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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 11:13

En moins de dix ans, la capitale du Mali est passée de grande bourgade pauvre où des hommes assis sur des dos d’âne circulaient allègrement dans des rues petites et encombrées ; à une ville moderne avec échangeurs, larges rues et cités futuristes. Voyage dans le Bamako cuvé 2012.

 Aci-2000--Bamako.JPG

Cité administrative de Bamako, il est midi. Des fonctionnaires souriant, aux visages radieux, sortent par dizaines des bureaux climatisés. Ils se dirigent vers le parking souterrain où sont garés leurs véhicules. Cette cité est la fierté des Maliens, c’est le symbole du développement urbain du pays. Il y a quinze ans, cet espace abritait des bicoques qui relevaient plus du ghetto que d’un quartier digne d’une capitale. En moins de dix ans, la nouvelle cité est sortie de terre, superbe et attirante. Peinte en jaune or, la cité abrite le siège de douze ministères et la Primature. La Présidence restant logée sur le très coquet mon Koulouba qui a donné son nom au Palais présidentiel.  Lancés en 2003 par l’ancien président Alpha Oumar Konaré avec le soutien financier du Guide de la révolution libyenne Mouammar Kadhafi, les travaux ont pris fin en 2011. En septembre, c’est le président Amadou Toumani Touré (ATT) lui-même, qui a inauguré les bâtiments, en l’absence du principal donateur, tué lors de la crise libyenne.

« Depuis que nous avons déménagé ici, je sens que je donne le meilleur de moi-même », confie Djény Nana, l’une des secrétaires de la Primature, à une amie qu’elle invite à déjeuner à la pause, à la cantine de la Primature. Car il y en a une au sein de la Primature. Deux cantines au total, dans la cité. La cité administrative est influencée par une architecture soudano-sahélienne, autrement dit libyenne, avec sa finition en forme de minaret. Coût de ce joyau architectural bâti sur une surface de plus de 10 hectares: 53 milliards de francs CFA. Un tour dans cette cité propre, parsemée de jardins fleuris, dévoile la Primature, imposant bâtiment de 5 niveaux avec 173 bureaux, 1 salon VIP, une cantine pour le personnel, une salle de réunion pour le conseil de gouvernement. Les ministères eux, sont bâtis sur 4 niveaux. Une différence d’un niveau, sans doute pour bien montrer que le premier ministre commande les ministres.

Echangeur à voies multiples

Pour accéder à cette cité, le nouvel échangeur, autre fierté malienne, construite sur une avenue Cheick Zayed, bordée de fleurs et propre, offre un beau spectacle avec ses voies multiples et son monument surmonté d’une colombe, dédié à l’unité africaine. Unité africaine ? Justement, de l’autre côté de la voie, dans le dos de la cité administrative, le mémorial Modibo Kéita, du nom du premier président du Mali, offre au visiteur les posters fiers des pères des indépendances africaines : Houphouët-Boigny, Sékou Touré, Patrice Lumumba, Joseph Kasavubu, Jomo Kenyatta, Kwame Nkrumah…

L’une des voies de cet échangeur conduit à l’avenue du 5 septembre. Petite surprise technologique sur cette avenue, précisément au rond-point dit du cinquantenaire au quartier Boribana : un feu tricolore doublé d’un chronomètre à timing décroissant. « C’est à Bamako que je vois ça, s’enorgueillit un chauffeur de taxi, qui a passé son permis de conduire à Agboville, en Côte d’Ivoire où il a résidé pendant plus de dix ans. Même si on ne regarde pas le feu, le chrono est là. Quand on approche à 5 secondes, je m’apprête à démarrer ».

Autre symbole du nouveau visage de Bamako : le quartier Aci 2000. C’est le Cocody de Bamako, le Ouaga 2000 version malienne. Ici, les lots se payent en millions de francs CFA. La nouvelle ambassade de Côte d’Ivoire, non encore opérationnelle, y est bâtie. C’est un bâtiment moderne en verres, qui en impose et qui reflète l’image positive de la Côte d’Ivoire dans ce pays. Aci 2000 n’existait pas il y a dix ans. Et déjà, plusieurs entreprises commencent à y délocaliser leurs sièges. C’est le cas d’Orange Mali ou de la puissante société aurifère ghanéenne Anglo Gold Ashanti. Aci 2000 se distingue des autres quartiers de Bamako, non seulement par ses constructions modernes, mais par ses larges routes telles des avenues et ses espaces verts. Le gouvernement y applique une politique d’urbanisation stricte, contrairement à d’autres vieux quartiers de la ville comme à Baco-Djicoroni, le quartier populaire devenu célèbre dans le milieu de la diaspora ivoirienne de Bamako du fait que Tiken Jah Fakoly s’y est établi depuis quelques années.

Tapis roulant

Le nec le plus ultra d’Aci 2000 est incontestablement le Centre commercial de l’Aci, chef-d’œuvre co-réalisé par des architectes maliens et tunisiens, à hauteur de 7.6 milliards de francs CFA. Moderne et fier, l’édifice domine le Grand marché ou Marché rose sur la rue Karamoko Diaby. Le Centre commercial de l’Aci, c’est le Sococé Deux-Plateaux de Bamako, mais en plus grand. Il a été inauguré le  22 septembre. Un voyage dans ce centre de 6 ha, dévoile les ambitions de développement urbain du Mali. Cinq niveaux, un parking au sous-sol, une mezzanine,  71 espaces commerciaux, 18 toilettes au rez-de-chaussée, 10 à chaque étage. Le centre comprend également trois galeries commerciales dont deux latérales, avec chacune un hall circulaire spacieux et une galerie longitudinale centrale comprenant 3 grands halls de forme circulaire avec deux escalators. Ici, ces escalators sont une vraie curiosité. En effet, avec ce centre commercial, le tapis roulant, fait sa première apparition au Mali.

Sur la rue Karamoko Diaby, plusieurs autres grands chantiers sont en cours, dont les nouveaux sièges du Pari mutuel urbain, (PMU-Mali) et de l’Institut national de prévoyance sociale, (INPS).

Complexe numérique du futur

Les autorités maliennes ne veulent pas s’arrêter là. Après avoir réussi à faire pousser des immeubles (hôtels, commerces, services, etc.) aux abords de la voie qui part de l’aéroport de Bamako Sénou au centre-ville, là où des cases étaient encore visibles il y a dix ans, les autorités prévoient de construire un complexe numérique futuriste à la périphérie de la ville. Coût du projet : 16 milliards de francs CFA, financés notamment par la Banque africaine de développement (BAD). Ce complexe dont les travaux ont été lancés le 20 décembre dernier par ATT devra changer davantage le visage de Bamako. Il sera construit à Djicoroni-Para sur l’emplacement actuel du Centre de formation des postes et télécommunications (CFPT) sur 4.5 ha. «  Le complexe numérique constituera dans l’avenir l’un des piliers de la nouvelle économie, l’économie numérique, génératrice des emplois du futur, dispensatrice du savoir et du savoir-faire dans le Mali du 21è siècle », se plaît à commenter Modibo Ibrahim Touré, ministre des Postes et des Nouvelles technologies.

Hier raillée voire méprisée, Bamako surprend aujourd’hui tout visiteur par ses infrastructures modernes. La capitale malienne poursuit avec dignité son embellie et sa transformation morphologique. Abidjan la belle avec ses tours au Plateau, son autoroute nu nord et bientôt son échangeur à trois niveaux, a donc intérêt à renforcer sa toilette... 

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commentaires

Abie 08/02/2012 14:40

Est-ce que les Maliens en profitent, c'est aussi ça la question?