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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 12:00


Qu’est-ce qui s’est passé à Abobo dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 janvier 2011 ? Pour tenter de comprendre cette tragédie digne du film d’espionnage, nous sommes allés à la rencontre de témoins directs et indirects. Sous le couvert de l’anonymat, ils parlent. Retour sur une nuit sanglante.


Aux dires de certaines personnes qui résident dans le périmètre du « Parlement » des jeunes patriotes d’Abobo, tout a commencé un jour plus tôt, c’est-à-dire dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 janvier.

« Dès 4h du matin, nous avons été réveillés par des rafales tirés en l’air, raconte un résident de ce périmètre. Certaines personnes ont reçu la visite d’hommes en armes et en treillis. C’étaient des éléments en tenue noire de policiers et d’autres qui portaient des pantalons treillis et des tee-shirts verts. Des voisins ont dit que c’étaient des miliciens qui sont venus très tôt, de la maison de la tante de Blé Goudé au Plateau Dokui où ils ont établi leur quartier général. Un voisin m’a confié qu’il avait vu l’un des responsables du « Parlement » servir d’indicateur. Ils disaient rechercher des armes qui pourraient servir à tuer Blé Goudé. Certaines personnes ont été délestées de leurs biens : téléphones portables, argent, bijoux, d’autres ont été bastonnés, pour rien, d’autres encore ont été arrêtés et on ne sait toujours pas ce qu’ils sont devenus ».

Le meeting de Blé Goudé, annoncé à grands renforts de publicité sur LMP-TV, autrement dit la RTI, n’a pas eu lieu. La descente des hommes en armes et en treillis à Abobo PK18 a en effet causé la mort de plusieurs personnes.

 

« Trop, c’est trop ! »

Ce mardi-là, Abobo ressemblait à un vaste champ de bataille. « Trop, c’était trop ! », martèle Abdoul, un militant du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Celui-ci dit avoir perdu son petit frère lors de la marche du 16 décembre dernier sur le siège de la Radio télévision ivoirienne (RTI) à Cocody, réprimée dans le sang par les forces pro-Gbagbo, et un oncle, qui a été tué chez lui à domicile, pendant le couvre-feu, toujours « par des forces pro-Gbagbo ». Lui, dit ignorer totalement ce qui s’est passé le jour suivant la descente punitive des policiers et des miliciens.

« Une chose est certaine, je n’ai jamais entendu de ma vie, des bruits pareils. Non, c’était une affaire de professionnels. Rien à voir avec les petits bruits de pétard auxquels nous autres militants du RHDP, sommes désormais habitués ».

Une source proche des Forces de défense et de sécurité (FDS) nous renvoie à un communiqué publié dans la presse, par un groupe de soldats. Ce groupe de soldats avait en effet revendiqué l’attaque contre les FDS à Abobo. Rien n’est moins sûr.

« L’état major avait été informé qu’il y avait des armes stockées à Abobo. Le colonel Bohiri a été personnellement informé de cette situation. Certaines informations disaient que les armes sont arrivées d’Anyama, via Bouaké, par le train et que c’était Koné Zakaria lui-même qui dirigeait les opérations. Ce n’était pas très juste à mon sens. Vraisemblablement, du matériel des FDS a été détourné par nos propres éléments sur le terrain », confie un officier de l’état major, qui clame qu’il décrypte froidement la situation, sans se laisser influencer par des considérations partisanes, car « de toutes façons, je ne soutiens aucun des deux camps ».

 

Des armes détournées

Selon son témoignage, le détournement des armes remonte à la veille du jour de l’an, « quand Blé Goudé a annoncé que le jeunes devraient aller au Golf à partir du lundi 3 janvier, pour déloger Alassane Ouattara et son gouvernement. En réalité, l’état major avait donné son accord pour cette opération. Les jeunes devraient être devant pour provoquer les casques bleus et quand ceux-ci commenceraient à perdre leur contrôle et à faire usage ne serait-ce que de bombe lacrymogène, les FDS devraient entrer en jeu ».

Selon notre source, cette initiative, quoique critiquée, a permis de percer pour la première fois l’abcès au sein des FDS.

En effet, « L’information a été donnée dans toutes les unités de police et de gendarmerie, à en croire notre source. Mais au camp d’Agban où siège le général commandant de la gendarmerie, Kassaraté Tiapé, pour la première fois, des voix se sont élevées, lors de l’information, pour dire que cette histoire ne concernait pas les gendarmes qui devraient rester neutres dans un combat entre politiciens. L’état major a senti qu’il y avait péril en la demeure. Surtout qu’un gendarme a osé dire à peu près ceci : « Vous savez tous ici que Ouattara a gagné dans les casernes, donc arrêtons l’hypocrisie. Nous les gendarmes, nous ne voulons pas être associés à cette entreprise ». La consigne de se tenir prêts pour le 3 janvier a été toutefois maintenue. Cela ne m’a pas étonné quand Blé Goudé a annoncé qu’il reportait sa marche sur le Golf. L’affaire était boycottée de l’intérieur du système par les gendarmes et des policiers, dont certains apprécient très mal la présence de mercenaires chèrement payés, arborant des grades et des treillis de la BAE (Brigade anti-émeute, NDLR). Cela n’a pas empêché la distribution d’armes, dont certaines lourdes à des forces paramilitaires. Cette opération n’a pas été confiée à l’état-major mais à des gens en dehors de l’état-major. Le lundi 3 janvier, à la reprise du travail, l’état major était informé que du matériel avait été détourné à Abobo, par des responsables du Parlement d’Abobo, justement. L’information a été négligée, vu que de toutes les façons, c’était une chose qui concernait les patriotes. Apparemment, le détourneur n’était pas celui à qui on avait pensé. ».

 

« Une affaire de pro »

Tout semble indiquer que le meeting de Blé Goudé a été le point de départ de cette opération.

« Moi, je suis un vieux père du quartier. Je peux attester que Koné Zakaria n’était pas dans notre quartier. Je peux aussi dire que ni nous-mêmes, ni nos jeunes, n’étaient associés à cette action », confie l’un des doyens de PK 18.

Notre source au niveau de l’état-major ne lui donne pas tort.

« Les armes détournées, ce n’était pas Zakaria. Vraisemblablement, c’était des soldats qui ont réussi à infiltrer le milieu patriotique et se sont servis. Et au moment opportun, ils se sont servis contre leurs frères d’armes. Les renseignements ont dit plus tard à l’état major, qu’il s’agissait de soldats pro-Alassane qui en avaient assez de voir leurs parents être tués à Abobo. Cela semble très crédible ».

Une thèse crédible d’autant plus que « c’était une affaire de pro », raconte un policier de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) de Williamsville commandée par le commissaire Assohou Léopold. Une compagnie qui a pris une part active dans les massacres du 16 décembre dernier et contre qui ceux qui ont mené l’attaque, avaient des griefs.

« Jusqu’à présent, je ne sais pas comment j’ai pu m’en sortir. Nous étions à bord d’un cargo quand nous sommes arrivés à la hauteur du grand carrefour de la mairie. Nous avons entendu une forte détonation. C’était un tir sur un char. Au troisième tir, le char a virevolté. Les occupants en sont sortis et il y a eu des tirs de mitraillettes sur eux. D’autres tirs se faisaient entendre. J’ai personnellement sauté du cargo, j’ai rampé à terre, me suis glisse sous les tables, rampé pour m’éloigner du champ de bataille. Dès que je me suis senti hors de portée, j’ai enlevé ma chemise treillis et j’ai emballé mon AK47 avec. J’ai marché toute la nuit jusqu’au camp. J’ai dit à mon chef de prendre mon arme et que je ne voulais plus jamais retourner dans ce genre de coin. Il n’a rien dit. Le reste de la troupe qui était restée au camp était déjà en pleurs ».

L’attaque a fait plusieurs morts dans le camp des FDS. Un bilan qui n’a jamais pu établir ni le nombre exact de victimes, ni les faits.

 

Prince B.

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