilement le temps en des causeries sans intérêt à des domiciles de certains de vos proches, nous avons longuement discuté dans la cour du siège provisoire du conseil général.
Ce jour-là, je me suis fait une idée précise de vous ; j’ai cerné votre personnalité. Je préfère vous le dire tout de suite, pour vous mettre à l’aise : vous m’aviez déçu.
En effet, vous avez passé le clair de votre temps à dire des méchancetés sur le compte d’un certain Jacob Akpalé, votre rival politique (comme je devrais le savoir plus tard) au sein du Front populaire ivoirien (FPI) dans la région du Djiboua. Tout le temps qu’a duré notre entretien, vous vous êtes glorifié de vos relations directes « sans intermédiaires avec Gbagbo ». A vous écouter, cette relation privilégiée vous suffisait comme programme politique, comme projet de développement. Je m’en suis convaincu car c’est le seul message que vous aviez apporté à la population visitée, qui répondait inlassablement par des doléances d’ordre primaire: électrification, bitumage des voies, adduction d’eau, lotissement, école, etc.
Vous ne sembliez guère préoccupé par les préoccupations de vos électeurs et cela m’a intrigué.
J’ai été d’autant plus intrigué par votre personnalité, quand à la fin de notre conversation, sinon de votre long monologue, (nous étions debout, à la merci des moustiques et dans le noir, toute chose qui m’a dévoilé un autre pan de votre personnalité), vous m’aviez invité à aller danser avec vous dans un bar nouvellement ouvert à Divo. Je tombais des nues et j’ai décliné l’invitation. A quelqu’un que vous connaissez très bien car il est journaliste dans votre région natale, j’ai confié : « Cet homme n’a aucune vision, n’a pas de souci pour son peuple et ne mesure pas le poids de ses énormes responsabilités ».
Aujourd’hui encore, je sais que je n’avas pas tort d’arriver à cette conclusion implacable à votre sujet, et c’est la raison pour laquelle, quand je vous ai vu à la télé nationale le 2 décembre, révélant à mots à peine couverts que vous alliez inverser les résultats du scrutin du 28 novembre, le lendemain, je n’ai point été surpris.
 
Monsieur Yao N’Dré,
Vous remarquerez que je ne dis pas « Professeur » ou « monsieur le Président ». Je ne peux pas vous appeler par ces termes parce que je pense que vous ne méritez pas ces titres. Je vais vous dire pourquoi, même si vous le savez.
 
Monsieur Yao N’Dré,
Je vous accuse ! Tous ces morts, tout ce sang, tous ces pleurs et ces grincements de dents, toutes ces destructions, toute cette violence, ont un rapport avec votre très intelligente décision du 3 décembre 2010. Ce jour-là, en tordant le cou au droit, vous pensiez que c’était un jeu, vous saviez que votre acte produirait des effets désastreux, pourtant vous avez pris la responsabilité de poser cet acte lourd.
Je vous accuse parce que vous avez inventé le droit plutôt que de le dire. En effet, vous avez décidé d’annuler les résultats dans treize (et non sept, comme je l’entends) départements dans la moitié nord du pays, pour inverser les résultats du scrutin, alors que cela n’est écrit nulle part dans notre code électoral dont vous étiez censé être le gardien.
Je vous accuse parce que vous vous êtes senti obligé d’annuler les résultats dans le département de Séguéla alors que la requête du candidat Laurent Gbagbo ne portait pas sur ce département. Aucun crime n’est parfait, et dans la précipitation de votre coup (je ne parlerai pas de forfaiture, ce serait vous manquer de respect), vous avez inclus ce département dans le lot des résultats à annuler.
Je vous accuse parce que le 2 novembre, à la télé nationale, vous aviez annoncé que la Commission électorale indépendante (CEI) était hors délai, en ce qui concernait la proclamation des résultats, alors que vous-même admettiez, plus tard, que nulle part, notre code électoral ne mentionne un délai pour la proclamation des résultats.
Je vous accuse parce que devant les Experts désignés par l’Union africaine, vous souteniez que la CEI ne vous avait pas transmis à temps (après les trois jours légaux) les procès verbaux des bureaux de vote, ce que, dans la précipitation, vous aviez omis de dire lors de votre show télévisé.
 
Monsieur Yao N’Dré,
Je vous accuse en vous invitant à relire votre très intelligente décision du 3 décembre 2010. Vous affirmiez dans cette très intelligente décision que vous avez reçu les PV les 30 novembre et 1er décembre (donc dans le délai prescrit) de la part de la CEI, et vous précisiez qu’ils ont été « réceptionnés par le secrétariat du conseil constitutionnel ».
Je vous accuse parce que vous savez très bien, étant un homme de droit et, circonstance aggravante, un constitutionnaliste, que votre décision a violé les dispositions constitutionnelles qui fondent l’organisation même de l’institution que vous êtes censé diriger. En effet, vous avez été incapable de produire la moindre copie du procès verbal de la réunion plénière des cinq membres du conseil, qui a abouti à votre décision.
Je vous accuse parce que vous avez été incapable de fournir le moindre rapport des huit rapporteurs adjoints, qui, selon la constitution que vous prétendez défendre, étaient censés enquêter sur les allégations de fraude au Nord, proclamées par M. Laurent Gbagbo.
Je vous accuse parce que si vous avez été incapable de fournir ces rapports à toutes les missions qui se sont succédé en Côte d’Ivoire, c’est tout simplement lié au fait qu’ils n’existent pas.
Je vous accuse parce que si ces rapports n’existent pas, cela veut très logiquement dire que vous avez pris une décision unilatérale, illégale, anticonstitutionnelle et inconstitutionnelle. Je vous accuse !
 
Monsieur Yao N’Dré,
Si cent jours après le second tour de l’élection présidentielle, nous sommes dans cette situation imprévisible, dangereuse et dramatique, c’est à cause de votre décision.
Je vous accuse d’avoir joué avec le droit. Je vous accuse d’avoir joué avec nos vies. Je vous accuse d’avoir cru, comme vous me l’aviez fait croire à Divo à notre première rencontre, que ce risque était une partie de danse dans un bar.
Regardez donc autour de vous. Regardez le chaos qui s’est installé à Toulépleu, écoutez les pleurs de cette femme qui vient de voir son enfant brûler à Yopougon, voyez la désolation de cet homme qui vient de découvrir que sa femme a été mortellement fauchée par une balle traitresse et assassine à Abobo, contemplez donc, si vous osez, la misère qui s’est emparée de cette famille de planteurs à Hiré, comptez avec les organisations des droits de l’homme les centaines de morts depuis votre décision « historique ».
 
Monsieur Yao N’Dré,
Demain, quand M. Laurent Gbagbo va perdre ce pouvoir qu’il est en train de perdre lamentablement et honteusement, vous pourrez toujours avancer que ce dernier vous a contraint, sous la menace, de prendre cette décision qui est en train de détruire notre Nation. Certaines personnes pourront vous croire, moi non. D’autres personnes pourront vous prendre en pitié, moi non. Les nouvelles autorités pourront vous assurer l’impunité, ma soif de justice non.
Je vous le dis hic et nunc : quand cette situation finira, je serai votre pire cauchemar. Je ne prendrai aucune arme contre vous. Mais je ferai de votre interpellation et de votre inculpation, une affaire personnelle. Je vais hanter les juridictions nationales, tourmenter les juridictions internationales, harceler les médias nationaux et internationaux, ameuter les organisations nationales et internationales pour que justice soit rendue à ce peuple qui ne méritait pas que vous jouiez avec lui comme vous danseriez avec des jeunes filles dans un bar de Divo.
En attendant le jour où mon esprit tourmenté par tant d’horreurs survenues du fait de votre « sage » décision, sera tranquille.
En attendant ce jour (c’est-à-dire le jour où vous répondrez de votre très intelligente décision devant la justice des hommes) où ma conscience ébranlée par tant de morts que vous auriez pu éviter, sera apaisée, je vous souhaite de commencer à méditer, si vous en êtes capable, sur ce paragraphe tiré de la Bible : « Le scandale est permis, mais malheur à celui par qui le scandale arrive ».
Je vous accuse parce que vous êtes celui par qui le sandale de la  destruction de notre Nation, est tragiquement arrivé, ce jour désormais maudit du 3 décembre 2010, où dans votre parfaite clairvoyance, vous avez scellé le sort de millions de personnes qui ne demandaient rien d’autre que l’application du droit, la proclamation de la justice, bref, le respect de leur droit de suffrage.
 
André Silver Konan
Par andré silver konan - Publié dans : politique ivoirienne
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Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 16:07


Un opposant aux idées lumineuses, au verbe haut et fort, à l’ambition dévorante et autant noble. Nous sommes en 1999, précisément dans la première quinzaine du mois de juillet. Une période agitée, aussi bien en Côte d’Ivoire que dans le monde. Une époque où M. Laurent Gbagbo, futur Président de la République, opposant historique, brillait de mille feus idéologiques. A ce moment-là, l’homme disait lutter pour la démocratie en Côte d’Ivoire, et nous le croyions. A ce moment-là, M. Gbagbo était à nos yeux un démocrate. Et nous n’étions pas des fous.


Près de douze ans après, re-parcourons ce grand discours, cette haute vision, de M. Gbagbo, publiée dans Notre Voie (le journal officiel du Front populaire ivoirien-FPI) du mardi 13 juillet 1999. A cette époque, M. Gbagbo était un démocrate. Personne n’en douterait.


Comment ne peut accorder, à cette époque, la médaille du grand combattant de la liberté à M. Gbagbo qui expliquait la décision prise par l’Otan de libérer le Kosovo ? « Il y a beaucoup de débats autour du Kosovo. Certains disent : pourquoi l’Otan a fait des frappes ? Elle n’aurait pas dû. D’autres disent : la Serbie est un pays souverain, on ne doit pas le déranger. D’autres disent encore : l’Otan avait le droit et le devoir de frapper. Sur tous ces points, nous avons, bien sûr, un point de vue ».

Et ce point de vue, tenez-vous bien, est celui défendu aujourd’hui, par M. Guillaume Soro, qui en appelle à l’Ecomog pour « rétablir la démocratie en Côte d’Ivoire ».

Lisons cette charmante réflexion de M. Gbagbo sur la question : « Les Européens, après avoir lutté chez eux par petits groupes, ont décidé de lutter globalement. Ils sont fatigués de voir en Europe des Hitler, des Franco, des Mussolini. Oui, qui veut la démocratie doit en prendre les chemins. Qui veut la démocratie en prend armes. Ils veulent la démocratie, ils en prennent les armes. Les armes au sens propre pour le Kosovo ». Stupéfiant !


Relisons donc cette position qui ne rappelait ni celle d’un boulanger ou d’un homme marqué par la duplicité, ni celle d’un politicien faussement nationaliste, adepte des compromissions et des accusations fantaisistes et ridicules portées contre l’occident: « Il faut que nous-mêmes les Africains, nous commencions à nous remettre en cause, parce que trop souvent, quand nous parlons, nous accusons l’impérialisme, le colonialisme. Mais, nous, on n’a jamais rien fait (…) Alors cessons de tout mettre sur l’Europe, sur l’Amérique et interrogeons-nous ».


Re-parcourons l’invitation claire, précise, directe de M. Gbagbo, adressée à l’Onu, pour « neutraliser » M. Jonas Savimbi, comme M. Alassane Ouattara en ferait la même chose aujourd’hui : « Tant que l’Angola restera déstabilisé, des menaces pèseront sur la Namibie, sur la République démocratique du Congo, sur le Congo-Brazza. Et c’est le lieu d’interpeller l’Onu. Sur le problème de l’Angola, l’Onu est clair. L’Onu a pris des résolutions qui disent qui a tort, qui a raison. L’Onu dit que c’est le gouvernement de Dos Santos qui est le gouvernement légitime. L’Onu a désigné comme paria, Jonas Savimbi. Mais qu’attend l’Onu pour faire comme les Européens, pour prendre les armes et rétablir la paix ? ».


Comme ce temps où M. Gbagbo, auréolé de la gloire enviée du défenseur acharné des droits de l’homme, dénonçait le « sanguinaire Abacha » au Nigéria ou les « exécutions perpétrées par le Président Kabbah » en Sierra Leone, semble si loin ?


Comment ne pas avoir envie de réécouter cet homme politique aux sermons irrévocables dénoncer la confiscation du pouvoir en Afrique et saluer avec des hommages appuyés, M. Alpha Omar Konaré, qui s’apprêtait à céder le pouvoir à son successeur-prédécesseur Amadou Toumani Touré.

« Il faut arrêter ces tentations qui remettent souvent en cause les acquis démocratiques (…) Alpha Konaré, c’est ici tout près. C’est un Dioula du Mali. C’est-à-dire que c’est nous. Cela veut dire que nous aussi, nous pouvons être démocrates. Mais pourquoi nous ne le sommes pas ? Si un de ceux avec qui nous avons fait l’école, un de ceux avec qui nous avons milité à ciel ouvert, s’il est capable de prendre un texte et de respecter ce texte et à partir à la fin de son mandat, pourquoi serions-nous incapables d’instaurer la démocratie dans notre pays, la Côte d’Ivoire ? », lançait-il y a douze petites années, M. Gbagbo au troisième congrès ordinaire du FPI, son parti.


Comment ne pas tomber en admiration face à cette profusion de bonnes intentions de M. Gbagbo, qui déclarait, sérieux et solennel : « Ici, dans cette partie-ci de l’Afrique, les gens croient que quitter le pouvoir, c’est une infamie. Ils pensent que quitter le pouvoir, c’est infamant. Il y en a même qui ont dit : ‘’On ne dira jamais de moi, voilà un ancien chef d’Etat ». Mais c’est grave. Et Mandela leur montre qu’il est plus célèbre qu’eux, qu’il est plus populaire qu’eux, alors que lui, il est un ancien chef d’Etat. Celui qui ne veut pas qu’on dise de lui qu’il est un ancien chef d’Etat, est un dictateur » ?


Comment, enfin, ne pas finir cet éditorial par cette brillante sentence, qui ressort d’un principe sans appel, lancée du haut de sa tribune ensoleillée par l’espérance et le changement, à M. Henri Konan Bédié, alors au pouvoir : « Comme on le dit en Côte d’Ivoire, pardon, démissionnez. Pardon, je vous en supplie, démissionnez. Donnez un signal au peuple de Côte d’Ivoire pour dire que vous êtes capable de changement. Pardon, démissionnez ! ».

 

André Silver Konan

Par andré silver konan - Publié dans : politique ivoirienne
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Vendredi 18 février 2011 5 18 /02 /Fév /2011 20:22
Le journaliste-écrivain André Silver Konan est connu pour être un analyste politique. De nombreuses personnes ignorent qu'il est diplômé en économie. Dans cette interview, il fait le tour d'horizon de l'actualité économique et financière de la Côte d'Ivoire. Mais pas seulement.
Plus de trois semaines après la décision prise par la BCEAO de rompre les amarres avec Abidjan, quelle est la situation sur le terrain financier en Côte d'Ivoire ?
En termes de situations, j'évoquerai des faits, pour éviter de faire des commentaires, qui pourraient être interprétés d'une façon ou d'une autre. Les faits sont ceci : aujourd'hui, il est quasi impossible de retirer plus de 200.000 FCFA, dans une agence de transferts de fonds. Les banques commerciales ont fixé des sommes plafonds, généralement 1 million FCFA, au-delà desquelles aucun retrait n'est possible. La plupart des banques n'octroient plus de crédit ni de prêts. Les guichets automatiques sont de moins en moins approvisionnés. En début de semaine, au moins deux banques commerciales, en l'occurrence Bicici et Citibank, ont décidé de suspendre provisoirement leurs activités, après que des responsables de la Société générale, eurent été contraints, sous la force des armes, quelques jours plus tôt de faire de la compensation. Manifestement, c'était à leur tour et elles ont décidé de ne pas céder à cette façon de faire. Conséquence : elles ferment provisoirement.
 
Qu'est-ce qui explique tout cela ?
La raison est toute simple. Il y a, on pourrait dire, panne de liquidité, autrement dit manque d'argent frais. La Bceao à Dakar en coupant les ponts avec l'agence nationale et en mettant cette dernière, réquisitionnée du reste, dans l'illégalité, empêche l'une des fonctions essentielles qui participe de la raison sociale d'une banque : la compensation. De fait, depuis Dakar, la Bceao, qui est la patronne des banques, qu'elles soient privées ou publiques, a procédé au blocage informatique de la chambre de télé-compensation de l'agence nationale d'Abidjan. C'est un système contrôlé par un logiciel ultra sécurisé qui permet aux banques et aux établissements financiers, de traiter informatiquement et avec un risque zéro, leurs opérations. En guise d'exemple, si la SGBCI a des chèques Ecobank et que celle-ci a des chèques SGBCI, chaque soir, après la fermeture officielle des guichets, les responsables des deux banques font le point des chèques. Si Ecobank a des chèques SGBCI d'une valeur de 10 millions FCFA et que SGBCI a des chèques Ecobank de 15 millions FCFA, la compensation fait que Ecobank doit 5 millions FCFA à SGBCI. Le lendemain, on fait encore ce travail qui évite les convois d'argent dans tous les sens, chaque jour. Ce travail, ainsi que d'autres travaux, est supervisé, contrôlé et régulé à partir de la chambre de télé-compensation. Les autres agences nationales disposent de ses mêmes chambres, ce qui permet de traiter les informations bancaires à l'échelle de l'Uemoa. Depuis lors, ce travail n'est plus fait, alors au pire, les banques refusent les chèques des autres banques, au mieux, elles font patienter les clients détenteurs de ces chèques. Puisque chaque banque gère sa caisse, donc sa liquidité de façon autonome et précieuse.
 
Etait-ce normal que la Bceao prenne cette décision qui selon elle participerait à l'asphyxie financière de M. Gbagbo, quand on voit que les perdants dans cette affaire sont plus les petits épargnants que le pouvoir de M. Gbagbo ?
Je n'ai pas envie de juger ni de commenter cette décision. Je fais des constats. Vous savez, l'une des principales particularités de la banque, c'est la confiance. Quand la confiance est rompue, cela devient difficile. La situation est d'autant plus compliquée que les agents qui travaillent au sein des agences nationales de la Bceao ont été sommés par Dakar (siège de la Bceao, NDLR) d'aller ouvrir des comptes dans des banques commerciales, pour le virement de leurs salaires de février. Cela a été fait. Au demeurant, les décisions radicales prises par le Gouvernorat de la Bceao ont été rendues possibles sur le plan pratique, d'autant plus qu'elle s'était préparée à ce genre de situations. D'abord après le casse de Sia Popo en 2001, puis les casses des agences régionales en zone Forces nouvelles en 2004. Du coup, depuis Dakar, le Gouvernorat change quotidiennement les codes d'accès aux voutes, contenant à peu près 240 milliards FCFA. L'argent disponible en caisse, estimée à près de 8 milliards FCFA, avait déjà été emporté après la démission forcée, pour employer le terme fort à propos de l'un des deux protagonistes de la crise postélectorale, du Gouverneur Dakoury Tabley.
 
Manifestement, ces décisions n'ont aucun effet sur le « gouvernement illégitime » de M. Gbagbo, puisque le ministre délégué au Budget de son gouvernement a déclaré que les recettes du cacao ont fait un bond, en dépit de la mesure prise par M. Ouattara et il assure que les salaires du mois de février ne sont point menacés, puisqu'il semblerait que le camp Gbagbo a sollicité l'appui financier de certains pays comme l'Angola ou l'Afrique du Sud. Quel est votre commentaire sur les assurances du ministre ?
Le ministre délégué sait ce qu'il dit, je ne commenterai pas ses propos. Pour ma part, je ne fais pas de politique. Je fais des constats. Et les constats sont simples. D'abord en ce qui concerne, la hausse de la quantité de cacao exportée. Les chiffres sont justes mais contrairement à ce que certaines personnes veulent comprendre, ce sont les chiffres de l'exercice 2010. Depuis que M. Ouattara et son gouvernement ont pris la décision de suspendre les exportations de cacao, dont notre pays est le premier producteur mondial, vous pouvez aller faire le constat dans les deux ports du pays. L'activité a considérablement baissé. Les principaux exportateurs que sont Cargill, ADM, Armajaro, etc. ont gelé leur exportation à partir des deux ports du pays. Quant au payement des salaires, je fais le constat suivant. Un : à la fin du mois de janvier, le salaire de certains fonctionnaires n'a pas été viré le jour annoncé. Deux : les personnels dans les Etablissements publics nationaux ont perçu leurs salaires seulement dans la deuxième semaine de février. Trois : jusqu'à présent, de nombreux retraités n'ont pas encore perçu leurs pensions. Indéniablement, le mois de février sera plus difficile puisque les recettes douanières ont chuté, les recettes fiscales, pareil, de même que les revenus tirés du pétrole et du gaz. Ce qu'il faut savoir, c'est que la Côte d'Ivoire compte environ 105.000 fonctionnaires et 55.000 soldats, tous corps confondus. La masse salariale mensuelle tourne autour de 80 milliards FCFA et les dépenses de fonctionnement de l'Etat avoisinent 50 milliards FCFA. Ce qui fait qu'il faut trouver mensuellement environ 120 milliards FCFA. Ce que tout gouvernement qui a des problèmes d'argent fait, c'est de faire une répartition discriminée des ressources. En d'autres termes, faire comme feu Lansana Conté en Guinée, à savoir payer prioritairement les soldats et échelonner le payement des salaires des fonctionnaires, en commençant par les plus difficiles à gérer que sont les enseignants, puis terminer par les masses les plus socialement vulnérables que sont les retraités et les plus politiquement marqués que sont les travailleurs dans les institutions.
 
Qu'en est-il des prêts sollicités par le gouvernement Gbagbo auprès de l'Angola et de l'Afrique du Sud ?
La masse salariale mensuelle en Côte d'Ivoire est fort importante. Aucun Etat, même inconditionnellement ami et déterminé dans son soutien, ne peut supporter de faire des prêts ou des dons, de cette hauteur pendant plusieurs mois. L'Angola peut donc aider pendant un temps. L'Afrique du Sud, non. Vous savez, beaucoup de choses se disent sur l'Afrique du Sud. Très souvent, cela n'est pas juste. Ce pays s'est doté d'instruments et de mécanismes de gouvernance les plus démocratiques d'Afrique, qui empêchent que M. Jacob Zuma, s'il ne veut pas courir le risque de la destitution, comme son prédécesseur, ne peut pas se laisser aller à des transactions financières au noir. Très souvent en Côte d'Ivoire, on fait des projections selon notre façon de concevoir la démocratie. De sorte qu'on accuse les médias occidentaux par exemple de cacher l'information sur la mort d'une personnalité, parce que nous contrôlons les médias et dictons les informations à la presse. On ignore totalement que les journalistes occidentaux sont indépendants et qu'ils sont à la recherche du scoop qui va booster leur carrière. Etant donné qu'on peut se permettre, sans passer ni par le parlement, ni par le conseil des ministres, ordonner un transfèrement de fonds à l'endroit d'un Etat qui n'arrive pas à honorer ses engagements vis-à-vis de ses fonctionnaires, plus parce que le Président est incompétent et moins parce qu'il y a une forte pression salariale, on pense qu'il suffit d'un coup de téléphone, pour que le Président d'une nation comme l'Afrique du Sud, fasse décaisser des fonds pour tel Président. Ce qu'il faut savoir à propos de l'Afrique du Sud, c'est que ce pays joue sa notoriété dans le monde avec le dossier ivoirien. Ses dirigeants en ont pleinement conscience. Sachez que les Etats, plus ils deviennent démocratiques, plus ils n'ont pas d'amis et plus ils privilégient leurs intérêts plutôt que les intérêts d'un autre Etat encore moins les intérêts d'un individu dans un autre Etat. L'Afrique du Sud lutte depuis des années pour obtenir une place au Conseil de sécurité des Nations-Unies, lesquelles ont reconnu M. Ouattara comme président élu de Côte d'Ivoire. L'Afrique du Sud fait ce que font tous les Etats qui sont dans cette posture, elle joue l'équilibriste.
 
Sur le plan économique, comment se porte la Côte d'Ivoire aujourd'hui ?
Ma réponse est radicalement pessimiste : la Côte d'Ivoire se porte mal, très mal. Notre pays est au bord de la faillite, quoiqu'un Etat ne peut faire faillite. Même en plein conflit, les indicateurs économiques et financiers n'étaient pas autant dans le rouge. Ceci encourage une gestion empirique des affaires publiques qui a fait reculer le pays, en termes de mécanismes de gestion, à l'ère coloniale, pendant la seconde guerre mondiale. Evidemment, cette gestion au noir est la porte ouverte à toute sorte de détournement de fonds. Les faits prouvent mon affirmation. Le secteur de l'hôtellerie est en plein sinistre. De nombreux hôtels dont certains huppés, ont fermé. Le gaz butane manque dans les ménages. De nombreuses stations d'essence affichent « rupture ». Les entreprises attributaires de marchés dans le cadre des projets post-conflit, financés par les institutions de Breton Woods ou par l'Union européenne, ou encore par les coopérations de l'un des pays de l'UE ou de l'Asie, principalement le Japon, ainsi que par des pays comme le Canada ou les Etats-Unis, sont au bord de l'asphyxie. Les fournisseurs de l'Etat réclament des dizaines de milliards à l'Etat, tout comme les fondateurs d'établissements scolaires, qui crient à la banqueroute. Chaque jour, ce sont des emplois qui sont supprimés, des hommes licenciés ou mis au chômage technique. Allez à la bourse de travail de Treichville, et vous serez édifiés sur l'ampleur du drame. Les entreprises qui résistent encore produisent moins avec une charge de production beaucoup plus importante, du fait de l'approvisionnement en matières premières, qui se fait rare, situation liée à la décision de l'UE et des Etats-Unis d'inscrire les ports sur leur liste noire. L'inflation, du fait de la panne de liquidité, et du renchérissement des coûts de production sur les prix de vente des produits finis, est de la partie. Et toute chose étant égale par ailleurs, les salaires n'augmentant pas, diminuant même, dans certaines entreprises, je puis vous dire que la situation est intenable pour l'Ivoirien ordinaire. L'administration publique ignore maintenant le système de traçabilité (avec les chèques, les bons de livraison, les courriers, etc.) pour préférer l'argent frais, disponible hic et nunc. En attestent les appels à payer les impôts directement chez le receveur, plutôt que par chèque. Cela ressemble au système d'encaissement de la contravention dans les régies de police, à savoir l'opacité parfaite.
 
La création de la Monnaie ivoirienne de la résistance (MIR) n'est-elle pas une solution à envisager ?
La création d'une nouvelle monnaie pour faire face à une inflation galopante est une solution radicale et appropriée adoptée dans certains pays. Elle est le fruit d'une étude approfondie et conséquente. Cependant, ce n'est certainement pas la MIR, comme vous dites, qui sera une monnaie crédible. Rien que par son nom, cette idée de monnaie est ridicule. Aucune monnaie ne se fabrique sur la base de la résistance. Je vous ai dit plus tôt que la banque, c'est la confiance. La monnaie l'est encore plus. C'est ce qu'on appelle la valeur fiduciaire de la monnaie. Une monnaie doit inspirer la confiance. Pourquoi le dollar a plus de valeur que le GNF, le franc guinéen, qui lui-même a moins de valeur que le CFA ? Eh bien, c'est la confiance que les consommateurs placent en cette monnaie, puisque tous les billets sont fabriqués avec du papier. Certains intellectuels de la Refondation, je crois, ont exclu cette hypothèse, née dans certains esprits retors qui ne comprennent rien aux affaires financières et monétaires et qui pensent qu'on peut gérer un pays, comme on gèrerait un champ de manioc au village.
 
Qu'en est-il donc de l'idée d'aller fabriquer des billets de CFA en Argentine pour alimenter le marché local, éventée par La Lettre du Continent ?
Elle participe elle aussi de l'hérésie financière. Ce serait la pire des fautes que ceux qui nourrissent l'idée de la faire, commettrait, puisqu'elle précipiterait la faillite du système financier ivoirien et par entraînement, celle de toute la Communauté financière africaine. La raison est simple. Si rien que la rumeur annonce que des billets fabriqués en dehors de la procédure habituelle à la Bceao circulent sur le marché ivoirien, la réaction de la Banque centrale sera de dénoncer l'existence de faux billets sur le marché ivoirien. On dira « On s'en fout s'ils dénoncent », mais non. Puisque les banques commerciales ne reconnaîtront pas ces billets. Pire, le boutiquier du quartier commencera à être méfiant vis-à-vis de tous les billets et très vite, même la vendeuse de banane braisée va refuser un billet de banque, qu'il soit vrai ou faux. La psychose des faux billets d'Argentine (je vois d'ici là les Ivoiriens donner des surnoms à ces billets) va s'emparer de tout le monde et comme la monnaie, c'est d'abord et avant tout la confiance, les billets de banque ne vont plus circuler sur le marché et ce sera la faillite du système. Il faut dire que l'on risque d'arriver à la faillite du système financier ivoirien d'une autre façon, si l'on n'y prend garde. Si les difficultés de retrait de fonds subsistent, il faut craindre que la panique s'empare des épargnants dans les banques et surtout dans les micro-finances, et que ceux-ci accourent un jour dans les banques pour retirer partiellement ou totalement leurs épargnes. Ca serait catastrophique.
 
Que faut-il pour sortir de cette situation ?
Il faut que la situation se normalise.
 
Que M. Gbagbo accepte de quitter le pouvoir ou que la « force légitime » soit mise à contribution pour le déloger ?
(Rires) Je vous avais déjà dit, avant de commencer cette interview que je ne parlerais pas politique.
 
De quoi avez-vous peur ?
Selon vous, de quoi devrais-je avoir peur ? La réponse légitime à votre question appartient aux Ivoiriens, pas à moi.
 
Propos recueillis par Elvire Ahouanan
Source : lebanco.net
Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 12:00


Qu’est-ce qui s’est passé à Abobo dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 janvier 2011 ? Pour tenter de comprendre cette tragédie digne du film d’espionnage, nous sommes allés à la rencontre de témoins directs et indirects. Sous le couvert de l’anonymat, ils parlent. Retour sur une nuit sanglante.


Aux dires de certaines personnes qui résident dans le périmètre du « Parlement » des jeunes patriotes d’Abobo, tout a commencé un jour plus tôt, c’est-à-dire dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 janvier.

« Dès 4h du matin, nous avons été réveillés par des rafales tirés en l’air, raconte un résident de ce périmètre. Certaines personnes ont reçu la visite d’hommes en armes et en treillis. C’étaient des éléments en tenue noire de policiers et d’autres qui portaient des pantalons treillis et des tee-shirts verts. Des voisins ont dit que c’étaient des miliciens qui sont venus très tôt, de la maison de la tante de Blé Goudé au Plateau Dokui où ils ont établi leur quartier général. Un voisin m’a confié qu’il avait vu l’un des responsables du « Parlement » servir d’indicateur. Ils disaient rechercher des armes qui pourraient servir à tuer Blé Goudé. Certaines personnes ont été délestées de leurs biens : téléphones portables, argent, bijoux, d’autres ont été bastonnés, pour rien, d’autres encore ont été arrêtés et on ne sait toujours pas ce qu’ils sont devenus ».

Le meeting de Blé Goudé, annoncé à grands renforts de publicité sur LMP-TV, autrement dit la RTI, n’a pas eu lieu. La descente des hommes en armes et en treillis à Abobo PK18 a en effet causé la mort de plusieurs personnes.

 

« Trop, c’est trop ! »

Ce mardi-là, Abobo ressemblait à un vaste champ de bataille. « Trop, c’était trop ! », martèle Abdoul, un militant du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Celui-ci dit avoir perdu son petit frère lors de la marche du 16 décembre dernier sur le siège de la Radio télévision ivoirienne (RTI) à Cocody, réprimée dans le sang par les forces pro-Gbagbo, et un oncle, qui a été tué chez lui à domicile, pendant le couvre-feu, toujours « par des forces pro-Gbagbo ». Lui, dit ignorer totalement ce qui s’est passé le jour suivant la descente punitive des policiers et des miliciens.

« Une chose est certaine, je n’ai jamais entendu de ma vie, des bruits pareils. Non, c’était une affaire de professionnels. Rien à voir avec les petits bruits de pétard auxquels nous autres militants du RHDP, sommes désormais habitués ».

Une source proche des Forces de défense et de sécurité (FDS) nous renvoie à un communiqué publié dans la presse, par un groupe de soldats. Ce groupe de soldats avait en effet revendiqué l’attaque contre les FDS à Abobo. Rien n’est moins sûr.

« L’état major avait été informé qu’il y avait des armes stockées à Abobo. Le colonel Bohiri a été personnellement informé de cette situation. Certaines informations disaient que les armes sont arrivées d’Anyama, via Bouaké, par le train et que c’était Koné Zakaria lui-même qui dirigeait les opérations. Ce n’était pas très juste à mon sens. Vraisemblablement, du matériel des FDS a été détourné par nos propres éléments sur le terrain », confie un officier de l’état major, qui clame qu’il décrypte froidement la situation, sans se laisser influencer par des considérations partisanes, car « de toutes façons, je ne soutiens aucun des deux camps ».

 

Des armes détournées

Selon son témoignage, le détournement des armes remonte à la veille du jour de l’an, « quand Blé Goudé a annoncé que le jeunes devraient aller au Golf à partir du lundi 3 janvier, pour déloger Alassane Ouattara et son gouvernement. En réalité, l’état major avait donné son accord pour cette opération. Les jeunes devraient être devant pour provoquer les casques bleus et quand ceux-ci commenceraient à perdre leur contrôle et à faire usage ne serait-ce que de bombe lacrymogène, les FDS devraient entrer en jeu ».

Selon notre source, cette initiative, quoique critiquée, a permis de percer pour la première fois l’abcès au sein des FDS.

En effet, « L’information a été donnée dans toutes les unités de police et de gendarmerie, à en croire notre source. Mais au camp d’Agban où siège le général commandant de la gendarmerie, Kassaraté Tiapé, pour la première fois, des voix se sont élevées, lors de l’information, pour dire que cette histoire ne concernait pas les gendarmes qui devraient rester neutres dans un combat entre politiciens. L’état major a senti qu’il y avait péril en la demeure. Surtout qu’un gendarme a osé dire à peu près ceci : « Vous savez tous ici que Ouattara a gagné dans les casernes, donc arrêtons l’hypocrisie. Nous les gendarmes, nous ne voulons pas être associés à cette entreprise ». La consigne de se tenir prêts pour le 3 janvier a été toutefois maintenue. Cela ne m’a pas étonné quand Blé Goudé a annoncé qu’il reportait sa marche sur le Golf. L’affaire était boycottée de l’intérieur du système par les gendarmes et des policiers, dont certains apprécient très mal la présence de mercenaires chèrement payés, arborant des grades et des treillis de la BAE (Brigade anti-émeute, NDLR). Cela n’a pas empêché la distribution d’armes, dont certaines lourdes à des forces paramilitaires. Cette opération n’a pas été confiée à l’état-major mais à des gens en dehors de l’état-major. Le lundi 3 janvier, à la reprise du travail, l’état major était informé que du matériel avait été détourné à Abobo, par des responsables du Parlement d’Abobo, justement. L’information a été négligée, vu que de toutes les façons, c’était une chose qui concernait les patriotes. Apparemment, le détourneur n’était pas celui à qui on avait pensé. ».

 

« Une affaire de pro »

Tout semble indiquer que le meeting de Blé Goudé a été le point de départ de cette opération.

« Moi, je suis un vieux père du quartier. Je peux attester que Koné Zakaria n’était pas dans notre quartier. Je peux aussi dire que ni nous-mêmes, ni nos jeunes, n’étaient associés à cette action », confie l’un des doyens de PK 18.

Notre source au niveau de l’état-major ne lui donne pas tort.

« Les armes détournées, ce n’était pas Zakaria. Vraisemblablement, c’était des soldats qui ont réussi à infiltrer le milieu patriotique et se sont servis. Et au moment opportun, ils se sont servis contre leurs frères d’armes. Les renseignements ont dit plus tard à l’état major, qu’il s’agissait de soldats pro-Alassane qui en avaient assez de voir leurs parents être tués à Abobo. Cela semble très crédible ».

Une thèse crédible d’autant plus que « c’était une affaire de pro », raconte un policier de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) de Williamsville commandée par le commissaire Assohou Léopold. Une compagnie qui a pris une part active dans les massacres du 16 décembre dernier et contre qui ceux qui ont mené l’attaque, avaient des griefs.

« Jusqu’à présent, je ne sais pas comment j’ai pu m’en sortir. Nous étions à bord d’un cargo quand nous sommes arrivés à la hauteur du grand carrefour de la mairie. Nous avons entendu une forte détonation. C’était un tir sur un char. Au troisième tir, le char a virevolté. Les occupants en sont sortis et il y a eu des tirs de mitraillettes sur eux. D’autres tirs se faisaient entendre. J’ai personnellement sauté du cargo, j’ai rampé à terre, me suis glisse sous les tables, rampé pour m’éloigner du champ de bataille. Dès que je me suis senti hors de portée, j’ai enlevé ma chemise treillis et j’ai emballé mon AK47 avec. J’ai marché toute la nuit jusqu’au camp. J’ai dit à mon chef de prendre mon arme et que je ne voulais plus jamais retourner dans ce genre de coin. Il n’a rien dit. Le reste de la troupe qui était restée au camp était déjà en pleurs ».

L’attaque a fait plusieurs morts dans le camp des FDS. Un bilan qui n’a jamais pu établir ni le nombre exact de victimes, ni les faits.

 

Prince B.

Par andré silver konan - Publié dans : Enquête, dossier, reportage, interview
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Lundi 10 janvier 2011 1 10 /01 /Jan /2011 12:15

Affairiste, cité dans des affaires sales, condamné par la justice, franc-maçon, etc.

  

Roland Dumas, 89 ans, est la nouvelle « trouvaille » de M. Laurent Gbagbo. En la matière, le « président élu par le conseil constitutionnel » n’échappe pas à la règle de la Françafrique, puisque M. Dumas est un habitué des palais africains, notamment là où les régimes relèvent de tout, sauf de la démocratie. Portrait d’un homme qui a perdu toute estime en France, son pays natal et qui traîne comme un boulet honteux, ses affaires sales.

L’homme a certes une carrière riche : député socialiste de la Corrèze à 35 ans, puis de la Dordogne, il entre au gouvernement sous la présidence de François Mitterand, en tant que ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes, en 1983. Il occupe successivement des postes dans plusieurs gouvernements (Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard), et termine ministre des Affaires étrangères en 1993. Il a occupé ce poste pendant cinq ans. Le 8 mars 1995, il est nommé président du Conseil constitutionnel. Il est contraint à la démission le 1er mars 2000. Son visage qu’il cachait soigneusement sous des masques angéliques, apparaît dès sous la lumière de la vérité. Celle-ci éclate au grand jour.

 

Un franc-maçon dans l’arène

Wikipedia le présente comme un franc-maçon. Sa première action controversée, alors qu’il a été chassé du gouvernement, quelques mois plus tôt, est d’être, au cours de l'année 1983, l'émissaire spécial de Francois Mitterrand auprès du colonel Kadhafi.

Commence sa fréquentation constante des palais des dictateurs africains.

En 1995, il est nommé par son ami personnel (ce qui rappelle un autre « ami personnel » en Côte d’Ivoire), François Mitterrand en tant que président du Conseil constitutionnel.

Sa présidence comme celle de Yao Paul N’Dré, qu’il vient défendre aujourd’hui, en sa qualité d’avocat de formation, est marquée par une décision controversée qui a soulevé le courroux de la classe politique et de l’opinion en France. En effet, il rend un avis affirmant que l'immunité judiciaire du Président de la République s'imposait y compris pour les crimes et délits de droit commun. L’avis est combattu en ce sens qu’il est taillé à la mesure de son « ami personnel ».

Très vite, l’étau de la honte se resserre sur ce haut fonctionnaire devenu l’homme-lige de François Mitterrand.

 

Cité dans des affaires sales

Le 24 mars 1999, mis en cause par la justice dans le cadre de la fameuse affaire Elf, il décide de suspendre l'exercice de ses fonctions au Conseil constitutionnel. Par ce raccourci, il veut continuer à bénéficier des avantages liés à son poste, tout en faisant face à la justice. Pas tonnant donc que l’octogénaire cherche à défendre quelqu’un qui s’accroche à son poste, juste pour continuer à jouir des privilèges liés à ce poste, non pour travailler dans l’intérêt général.

Il réussit à résister, sinon à ruser avec sa propre conscience pendant un an. Mais, le 1er mars 2000, sous le feu des pressions, il est contraint à la démission du Conseil constitutionnel.

L’homme sort de la République, couvert de honte et de discrédit.

Mais là ne s’arrête pas ses déboires avec la justice. Dans une autre scabreuse affaire, Roland Dumas est condamné à douze mois d'emprisonnement avec sursis et 150.000 euros d'amende pour complicité d'abus de confiance, dans le cadre de la succession du sculpteur Alberto Giacometti.

Ce n’est pas tout, loin s’en faut.

 

Moralité douteuse

Le magazine La Dépêche Diplomatique, dans un article intitulé « Les connexions africaines de Roland Dumas : Sa morale et la nôtre », revient entre autres, sur une autre affaire de moralité, qui a scandalisé et continue de scandaliser les Français.

« L’ancrage africain de Roland Dumas a été permanent. Au cours de sa carrière politique comme de sa carrière d’avocat. Et bien au-delà de ses activités de ministre des Affaires étrangères (1984-1986 et 1988-1993).

Sa plus proche collaboratrice au sein de son cabinet d’avocat, qui détenait une procuration sur ses comptes (ce qui lui a valu d’être placée en garde à vue dans « l’affaire des frégates ») était Stéphanie Bordier ; elle était la fille de Paul Bordier, ami de François Mitterrand, ancien haut fonctionnaire colonial, en poste notamment au Niger et en Oubangui-Chari (aujourd’hui RCA).

En Afrique noire, si Dumas avait des connexions particulières avec Dakar (il a très bien connu Elisabeth Diouf, avant qu’elle ne devienne première dame du Sénégal, quand elle était la compagne d’un avocat au barreau de Paris), c’est avec Libreville qu’il a noué les connexions affairo-politiques les plus étroites. On se souvient que sa sulfureuse amie (« la Putain de la République » (sic)), Christine Deviers-Joncour, avait réalisé, via son agence Kairos, des travaux publicitaires pour le compte de la République du Gabon. Dumas lui-même avait signé un contrat de conseil pour la période où il n’était plus ministre des Affaires étrangères et pas encore président du Conseil constitutionnel ».

 

Affairiste

Pour autant, Roland Dumas n’aime pas plus les palais africains que l’argent qui y est « versé », pour reprendre l’expression bien ivoirienne. Un avocat, ça se paye !

Au point où dans ses plaidoiries, il ne s’accorde aucune limite, pour défendre, partout où besoin est, ses clients. A preuve, cette phrase digne du plus grand laudateur : « Omar Bongo est un homme qui a été servi par les dieux et dont la vocation aura été de servir à son tour ».

Une journaliste socialiste a écrit à son sujet : « « Avant de désigner Dumas au Palais-Royal (siège du Conseil constitutionnel, NDLR), François Mitterrand avait été mis en garde contre un choix qui pouvait paraître défier les juges, tant la réputation d’affairiste collait, à tort ou à raison, à la peau de son ami ».

Le journaliste de La Dépêche Diplomatique conclut son article en écrivant : « L’homme pour qui Bongo « a été servi par les dieux et dont la vocation aura été de servir à son tour » veut servir Laurent Gbagbo. Au nom de l’Internationale socialiste, de la démocratie, du respect de la Constitution ? Qu’on me pardonne, mais compte tenu du parcours de Dumas, y-a-t’il quelqu’un d’assez « con » pour le croire ? Cet homme-là marche avec une canne et une chaussure orthopédique ; mais compte tenu des « casseroles » qu’il traîne, je m’étonne qu’il soit encore capable de mettre un pied devant l’autre. Pour aller de son hôtel particulier de l’île Saint-Louis jusqu’au palais présidentiel d’Abidjan. Cela ne l’honore pas. Et laisse penser que Gbagbo est vraiment à court de soutiens pour l’aller chercher dans les ruines du « socialisme » français ! ».

 

Par andré silver konan - Publié dans : politique ivoirienne
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