Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 16:48

Côte d’Ivoire : Heremankono et Koudougou

 En attendant le bonheur… au pays de l`hospitalité

 

C`est l`histoire de quatre couples qui vivent dans une cour commune dans une cité imaginaire dénommée Poorcity. Un cadre de banque viré de son boulot et devenu ivrogne, qui vit en concubinage avec une institutrice, un enseignant de philosophie déchu qui se prend tantôt pour Hegel tantôt pour Freud, marié à une jeune et belle femme, un boy-cuisinier burkinabé et sa compagne, fiers et dignes et une très jeune musulmane, quasiment contrainte d`être la seconde épouse d`un riche polygame qui a juste le temps de passer, une fois par semaine, satisfaire sa libido pour disparaître. Une belle pièce écrite par Jérôme Djégou Bailly, mise en scène par Sijiri Bakaba, produite par Ayala Bakaba et jouée par les comédiens de l`Actor Studio.

Le texte peint dans une philosophie de la pédagogie par le rire des scènes cocasses de vie en communauté de personnes que rien n`unit si ce n`est la même quête d`un mieux-être. Et quand le malade mental de la contrée, annonce en grande pompe, l`arrivée imminente d`un très mystérieux " il ", tous dans une unanimité inhabituelle et une solidarité agissante, se lancent à la rencontre de cette personne, pardon, de cette chose qui n`est rien d`autre que le bonheur. D`où le nom de la pièce : Heremankono. Ce qui signifie en Malinké en attendant le bonheur. Depuis fin août, la pièce se joue tous les vendredi au palais de la culture d`Abidjan Treichville.

Poorcity n`est rien d`autre que Heremankono dans la réalité. Car, cette dernière localité et bien réelle et existe bel et bien en Côte d`Ivoire. C`est une grande bourgade dans le département de Divo (203 Kms au nord ouest d`Abidjan où vivent des autochtones dida), située sur l`axe Abidjan-Divo. Cependant, la vie quotidienne dans ce gros village érigé depuis peu en sous-préfecture par le chef de l`Etat Laurent Gbagbo, est bien différente de la pièce de théâtre.

 

Une bourgade venue du Sahel

A Heremankono, il n`y a ni philosophe défroqué ni professeur à la touche. Il y a certes, cette belle ambiance de "cour commune" bien spécifique à la Côte d`Ivoire.

Harouna travaille dans un moulin en bordure de la route à Heremankono. Il est d`origine nigérienne de par son père arrivé en Côte d`Ivoire dans les années du " miracle ivoirien ". Sa mère est Baoulé (ethnie du centre de la Côte d`Ivoire, qu`on retrouve par ailleurs dans cette localité). Le propriétaire du moulin est un vieux Peuhl guinéen qui a fui la dictature de Sékou Touré.

" Ici, c`est chez moi. Je ne sais même pas de quel village vient mon père. Il est décédé ici et il a été enterré ici. Je suis un Ivoirien " martèle-t-il en riant.

Dans le moulin, il montre sa compagne, une jeune femme qui sourit à toutes les questions et ne répond à aucune. Harouna précise qu`elle est arrivée " il n`y a pas longtemps ". La jeune femme en question vient du Burkina Faso, précisément de Koudougou. Une ville burkinabé, qui a donné son nom à un campement de Bouaflé (324 Kms au nord d`Abidjan) devenu un gros village aujourd`hui érigé, lui aussi, en sous-préfecture. L`histoire du peuplement de Koudougou (version Côte d`Ivoire) est certes différente de celle de Heremankono, cependant les deux histoires semblent se rejoindre du point de vue de la parfaite intégration des communautés tant ivoiriennes qu`étrangères, toute chose qui a " boosté " leur développement respectif. Conséquence : les deux localités ont été aujourd`hui érigées en sous-préfectures et en communes rurales.

Mamadi, le fils de l`oncle paternel (défunt) de Harouna, arrivé, quant à lui, longtemps avant l`indépendance de la Côte d`Ivoire, explique en Abbey (ethnie parlée à Tiassalé, département où il a fait l`école primaire et voisin de Divo) que le village a été fondé par un Nigérien, proche parent de sa famille. Il avance que Heremankono est le nom de son village au Niger. Difficile à vérifier, puisque lui-même comme des habitants de la nouvelle sous-préfecture, ignore l`histoire de leur localité. Qu`ils soient Ivoiriens " nés de père eux-mêmes Ivoiriens d`origine " ou d`origine burkinabé, nigérienne, malienne ou guinéenne, tous regardent vers l`avenir. " Avec notre nouvelle sous-préfecture, fruit de nos labeurs, nous avons la preuve parfaite que la Côte d`Ivoire est notre pays. Nous allons nous mettre davantage au travail pour son développement ", affirme avec force Harouna.

 

Des colons mossi à Bouaflé

L`histoire du peuplement de Koudougou, elle ne relève pas de la légende.

" Ce simple fait d`histoire a pris corps voilà 75 ans, au moment de la redéfinition des frontières ivoiriennes par la tutelle française d`alors. De cette volonté politique, naîtra ce qu`un chroniqueur de l`époque appela si poétiquement, une " nouvelle colonie d`Abidjan à Ouagadougou ". Comment conter ces faits en ignorant les figures de proue que furent du côté français, le gouverneur Brevié, le lieutenant-gouverneur Jean-François Reste, du côté voltaïque ou burkinabé, le Morho Naba Kom II, du côté ivoirien, le chef gouro Lorou Bi Gole de Lopouafla ! ", explique l`historien ivoirien Pr Tiacoh Carnot. Il ajoute que " l`objectif de départ était d`une grande limpidité : mettre en valeur les riches terres ivoiriennes en important à demeure, la laborieuse main-d`oeuvre mossi, qui depuis belle lurette, s`en allait, saisonnièrement, s`employer dans la cacaoculture et les mines de la Gold Coast, aujourd`hui Ghana. Moyennant des garanties fermes et après d`âpres négociations, les colons, Mossi essentiellement, acceptèrent de s`implanter dans la région de Bouaflé ".

Nous sommes donc en 1932. Les flux migratoires de colons mossi ont continué jusqu`en 1980. L`appellation Koudougou de la nouvelle sous-préfecture du département de Bouaflé résulte de la migration des peuples mossi du Burkina Faso, principalement de Koudougou, aujourd`hui troisième ville du " pays des hommes intègres " située dans la région centre ouest, à environ 100 Kms de Ouagadougou (capitale burkinabé).

 

Développement croisé

Autant la localité ivoirienne de Koudougou a connu un développement fulgurant autant la commune du même nom au Burkina Faso a tiré son épingle du jeu du développement dans un pays au sous-sol pas très riche. Un développement croisé lié essentiellement à la forte implication de la " diaspora " des ressortissants de cette ville à Bouaflé où ils n`ont pas fondé que Koudougou.

En attendant les prochaines élections locales en Côte d`Ivoire, Haoussa, Peulhs, Malinké de Heremankono avec leurs tuteurs abbey et dida, de même que les Mossi de Koudougou, plus Ivoiriens que jamais (le chef de l`Etat Laurent Gbagbo a signé plusieurs ordonnances de naturalisation au bénéfice de certains habitants jusque-là quasi apatrides), et leurs tuteurs baoulé et gouro ; eux, semblent déjà avoir trouvé leur bonheur à eux au pays par excellence de l`hospitalité.

 

André Silver Konan

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by andré silver konan - dans Economie africaine
commenter cet article

commentaires

admin KB 30/09/2008 15:14

Bonjour,


Nous vous invitons à venir découvrir Kamit Blog est la nouvelle plateforme de blog créée par la communauté afro-caraïbéenne pour les afro-caraïbéens, assimilés et amis d'afro-caraïbéens.

Malgré un nombre impressionnant de fonctionnalités permettant de personnaliser son blog, l'hébergement des blogs est entièrement gratuit!

Alors à bientôt sur Kamit Blog

http://kamit-blog.com/