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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 12:34
Frappantes ressemblances !

 

L’un est le président contesté de l’un des rares pays d’Afrique orientale ayant connu une relative stabilité politique depuis son indépendance. L’autre est le président mal élu d’un pays jadis havre de paix. Le Kenyan Mwai Kibaki et l’Ivoirien Laurent Gbagbo ne sont certes pas des oiseaux de même plumage mais, à bien des égards, leur histoire vole ensemble. Portraits croisés.

Mwai Kibaki est un apparatchik. A 76 ans révolus, il est le troisième président de la République du Kenya après le père de l’indépendance (1963) Jomo Kenyatta (mort en 1978) et Daniel Arap Moi (1978-2002). L’histoire de Mwai Kibaki se confond avec celle du Kenya. Elève intelligent, étudiant brillant, il est élu député aux premières consultations parlementaires de 1963. Il ne quittera presque plus l’hémicycle. Maintes fois réélu au titre de l’Union nationale africaine du Kenya (KANU), le parti présidentiel, il fait son entrée au gouvernement en 1965. Ministre du Commerce et de l’industrie. Il n’a que 32 ans. Il occupe ce poste pendant quatre ans. En 1970, il est nommé ministre des Finances. Pendant treize ans, il est l’argentier du Kenya. Après la mort de Jomo Kenyatta, Daniel Arap Moi qui prend les rênes du pouvoir confie à Mwai Kibaki, parallèlement à sa mission d’argentier, le poste de vice-président de la République. Pendant une décennie (1978-1988), il est le numéro deux du pays. Il cumule ce poste (depuis 1983) avec celui de ministre de l’Intérieur. En 1988, il rompt avec le parti au pouvoir et le régime corrompu de Arap Moi. Il atterrit, deux ans plus tard avec, armes stratégiques, bagages humains, expérience politique et (immense) fortune, sur la piste de l’opposition. Il crée son propre mouvement politique, le Parti démocrate (DP) et côtoie l’enfant terrible de l’opposition,  Raila Odinga,  avec son parti, le Parti libéral démocrate (PLD).

 

Poche de moralité

Pour la population kenyane, c’est la preuve que Mwai Kibaki est une poche de moralité. En 2002, c’est Raila Odinga qui l’aide à battre le candidat du parti au pouvoir et homme de main de Daniel Arap Moi. L’accord de gouvernement que les deux hommes ont signé n’a pas été respecté par le président élu. Raila Odinga n’a jamais été le Premier ministre de Mwai Kibaki comme convenu dans l’accord de 2002. La roublardise.

Les Ivoiriens ne pensaient pas moins avant son arrivée au pouvoir « dans des conditions calamiteuses » en 2002, que Laurent Gbagbo était une poche de moralité. Le quatrième chef de l’Etat après Houphouët-Boigny (1960-1993), Henri Konan Bédié (1993-1999) et Robert Guéi (24 décembre 1999-24 octobre 2000) a aujourd’hui 63 ans. Il était jusqu’à son élection en 2000, un éternel opposant. Elève intelligent, étudiant turbulent, enseignant contestataire. Aux premières consultations pluralistes de 1990, il se fait élire député. Il est réélu sous les couleurs de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI). Contrairement à Mwai Kibaki, Laurent Gbagbo n’avait aucune expérience gouvernementale. La différence entre les deux hommes se mesure surtout en terme de performance économique. En 2007, la croissance a atteint 6% au Kenya. Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire se battait pour atteindre 1%. Les deux hommes sont opposés par leur personnalité. Mwai Kibaki est un homme calme. Il a une voix posée. Il est un savant mélange de faux timide, d’homme qui fait mine d’être dépassé et qui hésite à prendre une décision. En cela, il est différent d’un Laurent Gbagbo vif et spontané, à la voix gouailleuse qui dit tout de suite "oui" avant de se rendre compte qu’il devrait dire "non" et qui finit par dire, "peut-être".

Laurent Gbagbo a fait le service militaire sur décision de l’administration du parti unique. Mwai Kibaki en a été empêché en raison d’une décision du gouvernement colonial.

 

Hélas, ils se ressemblent !

A ne pas s’y méprendre pour autant. L’histoire, les faits et les actes de Mwai Kibaki rejoignent quasi étrangement le parcours politique de Laurent Gbagbo. Les deux hommes ont été formés à l’école catholique missionnaire. Tous les deux sont des historiens et ont une expérience parlementaire. Ils excellent dans les alliances circonstancielles. En 2002, Mwai Kibaki s’est allié à Raila Odinga avant de le lâcher. Pour le scrutin de décembre 2007, il s’est allié à l’ex parti au pouvoir dont il était sorti et dont il a battu le candidat en 2002. En 1994, le socialiste Laurent Gbagbo et le FPI (parti de gauche) se sont alliés au sein du Front républicain à l’ultra libéral Alassane Ouattara et à son parti de centre droit, le Rassemblement des républicains (RDR). En 1999, il s’est allié aux putschistes avant de chasser du pouvoir son champion, le général Robert Guéi. En 2005, Mwai Kibaki a réussi à liguer contre lui les quatre principaux partis de l’opposition qui ont créé le Mouvement démocrate orange (ODM-Kenya). C’est une coalition qui ressemble fort bien au Rassemblement (ivoirien) des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Pour faire face à l’ODM, Mwai Kibaki dont le parti (DP) n’était plus aussi vivant (ce qui n’est pas forcément le cas du FPI bien que le parti présidentiel présente des signes d’essoufflement) que par le passé, suscita le Parti de l’unité nationale (PNU, rassemblement de plusieurs partis politiques, pour la plupart insignifiants). Le PNU n’est pas moins la version kenyane du Congrès national pour la résistance et la démocratie (CNRD) qui compte en son sein Uhuru Kenyatta, l’un des hommes vestiges de l’ex-parti au pouvoir, le KANU. Uhuru Kenyatta est au Kenya ce que Talleyrand a été pour la France et ce que Laurent Dona Fologo est pour la Côte d’Ivoire. A savoir des transhumants politiques notoires. Lors de la campagne présidentielle, Mwai Kibaki a été le premier à accuser ses adversaires, sans pouvoir le prouver, de faire campagne « selon des critères tribaux ». Exactement, ce qu’a dénoncé à Adzopé Laurent Gbagbo, il y a environ deux mois.

Mwai Kibaki et Laurent Gbagbo se ressemblent surtout par leur penchant à ne pas tenir leurs promesses aussi bien électorales que politiques. Mwai Kibaki avait promis aux Kenyans de lutter contre le favoritisme clanique, la corruption généralisée, la militarisation de la police. Il n’a pas fait mieux que Daniel Arap Moi. En Côte d’Ivoire, la corruption a atteint un niveau tel que des déchets toxiques ont été envoyés dans le pays. La police paramilitaire (CECOS) tue et rackette. Le favoritisme clanique est souvent dénoncé par les partisans mêmes du chef de l’Etat. Mwai Kibaki a été accusé de roublardise par Raila Odinga. Laurent Gbagbo est accusé par ses adversaires de roublardise et lui-même le revendique.

Le 30 décembre 2007 à Nairobi, comme le 26 octobre 2000 à Abidjan, Mwai Kibaki a fait appel au président de la cour suprême Evans Gicheru (le Tia Koné local), quelques heures seulement après son élection contestée (comme en Côte d’Ivoire) pour prêter serment la main droite sur la Bible (en Côte d’Ivoire c’est le livre de la Constitution) alors que les affrontements sanglants se poursuivaient dans les rues de Nairobi (comme en octobre 2000 à Abidjan). Les violences post-électorales au Kenya ont fait plus de 1000 morts. En Côte d’ivoire, elles ont fait à l’issue des élections présidentielle et législatives (au Kenya, les deux se sont déroulées en même temps et l’opposition a remporté les législatives comme cela a été le cas en Côte d’Ivoire en décembre 2000) 303 morts.

Le Kenyan Mwai Kibaki et l’Ivoirien Laurent Gbagbo semblent partager la même vision de gestion du pouvoir marqué par cette sentence terrible du second : "Mille morts à gauche, mille morts à droite, moi j’avance".

                                                                                          

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Published by andré silver konan - dans politique africaine
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commentaires

Erat. k 17/03/2008 13:13

Bonjour !
Je nes sais plus comment nous sommes rentré en relation.
Par principe j'aime les échanges constructifs. Toutefois, je passe loin de ceux qui juge chacun de nos leaders avec une position radicale (voir Psaume 1:1-3). J'ai parcouru ton blog, un lieu qui me semble proclamer de l'anti-refondation ou de l'anti-Gbagbo. Les tares de la République, comme des hommes au pouvoir, on peut/doit en parler. Et froidement me semble être la meilleure manière.
Qu'y gagnerais-je moi à lire un seul côté du discours ? Pas grande chose pour le moment. Pendant combien de temps encore allons-nous, dans ce pays, ériger des héros pour un fait seulement ? Jusqu'à quand arrêterons-nous de nous auto-célébrer ?

Je te suggère donc de persévérer dans le travail, par des analyses plus pointues, dépassant les clivages politiques d'un temps. Eduquer les populations au civisme, leur dire ce qu'est la démocratie, leur indiquer des voies de développement me semblent pouvoir trouver une place sur ton site. Tes illustres lecteurs et bien d'autres encore de part le monde pourraient en profiter et s'engager dans le noble combat du développement local.

Que Dieu soit avec toi !

Arnaud 14/03/2008 19:00

Cher frère je trouve ton analyse pertinente. Aussi je pense tu peux faire le même exercie avec Mobutu le résultat est édifiant.

andré silver konan 14/03/2008 18:08

je vous le concède: les journalistes ivoiriens ont une responsabilité indéniable dans le pourrisement de la situation. mais je le dis très souvent (et cela n'est certes pas une excuse) autant un peuple mérite son dirigeant autant le lectorat ivoirien mérite sa presse et ses médias. pour ma part, je suis certes critique envers notamment les dirigeants (c'est un choix éditoral de mon blog) mais je reste dans la limite de l'honnêteté exigée par notre métier.

y soro 14/03/2008 18:01

Bonjour,
Merci pour votre prompt réaction. Cela voudrait dire que vous tenez votre blog avec sérieux. Je vous ai envoyé le mail pour surtout tester votre sérieux. Comprenez-moi, il y a trop de plaisantins sur le net...
Cela dit, j'observe avec beaucoup d'intérêts-bien qu'étant loin-les analyses que font les journalistes sur la crise que vit notre pays . Malheureusement elles sont très souvent teintées de couleurs d'impartialité. Soit dit en passant: j'avais pris contact avec un journal pour y publier des contributions parce que je trouvais ses articles pertinents; mais quelques semaines après leur prise de position m'ont fait changer d'avis. Vous serez d'avis avec moi qu'en lisant les journaux ivoiriens, on a l'impression que nul ne peut émerger sans avoir fait la politique. Tout est ramené à la politique. Il faut que l'on cesse de focaliser les ivoiriens sur la politique. Il y a tellement de choses à faire.
Vous pouvez toujours m'envoyer votre lien; je vais souvent sur votre blog. Soyez rassuré, je réagirai à vos écrits si c'est opportun.
Je vous souhaite beaucoup de courage. Si vos articles sont sérieux et pertinents, votre blog pourrait peut-être déboucher sur quelque chose de plus grand. Sait-on jamais!
Cordialement,

andresilverkonan.over-blog.com 14/03/2008 17:59

merci d'avoir fait un commentaire sur le sujet. les portraits croisés de personnalités sont enrichissants dans les débats de développement en ce sens qu'ils participent de la prévention. laquelle est la meilleure façon de prévoir et de faire le développement. cela dit, c'est du journalisme et non de la politique.
je suis d'accord avec vous que le problème des opposants, c'est leur problème et vous remarquerez (si vous avez lu mon article) que je ne parle pas d'eux sinon qu'ils ont noué des alliances avec le chef de l'Etat.
par ailleurs, votre adresse m'a été recommandé par quelqu'un et si vous souhaitez ne plus recevoir mes articles, je souhaiterais que vous le signaliez fermement.
amicalement.