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11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 16:24
“Tu viens de faire ton expérience de la refondation, quand ouvriras-tu les yeux ?”

 

Bonjour grand frère,

Ce n'est qu'aujourd'hui que je décide de t'écrire. Je ne l'ai pas fait la semaine dernière au moment où ta bastonnade chez le chef de l'Etat par ses soldats faisait la "Une" des journaux parce que je voulais prendre le temps de t'observer. Observer ton comportement, disséquer tes propos, analyser tes réactions afin de cerner ta personnalité. J’en suis arrivé à la conclusion selon laquelle tu es un homme qui ne sait pas ce qu'il veut dans la vie. Je vais te dire pourquoi je suis arrivé à cette intransigeante conclusion, mais permets moi avant tout, de te dire "yako". Trois fois "yako". D'abord "yako" pour ta bastonnade physique. En tant qu'homme, je sais que tu as souffert dans ta chair. Recevoir des coups de bottes et de crosses de fusils sur son corps n'est pas à souhaiter à son pire ennemi. Je te dis donc "yako" pour cela. Je te dis ensuite "yako" pour ta bastonnade morale. Toi, le " maréchal " de l'Union des patriotes pour la libération totale de la Côte d'Ivoire (UPLTCI) qui revendique des milliers de combattants (d'autres diront des miliciens), te faire bastonner comme un vulgaire citoyen par des bidasses ! C'est vrai que je n'ai jamais cru que ton groupe que d'autres appellent milice, pouvait compter plus de cent jeunes gens, mais cela ne donne tout de même pas le droit à des soldats du rang de te frapper. Après tout, même si tu n'as rien fait pour mériter le grade de maréchal des "jeunes patriotes" que tu t'es arrogé, tu ne demeures pas moins le doyen des "jeunes patriotes". Rien que pour le droit sacro saint d'aînesse en Afrique, ces jeunes soldats te devaient du respect.

Enfin, je te dis "yako" pour ta bastonnade symbolique. Vois-tu, tu as été frappé à la résidence présidentielle, le lit du pouvoir, le symbole de l'âme de notre pays. C'est un lieu qui devrait symboliser la quiétude, surtout la sécurité. L'autre symbole est ta propre personne. Tu es l'un des leaders de la lutte patriotique. Tu n'es pas une icône. D'ailleurs, personne parmi vous n'est une icône puisque vous ne méritez pas d'être cités comme des modèles à imiter autant que Sidiki Konaté ou Alain Lobognon dans la rébellion. Cependant, après Blé Goudé que tu as toutes les raisons de ne pas aimer, tu es le plus en vue parmi les leaders de la nébuleuse patriotique. Donc, tu ne devais pas être bastonné par des soldats de la garde rapprochée de Laurent Gbagbo et surtout pas à la résidence présidentielle. Mais le fait est que tu l'as été.

 

Grand frère,

Je vais te faire un aveu. Quand j'ai lu dans la presse, le mardi 2 janvier que tu avais été bastonné par des soldats de la garde rapprochée du chef de l'Etat à sa résidence de Cocody le 31 décembre, je n'y ai pas cru. J'ai tout de suite pensé à une manipulation. Tu sais de quoi je parle. Dans votre milieu, on parle plutôt de "complot". Touré Al Moustapha alias Aladji Forceur sait de quoi je parle, lui dont une rumeur bien organisée avait donné un temps, pour fusillé à Yopougon. A la suite de ce "complot" qui avait fait grand bruit, de nombreuses portes lui ont été ouvertes. Blé Goudé sait de quoi je parle, lui dont on a dit dans un journal où il avait deux ou trois amis, qu'il avait échappé à la mort après l'accident ( ?) de son premier véhicule "France au revoir". Blé Goudé sait comment à la suite de ce "complot", des barons du Front populaire ivoirien (FPI) dont Marcel Gossio (chaque fois que j'écris ce nom, je ne peux m'empêcher de penser aux victimes des déchets toxiques), le directeur général du Port autonome d'Abidjan, lui ont offert des véhicules. Donc je pensais à une manipulation. Malheureusement, ce n'en était pas une. Cependant, je ne doute pas que les faits aient été exagérés. Avec cette minerve au cou alors que tes proches eux-mêmes ont confié que dans ta clinique à Yopougon, aucune radiographie n'a été faite. Mais une minerve au cou, ça fait beau à voir dans un journal. Et ça suscite aussi la compassion.

 

Grand frère,

Tu as dû te rendre compte par toi-même. Ta bastonnade n'a fait l'objet d'aucune déclaration d'indignation du FPI, ton parti selon toi, encore moins des autres membres de la nébuleuse patriotique ou du Congrès national de la résistance démocratique (CNRD) dont tu es membre. Bien sûr, il y a eu quelques visites dans la deuxième clinique où tu as été transféré. Pour cela, les Ivoiriens n'ont pas pondu des déclarations télévisées comme ils savent le faire depuis que la télé nationale est entre des mains non expertes et non professionnelles.

Est-il besoin, dans ces conditions, de te dire que tu n'es pas aimé ? Ce soldat qui t'aurait dit, selon toi-même " Je vais te tuer et il n'y aura rien ", aurait pu te loger une balle quelque part et il n'y aurait sans doute rien eu. Puisque tu le sais autant que moi, ni Kuyo Téa, ni les soldats qui t'ont frappé n'ont été sanctionnés par Laurent Gbagbo. Tu sais aussi qu'aucune enquête n'a été ouverte pour élucider l'affaire. Tu peux te réconforter en " tirant " sur des proches de Laurent Gbagbo mais tu sais très bien pour avoir été leader de la nébuleuse FESCI, qu'un chef qui ne sanctionne pas, cautionne. Tu as pu mesurer combien tu ne représentes rien aux yeux de ceux que tu suis. Et cela m'amène à te dire pourquoi je dis que tu es un quelqu'un qui ne sait pas ce qu'il veut dans la vie.

 

Grand frère,

Je me permets de te rappeler que tu as au moins 42 ans, aujourd'hui. A 42 ans, tu n'as aucun emploi connu. Ce n'est pas moi qui l'invente. C'est toi-même qui le dis. Tu l'as dit à "Notre Voie" (du vendredi 4 janvier 2008) dans l'énoncé des circonstances de ton humiliante bastonnade. Tu as déclaré que tu as confié à la secrétaire du chef de l'Etat le 31 décembre, à la résidence présidentielle " trois doléances dont une urgence et deux non pressées ". L'urgence, selon tes explications était que tu souhaitais entrer en possession dare dare du "bonne année l'argent" de 15 millions Fcfa (si j'en crois un confrère) que toi et certains leaders patriotiques, comptiez prendre avec Laurent Gbagbo. " Chaque année, entre le 29 et le 30 décembre, le Président nous donne de l'argent que nous partageons à tous ces jeunes que nous avons organisés pour la résistance patriotique. Cela leur permet de fêter. C'est comme ça ", as-tu expliqué dans "Notre Voie". L'urgence pour toi donc, c'était l'argent pour aller "fêter". Cette affaire de jeunes à qui tu partagerais de l'argent n'est qu'un prétexte pour obtenir une rallonge. Cela est d'autant plus vrai qu'à 20 H le 31 décembre, je ne vois pas comment tu t'arrangerais pour partager l'argent du contribuable ivoirien avec tes pseudo jeunes qui se trouveraient par exemple à Toumodi. Mais là n'est pas le problème. Le problème c'est qu'à en croire "Notre Voie", tes deux doléances non pressées avaient " trait à (ton) état de sans-emploi que (tu) comptais soumettre au Président Gbagbo ". A 42 ans diplômé Bac+5, tu es sans emploi, dans une république où ton président, ton "vieux père" comme tu l'appelles, nomme, à coups de signature, des gens qui n'ont jamais pu produire un CV, ministres; des "semi analphabètes" PCA et des "coupeurs de route" (cf Le Matin d'Abidjan), chargés de mission. De toutes les façons, comment Laurent Gbagbo peut-il te nommer quand toi-même tu relègues au second plan, la question de ton emploi ? Comprends-tu pourquoi je te dis que tu ne sais pas encore ce que tu veux dans la vie ? Tu cries partout que tu es un cadre du FPI, mais serais-tu capable de me dire quel poste tu occupes au secrétariat général, au comité de contrôle ou à la direction de ce parti ? Je crains que tu puisses le faire parce que tu n'as aucun poste dans ce parti. Vois-tu, tu ne fais l'objet d'aucune considération à ce niveau-là encore. Tu me répondras que tu t'es engagé dans la résistance patriotique à l'avènement du conflit né le 19 septembre 2002, pour défendre une cause. Mais, tu es un intellectuel comme moi et tu sais que quand on s'engage dans la défense d'une cause juste ou mauvaise, on n'attend rien en retour. Alors que toi, tu attends de l'argent en retour au point où quand cet argent ne vient pas, tu t'énerves et tu te fais frapper comme un vulgaire petit voyou d'Adjamé, par des soldats de la garde présidentielle. Donc, tu ne défends aucune cause si ce n'est celle de ton ventre. Aussi es-tu obligé de défendre un poste : celui de Laurent Gbagbo. Raison pour laquelle tu crois que tu as le droit de te faire payer pour cela.

 

Grand frère,

Je refuse de rentrer dans le débat nauséabond du tribalisme, hélas bien réel, que toi et tes proches dénoncez. Mais, je ne peux m'empêcher de constater que pour le même travail que vous faites à savoir défendre le poste de Laurent Gbagbo, Blé Goudé et toi, êtes traités de façon inégalitaire. Lui, roule carrosses, gère une agence de communication qui décroche les plus gros marchés de l'instant, envahit la télé nationale alors que toi, tu te contentes d'expédients. Tu es obligé de tendre la main pour vivre. Tu es obligé de t'humilier en organisant une publicité à la fois gigantesque et infantilisante autour d'une bastonnade somme toute indigne dont tu as été victime. L'objectif étant, je n'en doute pas, de quémander de la pitié. Si cela n'est pas de la mendicité, ça en a tout l'air. Un homme, qui sait ce qu'il veut dans la vie, peut-il se réduire à une telle bassesse ?

 

Grand frère,

Tu as 42 ans. Tu n'es donc plus un jeune, encore moins un enfant. Tu es sous sanction onusienne pour ton activisme nationaliste et tu risques d'être traduit devant le tribunal après la chute de Laurent Gbagbo, cette année. Je parle de chute de ce dernier cette année parce qu'aucun Ivoirien lucide ne peut être suffisamment masochiste pour le voter à la prochaine présidentielle qui aura lieu certainement cette année. A défaut du tribunal, tu seras réduit encore plus à la mendicité avec le prochain pouvoir. Et ce n'est pas sûr que tu trouves des mains généreuses pour te donner de l'argent chaque 29 ou 30 décembre. Je l'ai déjà dit, chacun fera son (amère) expérience du "régime tribal et sanguinaire" (ce sont les expressions utilisées par tes proches et parues dans les journaux le 3 janvier dernier) de Laurent Gbagbo. Junior Ahua a fait la sienne. Il a choisi de quitter la confrérie. Laurent Tapé Koulou a fait la même expérience. Il a pris ses distances. Idem pour Tony Oulaï et Mathias Doué. Avant eux, on peut citer les Anaky Kobena, Paul Arnaud et autres. Plusieurs autres personnes qui ont flirté avec le régime de Laurent Gbagbo et ont découvert son réel visage, ont décidé de prendre leurs responsabilités. Tu viens de faire ton expérience à toi et Dieu merci, elle n'a pas été tragique comme cela a été le cas pour Dr Benoît Dakoury et Guy André Kieffer.

C'est à toi de savoir si tu refuses que ta vie soit un échec, que toi-même tu sois en fin de compte, un homme raté ou non, si tu continues d'être un homme que ceux que tu sers et suis ne respectent pas, qui ne sait pas ce qu'il veut dans la vie. Je t'observe. Les Ivoiriens t'observent.

André Silver Konan

 

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Published by andré silver konan - dans politique ivoirienne
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