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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 18:43

Au cours de cette semaine, je me suis amusé à faire une toute petite enquête. J’ai joint au téléphone Carnot Tiacoh, Diomandé Moussa et un certain Nicaise Pouaton. Les deux premiers sont les secrétaires nationaux chargés de l’éducation dans leurs partis respectifs, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le Mouvement des forces d’avenir (MFA). Le dernier cité serait le secrétaire national de la Jeunesse de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (JUDPCI). Aux deux premiers, j’ai demandé s’ils avaient les contacts, par ces temps de contestation dans les universités, de Flavien Traoré le porte-parole de la Coordination nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNEC) ou de Mamadou Soro, le secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement du second degré de Côte d’Ivoire (Synesci).Les deux m’ont répondu invariablement : « non ! », avec une pointe de surprise dans le ton. Au dernier, j’ai demandé s’il pouvait me mettre en contact avec le responsable actuel de l’Association générale des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (Ageeci) ou avec le secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire. Il m’a conseillé d’entrer en contact avec une autre personne dont il m’a donné le numéro.

Dans leur for intérieur, ces hommes politiques que j’ai interrogé, dans le cadre de ma petite enquête, ont dû se demander si je ne m’étais pas trompé d’interlocuteur.

En réagissant exactement comme je l’avais prédit, ces hommes politiques ignoraient qu’ils venaient de me faire gagner mon pari sur des collègues qui me disaient que sur ce coup-là, j’étais perdant. J’avais soutenu en face de certains collègues, que notre opposition se méprenait tellement sur ses responsabilités, que j’étais prêt à parier que leurs secrétaires nationaux chargés de l’éducation, seraient incapables de prouver qu’ils sont en contact avec les principaux leaders syndicaux du milieu scolaire et universitaire.

En fin de compte, qu’est-ce qu’un secrétaire national chargé de l’éducation dans un parti politique ? C’est tout simplement le ministre chargé de l’école au sein d’un parti politique. Cela veut dire que c’est lui qui détermine la politique de l’école de son parti, qui dresse l’état des lieux, qui fait des critiques, des suggestions et des propositions. Dans un parti d’opposition, outre ces rôles classiques, il se met en devoir permanent de dénonciation des tares de l’école et Dieu seul sait combien il y en a, depuis que la refondation (composée paradoxalement et essentiellement d’enseignants) tient les rênes du pouvoir. A cette tâche naturelle, s’ajoute une autre tâche profondément politique : le contact permanent et suivi avec les acteurs sociaux du monde de l’éducation, savoir les animateurs des syndicats, d’association de parents d’élèves, d’organisations non gouvernementales, etc, ayant pour champ d’activité le domaine scolaire et universitaire. A ce titre, c’est lui qui soutient et entraîne son parti à soutenir, sous cape ou officiellement, quand les syndicalistes sont en grève. C’est lui qui se bat et invite son parti à engager le bras de fer avec le pouvoir, quand les syndicalistes sont soit arrêtés soit détenus. C’est lui qui n’hésite pas à marcher et à s’afficher aux côtés de ceux qui revendiquent des droits sociaux. C’est lui qui, à défaut de susciter les contestations sociales dans le milieu éducatif, les exploite ou les récupère pour en donner de grands échos politiques.

Le Front populaire ivoirien (FPI, parti présidentiel) avait bien compris cela quand il était à l’opposition face au PDCI. Il l’avait intégré à sa ligne de conduite politique avec sa sempiternelle inclination emphatique. Ainsi donc le FPI ne se contentait pas d’observer, de soutenir, de récupérer les acteurs sociaux de l’école et leurs problèmes, il se posait en acteur social qui crée et suscite des crises sociales. Les Laurent Akoun, N’Guessan Amani, Blé Goudé…étaient directement acteurs des contestations sociales. Ils avaient dépassé le cap de spectateurs actifs et complices des contestations sociales.

Il ne faut cependant pas s’y méprendre. L’erreur criante d’appréciation de la situation politique n’est pas le seul apanage des secrétaires nationaux chargés de l’éducation des partis du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). J’aurais, en effet, pu étendre ma petite enquête à presque tous les secrétariats nationaux (culture, sécurité, environnement, communication, affaires sociales, agriculture, etc.) dans les partis d’opposition, et le résultat, j’en suis convaincu, à une ou deux exceptions, aurait été le même. C'est-à-dire décevant !

Cette petite enquête que j’ai menée, pose, au-delà de son caractère amusant, un problème profond. Celui de la responsabilité de l’opposition ivoirienne en tant que force de pression face à un pouvoir qui expérimente chaque jour, avec une rare lucidité, les pires formes de musellement.

En réalité, l’opposition ivoirienne version RHDP, dont les responsables ont été pour la plupart déjà au pouvoir (Henri Konan Bédié a été chef d’Etat, Alassane Dramane Ouattara a été premier ministre, Albert Toikeusse Mabri a été conseiller de Robert Guéi) n’a pas encore trouvé la formule adéquate et adaptable à l’équation du pouvoir atypique du FPI. Elle est réduite à des stratégies circonstancielles, souvent efficaces, parfois impopulaires.

Ainsi, le PDCI est-il accroché aux meetings populaires et scientifiquement menés de son président candidat et aux tournées de proximité de son secrétaire général. Le Rassemblement des républicains, jadis si vivace dans le Front républicain, est désormais réduit aux sorties médiatiques de son mentor et à ses manifestations symboliques. L’UDPCI, quant à lui, s’est résigné à abandonner la bataille de la capitale pour se rabattre, sans commune mesure sur son bastion de l’ouest montagneux. Quid du MFA ? Il ne lui reste plus qu’à proclamer à satiété, la candidature unique de l’opposition houphouëtiste à l’élection présidentielle.

Là où une opposition efficace aurait obtenu, par exemple, la capitulation de tout un régime, l’opposition ivoirienne a laissé le pouvoir, dans une indifférence jamais vue nulle part au monde, gérer comme il l’entendait et comme il le voulait, le scandale des déchets toxiques.

L’opposition ivoirienne a eu son 18 février 92, le 25 mars 2004, avec la sanglante différence que la première date n’a enregistré aucun blessé grave encore moins de mort, au contraire du 25 mars qui a compté au moins 120 morts, voire trois fois plus.

L’opposition ivoirienne a eu son Ernest Boka en la personne de Robert Guéi, avec cette différence fondamentale que le second a bel et bien été assassiné et que par ailleurs les commanditaires de son assassinat, ont publiquement revendiqué leur acte.

Les refondateurs n’auraient pas raté l’occasion, quand ils étaient dans l’opposition, de pousser vers la sortie le pouvoir, si celui-ci avait commis l’imprudence de mater mortellement une marche de la société civile contre la cherté de la vie ou si le pouvoir avait trempé directement ou indirectement dans des crimes de sang, comme les escadrons de la mort, l’assassinat fort probable de Guy André Kieffer, etc.

L’opposition ivoirienne a eu plusieurs occasions de démontrer au petit peuple qu’il pouvait compter sur elle. Elle a décidé de cracher sur ces occasions qui hélas se répètent quasi mensuellement, puisqu’elles sont créées ou provoquées par le pouvoir lui-même, qui les offre à l’opposition sur le plateau d’or de son incompétence et de son cynisme.

L’opposition ivoirienne, version RHDP, croit naïvement que le dépit incontestable, je dirais, le quasi dégoût qu’inspire aujourd’hui aux Ivoiriens, le pouvoir corrompu et sanguinaire de Laurent Gbagbo, se transforme automatiquement en parfaite sympathie pour chacun des leaders de l’opposition. Elle se trompe ! Lourdement ! Elle ne sait pas, après près d’une décennie d’opposition cahin cahan que la bonne vieille théorie de la conservation de la matière ne s’applique pas forcément en politique.

André Silver Konan

Journaliste écrivain

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Published by andré silver konan - dans politique ivoirienne
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commentaires

Golden Boy 04/06/2009 13:28

Bonjour monsieur Konan et merci pour ce très bon papier.

Une petite question me taraude l'esprit sur la répression violente des marches de l'opposition?
Les partis du RHDP était il présents dans les gouvernements qui on réprimé ces marches? Si oui ont ils démissionné à la suite de ces tragiques évènements?

oscar48 25/05/2009 02:22

Je trouve ton article envers l'opposition ivoirienne très indulgent.Tu n'as pas eu le courage de reconnaitre que c'est cette opposition qui,dans un souci de refus de l'alternance, a commandité cette guerre avec l'aide de la France de Chirac.
Existe-t-il un crime plus grave qu'être complice d'une attaque armée contre son propre pays?

Fousseny Kone 17/05/2009 23:20

Bonjour M. Konan

Je viens de lire votre article que je trouve très intéressant et très révélateur. Je pense que si les personnes concernées le lisent ça pourrait amener un début de changement dans la méconnaissance de leurs rôles.

arstd 07/05/2009 02:52

slt André; g une question qui sort un peu du cadre de tn article! Di kel est la procédure légale et règlementaire pour k'un pays adhère à des conventions internationales... et autres? g pse en fait à l'initiative PPTE n'yaurait t'il pas dû avoir de débats au parlement?