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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 10:01

 

« Le règne de Gbagbo est une catastrophe…Il faudra un miracle pour qu’il gagne l’élection »

 

Samedi 20 décembre 2008. Il est 7h30. Le maire de Bouaké est déjà sur pied. Son imposante demeure sise à Kennedy, le quartier chic de Bouaké est calme. Il n’y a pas grand monde dans la cour. L’harmattan est à son comble dans la capitale du centre et les habitants sont pour la plupart encore dans leur lit. C’est un Ibrahima Fanny, jovial qui nous reçoit pour le petit déjeuner. « Tout à l’heure, nous irons visiter le nouveau site de la mairie que je suis en train de faire construire près de l’hôtel de ville », lâche-t-il. Quand nous lui disons que ce sera un entretien à bâtons rompus, il ne trouve aucun inconvénient. « Je suis un élu », précise-t-il.

 

Après cinq ans de conflit armé qui a vu Bouaké être la capitale des Forces Nouvelles, comment se porte votre  commune aujourd’hui ?

 

Aujourd’hui, du point de vue du retour de la vie, il y a une nette amélioration. La ville reste quand même totalement délabrée. C’est cela notre gros souci aujourd’hui .Je ne peux pas en dire plus. C’est vrai, les populations sont revenues, notre mairie est ouverte mais n’a pas commencé réellement à fonctionner parce que le budget mis à notre disposition, n’est pas encore débloqué. Et les services fiscaux de la mairie sont toujours entre les mains des Forces Nouvelles. Nous pensons que toutes ces choses vont rentrer dans l’ordre et qu’on pourra parler effectivement de reprise totale. Sinon, on a un excellent préfet avec lequel on se réunit tous les jours. L’administration s’est redéployée .Tous les grands chefs de services sont arrivés. Enfin, les choses reprennent en réalité. On aurait souhaité que ça aille plus vite que cela.

 

 

Quand vous dites « on aurait souhaité que ça aille plus vite  que cela », qu’est ce que vous voulez dire ?

On aurait par exemple souhaité que la mairie fonctionne normalement parce qu’elle  est la seule structure, dans une ville comme Bouaké, capable d’apporter un bien être aux populations. Vous avez vu que les routes ne sont pas entretenues, il y a des constructions anarchiques partout, les abords des voies ressemblent plutôt à un bidonville. Ce sont des choses auxquelles seule une mairie organisée peut faire face avec des populations organisées. C’est pour cela que je dis qu’on aurait souhaité que les choses aillent un peu plus vite que cela .Sinon du point de vue relation avec les Forces Nouvelles, il n’y a jamais eu de problème sérieux avec les populations. Donc, sur ce point de vue on est tranquille.

 

Les taxes sont perçues sur les marchés et ne sont pas reversés à la mairie. Comment comptez-vous régler cette situation ?

Le problème n’est pas à mon niveau. Il est au niveau du pouvoir central qui heureusement est géré par un premier ministre qui est en même temps le chef des Forces Nouvelles. Mais logiquement, compte tenu de ces deux positions les choses devraient aller vite. Mais jusque là, ce n’est pas encore débloqué.

 

Comment justifiez-vous cela ?

Les FN sont les seules à savoir les raisons. Mais lorsque quelqu’un a les privilèges comme l’a dit M. Konaté Sidiki, il y a quelques jours, ce n’est pas toujours facile de les lui enlever du jour au lendemain. Cependant, cette situation a assez duré aussi parce que ça fait bientôt six mois qu’on a été officiellement installé. Cela fait six mois que les choses sont au même niveau. Au point que la ville de Bouaké n’a pas encore confectionné son budget 2008. Sur quelle base, vous voulez confectionner le budget si les outils de productions ne sont pas mises à votre disposition. Donc, l’année 2008 risque d’être encore un problème pour Bouaké.

 

Monsieur le maire, combien générait les taxes sur le marché quand vous maîtrisiez encore les outils de production ?

Ecoutez, Bouaké, c’est une ville dont le budget gravit autour de 4milliards dans l’année. Sur le marché, on faisait 2 millions et demi à 3 millions et demi par jour. Mais, ce n’est pas le marché seulement, il y a beaucoup d’autres choses qui font la recette d’un maire. Mais entre 3 milliards et 4 milliards, c’est facilement réalisable. Et, nous étions en train de les faire lorsque la guerre a éclaté.

 

Vous êtes resté à Bouaké. On peut conclure que vous connaissez bien la situation actuelle. A combien est ce que vous pouvez estimez les taxes prélevées aujourd’hui?

Aujourd’hui, si nous suivons la loi de finance interne, c'est-à-dire les taxes qui avaient été arrêtées par le conseil municipal, on doit pouvoir faire les 4 milliards. Parce que le nombre de commerçants, à mon avis a doublé. Tout le monde est devenu commerçant. C’était la seule activité qu’il y avait. Alors, lorsque ceux là seront bien canalisés, bien comptés etc, nous pensons que notre budget doit pouvoir gravir autour de 4 milliards.

 

Il y a eu des évènements entre les Forces nouvelles. L’Onuci et le MIDH ont dénoncé des « exécutions sommaires » à Bouaké. Comment avez-vous vécu les récents évènements du 27 décembre ?

Le jour où il y a eu des tirs, moi j’étais couché. J’étais un peu fatigué donc j’étais couché. Mais en général, je ne me mêle pas de ces affaires puisque je ne m’y connais pas. Donc, je ne peux absolument rien vous dire là dessus. Je ne sais pas de quoi il s’agit. Depuis un certain moment, j’entends parler d’une affaire IB. Je ne connais ni IB, ni un autre protagoniste dans l’affaire. Donc, je ne peux pas en parler.

 

Quels sont vos rapports avec les FN ?

Les débuts ont été un peu difficiles. Il y avait beaucoup d’incompréhensions. Mais j’avoue que depuis un an, un an et demi, les choses vont nettement mieux. On peut se parler franchement et il y a moins de problème maintenant.

 

A quoi étaient liées ces incompréhensions. Etait-ce par rapport à votre personne ou à votre parti le RDR ?

Non, certainement, par rapport à ma propre personne, le RDR n’a jamais posé problème aux Forces nouvelles. Mais, je crois qu’on me reprochait de ne pas être constamment dans l’affaire. Je crois que c’est ce qu’on me reprochait. Et, il y avait quelqu’un qui, ici aussi qui s’amusait à nous opposer.

 

Dr Idrissa Diabaté ?

Enfin, moi je ne nomme personne. Mais, je sais qu’il y a quelqu’un ici qui jouait un mauvais rôle entre les Forces nouvelles et moi. Mais, il a fini par se faire découvrir et chacun paie toujours pour ce qu’il fait. Et donc, maintenant, l’on peut conclure que je ne suis pas ce qu’on pensait. Et nos rapports se sont nettement améliorés.

 

Comment avez-vous ressenti le départ de Dr Idrissa Diabaté à l’ANCI, le parti de Zémogo Fofana ?

Pour nous, c’est un non évènement parce que de toute façon au RDR, il n’était rien du tout. Donc pour nous, ce n’était rien du tout. Il n’était rien et il perturbait tout au sein du parti. Et depuis qu’il est parti, on est tranquille. Aujourd’hui, notre machine a repris son allure. Nous n’avons plus de problèmes entre nous. C’était le seul qui posait problème au sein du RDR.

 

Vous avez enregistré entre temps l’arrivée dans vos rangs au RDR de Nicolas Djibo, un poids lourd du PDCI RDA. Ce dernier montre clairement des ambitions municipales. Comment allez-vous gérer cette situation  quand on sait que vous-même êtes toujours intéressé par le poste de maire ?

Ecoutez, Nicolas, même s’il a des ambitions, c’est vous qui me l’apprenez. Je sais que nous travaillons parfaitement en symbiose. Nicolas reconnaît que je suis le leader du RDR ici. Quand il vient, vraiment on est ensemble. Il ne m’a jamais dit qu’il est intéressé par la mairie puisque nous ne sommes pas encore au stade des candidatures. S’il a des velléités mais quoi de plus normal ! Cependant, je crois qu’on lui prête des intentions. Même s’il a des velléités, nous le ferons dans un cadre concerté. Nicolas est un garçon bien élevé, un garçon qui est honnête et correct. Et, il ne commettra pas l’erreur que Diabaté a commise. Cela m’étonnerait. Au demeurant, vous savez que personne ne détient le monopole de la politique. Il faut d’abord que le parti lui-même désigne son candidat. Si, c’est Nicolas qui est choisi, je deviens son directeur de campagne. Si, c’est moi qui suis repositionné, il jouera son rôle comme il me l’avait promis. Mais Nicolas, n’est pas le seul qui nous a rejoint. Il y a aussi de bons cadres de Bouaké qui nous ont contacté, qui sont avec nous. Et on n’a pas fait trop de bruit autour d’eux.

 

2008 est l’année de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Y croyez-vous ?

Alors moi j’y crois. Evidemment, je ne vois plus ce qui peut arrêter l’organisation des élections. Nous à Bouaké ici, on a fini avec les audiences foraines. Ils sont dans les sous préfectures qui incessamment vont finir. Je suis du nord, je sais que ça avance. Dieu merci, dans quelques jours, cela va être bouclé. Si cela est fait, on aura trois ou quatre mois pour faire aussi l’identification. Vraiment, il faut une dose de mauvaise foi pour ne pas que nous organisions les élections autour de juin, juillet. Personne n’a intérêt à ce que la Côte d’Ivoire reste dans cet état.

 

Quand vous parlez de dose de mauvaise foi, à qui faites vous allusion ?Aux deux ex-belligérants ?

Bon, il n’y a qu’à eux qu’on peut dire cela. Ou c’est le président ou c’est le premier ministre. Or apparemment, le premier ministre, lui a intérêt à ce que les choses se fassent comme il l’a souhaité. Si ce n’est pas organisé, la personne à qui cela profiterait c’est bien le chef de l’Etat dont le mandat est prorogé depuis octobre 2005.

 

Des analyses politiques préviennent que les (…)le scénario kenyan est aux portes de la Côte d’ivoire avec un Laurent Gbagbo qui y a déjà fait allusion. Soutenez-vous cette thèse?

Non, je pense qu’il (Laurent Gbagbo, ndlr) fut longtemps dans l’opposition pour envoyer la Côte d’Ivoire sur ce genre de terrain. Et nous sortons d’une guerre qui a épuisé tout le monde. Il sait plus aujourd’hui que rien ne vaut la paix. Ça m’étonnerait qu’il descende dans une salissure si dégradante. Parce que ce sera dégradant pour lui, de perdre les élections et de vouloir s’imposer. Pour le peu que je sais de lui puisqu’il est quand même une relation de longue date, je puis dire que cela ne lui ressemble pas.

 

A l’analyse de la situation politique en Côte d’Ivoire, croyez-vous que Laurent Gbagbo peut gagner ces élections ?

Ça m’étonnerait qu’il gagne. Il faut vraiment un miracle. Affronter Alassane, Bédié, Mabri, Anaky, tous contre lui, il faudrait qu’il y ait un miracle pour qu’il gagne.

 

Comment résumeriez-vous le règne de Laurent Gbagbo, votre ami ?

Moi, à mon propre niveau, son règne a été une catastrophe. Voilà des gens qui ont géré pendant près de six (6) ans, près de 2000 milliards de budget, mais on n’a vu aucune nouvelle université, aucune nouvelle route. On n’a rien vu de nouveau. Sinon de belles villas à travers la Côte d’Ivoire. En dehors de cela, je ne peux pas vous dire voilà ce qu’en six ans de mandat, Laurent Gbagbo a apporté à la Côte d’Ivoire. Et ça, je ne sais pas comment pendant la campagne, il va aborder les populations. Ce qui m’ennuie, c’est que le président de la république que je connais bien est un monsieur charmant et affable. Je ne sais pas  ce qui a bien pu se passer.

 

Selon vous, qu’est-ce qui a bien pu se passer, pour reprendre vos propres termes ?

Je ne sais pas. Je vous dis que je ne sais pas. Est-ce ceux avec qui il fait équipe qui ne l’ont pas bien aidé ? Est-ce que lui-même a changé après et complètement par rapport à ce que nous qui le connaissons prévoyions ? Sinon, moi j’étais convaincu qu’il aurait pu faire un bon mandat. J’ai été surpris de voir ce qui s’est  passé après. Ça a commencé avec un terrible charnier à Yopougon. Ensuite, c’est sur les militants du RHDP qui ont voulu faire une marche, qu’il a fait tirer. Bref, il y a beaucoup de choses qui, à mon avis, n’ont pas marché. Et compte tenu de tout cela, se sera difficile pour Laurent Gbagbo de gagner les élections. Evidemment, quand il regarde les petits mouvements de foule qu’il y a, il espère. Mais Guéi soulevait aussi les foules avec sa campagne du « et, ou ». Bon enfin, vous savez que nous sommes en politique. Mais depuis quelques temps, il fait de bonnes actions. Tout dernièrement, ce qu’il a fait pour les musulmans était louable. Enfin, il se bat pour qu’on soit réconcilié. Mais se sera un peu trop tard.

 

 

Interview réalisée par André Silver Konan

Collaboration Delmas Abib (correspondant régional)

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Published by andré silver konan - dans politique ivoirienne
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commentaires

andre silver konan 24/01/2008 15:54

merci. c'est vrai que se rendre à bouaké au lendemain des présomptions de tueries inra FN, n'était pas une sinécure.

bayala martin 24/01/2008 13:30

après avoir lu votre interview avec Monsieur Fany maire de Bke et ex fondateur du lycée charles de Gaul devenu belle ville
vous aviez tiré à boulet rouge sur le maire ces rapport avec les forces nouvelles je ne suis pas à BKE mais ces reaction sont juste car il est souvent difficile de communiquer avec des gens en arme et d'avoir gain de cause monsieur le maire joue son role mais sans moyen puique depuis la crise il n'a plus ded moyen etr de budget les forces nouvelles ont mis la main sur tout ce qui existe et ils sont pas prèt à lacher prise
je mercie Monsieur Konan ANdre d'avoir eu ce courage d'aller en zone force nouvelle malgré ce qui se passe les es tueries et autres monsieur konan fait preuve de courage et professionalism dan,s son metier car ces genre de d'interview se fait dans un cadre bien enchanteur mais ici le decor est tou autre la gurre l'pres guerre et votre agrssivité au niveau des questionnaires
mercie à la prochaine