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27 décembre 2007 4 27 /12 /décembre /2007 18:33

“Un peu de courage pour une fois, soyez candidat à l'élection présidentielle”
 

Bonjour M. le président,

Je me suis enfin décidé à vous écrire. Enfin, parce que depuis le début de ce qu'on peut appeler "l'affaire Koulibaly", je ne me suis pas beaucoup prononcé. Non pas parce que le sujet n'était pas digne d'intérêt, mais parce que j'avais l'intime conviction que tout ce brouhaha autour de votre personne, participait d'une stratégie bien ficelée par vous-même. J'étais convaincu que vous manipuliez à son insu la presse qui se chargeait, sans s'en apercevoir, de dire ce que vous pensiez en même temps qu'elle faisait votre publicité. J'ai fondé ma conviction à ce sujet, le jour où dans une unanimité surprenante, presque tous les journaux dits indépendants (d'autres diront de l'opposition) ont titré que vous aviez été exfiltré. Aujourd'hui encore, je demeure convaincu que vous avez utilisé la presse pour mener votre combat contre le système, votre système. Bref.

Monsieur le président,

Je n'ai pas l'habitude de me prononcer sur vos sorties. Surtout celles où vous accusez sans preuves et comme un bambin, pêle-mêle la France, le colon, les puissances coloniales et tutti quanti. J'ai souvent dit à des amis que vous étiez capable d'accuser, sans rire, avec un air totalement béat, la France d'être derrière le divorce de Reine Pélagie et de Honoré Séa. Donc pour être franc avec vous, je ne prenais pas beaucoup au sérieux certaines de vos déclarations. Y compris la thèse de "la guerre de la France contre la Côte d'Ivoire", défendue, sans convaincre et sans conviction dans votre livre.

J'ai décidé cette fois de vous écrire parce que je crois que vos dernières déclarations sont empreintes de lucidité. Vous avez d'ailleurs, tellement bien compris que de nombreux Ivoiriens ne vous prenaient pas au sérieux que vous avez confié avec insistance à un confrère que vous ne plaisantez pas.

Monsieur le président,

Si vous avez dit à un confrère que vous ne plaisantez pas, c'est que vous savez que des gens vous prennent pour un plaisantin. Et pour un homme politique de votre trempe, avoir une réputation de plaisantin, c’est catastrophique. Un peu comme certains auraient une réputation de roublards, ou de sous-marins, ou encore de judas ou même de mythomanes.

Si vous avez dit que sur ce coup-là, vous ne plaisantiez pas, c'est que sur ce coup-ci aussi, vous êtes sérieux. Et on en arrive à la raison pour laquelle j'ai choisi de m'adresser à vous.

Lors de la clôture de la deuxième session ordinaire 2007 de l'Assemblée Nationale, vous avez déclaré ceci : "Je serai sur le terrain de Koumassi où j'entends briguer à la fois le poste législatif et le poste municipal". Cette déclaration m'amène à faire quelques commentaires.

Votre déclaration de candidature étale au grand jour les brouilles que vous faites semblant de vouloir cacher, qui existent entre vous et Laurent Gbagbo, le chef de l'Etat, d'aucuns diraient "le camarade socialiste".

Monsieur le président,

En décidant d'annoncer prématurément votre candidature aux élections législative et municipale à venir à Koumassi, vous faites clairement savoir que votre priorité à vous est votre réélection en tant que député de Koumassi et votre élection à la mairie de ladite commune. Cela dit en passant, la partie sera loin d’être une sinécure à Koumassi avec un Raymond N’Dohi omniprésent sur le terrain. Votre priorité est donc très claire. Elle n'est pas la réélection de Laurent Gbagbo au poste de président de la République. D'ailleurs, il n'y a rien d'étonnant à ce que la réélection de Laurent Gbagbo soit le cadet de vos soucis. Vous estimez qu'il a échoué. Vous ne le dites pas de la façon dont je le dis. Vous n’avez pas ce courage. Mais les "blues de la résistance" ne dénoncent pas autre chose que l'échec de Laurent Gbagbo et la médiocrité de son régime, à tout le moins, la nullité des autorités du régime du Front populaire ivoirien (FPI).

Cela m'amène à faire une intrusion dans la psychologie de votre être.

Monsieur le président,

Vous allez me pardonner de vous le dire sans diplomatie, mais vous n'êtes pas courageux. Oui. J'ai commencé à étudier votre comportement, vos idées, vos sentiments depuis novembre 2004, quand vous êtes allé chercher dictaphones et caméra, pour demander des comptes au commandant de Licorne à l'hôtel Ivoire. Depuis plus de trois ans, je suis chacune de vos sorties et j'ai percé le mystère de votre personnalité.

Vous n'êtes pas un homme politique courageux, je le réaffirme. Vous n'allez jamais au bout de vos idées. Vous n'avez pas le courage d'avoir une position ferme et de la soutenir jusqu'au bout. En somme, vous êtes un froussard et c'est sur ce côté que vos adversaires qui sont principalement au FPI, le parti dont vous êtes vice-président, frappent.

Vous êtes un froussard, parce que vous n'aurez jamais le courage de dire que Laurent Gbagbo n'a ni la carrure, ni la compétence, encore moins les dispositions psychologiques pour diriger un pays.

Vous êtes un froussard parce que vous n'aurez jamais le courage de dénoncer publiquement les raisons profondes qui vous amènent à prendre vos distances vis-à-vis du "camarade socialiste".

Vous êtes un froussard parce que vous vous abritez derrière la presse pour éviter d'attaquer de front Laurent Gbagbo et ses thuriféraires. Vous êtes un froussard parce que vous êtes muet sur les graves dérapages qui vous révulsent pourtant (et je n'en doute pas), dont se rendent coupables vos camarades.

Vous êtes enfin un froussard parce que votre double déclaration de candidature à la députation et à la mairie de Koumassi, cache votre mal-être, votre dilemme interne, votre peur, votre sempiternelle peur.

Pour une fois, une seule fois dans votre vie, posez un acte de courage. Soyez pour une fois courageux. Allez au bout de vos idées, de votre engagement. Soyez candidat à la magistrature suprême. Prenez votre courage (pour une fois) et sollicitez les suffrages de vos camarades du FPI. Faites comme Jacob Zuma en Afrique du Sud. Ayez le courage (pour une fois) d'affronter Laurent Gbagbo qui, vous le savez, va solliciter l'investiture de son parti, de votre parti le FPI.

Je sais que c'est votre vœu le plus cher. Je vous encourage à briguer non pas "à la fois le poste législatif et le poste municipal" à Koumassi, mais à solliciter à la fois les suffrages des militants du FPI et des Ivoiriens. Faites-le pour vous libérer vous-même, d'abord, puis ceux qui croient comme moi que vous n'êtes pas seulement qu'un contestataire dans l'âme, comme Laurent Gbagbo, l'a laissé entendre, avec beaucoup de mépris et d’ironie dans la voix.

Faites-le parce que, comme vous l'avez dit lors de la cérémonie par moi citée en référence, plus haut "Ce qui compte, c'est notre pays. Les destinées individuelles des gens importent peu". En déclarant que c'est Koumassi et Koumassi seulement qui vous intéresse, vous êtes en pleine "destinée individuelle" et j'ose croire que ce n'est pas là votre dessein. Vous avez dit qu'une "enquête récente a prouvé qu'au moins 70% des Ivoiriens aujourd'hui ne font plus qu'un seul repas par jour". Et vous avez tiré les conséquences de cette enquête pour dire qu'il était de votre "responsabilité d'abandonner les futilités", précisant que "c'est ce que nos populations attendent de nous. C'est ce que nous-mêmes attendons de nous en tant qu'hommes politiques".

 

Monsieur le président,

Si vous voulez permettre à 70% d'Ivoiriens d'avoir plus d'un repas par jour, ce n'est pas en vous consolant avec l'annonce d'une candidature double à Koumassi, que vous le réussirez. A ce que je sache, les 70% d'Ivoiriens qui appliquent "la mort subite", ne sont pas qu'à Koumassi. Ils sont à Bocanda, à Azaguié, à Kpapékou, à Kpefélé, à Ferké. Bref. Ils sont partout en Côte d'Ivoire.

Monsieur le président,

J'ai lu quelque part que vous allez animer un meeting à Koumassi, après demain dimanche. J'ose croire que vous aurez le courage (pour une fois) de franchir le pas, de faire le choix. Dimanche, vous serez à la croisée des chemins. Vous aurez à faire forcément un choix parmi deux. Soit, annoncer votre candidature à la candidature du FPI au titre de l'élection présidentielle. Soit réitérer, votre intention d'être candidat aux élections locales de Koumassi. Si vous faites le premier choix, vous auriez choisi le camp de la respectabilité, de la dignité, du courage et de l'honneur. Si vous faites le second choix, ne soyez pas surpris que vous-même vous soyez (encore) réduit à vous expliquer devant les gens en tenant des propos du genre : "Je ne plaisante pas".

Monsieur le président,

Je vous quitte sur ce point et je me permets de vous donner rendez-vous dimanche. A votre meeting. Au meeting de votre destin.

 

André Silver Konan

 

 

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Published by andré silver konan
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commentaires

Golden Boy 09/01/2008 16:53

Inciter l'honorable Mamadou Koulibaly à se présenter à la prochaine magistrature suprême fera du tort à qui selon vous?
Quoiqu'il en soit , le koulibaliste convaincu que je suis est tout a fait en phase avec la requête que vous faites dans ce post , le problème est que la rebfondation a empêché le président actuel de faire ses preuves donc il me paraît légitime qu'en juin, si les élections se tiennent, le woody représente à nouveau les couleurs du FPI.

voici ce que j'entends par diviser pour mieux règner.

andre silver konan 09/01/2008 16:44

"diviser pour mieux régner". qu'est-ce que vous tenter d'insinuer ?

Golden Boy 09/01/2008 16:36

diviser pour mieux régner...

herbert Tauyé 02/01/2008 22:54

Je ne suis pas ivoirien. Je suis béninois. Je suis de la Cédéao. Ce qui se passe chez vous m'intéresse. D'abord en tant que chroniqueur politique puis en tant que philosphe
ASK, tu n'as pas à demander à Mamadou d'être candidat sans arguments politiques engageants. Le FPI en tant que parti, ne peut pas faire autre choix que celui de Gbagbo. Le parti est libre d'utiliser les stragies de communication politique les plus idoines pour atteindre l'objectif: Montrer que le FPi est un parti démocratique.
Koulibaly sait par devoir historique , politique, et géopolitique , qu'il ne sera pas candidat pour la présidentielle.
Le courage que vous désirez si tant est moins dans une ballade de présentation que dans le ralliement des forces vives de la Côte d'Ivoire. La politique , c'est l'addition et non la soustraction. Il faut ajouter et non sosutraire.....
Mais, si les contingences socio-politiques l'exigent, le Fpi porra présenter des candidats pertubateurs dans les zones trop ancrées au phénomène du fils du terroir.
Bref, le courage de Koulibaly, c'est d'en avoir eu assez pour suivre un compagnon malgré les appâts.....
Etre candidat à une élection présentielle , n'a jamais été un courage. Au Bénin, il y en a qui se présentent pour juste l'écrire sur leur carte de visite.
Et puis, minimiser les servitudes du pacte colonial, c'est se croire à Mayotte, nostalgie d'un passé dégradant. C'est un peu être Sarko avec des propos humiliants comme ce fut à Dakar.
Etes_vous franco-ivoirien? assis entre la France et la Côte d'Ivoire? En tout cas le test d'adn t'attend pour une prochaine fois

C'est ec que je crois

oscar zaha 02/01/2008 10:04

Il est sévère avec Mamadou Koulibaly et indulgent avec Bédié, KKB et consorts et quand on fait un commentaire sévère sur ses dérives, il ne le publie pas. Il aimerait être caressé dans le sens du poil, lui est qui est inutilement dur avec les autres.