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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 13:38

 

« Votre manque d’empressement à faire la lumière sur le détournement de fonds fait douter »

 

Bonjour monsieur le président de l’université de Cocody,

Depuis le début du mois, j’éprouvais le besoin de vous adresser une lettre. Je ne l’ai pas fait. Je ne le fais qu’aujourd’hui. Je voulais vous donner le temps de me convaincre de ne pas vous adresser une lettre. A tout le moins, de vous adresser une lettre de félicitations. Je dois avouer que vous ne me laissez pas le choix. A défaut d’une lettre de félicitations, c’est une lettre ouverte que je me permets de vous envoyer. Le délai d’observation, que je me suis moi-même fixé, a expiré. Hélas, vous ne m’avez pas découragé par vos actes, propos et même insinuation sur la voie que je me permets de prendre.

 

Monsieur le président,

Je ne suis pas fier de vous. Autant vous le dire tout de suite. Depuis l’éclatement de cette affaire, j’ai suivi chacune de vos déclarations, chacun de vos actes, chacun de vos propos et les non-dits qui en ont découlé. J’en suis arrivé à la conclusion que vous avez des choses à dire que vous n’osez pas dire pour l’instant. Le peu d’empressement que vous avez, pire votre manque d’empressement à faire rapidement la lumière sur cette affaire de détournements de 518 millions Fcfa (ou 516 millions de Fcfa) fait douter. Cela vous fait passer pour quelqu’un qui a quelque chose à cacher. Quelque chose qui peut avoir un rapport avec l’affaire en question ou qui n’a rien à voir, mais qui pourrait être découvert si des limiers s’aventuraient un peu loin dans les enquêtes. Je voudrais être très clair. Je ne vous accuse de rien. Je ne vous suspecte de rien notamment dans cette affaire. Je m’étonne tout simplement de votre attitude. Et je doute.

 

Monsieur le président,

Je vais vous dire pourquoi vous me faites douter.

Premièrement. Nous sommes le lundi 4 février 2008. Le journal "Le Nouveau Réveil" révèle, dans un article, signalé à sa "une" que plus de 500 millions Fcfa ont été soutirés des comptes de l’université de Cocody dont vous êtes le président. Le lendemain, au sortir d’un conseil d’université convoqué en hâte, vous reconnaissez les allégations du journal. En effet, Pr. Benjamin Djérédou, chef du service communication de l’université anime un point de presse dans une atmosphère lourde dans la salle du conseil. Je me permets de vous rappeler ce qu’il a dit d’entrée de jeu. En « décembre (2007), le service de la comptabilité a informé le président de l’université que son compte avait été débité d’un montant de 518 millions de Fcfa ». Je m’arrête à ce niveau. Pour marquer mon étonnement concernant certaines déclarations contradictoires. Au sortir du conseil de gestion, convoqué ici encore, à la hâte, le 21 février auquel a pris personnellement part le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique Ibrahima Cissé, vous avez déclaré qu’il s’agit plutôt de « 516 millions disparus et non 518 millions comme il se raconte dans les journaux ». Certes, c’est un écart négligeable de 2 millions Fcfa, cependant le chiffre de 518 millions Fcfa n’est pas une invention des journaux, mais il a été bel et bien avancé par votre chargé de communication lors de son point de presse, tenu le 5 février. Ça, ce sont les premières déclarations contradictoires. Les dernières déclarations contradictoires ont trait à la date où vous avez été informé du détournement des fonds. Votre chargé de communication qui, je vous le rappelle, a lu une déclaration écrite par le conseil de l’université, a dit que c’est en décembre 2007 que l’agent comptable (cette fonctionnaire du ministère de l’Economie et des finances qui doit être félicitée pour son acte patriotique) de l’université vous a informé de l’affaire. Votre secrétaire général, Dr Jérôme Balou Bi Toto, qui fait montre, depuis l’éclatement de l’affaire, d’un activisme médiatique qu’on ne lui connaissait jusque-là pas, a confié dans une interview publiée le 22 février dans "Fraternité Matin" que « l’affaire s’est déroulée en décembre et c’est en janvier que le président a été informé par l’agent comptable ». Contradiction. Sur la date de la plainte. Ce dernier a déclaré à "Fraternité Matin" que le président de l’université dont il est très proche « a porté plainte aujourd’hui ». Ce "aujourd’hui" représente le 21 février. Pourtant, dans un entretien accordé le 20 février à "Notre Voie", où il s’est invité lui-même, il a déclaré que « les enquêtes relatives au détournement de 518 millions de Fcfa (je vous fais remarquer que lui aussi parle de 518 millions Fcfa et non de 516 millions Fcfa) sur le compte de l’université de Cocody sont en cours. Nous avons même porté plainte ».

 

Monsieur le président,

Aidez-moi à comprendre. Comment expliquez-vous le fait que le secrétaire général de l’institution que vous dirigez déclare un jour que vous avez déjà porté plainte et dise le lendemain que c’est ce jour-là que vous venez de porter plainte ?

Au demeurant, cela m’amène à me lancer dans la deuxième raison qui fonde mon doute. Celle-ci est liée au peu d’empressement que vous avez à démasquer les voleurs. D’un, l’affaire a été éventée grâce à un article de presse publié deux mois après le déroulement des faits. Si "Le Nouveau Réveil" n’avait pas balancé ce scoop (comme dans le cas du scandale des déchets toxiques), il n’y aurait sans doute jamais eu de scandale. Depuis décembre (ou janvier, peu importe le mois), vous aviez l’information que 518 millions Fcfa (ou 516 millions Fcfa) avaient été soutirés des comptes de votre institution. Mais, vous avez gardé l’information. Comme si de rien n’était. Comme si vous vouliez protéger quelqu’un. Comme si vous vouliez cacher quelque chose. De deux, vous refusez de porter plainte contre le Trésor parce que selon vous « c’est lui qui gère (votre) compte ». C’est paradoxal. C’est bien parce que c’est le Trésor qui gère votre compte que vous devez poursuivre cette institution. C’est bien parce que c’est le Trésor qui a viré à quatre reprises sur deux comptes différents à la Banque atlantique et à la Caisse d’épargne, malgré les irrégularités constatées, selon vous, sur les chèques (imitation ( ?) de signature, absence de cachet sec et de bordereaux des destinataires) que vous devez poursuivre cette institution.

De trois, pour une affaire aussi grave dont vous avez été informé en décembre (ou en janvier), vous n’avez porté plainte qu’en février. Vous voudriez qu’on ne fasse pas la lumière sur cette affaire que vous ne vous y prendriez pas autrement. C’est vous qui auriez dû éventer cette affaire. C’est vous qui devriez faire du tapage autour de l’affaire et faire pression sur le ministère public pour que la police économique accélère les enquêtes. C’est vous qui devriez poursuivre le Trésor, si tant est que vous estimez que celui-ci n’a pas été vigilant donc a été complice actif ou passif.

 

Monsieur le président,

Je vais finir cette lettre où j’exprime mes doutes sur votre attitude, par une question toute simple : comment expliquez-vous le fait que depuis bientôt trois mois, personne dans ce pays, n’arrive à révéler le(s) nom(s) de la (ou des) personnes(s) à qui appartiennent les deux comptes logés dans deux banques bien connues à Abidjan ?

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Published by andré silver konan - dans politique ivoirienne
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