Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 11:46
Entre douleurs et rancoeurs Plus de six ans après la disparition tragique du général Robert Guéi, chef de la junte militaire au pouvoir en Côte d’Ivoire de noël 1999 à fin octobre 2000 et président fondateur de l’Union pour la démocratie et la paix (UDPCI), les deux villages qui l’ont vu naître dans l’ouest montagneux, n’ont pas encore fait leur deuil. Les habitants de Kabacouma et de Gouessesso vivent depuis lors entre douleurs liées à la mort brutale de leur « guide » et rancoeurs rattachées à l’impossibilité pour eux de rentrer en possession de son corps. Voyage dans le « Guéiland ». Ce lundi 26 janvier 2009, un vent glacial et sec souffle sur toute la région des montagnes, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. L’harmattan dans cette région de la Côte d’Ivoire est particulièrement rigoureux. A Biankouma, chef lieu du département situé à 622 Kms au nord ouest d’Abidjan, c’est jour de marché hebdomadaire. Le siège de la mairie rouverte après six ans de gels de ses activités du fait de la crise armée (toute la zone dan est située en territoire Forces nouvelles) est pris d’assaut par des dizaines de personnes qui souhaitent faire des copies de leur extrait de naissance en vue de leur inscription sur les listes électorales. La municipalité (UDPCI) est donc très occupée. «Mort au combat » Cependant, Louaty Souamahoro, un adjoint au maire nous reçoit à son domicile provisoire non loin de la mairie. Il est de la même promotion que le général Robert Guéi, présenté mort, dans une rue à Abidjan, sur les antennes de la télé nationale le 19 septembre 2002, quelques heures après le déclenchement du putsch foireux mué plus tard en rébellion armée. Le premier ministre d’alors, président du Front populaire ivoirien (FPI, parti présidentiel) Pascal Affi N’Guessan avait expliqué que le général Robert Guéi avait « été tué au front alors qu’il se rendait à la télé, annoncer sa prise du pouvoir ». Louaty Soumahoro refuse de commenter la version officielle du parti présidentiel. « Nous ne demandons pas que qui que ce soit nous dise comment cela est arrivé. Moi, j’ai toujours dit que le général était un militaire et je considère qu’il est mort au combat. Nous voulons juste son corps pour l’enterrer dignement à Kabacouma, chez lui au village ». A côté de l’adjoint au maire, Sylvain Ouéhi Mayéré, neveu du « Général », comme on l’appelle affectueusement dans la région dan ; acquiesce. Ce dernier est de Kabacouma, village natal de Robert Guéi. Il est vice-président de la coordination UDPCI de Biankouman. Il est surtout l’un de ceux qui ont mené en vain, la « bataille » à Abidjan pour l’acheminement de la dépouille mortelle de Robert Guéi dans son village natal. A Biankouma, le préalable de la réception du corps de Robert Guéi avant une quelconque visite de Laurent Gbagbo dans la région, à en croire ces deux personnes, n’est pas à l’ordre du jour. Soit. Interdit de prendre des photos Changement de destination. Gouessesso. C’est le village où Robert Guéi a construit sa résidence. Le domaine est modeste mais d’une beauté baroque. La maison est une grande case ronde construite en géo béton. « On ne prend pas de photo ici. Le patron n’est pas là », nous fait savoir sur un ton ferme, un homme en treillis et en armes. « C’est un soldat des Forces nouvelles », nous fait remarquer le propriétaire de la moto qui a accepté de nous accompagner dans le village sur une route non bitumée qui vient d’être reprofilée par le conseil général en prévision de la visite annoncée de Laurent Gbagbo. « Le patron » dont parle le soldat des FN, c’est Franck Guéi, le fils aîné du Général et gérant des biens personnels de son défunt père. Notre guide, qui est un fils de Gouessesso déclare que c’est « Franck qui a envoyé les rebelles surveiller la maison. En réalité Gouessesso n’est pas le village de Guéi. C’est par amitié pour l’ancien ministre Loua Diomandé qu’il a construit ici ». Sans doute. Peut-être aussi pour la beauté du site. Le domaine jouxte le site d’un ancien hôtel en ruine. L’immense case a été construit en étage « avec deux salons en haut comme en bas », précise notre guide, très admiratif. Dans l’immense cour verdoyante, un cheval noir se tient près d’une motte de terre, non loin d’un pick-up noir. « Les gens connaissent seulement le cheval blanc du Général. Ils ne savent pas qu’il avait plusieurs chevaux. Ce cheval que vous voyez n’est pas le seul », raconte-t-il. Quant au village, il est presque vide ce lundi matin. « Tout le monde est allé au marché », nous fait savoir en langue locale dan une vieille femme marchant à la canne, peu disposée à entretenir une conversation. Gouessesso est à 3 Kms de Biankouma. Le caveau du Général Quant à Kabacouma, il est à 14 Kms du chef lieu du département. Notre moto risque par endroits de s’enfoncer dans le sable de la voie non bitumée et reprofilée elle aussi. Les massifs montagneux se succèdent et la route ondulée dessine un long serpent de légende. Kabacouma n’a certes pas usurpé son nom : village sur le caillou en langue malinké. A l’entrée du village, sur la gauche, un cimetière. Juste après, un caveau non achevé. « C’est le caveau construit par le parti (UDPCI, ndlr) pour accueillir la dépouille du Général en 2006. Malheureusement, il a été enterré à Abidjan, de façon provisoire, dit-on », indique Sylvain Ouéhi Mayéré que nous retrouvons à Kabacouma. L’UDPCI a choisi de construire le caveau juste à côté du pied-à-terre du Général. Le logement est clos. Fermé de l’extérieur par un cadenas. Il n’a pas encore été rénové, contrairement à celui de Gouessesso. Il y a comme une chape de plomb sur le village. « Depuis le décès de Guéi, dans ce village, nous vivons dans l’obscurité. Notre tristesse est indescriptible. Nous sommes dans la désolation. Il était notre seul espoir », nous fait savoir le chef de terre Singo Momi qui nous reçoit à son domicile en présence de notables, de la présidente des femmes du village, de l’oncle maternel du Général et de jeunes. Le chef de terre assure que lui et les habitants du village ne font pas de la réception de la dépouille mortelle de leur « guide » un préalable à la visite du chef de l’Etat dans la région des montagnes. Mais, « nous souhaitons qu’il vienne avec le corps au village ». C’est tout dire… André Silver Konan

Partager cet article

Repost 0
Published by andré silver konan - dans politique ivoirienne
commenter cet article

commentaires

Stephane S. 27/04/2009 14:24

Je pense que nous devons envisager d'autres perspectives pour regler une fois pour toute cette histoire. Qu'est-ce-qui empêche de rendre les Honneurs à un ancien Président de la République.