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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 14:37

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Gare routière de la ville qui abritait jadis une sation d'essence du temps colonial est l'ombre d'elle même


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L'église sainte anne abrite l'une des plus vielle mission catholique du pays


L'ex-capitale de la boucle du cacao est devenue une ville vestige. Bocanda des commerçants syriens, des aventuriers français, des planteurs baoulé, gouro, malinké n'est plus qu'un département banal, sans investissement, déclaré depuis la décennie 70, "zone sinistrée " par le gouvernement. Depuis cette date qui a marqué le début du déclin, la ville aux deux collines jumelles n'a fait que descendre la pente de l'enclavement et du désinvestissement. Voyage au cœur d'un département où "tout est à faire".

Dimanche 16 décembre 2007. il est 9h20. Notre équipe de reportage quitte Dimbokro pour Bocanda. Entre les deux villes, notre tableau de bord marque 63 km. Nous parcourons cette distance en 80 minutes. Nous avons roulé à une vitesse moyenne de 50 km/H. Cette lenteur est causée par l'état de la route. Une route pourtant bitumée. Entre Dimbokro et Koffi Ahoussoukro, village sur l'axe, situé à 15 km de Dimbokro, le bitume n'existe plus qu'à certains endroits. D'énormes crevasses et nids de poule contraignent les automobilistes à rouler en première. Il faut 30 min pour couvrir les 15 km de route. Un parcours du combattant qui s'aggrave en saison pluvieuse.

 

ENCLAVEMENT

 

Le mauvais état de la route est l'une des causes de l'enclavement du département. Bocanda est limitée au Sud par Dimbokro, à l'Est par Bongouanou, à l'Ouest par Didiévi et au Nord par M'bahiakro et Daoukro. L'axe qui conduit à Didiévi est non bitumé et, par conséquent, rarement fréquenté. La voie qui même à M'bahiakro, quoique dégradée par endroits est plus praticable que celle qui relie le département à Daoukro. Quand notre équipe de reportage dépasse Brou-Ahoussoukro, elle plonge en pleine savane arborée. Jusqu'avant le pont construit sur le N'Zi, affluent du Bandaman, nous remarquons que la savane est brûlée sur plusieurs hectares. Les feux de brousse sont un véritable fléau à Bocanda, particulièrement, et dans le "V" baoulé, en général. Les feux sont provoqués pas des chasseurs avides d'agoutis ou par des paysans imprudents ou même par de fumeurs de cigarettes insouciants. Aussi, la sécheresse est-elle très présente dans cette région caractérisée par le climat baouléen de deux saisons pluvieuses et de deux saisons sèches. La pluviométrie annuelle moyenne s'élève à 1100 mm. Autant dire qu'il ne pleut pas beaucoup. Et ce dimanche, sur la ville de Bocanda, souffle un petit vent sec de début d'harmattan. La voie principale qui traverse la ville est la seule voie bitumée, outre la bretelle qui conduit à la préfecture. La gare routière, à cette heure, est pauvre en voyageurs. Aucun véhicule n'est stationné. Bocanda n'est pas une ville où les habitants voyagent beaucoup. Une seule compagnie dessert une seule fois (avant 10 h) Abidjan. Le mini car, souvent surchargé, qui va dans le pays rural d'Assika, ne quitte pas la gare avant 17 h.

 

VESTIGES

D'UN PASSE GLORIEUX

 

A la gare, une station d'essence non fonctionnelle rappelle un passé jadis glorieux. "Les sept compagnies pétrolières à l"'époque coloniale, présentes en Côte d'Ivoire, étaient représentées à Bocanda", se souvient Konan Koffi, un vieux nostalgique qui ne finit pas de parler quand il évoque l'époque où "Bocanda était Bocanda". Un village comme Assika N'ziblékro était surnommé Petit Paris. Les gens y avaient de l'argent et les fêtes de l'indépendance y étaient célébrées avec beaucoup de faste. Le député du département Bruno Koissi-Allou que nous avons rencontré à l'auberge flambant neuve qui sera inaugurée demain samedi par le président Henri Konan Bédié rappelle que "Bocanda était une ville très coloniale. On y trouvait toutes les grandes compagnies de l'époque : CFAO, CFCI, Bernabé, Jacquemain, etc. Certains locaux de ces entreprises existent toujours. Ils sont bien visibles, de par leur architecture, sur la grande voie. Ces entreprises appartenaient à des Français ou à des Syriens. Sur la route du lycée moderne, se dresse, fière, la très célèbre mission catholique. Cette école a formé de très nombreux cadres du pays et presque tous les élus, responsables politiques et fonctionnaires natifs de Bocanda y ont été formés. C'est une école vieille de plusieurs décennies. C'est en 1914 que Bocanda a été érigé en chef lieu de subdivision, deux ans après l'érection de Dimbokro en chef-lieu de cercle. Le colon Louis Marchand a été son premier commandant de subdivision. Ce dernier a été surnommé par les populations autochtones " Baoulé Agba " de la zone " Blofouè Kpakibo ". Traduction littérale : le Blanc qui fend la forêt. Louis Marchand était très célèbre dans la région parce qu'il était un explorateur qui aimait la nature. Il pouvait entrer dans la forêt et se retrouver à un endroit reculé pour construire un logis.

 

DEPARTEMENT DE TYPE B

 

Axe-dimbokro-bocanda-est-impraticable-ici-des-enfants-en-train-de-recharger-la-voie.JPG

Axe dimbokro-bocanda est impraticable ici des enfants en train de recharger la voie


Aujourd'hui, Bocanda n'est plus le chef-lieu de subdivision, mais le chef-lieu de département, administré par un préfet. Cependant, "tout est à faire", martèle Yves Marie Koissy, le président du conseil général que nous avons rencontré dans son auberge. Avec ses 84.039 habitants (recensement de 1998), le département est classé dans la catégorie B, selon les normes du gouvernement. En clair, le budget d'investissement n'est pas élevé puisque le département ne compte pas plus de 100.000 habitants. Yves Marie Koissy dénonce cette "injustice". Il espère qu'au prochain recensement son département passera à la catégorie A, surtout avec "les 26.000 déplacés que nous avons recensés, revenus de l'Ouest à la faveur de la crise". Yves Marie Koissy affirme que ses parents qui ont "le savoir-faire" en matière d'agriculture d'exportation (café et cacao notamment) soient obligés de s'expatrier dans les zones forestières du Centre Ouest ou du Sud-Ouest et que le département se trouve vidé de ses bras valides. Cependant, il revendique pour le département la catégorie A. "Je dois être A. Ne me pénalisez pas parce que mes parents sont ailleurs et que ce sont eux qui par leur travail, construisent ce pays", fait savoir au gouvernement le président du conseil général, ex directeur de la caisse de stabilisation (caistab) limogé en 2000 par la junte militaire et économiste, fonctionnaire international.

A en croire le député de Bocanda, "Bocanda a commencé son déclin à partir de 1965 sinon en 1970", quand le sol surexploité a commencé à s"'appauvrir.  "On faisait des plantations de large superficie. Nos parents n'ont pas pu avoir une culture de revanche", explique t-il. Conséquence, la forêt a commencé à disparaître pour faire place à la savane arborée. La période d'apogée de la capitale de la boucle du cacao qui comprenait Dimbokro, Bongouanou, M'bahiakro, etc, était terminée. Obligeant, le gouvernement d'Houphouët Boigny a déclaré vers la fin des années 70 le département "zone sinistrée". Le passé d"'abondance faisait place à un présent de disette. Et cela a rejailli sur le développement du département.

 

INDICES D'OR

 

Lorsqu'au dernier découpage administratif, seuls Bocanda et Kouassi-kouassikro (qu'on rallie sur une voie non bitumée) étaient des sous-préfectures ont été crées. Il s'agit de Bengassou, de Kouadioblékro (Kpandan) et de N'zécrézessou. Elles ont été érigées en même temps en commune. A celles-ci s'ajoute la commune rurale de M'Bekro. Une étude a été commandée par le conseil général et a été menée par le bureau national d'études techniques et de développement (BNETD). Les résultats sont contenus dans un "plan stratégique de développement" qui date d'octobre 2004. Cette étude montre qu'au "cycle primaire, sur les 107 écoles que compte le département (de 135 villages), seulement 87 fonctionnent du fait du sous-équipement et du déficit criard du personnel enseignant... Les deux établissements secondaires (publics) du département connaissent des difficultés similaires. Ils sont sous-équipés et offrent une capacité d'accueil insuffisante. Ils sont également confrontés à un déficit d'enseignants dans plusieurs disciplines avec un accent particulier pour celles dites scientifiques. Malgré un fort contingent de jeunes déscolarisés aspirant à une formation professionnelle, le département est dépourvu de centres de formation professionnelle et technique, exacerbant ainsi le chômage déjà préoccupant". Sur le plan de la santé, c'est le désastre. " Il ne dispose d'aucune pharmacie privée ni de services de spécialité tels que la pédiatrie, l'ORL ou la réanimation", constate le plan stratégique de développement". A Bocanda, encore moins à Kouassi-kouassikro, il n'y a aucune banque. Juste une structure de micro crédit à Bocanda, installée il n'y a pas longtemps. Dans ce tableau sombre, une lueur d'espoir pointe à l'horizon. Les collines jumelles de bokpli (village fondateur de Bocanda) constituent une curiosité touristique que le conseil général compte exploiter. Une autre lueur d'espoir : "les indices d'or dans plusieurs localités et des gisements de granits encore sous-exploités" découverts par le BNETD. Au demeurant, la forêt revient dans certaines localités telles Dida mouessou, Kayabo, Abéanou, etc. certains planteurs sont revenus des zones forestières pour replanter du cacao. Certaines plantations ont déjà commencé à produire. Déjà certains habitants du département se mettent à rêver. Ils croient dur comme du fer que le futur de Bocanda sera plus glorieux que son passé.


Konan-003.jpg
Par 
André Silver Konan

Envoyé spécial à Bocanda

andresilverkonan.over-blog.com

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Published by andré silver konan
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commentaires

ebini koffi 12/09/2010 18:44


merci silver! merci !tres bon papier !!!!!


oscar zaha 25/12/2007 05:18

Monsieur le journaliste, je souhaiterais avoir votre avis sur le meeting du président du PDCI à Bocanda. Contrairement à ses précédents meetings(Dabou, Koumassi), il n'a pas fait preuve d'agressivité inutile, s'agit-il d'une simple tactique ou d'un changement en profondeur? Est-ce qu'il ne serait pas mieux pour le plus vieux parti politique de notre pays d'avoir un candidat plus jeune donc irréprochable que d'en un avoir à qui l'exercice et l'usure du pouvoir risquent de faire mordre la poussière? Une autre piste de réflexion, pourquoi sous les tropiques, les gens ramènent tout à leur unique personne?
Pour terminer, je vous remercie, une fois de plus d'avoir créé ce blog. En tout cas, moi, je m'y plais beaucoup. Bonnes fêtes de fin d'année et meilleurs voeux.

oscar zaha 24/12/2007 03:10

Je suis encore de retour pour faire remarquer que les commentaires devraient être à portée de lecture, en un click. Cela rendrait votre blog plus attractif. Je visiterai très régulièrement ce site à la simple condition que des questions d'actualité y soient abondamment traitées.
Merci de l'intérêt accordé à mes observations.

oscar zaha 22/12/2007 06:59

Toujours la même question: où sont les commentaires?

oscar zaha 22/12/2007 06:57

Je voudrais savoir où sont publiés nos commentaires?