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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 18:42

Dolo Adama, 42 ans, concepteur du " drômikan " ou la parole de l'ivrogne, est candidat à l'élection présidentielle du 31 octobre prochain. Ce mercredi 1er septembre, quand il nous reçoit à son quartier général (QG) de Cocody, en face de l'alocodrome, il s'excuse poliment parce qu'il est largement en retard. Le QG n'a ni secrétaire ni vigile. " J'ai un autre bureau ", explique Dahico (son nom d'artiste) pour devancer notre question. L'homme se montre plutôt cultivé, ce qui tranche avec son personnage, mais aussi son curriculum vitae, long de plusieurs pages mais très bref en ce qui concerne sa formation scolaire. Niveau BEPC. Ce qui ne l'empêche pas d'écrire des livres et des scénarios caustiques et de passer aujourd'hui pour l'un des humoristes les plus célèbres et les plus nantis de sa génération. Quand commence l'interview, le candidat à l'élection présidentielle (ce n'est plus une blague) allie hilarité et sérieux, une technique qui lui réussit bien. Car en définitive, Dahico sait cracher ses vérités souvent très crues, à qui il veut, sans jamais fâcher son interlocuteur.

 

Certains critiques disent : " Pourquoi Dahico joue-t-il la comédie avec une chose aussi sérieuse que l'élection présidentielle ?" Que leur répondez-vous ?

Nous nous sommes dit que si l'être humain pouvait comprendre qu'il allait mourir un jour, il serait plus humain, vis-à-vis de son semblable. Nous avons constaté que c'est une élection de crise. Etant humoriste, il y a beaucoup de maux de la société qu'on peut relever avec l'autodérision. Nous nous sommes rendu compte que les politiciens de métier sont trop sérieux dans la pratique de la politique. Il y a des tueries, des injures, etc. Nous nous sommes dit qu'il faut un candidat qui va utiliser un autre langage. La politique est très sérieuse, mais la comédie aussi est jouée avec beaucoup de sérieux.

 

Sérieusement, pourquoi devrait-on prendre votre candidature au sérieux ?

Je suis très sérieux et plus sérieux que les candidats qui se disent sérieux. Je suis un citoyen comme les autres. Je veux juste faire comprendre que pour être candidat, il faut être dans les règles. Le conseil constitutionnel qui est une institution très sérieuse a vu que j'étais sérieux dans ma candidature. Doucement mais sûrement, je suis en train de battre campagne, sérieusement, avec mes maigres moyens. J'entre dans les cours communes, je fais une campagne de proximité. Dieu merci, les gens m'écoutent avec beaucoup de sérieux.

 

Vous avez dit : " Je veux juste faire comprendre que pour être candidat, il faut être dans les règles ". Autrement dit, le sens réel de votre candidature est de décomplexer la candidature à l'élection présidentielle. Corrigez-nous, si nous nous trompons.

Vous avez bien compris. Quand j'ai introduit ma demande à la CEI (Commission électorale indépendante, structure qui organise les élections, NDLR), j'ai bien noté que je veux contribuer à apaiser, à décrisper le climat sociopolitique et participer à une élection de sortie de crise. Je suis un humoriste. Coluche l'a fait en France, même s'il n'est pas allé jusqu'au bout. Je dis qu'il faut qu'Adama Dahico pose un acte fort, historique, que toute l'humanité retiendra en ce sens qu'en Côte d'Ivoire, il y a eu une crise importante à une époque, et un humoriste s'est présenté à l'élection présidentielle. Dieu merci, j'ai pu réaliser ce rêve.

 

Où avez-vous trouvé les 20 millions FCFA de caution, nécessaires pour déposer une candidature à l'élection présidentielle ?

S'il y a une question qui revient beaucoup, c'est celle-là. A tel point que j'ai eu peur à un certain moment. Je me suis demandé si on ne mettrait pas la police économique à mes trousses pour qu'elle cherche à savoir où j'ai eu cet argent. Mais tranquillisez-vous, ce jour-là, il n'y a pas eu de braquages (rires, NDLR). Ce sont d'honnêtes citoyens qui, après maintes réflexions et après que j'eus donné des arguments solides, qui se sont cotisés pour que je puisse réunir ces 20 millions. Quand je suis allé au Trésor public, on ne m'a pas demandé l'origine de l'argent, mais tranquillisez-vous, ce n'est pas de l'argent sale.

 

Vous avez déclaré lors d'une émission télévisée que vous souhaitez que tous les candidats comme vous, soient transparents. Alors de façon transparente, qui sont ceux qui ont payé vos 20 millions FCFA ?

C'est vrai qu'on a vu que certaines personnes physiques ou morales, ne se sont pas cachées pour dire que ce sont elles qui payent la caution de certains candidats. En ce qui me concerne, pour ne pas créer d'autres polémiques, je dirais que ce sont mes relations. Je suis un artiste. Je travaille avec des personnes, des sponsors, etc., j'ai usé de ces relations. J'ai même dû appeler hors de la Côte d'Ivoire pour cela. Ceux qui m'ont aidé ont dit qu'il y a certaines mesures qu'il faut adopter. Je ne fais que respecter cela. De façon transparente, vous ne répondez pas à la question. Qui sont les personnes physiques ou morales dont vous parlez ? (Hésitations, NDLR). Je peux vous donner par exemple, le nom de quelqu'un qui n'est pas Ivoirien et qui ne vit pas en Côte d'Ivoire. Il s'agit de Me Vincent Gomez, qui est à Pointe Noire au Congo Brazzaville, un avocat international et un ami. C'est un monsieur dont le nom est chanté par presque tous les grands artistes. C'est lui que j'ai appelé et à qui j'ai dit que j'ai besoin de soutien. C'est ainsi que le coup de fil est venu à Abidjan. Je pense que j'ai été un peu transparent (rires, NDLR).

 

Vous soutenez que vous êtes 14 candidats mais que votre seul adversaire est le président Gbagbo. Alors, comment jugez-vous le bilan de votre " seul " adversaire ?

Je dis en effet très souvent que mon seul adversaire, c'est Laurent Gbagbo, tandis que les autres sont des concurrents. C'est lui qui a le fauteuil que nous sollicitons. Cependant, il me serait très difficile de faire le bilan du président Laurent Gbagbo à la tête de l'Etat parce que cela équivaudrait à dire que j'ai des chiffres, ce qui n'est pas le cas. Une chose est certaine, il est arrivé au pouvoir en 2000 et en 2002, il y a eu une rébellion armée. Ce que je voudrais retenir, c'est que toute guerre installe le désordre. Dans le désordre, il y a le pillage des ressources, l'enrichissement illicite, il n'y a pas de contrôle, etc. De même, on ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille des arachides. Et des gens ont grillé des arachides, comme sous tous les pouvoirs qui se sont succédé. Aujourd'hui, il faut quitter dans ça, comme on le dit. Il faut aller aux élections, afin qu'il y ait un bon gouvernement. Si on veut faire le bilan du pouvoir en place, on doit aussi prendre en compte tous ceux qui ont géré le bien collectif, qu'ils soient ministres du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire, parti d'opposition, NDLR) ou du RDR (Rassemblement des républicains, parti d'opposition, NDLR). Je ne peux donc pas dire que le bilan est positif ou négatif.

 

En septembre 2004, le président Gbagbo prend un décret de naturalisation, qui vous confère la nationalité ivoirienne, alors que vous étiez notoirement reconnu comme un Ivoirien. Certains journaux évoquent la possibilité d'un deal. Qu'est-ce qui s'est réellement passé ?

S'il y a un décret de naturalisation qu'on peut qualifier de vedette, c'est bien le mien. Ce qui s'est passé est simple. J'étais à une émission télévisée, Wozo Vacances, quand des journalistes m'apprennent que le président Gbagbo a affirmé à une réunion de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest, NDLR) qu'il a signé mon décret de naturalisation. Je réponds que c'est une bonne chose. De fait, j'ai rencontré le président de la République, quelque temps auparavant. Je lui ai dit : " Monsieur le président, je suis né en Côte d'Ivoire avant 1972. Je revendique donc le droit de sol. Monsieur le président, j'ai des papiers ivoiriens, je parcours le monde entier au nom de la Côte d'Ivoire. Je peux participer à une compétition au nom de la Côte d'Ivoire, cependant cela peut poser un problème à l'avenir puisque je n'ai pas fait officiellement la demande comme il se doit pour la simple raison que mes parents n'ayant pas été à l'école, ne savaient pas qu'il fallait entreprendre des démarches. Ainsi, comme beaucoup d'autres Ivoiriens, nous avons eu des papiers ". J'ai donc dit au président de la République que je souhaitais que ma situation soit régularisée. Etant donné qu'il n'existe pas de décret de régularisation, l'on s'est tourné vers le décret de naturalisation. Le président de la République a pris le soin de préciser, au vu de notre code de la nationalité, que je suis relevé de toute incapacité prévue par l'article 43 dudit code. Nous étions en 2004, l'élection présidentielle devrait avoir lieu en 2005. A cette époque, je n'avais même pas 40 ans, comme l'exige le code électoral, pour être candidat. Il n'y a donc eu aucun deal. Je puis vous assurer que le président de la République a bien apprécié ma démarche. C'est ainsi que toute ma famille a été naturalisée.

 

Vous avez parlé du code de la nationalité en évoquant le droit du sol, ce qui n'est pas le cas avec le code actuel qui proclame le droit du sang. Quel est votre avis sur le débat autour de la nationalité ?

Si nous ne trouvons pas une solution idoine à ce problème qui est un véritable fléau, nous risquons de nous éterniser là-dessus. J'ai fait un sketch à l'époque pour relever que chaque fois que Dieu élève quelqu'un à un haut poste de responsabilité, l'on trouve toujours quelque chose à dire sur son compte. Les Ivoiriens sont passés maîtres dans le fait d'attribuer des nationalités aux gens. Le président Houphouët a été traité par des gens, de Togolais. Quand le président Bédié est arrivé, des gens ont dit : " tel père, tel fils ". A l'avènement du général Guéi (paix à son âme), des gens ont dit que son village, Kabacouma, n'est pas loin de la Guinée. Quand le président Gbagbo est arrivé au pouvoir, des gens ont avancé qu'il est un Maraka. Au niveau des premiers ministres, c'est quasiment la même chose. Alassane Ouattara, des gens l'ont présenté comme un Burkinabé. Des gens ont dit qu'ils n'ont jamais vu un Ivoirien qui s'appelle Duncan, d'autres ont soutenu que le vrai nom d'Affi N'Guessan, c'est Zongo et que Seydou Diarra est un Malien, tandis que Charles Konan Banny est un Béninois. J'ai dit dans ce sketch que peut-être que des gens diraient que j'ai la nationalité libanaise, si un jour, je devenais président. Mais voyez-vous, le problème est sérieux parce que le dernier recensement a montré qu'il y a près de 2 millions de Guinéens, 4 millions de Burkinabé, 3 millions de Maliens, sans compter les Nigérians, les Nigériens et les Libanais., les Mauritaniens, les Togolais, etc. Il reste dans ces conditions, combien d'Ivoiriens sur la population ? Il y a un problème fondamental : qu'est-ce qu'on propose comme solution pour ne pas qu'on revienne tout le temps sur ces histoires de nationalité ?

 

Quelles sont vos solutions ?

Les solutions doivent être politiques. Il faut que les politiciens qui sont des intellectuels, se parlent. Au nom de la patrie et non des partis, ils doivent dire : " Sauvons la Côte d'Ivoire ".

 

Quel est votre avis sur le débat autour des inscriptions controversées sur la liste électorale ? Allons-y aux élections avec ceux dont on n'a pas les preuves pour étayer les soupçons de fraude sur la nationalité, dont ils se seraient rendus coupables. Autrement, des noms vont sortir de la liste, et demain, dès qu'il y aura un petit problème, ces gens, devenus des apatrides, iront prendre des armes pour revendiquer leurs droits. Il ne faut pas que nous arrivions encore là. C'est pourquoi nous disons que dès que nous sommes élu, sur nos frontières portuaires, aéroportuaires, terrestres, nous installons des dispositifs pour que, comme on le fait en Europe, toute personne qui entre sur le territoire national, soit fiché, que ses empreintes soient prises. Ainsi si 10 ans après, il revient en Côte d'Ivoire et qu'il cherche à établir une pièce d'identité, dès qu'on prélève ses empreintes, on découvre automatiquement qu'il est entré sur le territoire il y a dix ans, sous une autre nationalité et il est épinglé.

 

Que souhaitez-vous voir corriger avant la campagne électorale qui s'ouvre théoriquement à la mi-octobre ?

Pour ironiser, je dis souvent que pour cette élection, nous avons trois candidats officiels et onze candidats libres, comme des gens qui présentent le bac. Les quatorze candidats ne sont pas logés à la même enseigne, ce qui paraît normal. En effet, il y a un qui est président de la République en exercice, il y a un qui a été président de la République, un autre a été premier ministre. C'est normal qu'ils aient une sécurité, et tout cela. Mais si ces trois à eux seuls pouvaient trouver une solution à la crise, on ne nous dirait pas de faire acte de candidature. Depuis que nous avons fait acte de candidature, aucune lettre ne nous a été adressée pour nous signifier que l'élection a été reportée. Nous disons que c'est frustrant et humiliant. Nous avons rencontré M. Choi (Représentant spécial du secrétaire général de l'Onu en Côte d'Ivoire, NDLR). Le représentant du Facilitateur nous a reçu. Le président de la CEI a reçu nos différents directeurs de campagne. Depuis quelques mois, nous essayons de rencontrer le premier ministre Soro en vain. Nous sommes frustré. Nous avons beaucoup de respect pour l'institution qu'est la Primature, et nous souhaitons qu'il y ait un minimum de considération en retour. Au demeurant, je ne suis pas du tout content et je réclame une indemnisation à l'Etat de Côte d'Ivoire. La raison est simple : nous avons déposé 20 millions FCFA pour une élection qui part de report en report. Depuis lors, notre argent qui aurait pu nous servir à faire autre chose, a produit des intérêts. Rien que pour cela, l'Etat doit donc donner de l'argent frais sur les 40 milliards de francs CFA décaissés dans le cadre du financement du processus de sortie de crise pour le remettre aux candidats indépendants.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

http://andresilverkonan.over-blog.com

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commentaires

Mr Mominé 30/10/2010 15:55


ayant entendu tous ses dits je souhaiterais que le Candidat Adama soit élu car il pourrait soutenir les jeunes