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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 19:43

« Merci de servir d’exemple à tous les criminels de guerre qui sont encore sur le continent »

 

Bonjour monsieur Bemba,

J’ignore où vous vous trouvez précisément, actuellement. En réalité, cela m’importe peu dès lors que je sais que vous êtes entre les mains de la justice internationale. Je ne vous connais pas particulièrement, mais j’ai suivi avec beaucoup d’attention votre parcours en République démocratique du Congo (RDC) depuis le renversement de Mobutu Sessé Séko dont vous avez bénéficié des largesses, si je ne m’abuse. Je crois savoir que votre sœur est mariée à N’Zanga Mobutu, l’un des fils du dictateur. Bref.

Ce n’est pas pour cela que je vous écris aujourd’hui. Je sais que vous ne lirez pas cette lettre. Du fond de votre cellule glaciale, en attendant votre jugement, je sais que vous n’avez pas le temps de lire un article de presse, préoccupé que vous êtes à méditer sur votre sort. En réalité, ce n’est pas à vous que j’écris. Je me sers de votre affaire comme prétexte pour m’adresser à tous ces boutefeux qui pullulent sur le continent et qui croient qu’ils sont assurés de l’impunité ad vitam aeternam.

 

Monsieur Bemba,

Je voudrais m’adresser à ceux- là en leur rappelant ce qu’a été votre vie. Votre parcours. Un parcours identique à celui de centaines de criminels de guerre que la conscience collective a déjà condamnés et qui seront tôt ou tard rattrapés par l’histoire pour leurs crimes.

Vous vous croyiez intouchable quand en 1998, jeune homme d’affaires prospère, issu d’une famille bourgeoise que vous étiez, vous créiez le Mouvement de libération du Congo (MLC). De votre exil ougandais, avec votre Armée de libération du Congo (ALC), vous vous êtes lancé dans une guerre fratricide contre les troupes de Laurent Désiré Kabila. Un an plus tôt, ce dernier, en effet, avait chassé Mobutu Sessé Séko du pouvoir, avec son Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et vous-même étant un proche du régime déchu avez été contraint à l’exil. A 36 ans, vous deveniez un redoutable chef de guerre craint et autant adulé (il faut le reconnaître) dans votre fief natal de l’Equateur.

C’est en 2002 que votre nom a commencé à circuler dans les registres de criminels de guerre placés dans les placards confidentiels de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003, en effet, certaines de vos troupes, réputées sous payées ont mené une incursion particulièrement meurtrière en République centrafricaine (RCA) à l’invitation du président Ange Félix Patassé dont le régime était menacé par la rébellion conduite par le général François Bozizé.

Les exactions meurtrières de vos miliciens en territoire centrafricain hantent encore nos esprits d’évolués.

« Crimes sexuels, crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». L’acte d’accusation est suffisamment grave pour que vous en preniez pour la vie dans les cellules non douillettes de la Cour pénale internationale (CPI) si votre culpabilité est établie. Vous savez mieux que moi qu’en la matière, vous bénéficiez plutôt d’une présomption de culpabilité du fait de votre passé de chef de guerre. J’ai lu quelque part une réplique timide de l’un de vos proches qui avançait que vous n’êtes coupable de rien dès lors que vous n’avez donné aucun ordre à vos troupes de commettre des exactions. Ce proche, franchement nul, a même mis au défi quiconque pourrait prouver qu’il vous a entendu ou vu donner un ordre dans ce sens. J’ai ri de son inculture, à tout le moins, de son ignorance. Parce qu’il ignore totalement les fondements élémentaires du droit international humanitaire qui prescrit qu’un leader politique ou militaire est responsable des exactions et autres crimes commis en son nom, pour son compte et dans son intérêt avec ou sans son accord. Le principe est simple : si on ne veut pas assumer les dérives de ses troupes, on ne crée pas de milices, on ne forme pas de rébellion.

 

Monsieur Bemba,

Vous vous croyiez intouchable en 2003, quand dans votre fief de Gbadolite (ancien fief de Mobutu) où vous avez élu votre quartier général, vous démentiez les accusations de cannibalisme dont se seraient rendus coupables certains de vos soldats, formulées par l’ONU dans l’affaire « Mambassa ».

Vous vous croyiez intouchable quand vous vous êtes "torché", toujours en 2003, avec votre condamnation par contumace à un an de prison ferme pour « traite d’êtres humains » par une cour de justice européenne.

Vous vous croyiez intouchable quand affublé de votre surnom (que vous aimez particulièrement) de chairman, vous avez siégé pendant plus de trois ans, au gouvernement de transition du 30 juin 2003 en qualité de vice-président.

Vous croyiez bénéficier de l’impunité parce que vous vous êtes fait élire sénateur lors des élections sénatoriales du 19 janvier 2007. Vous ne saviez pas que la justice internationale se fichait pas mal de votre impunité, elle qui a entre ses mains d’anciens présidents de la république déchus, qui ont fait bégayer tragiquement l’histoire de leur pays respectif. 

Voyez-vous monsieur Bemba, votre inculpation en Belgique est un signal fort envoyé à tous ces voyous qui se prennent pour le nombril du monde, en Afrique et dans le monde. Vous servez d’exemple pour tous ces criminels de guerre qui sont sur le continent africain. Vous servez d’exemple aussi bien dans votre pays en RDC, chez vos voisins du Congo Brazzaville, de la RCA, etc. qu’en Côte d’Ivoire.

 

Monsieur Bemba,

Votre inculpation est, en effet un message très clair que la justice internationale envoie aux acteurs de la crise ivoirienne. Chez vous comme en Côte d’Ivoire, il y a eu une crise armée, il y a eu accord politique, gouvernement de transition avec tous les belligérants, amnistie générale, etc. Cela n’a pas empêché la justice internationale de vous épingler. Cinq à six ans après les faits incriminés.

Dans votre exil doré à Bruxelles, vous aviez oublié que votre histoire passée avait été écrite en lettres de sang. Le sang innocent d’innocents qui ne demandaient pas mieux qu’à vivre tranquillement dans leur pays.

Vous avez été un rebelle à qui on a par la suite déroulé le tapis rouge. Comme ailleurs sous d’autres cieux. Vous aviez oublié. La justice internationale, elle, n’a pas oublié. Les victimes pour leur part, n’ont pas non plus oublié. Des victimes mortes ou vivantes qui au Rwanda, en Ouganda, au Tchad, au Soudan, en Birmanie, au Zimbabwe...ne peuvent oublier.

En Irak, le dictateur Saddam Hussein a payé sa dette vis-à-vis de ses victimes au prix de sa…tête. Le Libérien Charles Taylor va payer, je ne sais à quel prix, pour le sang qu’il est accusé d’avoir fait verser en Sierra Léone. Hissein Habré payera d’une manière ou d’une autre son règne…aux longs couteaux au Tchad. Le général dissident Laurent N’Kunda à l’instar des tortionnaires du camp présidentiel de Joseph Désiré Kabila Kabange, payeront tôt ou tard pour leurs crimes dans votre pays.

En Côte d’Ivoire, qu’ils s’appellent miliciens, patriotes, rebelles, mercenaires, soldats loyalistes, dozos, tous seront appelés un jour ou l’autre à répondre de leurs responsabilités dans les affaires des charniers de Yopougon, de Monoko Zohi, de Korhogo, d’Akouédo, de Bouaké ; des assassinats de Boga Dodou, de Robert Guéi, des gendarmes de Bouaké, de Kass, de Félix Doh, de Habib Dodo ; des Escadrons de la mort, des déchets toxiques, des massacres du 25 mars 2004, de Guitrozon, etc.

C’est une exigence inextricable de l’histoire de l’humanité. C’est une logique implacable dans l’histoire de la Côte d’Ivoire.

 

Monsieur Bemba,

J’aimerais savoir l’effet que ça vous fait d’attendre que votre sort soit scellé par la justice internationale. Vous avez délibérément choisi d’entrer dans l’histoire par une petite porte ensanglantée. Votre nom est inscrit au panthéon sans gloire des criminels de guerre de l’humanité. L’heure des comptes a sonné. Je vous demande une seule chose : assumez avec dignité votre histoire, celle passée et celle qui est en train de commencer !

 

André Silver Konan
Journaliste écrivain ivoirien
Lauréat en 2007 du prix spécial international Norbert Zongo du journalisme d'investigation

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Published by andré silver konan - dans politique africaine
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commentaires

phaelle 10/01/2009 11:55

vous avez totalement raison, tôt ou tard tous ces sanguinaires et criminels de guerre et paieront les crimes qu'ils ont commis . Mais ce que je trouve tout de même drôle , c'est le fait que ces ignares ne se se rendent pas compte qu'ils sont dans un monde déjà trop vieux. Car tous finissent à peu près de la même manière, jugés et emprisonnés à vie pour les plus chanceux ou tout simplement tués ou pendus à la Saddam Hussein!

andré silver konan 06/07/2008 14:19

M. Suruku, je suis d'avis avec vous que tous sont des rebelles. et un rebelle qui prend le pouvoir par les armes et dans le sang, qu'il sappelle laurent désiré kabila, françois bozizé, idriss déby, guillaume soro (qui n'a pas réussi à prendre le pouvoir mais qui le partage) est autant condamnable qu'un rebelle qui va défendre de façon sanglante un régime à l'extérieur de son pays,ce dernier fut-il démocratiquement élu.
M. suruku, j'aimerais que vous défendiez avec moi des principes et non des hommes.

bayala martin 05/07/2008 19:04

LA COTE D'IVOIRE ME FAIT HONTE OU DUMOINS LES AUTORIT2S IVOIRIENNE NOUS FONT HONTE POUR QUESTION DE SOUVEREINITE NATIONAL IL YA PAS L'ARGENT ON EST OU LA
UN PAYS QUI A UN BUDGET DE 2000MILLIARDS JE NE RENTRE DANS LES DETAIMLS QUI NE PEUT AUTO FINANCER UN PROBL7ME DE SOUVEREINITE MAIS IL YA L'ARGENT POUR ACHETER ARME VOITURE OU FAIRE VOYAGER CONSEILLER ET MINISTRE
LA QUESTION EST CLAIR PEUT ETRE QUILS FONT SEMBLANT SI NON C4EST UNE INSULTE OU SONT PASSER LES SOIT DISANT ECONOMISTE IVOIRIEN?OU SONT PASSER LES INTELLECTUELES ?
NOUS REMERCIONS LE JOURNALISTE QUI VIENT DE LEVER UN COIN DE VOIL SUR LE PROBLEME CAR CELA EST DIFFICILE A COMPRENDRE
ESPERONS QUE LES UNS ET LES AUTRES REVOIENT LEUR TRAIN DE VIE POUR QUE LES CHOSES AVANCES IL FAUT UN SACRIFICE PERSONNEL DES PLUS HAUTS AUTORITE

suruku 04/07/2008 23:14

Monsieur KONAN,je et lis votre commentaire sur JPBEMBA et j'avous que je suis un peu déçu par votre manque d'analyse sur la question.je constate que vous vous rejouissez de l'encarcération de JPB sans pour autant faire une analyse profonde de la question. dans cette affaire TOUT LE MONDE EST REBELLE:JOSEPH KABILA et son pere LDK, FRANCOIS BOZIZE. en RCA les troupes de JBP ont défendu le regime DEMOCRATIQUEMENT ELU de PATASSE contre BOZIZE le pushiste-rebelle.donc si il doit avoir une justice, celle ci doit etre GLOBALE et TRANSPARENTE.je vous demande donc de faire des analyses profondes des dossiers et non pas en reagissant comme un titrologue.bonne reception

philippe 08/06/2008 22:22

Bonjour M Silver



je tiens à vous remercier pour cette analyses pertinentes et j'espere que gbagbo et ses amis rebelles auront l'ocassion de lire ce courrier et commencer à preparer leur defense dès à present