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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 18:36

Guy André Kieffer

Mille mystères autour d’un « mort sans cadavre »

Des témoignages réels ou fantaisistes, presque tous contradictoires. Un « suspect » mis en examen en France. Un autre inculpé puis relâché en Côte d’Ivoire. Des « témoins » qui se volatilisent en Côte d’Ivoire. D’autres qui se signalent en France. Une liste de présumés exécutants et commanditaires qui ne finit pas de s’allonger voire de se modifier. 1946 jours après la disparition à Abidjan du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer (GAK), l’affaire qui porte son nom, demeure un entier mystère.

Au commencement est Michel Légré, présenté schématiquement par la presse, comme le beau-frère de Simone Gbagbo (il a épousé l’une de ses sœurs cadettes), la première dame de Côte d’Ivoire. Lui-même se présente comme celui qui a vu pour la dernière fois vivant Guy-André Kieffer. C’est sur la base de ses déclarations parues notamment dans Fraternité Matin (quotidien progouvernemental ivoirien), quelques jours après le 16 avril 2004, jour de la disparition du journaliste franco-canadien, que la justice procède à son inculpation (en France, le terme approprié est « mise en examen »). Nous sommes le 28 mai 2004. Michel Legré est écroué à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Il est poursuivi pour « enlèvement, séquestration et assassinat ». Ce dernier chef d’accusation est un mystère d’autant plus que, comme l’écrit à cette époque le défunt quotidien ivoirien « Le Courrier d’Abidjan », Guy-André Kieffer est « un mort sans cadavre ». Autrement dit, rien ne prouve qu’il est mort. « Le beau-frère de Simone Gbagbo », comme la presse notamment internationale l’appelle désormais, met en cause au moins sept (7) personnes. A en croire Reporters sans frontières (RSF, qui s’est constitué partie civile en France, à l’instar de la famille du disparu et de la Société nationale de journalistes (SNJ) de France), « il s’agit notamment d’Aubert Zohoré, le directeur de cabinet (à cette époque, NDLR) du ministre de l’Economie et des finances, de Victor Nembelissini, le directeur général de la Banque nationale d’investissement (BNI), d’Anselme Séka Yapo, le responsable de la sécurité de Mme Gbagbo, de Bertin Gahié Kadet, conseiller à la présidence chargé des affaires de défense, et de Moïse Koré qui se définit lui-même comme le pasteur du président Laurent Gbagbo ». A cette liste, RSF ajoute « deux militaires également accusés par Michel Legré d'avoir participé à l'enlèvement du journaliste ». Ce sont « Sery Lia et Gouamené ». Sans plus.

Au cours de leur tout premier séjour (ils en ont fait dix, à ce jour) à Abidjan, le 3 octobre 2004, les juges d’instruction français Patrick Ramaël et Emmanuelle Ducos entendent toutes les personnes citées par Michel Légré hormis Séry Lia et Gouaméné qui « n'ont pu être localisés », selon RSF.

Le 11 octobre 2004, les deux juges procèdent à la mise en examen, à Paris, de Michel Légré. « Enlèvement et séquestration ». L’acte d’accusation de la justice française biffe le terme « assassinat » évoqué par la justice ivoirienne. Très vite, la liste établie par Michel Légré tombe dans l’oubliette. Lui devient le suspect numéro un, aussi bien en Côte d’Ivoire qu’en France où sont conduites deux instructions, qui déjà montrent des signes de contradiction.

 

« Mauvaise plaisanterie »

Quelques jours après l’inculpation de Michel Legré, la Police judiciaire (PJ, actuelle Direction de la police criminelle) d’Abidjan-Plateau, interpelle Germain Bahagbé. Ce dernier se présente comme un membre de la garde rapprochée de Jean Tony Oulaï, qui se présente lui-même comme un capitaine de l’armée ivoirienne. Germain Bahagbé passe aux aveux ( ?). Son témoignage est enregistré sur une bande sonore et dévoilé par Jean Tony Oulaï, dans sa lettre ouverte au secrétaire général de l’Organisation des nations unies (Onu) publiée dans le quotidien ivoirien « L’Inter » en date du 14 avril 2008. Selon lui, Germain Bahagbé déclare ceci aux enquêteurs : « Le 16 avril 2004, je faisais partie de la garde rapprochée du capitaine Oulaï. Nous étions cinq quand nous sommes allés à la résidence Atta, au Plateau, vers 21 H 30, avec deux voitures : une Patrol et une Datsun, conduite par le capitaine. Les voitures sont de couleur marron. Tony Oulaï est descendu pour aller chercher un Blanc à l’étage. Revenu avec le Blanc, emporté dans la Patrol conduite par le capitaine Oulaï, nous nous sommes dirigés vers sa résidence, à la Riviera-Attoban. Nous étions avec Hié Houin dit Requin, Yahofi, Anaconda et Doubi. Arrivé à sa résidence de Bonoumin, lourdement gardée par plusieurs militaires armés jusqu’aux dents, le Blanc a été conduit dans une des chambres de la villa, où il a été menotté, torturé et malmené dans la boue jusqu’au 18 avril 2004. A cette date du 18 avril 2004, vers 23 H, nous sommes allés en direction de N’Zianouan, sur l’autoroute du nord, vers Yamoussoukro. A plus d’une dizaine de kilomètres avant la destination, Tony nous a descendus, et a continué seul. Il est revenu seul. Et nous sommes repartis à Bonoumin ».

Dans sa décision de mettre en examen Jean Tony Oulaï, Patrick Ramaël explique que les allégations de Germain Bahagbé sont « précises quant au déroulement de la disparition de Guy-André Kieffer ». Quant au juge parisien des libertés et de la détention (JLD) Bruno Laroche, il confirme que ce sont des « indices graves et concordants, de nature à rendre vraisemblable l’implication de Jean Tony Oulaï, dans les faits qui lui sont reprochés ». Seulement voilà : deux semaines après avoir porté ces accusations, Germain Bahagbé se rétracte. Il affirme avoir voulu faire « une mauvaise plaisanterie » à Jean Tony Oulaï. Vrai ou faux ? Mystère. Une chose est sûre, l’homme réussit à se volatiliser, suite aux évasions massives de la MACA, en novembre 2004. Sa liste de quatre personnes qu’il présente comme ayant fait partie, avec lui, du commando conduit par Jean Tony Oulaï, tombe, elle aussi, dans l’oubliette. Sauf que les juges d’instruction français n’oublient pas ses accusations portées contre Jean Tony Oulaï.

Le troisième témoignage rendu public est celui de Seydou Berté alias Méité. Lui, se présente comme le chauffeur de Jean Tony Oulaï. Depuis son exil français, il confie à la télé française France 3, le 23 août 2007 ceci : « J’ai tout écrit et tout noté. J’ai travaillé pour le capitaine Oulaï pendant deux ans, de février 2003 à janvier 2005. Les 12, 13, 14 et 15 avril 2004, j’ai été témoin oculaire des préparatifs de l’enlèvement de Guy-André Kieffer, entre le capitaine Oulaï, Michel Legré et un procureur de la république. Guy-André Kieffer est arrivé dans une voiture 4X4 blanche conduite par Tony Oulaï et suivie de deux voitures et des éléments de Scorpion-2, avec l’adjudant Zambi. Il était 13 H 30, dans la villa de la Riviera-Palmeraie. Dans l’après-midi, ils ont emmené Guy-André Kieffer à la présidence de la république, où il a passé deux jours sous les interrogatoires du colonel Yédess. Le 18 avril, Tony Oulaï, Zambi et ses éléments ont récupéré Guy-André Kieffer à la présidence de la république, et ils l’ont conduit à la ferme de Yopougon au Km17. Là-bas, sous le regard de Tony Oulaï, qui a tiré deux coups en l’air, Zambi et ses éléments ont mitraillé Guy-André Kieffer et l’ont enterré sur place ».

 

Piste ivoirienne

Pavé dans la mare. Ce témoignage met, pour la première fois, directement en cause, la présidence de la république. Bernard Kieffer, le frère du journaliste disparu ne tarde pas à régir. Et à tirer ses conclusions : « Ce témoignage apporte de nouveaux et importants éléments dans l’enquête. Il conforte l’hypothèse d’une implication du plus haut niveau du régime ivoirien dans cette affaire ».

Le chef présumé du commando « Cobra», selon Berté Seydou, entre temps est appréhendé à Paris (après une rupture de ban avec le régime Laurent Gbagbo), le 11 janvier 2006 et mis en examen pour « enlèvement et séquestration » de Guy-André Kieffer. Depuis sa cellule, il crie au complot. Il traite Berté Seydou, dans sa lettre citée plus haut, d’ « ex-toxicomane » et de « chômeur », qu’il a « licencié après moins de six mois de travail pour malversations et banditisme » qui fait des déclarations « fallacieuses ».

La première dame Simone Gbagbo, non officiellement accusée par le témoignage de Berté Seydou mais mystérieusement citée par la presse, dément toute implication, à travers son avocat ivoirien Me Ange Rodrigue Dadjé, dans cette affaire. Elle porte plainte contre Berté Seydou, à Abidjan. Jean Tony Oulaï, pour sa part porte plainte aussi contre Berté Seydou que contre Bernard Kieffer et Patrick Ramaël. Il fait déposer les trois plaintes par ses avocats français et ivoirien, aux parquets de Paris et d’Abidjan. Il poursuit Berté Seydou pour « dénonciations de délits imaginaires, malices, dénonciations calomnieuses, atteinte à l’honneur ». Bernard Kieffer est poursuivi pour « diffamation, atteinte à l’honneur, complicité de dénonciations calomnieuses ». Enfin il accuse Patrick Ramaël d’« obstruction à la justice, abus de pouvoir, vice de procédure, violation du secret d’instruction ».

La justice ivoirienne juge toutes les plaintes recevables. La justice française les méprise.

La piste de la présidence de la république ivoirienne revient un an après dans un autre témoignage. Celui d’un homme qui se présente comme étant le « major Alain Gossé ». Sur France 3, le 22 juillet 2009, il soutient que « Mme Gbagbo n`est pas trop trop impliquée » mais « son cabinet, oui ! Sa garde rapprochée ! ». Il affirme avoir été de permanence au palais de la présidence, le 16 avril 2004 et avoir alors vu le journaliste Guy-André Kieffer. « Il était dans une petite cellule, c’est des endroits où on gardait souvent des individus suspects. De la cellule, j’ai échangé avec lui par le grillage, on a causé, il m’a demandé de l’eau et des cigarettes ». « Major Alain Gossé » qui est présentement hors du pays, cite le nom de trois hommes qui auraient participé aux « interrogatoires » de Guy-André Kieffer. Il s’agit d’Anselme Séka Yapo, de Patrice Baï, et de Jean-Tony Oulaï. Il soutient que ces derniers « sont venus avec quatre ou trois véhicules et sont partis » avec le journaliste. Puis il lâche la phrase assassine : « De bouche à oreille, nous apprenons  que ce monsieur a été tiré (sic) par erreur. M. Oulaï voulait donner des sommations pour qu’il puisse avoir peur pour parler ».

Le témoignage du « major Alain Gossé » disculpe sans hésitations Simone Gbagbo.

Interrogé par l’Agence France presse (AFP), Me Alexis Gublin, avocat de Bernard Kieffer, estime que « c’est une étape déterminante dans l’instruction ». Plus réservé, le journal français « Libération », dans son édition du 23 juillet 2009, fait remarquer que c’est « un témoignage dont il reste à vérifier la crédibilité ».

 

« Contradictions »

Et pour cause ! Me Ange Rodrique Dadjé, l’avocat de Simone Gbagbo, bien que cette dernière soit disculpée par le « major Alain Gossé », monte au créneau, dans les minutes qui suivent la diffusion de l’interview. Il dénonce sur les antennes de la télé française France 24 un « témoignage faux et mensonger sur tous les aspects ». Il clame que  le « major Alain Gossé » est « un Burkinabé qui n’a jamais appartenu à l’armée ivoirienne ni travaillé à la présidence de la république. Il s’appelle Zinssoni Nobila Paul ».

L’avocat de Simone Gbagbo note « des contradictions graves entre les déclarations de ce prétendu Alain Gossé et de Berté Seydou. Sur le lieu du crime, M. Alain Gossé dit que c’est au cours d’un interrogatoire qu’on aurait tiré sur lui (GAK, ndlr) par erreur. Berté dit qu’il s’agit d’une exécution qui a été faite à la ferme de volailles qui est un lieu spécial d’exécution. De trois, M. Gossé dit qu’il s’agit de plusieurs coups de feu volontaires qui ont été tirés après que M. Tony Oulaï aurait donné le coup d’envoi par un tir de pistolet ».

Anselme Séka Yapo, qui se prononce pour la première fois, depuis que son nom revient dans les témoignages, confie à France 24, après Me Ange Rodrique Dadjé, que le « major Alain Gossé » est « très connu des services de renseignements de la gendarmerie nationale. Il est recherché ». Il se fait plus précis : « Quand vous regardez rien que le port de son béret, il porte le macaron du béret à gauche, alors qu’en Côte d’Ivoire, le port du macaron est à droite ». Rien de moins.

La crédibilité des témoins chaque fois remise en cause par les personnes citées ne semble pas émouvoir Patrick Ramaël. Ce dernier « refuse tout autre schéma », proteste Me Kadidia Touré, l’avocate ivoirienne de Tony Oulaï. Celle-ci donne une autre version des faits. Cinquième allégation. « Kieffer, relate-t-elle dans le quotidien ivoirien « Nord Sud », en date du 16 décembre 2008 , a disparu un jeudi et le lundi qui a suivi, un article publié, je crois dans « Le patriote » donne une version plus que plausible des faits. Cette version n’intéresse pas Ramaël. L’article dit en substance que Kieffer a été aperçu (…) en compagnie de policiers et d’un certain Aron-Brunetière. Et qu’il s’agissait d’agents de la DST (Direction de la surveillance du territoire, NDLR) et des agents des services secrets français. Ils sont partis avec lui. C’est écrit. Et il revient que ce même jour, le même Michel Legré a fait le tour des commissariats à la recherche de Kieffer. Si Michel Legré fouille les commissariats et que le journal nous dit que des policiers étaient avec Kieffer et Brunetière, cela signifie que la police et les services secrets savent la vérité ».

 

Piste française

C’est cette piste que Raymond Tchimou Féhou, le procureur de la république près le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, compte exploiter à fond. Une « piste plus crédible », selon lui qui vient réveiller une procédure vouée à « l’enlisement ». Ainsi, le 11 juillet 2008, convoque-t-il la presse à son bureau, pour lui apprendre qu’il a « invité le juge d’instruction (ivoirien) en charge du dossier, d’investiguer sur d’autres pistes par voie de commission rogatoire internationale ».

Ce qui est fait entre le 14 et le 27 juin 2008 à Paris. La mission, à en croire Raymond Tchimou Féhou, a entre autres, pour objectif de « vérifier s’il existe des pistes autres que celle suivie depuis quatre ans par le juge d’instruction Patrick Ramaël, qui jusqu’à ce jour n’a rien donné de satisfaisant (…) Notre mission, heureusement s’est avérée fructueuse et très enrichissante». Car, celle-ci, selon lui, a permis de mettre en relief une « piste française » dans le sort réservé à Guy-André Kieffer.

Raymond Tchimou Féhou affirme que « Guy-André Kieffer est arrivé en Côte d’Ivoire non en qualité de journaliste mais plutôt en tant qu’expert en communication en matière de café-cacao, employé dans la société Commodities corporate consulting (C.CC.) ».

Le procureur de la république près le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau déclare que le disparu avait pour « mission officieuse de récolter des informations sur les dirigeants politiques ivoiriens, pour le compte d’Eric Latham », le président directeur général de C.C.C.

Sous entendu, l’homme faisait du renseignement.

« Malheureusement, soutient le procureur Tchimou, il incorporait aussi des informations sur les dirigeants de sa société. Il s’en servait de temps en temps pour faire des chantages ».

Les trois autres dirigeants de C.C.C. sont Stéphane De Vaucelles, directeur général, Jean Michel Aron-Brunetière et Robert Dulas, tous les deux associés.

Raymond Tchimou Féhou assure qu’ « une première fois, il (Kieffer, NDLR) a été menacé verbalement de mort par Robert Dulas, parce que Kieffer était sur le point de publier un article qui le mettait en cause dans l’affaire IB (Ibrahim Coulibaly, l’un des responsables de la rébellion ivoirienne, aujourd’hui en rupture de ban avec ses camarades et qui avait été arrêté à Paris, le 23 août 2003, soupçonné de préparer un putsch en Côte d’Ivoire, NDLR) à Paris. La deuxième menace de mort était venue d’Aron-Brunetière. Celui-ci avait menacé de mort Kieffer avec une arme à feu dans le bureau d’Eric Latham. La vie de Kieffer a été épargnée grâce à l’intervention d’Eric Latham. Enfin, Guy-André Kieffer était prêt à révéler un réseau de blanchiment d’argent dont son cabinet d’expertise servait de courroie de transfert de fonds lorsqu’il a disparu et ce, deux jours après la mise en garde qui lui avait été faite par son directeur général Stéphane de Vaucelles ».

Le mobile est trouvé. Raymond Tchimou Féhou estime, dès lors, que «l’inculpation de ces quatre personnes à savoir Eric Latham, Stéphane de Vaucelles, Aron-Brunetière, Robert Dulas, comme auteurs ou complices de l’enlèvement, de la séquestration ou de l’assassinat de Kieffer, s’impose nécessairement dans le cadre de la manifestation de la vérité ».

Mystère, la déclaration n’est pas suivie d’actes. D’autant plus que Jean-Michel Aron-Brunetière, confie sur les ondes de Radio France international (RFI), le vendredi 12 juillet 2008 qu’il est « Ivoirien naturalisé depuis le début des années 1990, (qu’il) réside en permanence en Côte d’Ivoire et (qu’il est) bien entendu à la disposition de la justice ivoirienne pour être entendu sur toute chose qui pourrait (le) concerner ».

Pour autant, Jean-Michel Aron-Brunetière, reconnaît que ses rapports avec Guy-André Kieffer n’étaient « pas si bons que cela, je n’apprécias pas tellement l’homme » car « probablement, il écrivait des articles dans des journaux sous de faux noms et personnellement, ce sont des choses que je n’approuve pas ».

Pour sa part, toujours sur RFI, le même jour, Robert Dulas déclare que « les menaces même verbales, ce n’est pas du tout dans ma philosophie. Ce qui est certain, c’est qu’un moment, on a eu un petit accrochage au téléphone mais ça s’est limité à trois mots ». Ambiance. Dans son commentaire avant d’interroger le mis en cause, le journaliste précise que Robert Dulas « a passé 30 ans de sa vie en Côte d’Ivoire. Il se dit surpris et meurtri par ces nouveaux développements. Il dit d’ailleurs avoir répondu à des magistrats ivoiriens, voilà une dizaine de jours à Paris ».

En tout état de cause, la « piste française » bénéficie d’un nouveau témoignage dans Fraternité Matin Le samedi 25 avril 2009, le journal fait parler « Atta Kieffer Afua, Ghanéenne née le 10 octobre 1962 à Kumasi (Ghana), épouse légitime de Guy-André Kieffer avec laquelle il partageait sa vie au moment de sa disparition ». Le journal progouvernemental fait savoir qu’il « ressort des dires de Afua, que quelques heures après la disparition de son mari, un ami, compatriote de ce dernier, accompagné de trois autres « Blancs » ont perquisitionné son domicile à la recherche d’une cassette vidéo. Ce jour-là, Afua était au Ghana où son époux devait la rejoindre après avoir récupéré de l’argent avec un ami français. Est-ce le même que celui qu’elle connaît ?! En tout cas, selon les déclarations de la femme, Kieffer n’a pas révélé le nom de celui qui devait lui remettre de l’argent. Elle fait savoir toutefois qu’aux environs de 11 H 30, ce 16 avril là, son mari Kieffer, tout affolé, l’aurait appelée pour dire qu’il était en danger…et la communication a été brutalement interrompue ».

Problème, toutefois. « L’amie en question de Guy-André et non son épouse est décédée depuis des années », rectifie Bernard Kieffer. L’article reconnaît, en effet, dans sa chute, le décès « dans des circonstances non élucidées au Ghana de Afua, la vraie épouse de Kieffer ».

Une autre goutte d’énigme, semble-t-il, dans un fleuve d’obscurités. Un fleuve sombre qui coule inexorablement vers un océan de mystères. D’autant plus que de gros affluents d’équations irrésolues viennent continuellement gonfler le questionnement sur le sujet. Pourquoi les autorités politiques en France, en dépit des assurances fermes données à la famille, le 22 août 2007, par le président Nicolas Sarkozy, au palais de l’Elysée, ne fait pas de l’affaire Kieffer « une priorité pour la France », comme cela a été le cas dans les affaires des journalistes enlevés pendant 124 jours en 2004 (4 mois après la disparition de Kieffer) en Irak, Georges Malbrunot et Christian Chesnot ? Pourquoi l’ambassade de France à Abidjan s’est empressée, quelques heures après l’éclatement de l’affaire, de dresser un portrait fort maculé de Guy-André Kieffer, le présentant comme « un homme peu recommandable, marginal, un peu déluré et aux abois » ? Pourquoi le 28 juillet 2008, un « témoin » à l’identité non publiquement dévoilée, a confié au juge d’instruction Patrick Ramaël, qu’il n’était plus disposé à parler parce qu’il faisait l’objet de pressions de la part de l’Elysée, notamment de Patrick Ouart, le conseiller de Nicolas Sarkozy, chargé des questions de justice ? Que sait Michel de Bonnecorse, le monsieur Afrique de Jacques Chirac (président français à l’époque des faits) qui a été entendu, en tant que témoin, mi juillet 2008, par le juge d’instruction français ? Pour quelles raisons, Patrick Ramaël s’est permis de se rendre au palais de l’Elysée, le 22 juillet 2008, sans mandat de perquisition, en vue de saisir des documents dont des articles de presse relatifs à la disparition de Guy-André Kieffer, mais surtout des télégrammes diplomatiques et des notes de services de renseignements ?

Peut-on avaliser le seul argument du coût brandi par la Direction régionale de la Police criminelle de Paris, pour retirer, sans préavis, fin novembre 2007, la Brigade criminelle de l’enquête ? Pourquoi, au cours de son point de presse du 24 avril 2009 à Paris, le porte-parole du Quai d’Orsay, a parlé de « circonstances et (de) responsabilités dans le décès de Guy-André Kieffer » alors qu’aucun élément ne peut accréditer la thèse de la mort du disparu ? Pourquoi la justice ivoirienne, quelques semaines seulement après l’éclatement de l’affaire, a inculpé Michel Legré, entre autres pour « assassinat » ? Que savent exactement les autorités judiciaires et politiques ivoiriennes et françaises, dans cette affaire, qu’elles n’osent pas divulguer ? Pourquoi Jean Tony Oulaï, qui n’est pas né de la dernière pluie, a choisi d’aller en France où il savait qu’il était attendu de pieds fermes ? Pourquoi le président Laurent Gbagbo a déclaré le 9 mars 2006, dans le journal français « Le Figaro », qu’il ne connaissait pas Guy-André Kieffer, alors qu’il avait dit, en mai 2004 à Osange Kieffer, qu’il recevait à Abidjan, que « Guy-André est (son) ami » ? Pourquoi a-t-il dit ce jour là que le disparu « est vivant » et qu’il ferait tout pour « le retrouver » avant de confier le 29 mai 2008 à l’émission « Jeudi investigation » de Canal + qu’en temps de guerre, la disparition d’un homme demeure « un détail » ? Pourquoi aucun premier ministre ivoirien, de Seydou Diarra (aux affaires au moment des faits) à Guillaume Soro, en passant par Charles Konan Banny n’a jamais répondu favorablement à une demande d’audience de la famille Kieffer ? Qu’avait bien pu découvrir Kieffer, le fouineur aux articles enflammés (filière café-cacao, financement du conflit, achat d’armes, etc.) dans « La Lettre du continent » ou dans certaines publications ivoiriennes (sous pseudonyme) notamment le défunt quotidien « Le Front » (proche de l’ex-rébellion) et le quotidien proche de l’opposition « Le Jour Plus » ? Guy-André Kieffer a-t-il été tué ? Si oui, par qui, pourquoi, comment ? Si non, pour quelle raison machiavélique et masochiste se porterait-il disparu ? Mystère des mystères, tout (ou presque) est mystère !

André Silver Konan

 

 

 

GAK : portraits contradictoires d’un "poil à gratter"

« Guy-André Kieffer est arrivé en Côte d’Ivoire non en qualité de journaliste, mais plutôt en tant qu’expert en communication en matière de café-cacao, employé dans la société Commodities corporate consulting dite C.C.C. L’objet de cette société française créée en 2001 était l’assistance technique des structures de la filière café-cacao (…) Cependant,  la mission officieuse de Kieffer était de récolter des informations sur les dirigeants politiques ivoiriens pour le compte du président directeur général de C.C.C. Malheureusement, il incorporait aussi des informations sur les dirigeants de sa société. Il s’en servait de temps en temps pour faire des chantages. En effet, il était constamment démuni car il percevait rarement la totalité de son salaire. En outre, il n’était pas du tout aimé dans cette société, parce que grand fouineur surnommé "poil à gratter" ». Tel est le portrait succinct de Guy-André Kieffer, selon Raymond Tchimou Féhou, le procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau. Ce portait rejoint quelque peu celui dressé par Paul Antoine Bohoun Bouabré, le ministre d’Etat, ministre du Plan et du développement (ministre de l’Economie et des finances au moment des faits), le 23 avril 2009, devant le juge d’instruction français Patrick Ramaël : "Je n’ai pas connu Kieffer en tant que journaliste. Je l’ai connu comme chargé de communication d’une entreprise qui exerçait dans le café-cacao".

Certains journaux ivoiriens notamment le défunt "Courrier d’Abidjan" auquel on doit la célèbre "une" intitulée "Guy André Kieffer : un mort sans cadavre", présentent Guy-André Kieffer comme un espion.

Pour sa part, Eric Fottorino, un journaliste français, ami de longue date de Guy-André Kieffer, dans un témoignage publié le 12 mai 2005, dans le journal français "Le Monde" concède que "sa pratique de notre métier n’était pas des plus orthodoxes. De quelques informations recueillies par ses soins auprès de sources qu’il protégeait jalousement, il échafaudait un monde incertain et parfois inquiétant, fait de complots et de coups tordus. Il provoquait volontiers, il mettait à mal nos certitudes, nous forçait à éprouver nos propres convictions (…) Franco-canadien, comme le qualifient à présent les dépêches d’agences, Guy-André Kieffer était pour nous un gars du Manitoba, comme il le soulignait lui-même. Au début, par ignorance et incrédulité, on supposait qu’il se payait notre pipe. C’était où ça, le Manitoba ? Pourtant, il était bien originaire de ces lointains-là, GAK. On l’appelait par ses trois initiales accolées, GAK. On ne savait pas grand-chose de lui, sauf qu’il avait le cœur fragile. Il ne lui fallait pas trop d’émotions. Et s’il parlait un peu de ses voyages, de ses découvertes, de ses intuitions journalistiques, c’était avec le rouge aux joues d’un gamin pris les doigts dans la confiture".

Osange Silou-Kieffer, son épouse qu’il a rencontré le 17 septembre 1979 à Ottawa (Canada), selon le quotidien français "Libération" en date du 5 janvier 2006 (avec laquelle il a une fille aujourd’hui âgée de 23 ans), déclare qu’à 30 ans, Guy-André Kieffer était un "grand mec dégingandé, bel homme, amoureux de poésie, de cinéma". A cette époque, confie-t-elle à "Libération", il était "attaché parlementaire d’un député canadien". Le journal déclare qu’il est "issu d’une bourgeoisie alsacienne ancrée à droite (cependant) il était plutôt trotskiste, idéaliste". Bernard Kieffer, l’un de ses frères, prospère chef d’entreprise installé à Lyon (France), ajoute que son "frangin était plus idéaliste, plus naïf aussi". Le 16 avril 2004, jour de sa disparition, Guy André Kieffer, s’apprêtait à souffler (le 25 mai) sa 45e bougie. Il collaborait avec la publication « La Lettre du Continent ». Il avait travaillé dans les années 80 au journal boursier, économique et financier français « La Tribune ». Il était le délégué de la puissante Confédération générale du travail (CGT) au sein de cette entreprise de presse. Il est marié et père de deux enfants, dont le premier est né d’un premier mariage avec une Canadienne, dont il a pris la nationalité.

André Silver Konan

 

 

 

Des dates…

16 avril 2004 : Guy-André Kieffer est porté disparu, aux alentours de 13H 15 mn (le relevé de ses appels téléphoniques faisant foi). Il avait rendez-vous avec Michel Legré, dans un super marché d’Abidjan Marcory Zone 4. Il est introuvable depuis cette date. Aucun signe de vie, non plus.

 

6 mai 2004 : le véhicule de Guy-André Kieffer est retrouvé, à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Port-Bouët. Quant à son ordinateur portable, c’est chez Michel Legré qu’il est retrouvé. Le juge d’instruction français Patrick Ramaël a emporté avec lui, cet ordinateur. Il l’a confié à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de France, qui devrait le "faire parler" en analysant notamment les traces d’ADN.

 

28 mai 2004 : Michel Legré est arrêté puis inculpé par la justice ivoirienne pour "enlèvement, séquestration et assassinat (sic)" dans l’affaire Guy-André Kieffer. Il est incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Le 11 octobre de la même année, il est mis en examen en France pour "enlèvement et séquestration", dans la même affaire. Le 28 octobre 2005, il est mis en liberté provisoire. Il bénéficie de ce statut jusqu’à ce jour. Par ailleurs, dans le même mois de mai 2004, Germain Bahagbé qui se présente comme étant "de la garde rapprochée du capitaine Oulaï", met en cause celui-ci à la Police judiciaire d’Abidjan-Plateau. Il se rétracte, par la suite. A ce jour, l’on ignore où il est passé, après son évasion de la MACA en novembre 2004, à l’occasion des évasions en masse baptisées "Métro Abidjan cadeau" (MACA) par les évadés eux-mêmes.

 

4 août 2004 : Léonard Guédé Pépé, plus connu sous le sobriquet James Cenach, le responsable de la communication du ministre Bohoun Bouabré, est placé en garde à vue à Paris, "soupçonné", selon le journal ivoirien "Le Patriote" d’avoir quelque chose à voir avec l’affaire Kieffer. Il recouvre la liberté le lendemain.

 

11 août 2004 : Patrick Ramaël déclenche une procédure d’entraide judiciaire avec la Suisse pour "examiner, en fonction de différents mouvements effectués sur des comptes, l’existence d’un mobile pour expliquer la disparition du journaliste Guy-André Kieffer". Cette procédure concerne des comptes présumés de proches de Paul Antoine Bohoun Bouabré. Ce dernier assure, le 23 avril 2009, Patrick Ramaël, à Abidjan, qu’il n’a "aucun compte à l’extérieur à part un compte ouvert au Fonds monétaire international quand (il y travaillait) et (qu’il n’a) pas fermé (…) et un compte à Lyon (en France, Ndlr), le compte de (sa) fille ».

 

11 janvier 2006 : Jean Tony Oulaï est arrêté en France à Paris, dans le 18e arrondissement. Le 13 janvier 2006, soit deux jours après son interpellation, il est mis en examen pour "enlèvement et séquestration" par la justice française, dans l’affaire Guy-André Kieffer et est détenu à la Maison d’arrêt de la Santé, à Paris. Le 15 février 2006, il est remis en liberté, avant d’être interpellé, à nouveau le 17 octobre 2007 pour "non respect du contrôle judiciaire" et "refus (à en croire Bernard Kieffer) de répondre aux convocations du juge Ramaël" qui souhaitait l’entendre suite aux révélations de Berté Seydou. Il est détenu, cette fois-ci à la Maison d’arrêt de Fresnes, dans la banlieue de Paris, sous le numéro 933853, à la cellule 166. Il y est toujours. Jean Tony Oulaï avait quitté, un an plus tôt la Côte d’Ivoire, pour la France, suite à des démêlés avec les autorités politiques d’Abidjan. Il avait, en effet, été arrêté le mercredi 9 novembre 2005 (puis libéré) par la brigade de gendarmerie de Cocody, à Abidjan. Il était "soupçonné de recruter des mercenaires libériens et sierra-léonais aux fins de renverser le régime en place", dont il était pourtant très proche, selon l’information donnée le vendredi 11 novembre 2006, par le quotidien ivoirien "L’Inter".

 

23 août 2007 : Seydou Berté, alias Méité, qui se présente comme un "témoin oculaire" de l’enlèvement puis de l’assassinat de Guy-André Kieffer, met en cause, sur les antennes de la télé française France 3, Jean Tony Oulaï, comme étant le chef du commando "Cobra", responsable de la disparition du journaliste. Le lendemain, ce dernier envoie une lettre au procureur de la république Raymond Tchimou, en guise de plainte contre Seydou Berté. Le 15 juillet 2008, c’est au tour de Simone Gbagbo, de porter plainte contre Seydou Berté, à en croire Me ange Rodrigue Dadjé, l’avocat ivoirien de la première dame, au cours d’une conférence de presse tenue à Abidjan le 5 octobre 2008.

 

21 avril 2009 : Patrick Ramaël et Nicolas Blot (qui a remplacé en 2008 Emmanuelle Ducos), les deux juges d’instruction en charge de l’affaire Kieffer, entendent Patrice Baï, le responsable de la sécurité de la présidence ivoirienne en 2004. Plusieurs autres personnalités ivoiriennes sont entendues les trois jours suivants, dont la première dame Simone Gbagbo, en tant que "témoins" dans l’affaire Kieffer.

 

15 juillet 2009 : Charles Rosaire Lago, qui se présente comme un témoin à charge contre Simone Gbagbo, réussit à tromper la vigilance de deux gardes pénitentiaires qui reviennent avec lui (pour la MACA) de l’hôpital militaire d’Abidjan (HMA). Il n’a jusqu’à présent pas été retrouvé par la police. Il a été incarcéré le 12 décembre 2007 à la MACA pour "faux témoignage", dans le cadre de l’affaire Kieffer. Le nom de Charles Rosaire Lago "n’apparaît pas dans le dossier" du juge d’instruction Patrick Ramaël, affirme Bernard Kieffer, l’un des frères du journaliste franco-canadien.

 

22 juillet 2009 : un homme se faisant appeler "major Alain Gossé", soutient, sur les antennes de France 3, que Guy-André Kieffer a été tué "par erreur". Il accuse notamment Anselme Séka Yapo dit Séka Séka, l’aide de camp de la première dame, en 2004. Ce dernier dément l’information le même jour, sur les antennes de la télé française France 24 et démonte le témoignage du "major Alain Gossé", qui selon lui, s’appelle "Zinssoni Nobila Paul, de nationalité burkinabé. Il est né le 1er juin 1960 à Zitougou (Burkina Faso, ndlr). Il est très connu des services de renseignements de la gendarmerie nationale. Il n’est pas de l’armée ivoirienne".

Une sélection de ASK

 

 

 

Inza Kigbafory (porte-parole du Collectif Guy-André Kieffer) :

« Les autorités françaises traitent le dossier avec frilosité, les autorités ivoiriennes avec mépris »

Inza Kigbafory est un journaliste ivoirien. Il est le porte-parole du Collectif Guy-André Kieffer, mis en place en mars 2008 et comprenant une cinquantaine de journalistes ivoiriens et non Ivoiriens. Il a été interrogé le lundi 3 août 2009 à Abidjan. Depuis sa création, le Collectif a initié une campagne d’affichage dans des journaux locaux à l’occasion du quatrième anniversaire de la disparition de Guy-André Kieffer. Il a en projet, l’affichage d’un grand poster du disparu sur un immeuble d’Abidjan.

 

Où en est-on aujourd’hui avec l’instruction de l’affaire Kieffer en France ?

Il me semble que l’instruction des juges français avance. Ils devraient avoir de nouvelles preuves encore, avec le témoignage de Gossé (« major Alain Gossé, NDLR). Mais ils semblent un peu déçus du manque de collaboration des Ivoiriens et des quelques entraves politiques qui subsistent à la fois côté ivoirien que français. Au reste, je crois que si tout s’était passé correctement, il aurait déjà eu des inculpations.

 

Quid de l’instruction  conduite par la justice ivoirienne ?

La semaine dernière les juges ivoiriens étaient encore en France pour poursuivre leur instruction. A notre sens, ils sont moins volontaires. Soit parce qu’eux-mêmes ne prennent pas assez d’initiatives, soit parce qu’ils sont encadrés politiquement. A notre connaissance, leur seule piste se dirige vers des responsables français. Ils font presque fi des témoignages ivoiriens. Franchement, nous n’attendons pas grand-chose de l’instruction ivoirienne pour l’instant. Notre collectif ne fait aucune fixation. Nous ne sommes pas politique. Ce que nous demandons, c’est d’abord la vérité et ensuite la justice. Vous comprenez que si nous, journalistes, nous ne faisons rien du tout, certains vont croire qu’il y a un passe droit pour le meurtre d’un journaliste. Nous nous mobilisons donc pour que quiconque comprenne qu’il n’y a pas de passe droit pour aucune entrave au travail des journalistes.

 

 Jusqu’à quand allez-vous garder l’espoir que justice sera faite dans le cadre de cette affaire ?

Vous constatez avec moi qu’il y a des affaires de plus de vingt ans qui trouvent solution. Nous sommes persuadés que justice sera faite. Parce qu’il ne s’agit pas de défaillance actuelle de l’instruction judiciaire qui entrave l’éclatement de la vérité. Mais vraisemblablement de réticences politiques. En France comme en Côte d’ivoire, il n’y a pas de régime politique éternel. Nous sommes certains que justice sera faite. Les autorités françaises traitent le dossier avec une certaine frilosité, les autorités ivoiriennes avec un certain mépris. Pourtant, il est de leur intérêt à mettre du leur pour que la vérité éclate dans cette affaire. Autrement nous finirons par croire qu’elles ont vraiment des choses à se reprocher. Quoi qu’il en soit aujourd’hui ou demain tout sera su. Et les auteurs, co-auteurs et commanditaires paieront. Nous en sommes persuadés car nous ne lâcheront pas prise.

Entretien réalisé par André Silver Konan

 

 

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commentaires

nassardine 14/02/2011 19:18


Un flou artistique toute cette histoire, malheureusement il y a mort d'homme.


zigo 19/08/2010 15:35


des militants de ton parti ont arrêté Kragbé Gnagbé en 1970. ça fait 40 ans.On s'attendait à un procès qui n'a jamais eu lieu.Qu'est devenu cet homme? Vous pouvez répondre facilement.


Osange Silou Kieffer 02/09/2009 10:06

Cher confrère,

J'ai bien lu votre dossier sur l'enlèvement de mon époux et je vous remercie de ce rappel concentré, assez bien documenté, même si, quelques informations sont erronées; mais je pense que c'est tout le problème de cette affaire.

ousmane 31/08/2009 09:14

quelle coïncidence !
Kadidia Touré n'a pas fait le même effort lors de l'assassinat de AFT en 93 ?!

patisakana 28/08/2009 11:03

André bonjours,

comme tu écris dans un journal proche du PDCI-RDA laisse moi douter de ton impartialité quand tu écris :

Nous ne sommes pas politique. Ce que nous demandons, c’est d’abord la vérité et ensuite la justice. Vous comprenez que si nous, journalistes, nous ne faisons rien du tout, certains vont croire qu’il y a un passe droit pour le meurtre d’un journaliste. Nous nous mobilisons donc pour que quiconque comprenne qu’il n’y a pas de passe droit pour aucune entrave au travail des journalistes.

mais je te remercie pour ton article

patisakana