Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 17:29

"En 2008, allez-vous continuer de passer d'un extrémisme à l'autre avec le même enthousiasme et la même inconscience ?"

 

Bonjour Ivoiriens, Ivoiriennes

En ce début d'année, permettez-moi de ne pas sacrifier à la tradition de présentation des voeux. J’adopte cette position parce que vous conviendrez avec moi qu'en dépit des milliards de vœux de paix, de prospérité, de santé, de bonheur etc. que tout le monde adresse à tout le monde en début d'année, chaque année qui s'écoule ne change rien à la méchanceté atavique de l'humanité et à la morphologie morale de notre planète. Donc, souffrez que je ne vous adresse d'autre vœu que celui de vous mettre au travail. Le travail acharné et persévérant qui ouvre la voie de l'affirmation personnelle, de la dignité et, pour finir, du bonheur.

 

Ivoiriens, Ivoiriennes

J'ai choisi de m'adresser à vous, en ce début d'année, pour jeter un regard rétrospectif avec vous sur l'année écoulée et essayer d'esquisser des pistes de réflexion qui pourraient nous aider en 2008. Nous sommes le 5 février 2007. Vous rappelez-vous cette date ? Sûrement non. Eh bien, c'est le jour qui marque le début du "dialogue direct". Figurez-vous, près de cinq ans après le déclenchement du conflit armé, Laurent Gbagbo notre cher chef d'Etat, s'est soudainement souvenu qu'il y avait une option plus civilisée, plus intelligente et sûrement plus pragmatique pour trouver une solution à la crise causée par ailleurs par les turpitudes de son propre régime. Souvenez-vous, Ivoiriens et Ivoiriennes, que nombreux parmi nous ont applaudi à cette lumineuse idée comme nombreux parmi nous ont applaudi quand des plaisantins ont annoncé sans précaution qu'ils avaient libéré Bouaké en octobre 2002. Conséquence, près d'un an après cette lumineuse trouvaille applaudie du "dialogue direct", la paix n'est toujours pas là. Et Laurent Gbagbo tout comme Guillaume Soro, nommé quelques semaines plus tard, premier ministre et qui de mon humble avis ne mérite pas d'être à ce poste, continuent de nous tirer par le bout du nez. Souvenez-vous qu'avant la lumineuse idée du "dialogue direct", un certain Blé Goudé (je l'ai vu au stade le samedi dernier en train de jouer parmi les stars africaines du football et j'ai réalisé que ce monsieur a un problème d'ego tant il est d'un narcissisme ridicule) avait déclaré qu'il voyait son nouvel ancien ami (1) comme un cadavre ambulant et que celui-ci finirait comme le rebelle angolais Jonas Savimbi (2). Souvenez-vous que c'est le même Blé Goudé, qui a invité à Gagnoa Guillaume Soro, après avoir déclaré, sans l'ombre d'un rire, que quand il disait qu'il voyait son nouvel ancien ami comme un cadavre, cela ne voulait pas dire qu'il voulait le voir comme un cadavre.

 

Ivoiriens, Ivoiriennes

A Gagnoa, Souvenez-vous avec moi, ce sont les mêmes populations qui ont interdit au début de la crise, Louis Dacoury Tabley d'aller inhumer son frère Benoît, tué à Abidjan par les escadrons de la mort, qui sont sorties pour applaudir Ouattara Issiaka alias Wattao. Ce dernier fut élevé au rang de héros national. Un peu comme l'a fait Désiré Tagro qui parlant récemment de Guillaume Soro a dit qu'il constituait à ses yeux un modèle à imiter. Un modèle à imiter en quoi ? Le ministre de l'Intérieur et négociateur du dialogue direct, l'homme de l'aller retour sur Ouaga pour caler le deal des 100 milliards FCFA des déchets toxiques, n'a pas eu le courage de le dire.

Souvenez-vous avec moi des deux visites de Laurent Gbagbo à Bouaké et dans la région des savanes. Rappelez-vous comment Guillaume Soro s'est transformé en organisateur de visites d'Etat et s'est à ce titre investi dans la sensibilisation des populations du nord. Populations à qui justement il a inoculé pendant plus de 50 mois le virus de la "gbagbophobie" ? Souvenez-vous des compliments, des félicitations, des éloges de Laurent Gbagbo, adressés à Guillaume Soro?

 

Ivoiriens, Ivoiriennes

J'aimerais que les choses soient très claires entre nous. Je ne demande pas que vous vous révoltiez contre ces agissements. Je demande tout simplement que vous vous souveniez de ces actes d'infantilisations afin de les intégrer et en vue d'établir la conduite à suivre en 2008. Je ne vous cite pas ces exemples parmi tant d'autres pour attiser votre rancœur, mais je vous instruis de ces choses pour attirer votre attention sur une notion fondamentale qui fortifie la personnalité de l'homme : la dignité. Je vous rappelle cela parce que j'ai l'intime conviction que tous ceux parmi vous qui rient quand Laurent Gbagbo rit même quand ce pour quoi il rit n'est pas marrant (et c'est d'ailleurs très souvent le cas) ne sont pas à désespérer. Parce que je sais au fond de moi-même que tous ceux qui ont suivi Guillaume Soro quand il a fait le choix des armes, quand il faisait l'école buissonnière au gouvernement, quand il faisait voir de toutes les couleurs à Seydou Diarra et à Konan Banny, ses prédécesseurs au poste de premier ministre, quand il rusait avec les accords et posait des préalables insurmontables, ne sont pas des idiots.

Parce que je sais que tous ces soi disant patriotes qui battaient le pavé à Abidjan, qui se sont fait amputer d'une jambe ou d'une main. Qui aujourd'hui se constituent en collectifs victimes de Licorne, ou de l'hôtel Ivoire, ou de je ne sais quoi encore, toutes ces femmes, tous ces hommes, réduits à être des gueux à qui Blé Goudé demande de rester dignes dans leur douleur pendant que lui, qui n'a reçu aucune égratignure, roule carrosses, tous ceux-là, dis-je (j'en suis convaincu) n'ont pas des velléités suicidaires.

Tous ceux qui ont acquiescé aux discours de Laurent Gbagbo et de ses janissaires dont bien sûr Blé Goudé comme tous ceux qui ont applaudi aux diatribes incendiaires de Guillaume Soro et de ses affidés dont le plus activiste est Wattao, à l'instar de tous ces miliciens, dozos, enfants soldats, mécaniciens et apprentis « gbaka », qui se sont enrôlés au sud comme au nord pour défendre des causes dont les contours, aujourd'hui sont plus que sinueux, j'en suis absolument persuadé, ne le faisaient pas pour se marrer. Non, le conflit ivoirien n’est pas un jeu. Cependant, vous conviendrez avec moi que ceux qui se sont eux-mêmes désignés comme étant les principaux belligérants de ce conflit, ont bien joué avec nos sentiments. Ils ont malmené nos angoisses, massacré nos peurs, plaisanté avec nos espérances.

En 2008, il nous appartiendra de faire un choix. C'est à nous de décider si nous allons continuer, comme le disait Francis Wodié (3), de passer "d'un extrémisme à l'autre avec le même enthousiasme, la même inconscience" ou si comme le conseillait Henri Konan Bédié (4), nous allons prendre, enfin le "ferme engagement de prendre en mains (notre) propre destin". Autrement dit, cette année, c'est à nous de décider si nous allons continuer à être les dindons de la farce, les marionnettes que de mauvais scénaristes manipulent avec une ficelle mal cousue ou si nous allons décider (enfin), d'être les propres auteurs et acteurs de notre propre fable ou encore les marionnettistes lucides qui allons tirer les ficelles pour imposer notre propre interprétation scénique aux pantins que nous-mêmes choisirons.

 

Ivoiriens, Ivoiriennes

2008, sera l'année du désarmement et de la vraie réunification, ou ne sera rien de tout cela, si nous le voulons. Elle sera l'année des élections ou ne le sera pas, si nous l'avons décidé ainsi. Elle sera enfin l'année de la paix ou ne le sera pas, si telle est notre volonté.

C'est sur ces mots que je vous quitte, en me permettant de vous dire que le président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly à qui j'avais adressé une lettre la semaine dernière afin qu'il prenne (enfin) ses responsabilités, a décidé de ne pas choisir "le camp de la respectabilité, de la dignité, du courage et de l'honneur". C'est son choix. Je ne le respecte pas. Mais, je ne lui en veux point.

 

 

André Silver Konan

 

 

 

 

1/ Ma part de vérité de Charles Blé Goudé, Frat Mat éditions 2006

2/ Jonas Savimbi était le chef de la rébellion angolaise du MPLA. Il a été tué en 2002

3/ In Le Nouveau Réveil n°1805 du vendredi 28 décembre 2007-12-30
4/ Extrait de "l'allocution de Bocanda" prononcée par le président du PDCI lors de son meeting à Bocanda le 22 décembre 2007

Partager cet article

Repost 0
Published by andré silver konan
commenter cet article

commentaires

zigo 19/08/2010 14:23


Ce que je peux dire dans cette affaire est que le pays et divisé;soit tu soutiens Gbagbo,Soit tu soutiens les rebelles. C'est comme ça depuis le 19 septembre 2002. Il n'y a pas de neutralité, c'est
de l'hypocrisie. si Abidjan ne t'arrange pas tu peux aller vivre à Bouaké.C'est tellement simple. Là-bas tout est bien.


Golden Boy 09/01/2008 17:36

Une bonne analyse de la crise morale qui sévit en RCI depuis quelques temps. Parfois j'ai presque l'impression que vous virez koulibaliste . Je souffre comme vous de ces "invraissemblances" ivoiriennes mais n'est ce pas le prix à payer pour le retour à la paix?