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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 13:23

« On vous a trop volés !»

 

Bonjour parents planteurs de café et de cacao,

J’ai choisi aujourd’hui de m’adresser à vous après les derniers rebondissements qui plombent encore la marche normale de votre filière. En terme de derniers rebondissements, il s’agit plutôt de la dernière révélation qui a mis à nu les intrigues politiciennes qui maintiennent votre filière dans l’artisanat et vous même dans la pauvreté. En effet, le communiqué officiel du ministre de l’Agriculture Amadou Gon Coulibaly en date du mercredi 6 février a jeté un pavé dans la mare. « Instructions de monsieur le président de la république ». C’était bien l’objet du communiqué. Pour sa première intrusion dans le magma de l’or brun, le ministre de l’Agriculture, connu pour être au-dessus des contingences dans la filière café-cacao, n’a pas voulu endosser des responsabilités à lui imposées. Aussi, a-t-il décrété que « toutes les instances de gestion actuelles des structures suivantes : BCC, FRC, FDPCC, notamment leurs conseils d’administration et leurs bureaux restent en place jusqu’aux enquêtes en cours sur la filière sous l’égide du procureur de la république ». Le communiqué a insisté pour dire qu’ « il reste entendu que pour la BCC, le conseil d’administration et son bureau d’avant la crise au sein de cette structure restent en place ». Il est clair que le communiqué, sinon l’instruction de Laurent Gbagbo ne visait seulement qu’à réhabiliter Lucien Tapé Do qui avait été démis de son poste de président du conseil d’administration (PCA) de la Bourse café cacao (BCC) quelques jours plus tôt.

 

Parents planteurs de café-cacao,

Mon intervention de ce jour se situe dans un contexte de crise, je dirais de pagaille totale dans votre filière, pourtant locomotive de l’économie de la Côte d’Ivoire. Une pagaille à la limite scientifique instiguée par une intrusion mafieuse du politique dans votre filière pourtant libéralisée. Comment en est-on arrivé là ? Nous sommes en 2000. Laurent Gbagbo arrive au pouvoir, comme vous le savez, dans des conditions calamiteuses. Coup sur coup, Laurent Gbagbo met en place les structures. Bourse du café cacao (BCC), Fonds de développement et de promotion des activités des producteurs de café et de cacao (FDPCC), Fonds de garantie des coopératives café cacao (FGCCC), Fonds de régulation et de contrôle (FRC). L’Autorité de régulation du café et du cacao (ARCC). L’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (Anaproci) mise en place sous le régime militaire de Robert Guéi constitue un terreau où pêche le chef de l’Etat pour contrôler les nouvelles structures de la filière. La plupart des personnes qu’il positionne sont ses proches triées très souvent dans l’entourage régional ou immédiat. Angéline Kili, Lucien Tapé Do, Jean Bayou Bagnon, Placide Zoungrana…La réponse de Laurent Gbagbo de la libéralisation de la filière suite à la question liée à la liquidation de la Caisse de stabilisation (CAISTAB) est donc une erreur de gestion. La lourdeur de la structure qui a plombé le fonctionnement de la CAISTAB dans les deux décennies 80-90 n’a pas servi d’exemple au nouveau pouvoir. La multiplication des structures dont les missions pourtant claires en théorie s’enchevêtraient dans la pratique a été une erreur économique doublée d’un manque de vision stratégique. De fait, le fonctionnement des structures devenait plus budgétivore que celui de la défunte CAISTAB. A titre d’exemple, 55 FCFA et 7 FCFA sont prélevés sur chaque kilogramme de café et de cacao respectivement pour le FDPCC et la BCC pour constituer leur budget. Le nombre pléthorique des structures obéissait dès lors à une vision de récompense de copains et échappait à la vision préalable qui a prévalu à la « mort » de la CAISTAB à savoir redynamiser un secteur, pourtant essentiel.

 

Parents planteurs de café-cacao

L’erreur est venue de là. La faute aussi. Car les ponctions cumulées reversées comme ristournes pour le fonctionnement des innombrables structures avait une incidence lourde sur le prix d’achat au producteur. Conséquence : le kilogramme de café et de cacao n’a jamais été payé à 3.000 FCFA comme l’avait promis Laurent Gbagbo. Aujourd’hui, le prix d’achat varie en dents de scie sur le marché national avec une barre qui n’a jamais dépassé le quart du prix d’achat promis. A l’analyse, ce prix aurait pu être meilleur si le financement des structures ne pesait pas sur le prix d’achat bord champ des matières premières. Quand, l’Etat encaisse son Droit unique de sortie (DUS), quand les différentes ponctions sont faites pour financer les nombreuses structures de la filière dont on ne voit guère l’importance, quand des acheteurs de produit et des pisteurs-intermédiaires marrons se torchent avec les prix fixés par la BCC, il ne reste plus au petit producteur qui se trouve dans les zones de production de la nouvelle boucle du cacao que de se contenter de miettes.

 

Parents planteurs de café-cacao

Le système mis en place par Laurent Gbagbo est pire sinon au même niveau que celui discriminatoire voire esclavagiste du colon. Quand vous avez voulu prendre vos responsabilités en dégageant les copains qui se partageaient pour certains sans mérite (ils ne possèdent pas un seul pied de cacao) le fruit de votre labeur, le chef de l’Etat a exigé que le ministre de l’Agriculture les rétablisse. Il a demandé que vous attendiez tranquillement les résultats des enquêtes ouvertes par le procureur Raymond Tchimou qui vous le savez autant que moi, est le champion des enquêtes interminables.

La Côte d’Ivoire est le premier producteur de cacao au monde. Mais notre pays n’a aucune voix au chapitre au marché à terme de Londres. Cela veut dire que des gens qui n’ont jamais vu un grain de cacao ni été jamais piqué par une fourmi magnan sur un caféier sont ceux qui en même temps qu’ils fixent le prix de nos matières premières, les achètent. Voici le défi de votre génération. Celle d’être les décideurs sur le marché de Londres. Mais, vous ne devez pas vous méprendre. Ce n’est pas avec des analphabètes « aux grands chapeaux » ni avec des intellectuels aux compétences limitées que se relèvera ce défi. La guerre du cacao devra avoir lieu. Celle de l’uniformisation du prix a été menée par vos aînés, à savoir les pionniers du Syndicat agricole africain. Félix Houphouët Boigny a bravé le colon le 22 décembre 1932, en  rédigeant sous un pseudonyme, un article engagé intitulé « On nous a trop volés » qui paraît dans un éditorial socialiste publié en Côte d’Ivoire dénommé le « Trait d’union ». L’article a fait mouche. Et a été le déclencheur de la lutte pour l’uniformisation des prix aux producteurs qu’ils soient africains (indigènes) ou Européens.

 

Parents planteurs de café-cacao,

Cela fait 76 ans que le plus grand planteur de tous les temps en Côte d’Ivoire a lancé le cri du ralliement et de la rupture. Sa lutte a payé, à son temps. 76 ans après, votre condition de vie est demeurée en l’état. On vous a trop volés ! Vous le savez plus que moi. Il vous reste à vous mettre en route pour l’affirmation de votre responsabilité. Soit vous acceptez qu’un système abject et esclavagiste (des temps nouveaux) continue de vous maintenir dans la pauvreté, soit vous décidez, comme l’ont fait vos aînés en 1932, de crier votre holà pour vous mettre en demeure de reconquérir vos richesses spoliées. Chaque génération a un défi à relever. Le votre sera de vous rendre à vous-mêmes votre propre filière tant sur le plan interne qu’au niveau du marché international. Il vous reste à décider si vous allez être les acteurs de cette nouvelle histoire ou si vous allez continuer à regarder l’histoire se dérouler pour que les générations futures constatent, à votre grande honte, que vous n’avez pas été capables de prendre vos responsabilités. L’histoire vous regarde. Les Ivoiriens vous observent. Le monde entier vous attend. La balle est inexorablement dans votre camp.

 

André Silver Konan

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Published by andré silver konan - dans Economie ivoirienne
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commentaires

andré silver konan 18/02/2008 12:23

j'ai compris la démarche. elle est foncièrement caractéristique des personnes qui ont horreur de se remettre en cause. elle procède de la simplicité: le plan de défense par la responsabilité partagée.

fernand koblan 18/02/2008 10:12

"chers parents on vous a trop volé" dixit sieur silver konan aux paysans. je suis entièrement d'accord avec lui, mais à quand remonte ce vol des paysans!
avant les independances, sous le president houphouet boigny alors seul planteur en côte d'ivoire, sous bedie ou sous gbagbo avec ses nombreuses reformes de la filière?
quand je dis que silver konan n'est pas un intellectuel, il pense que je ne suis pas serieux. il ne suiffit pas de lancer le pavé dans la marre et s'en debarrasser. une contribution d'intellectuel part des faits scientifiques, historiques et implacables. il ne faut pas truquer l'histoire pour les beaux yeux de ses commanditaires car l'histoire de la filiére café -cacao doit être traitée avec objectivité et pratiotisme parce qu'il s'agit de notre vie car c'est la mauvaise remuneration à nos parents qui les ont contraints à ne pas faire face aux frais d'écolage de nombreux d'entre nous. ceux d'entre nous comme silver konan andre (fils de paysan) qui ont connu le bonheur d'être scolarisés n'ont pu réaliser leur rêve pour faute de moyens financiers.La population ivoirienne dans sa quasi totalité est tributaire du monde paysan donc traiter du problème de la filière cafe- cacao en s'attaquant aux reformes gbagbo c'est faire preuve d'escroquerie morale et intellectuelle cher frere.
je veux bien avec toi reconnaître que nos parents sont volés mais je t'invite à reprendre ton adresse aux parents depuis l'époque coloniale en passant par le president houphouet boigny, le president henri konan bedie jusqu'aux reformes laurent gbagbo. les archives existent, il faut les chercher et aussi renseigne avec les responsables des nombreuses structures gbagbo comme ça tu pourras faire ton adresse aux parents.
merci infiniment