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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 18:44
 
Eugène Kouadio Djué N'Goran est un membre fondateur de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci). Président fondateur de l'Union des patriotes pour la libération totale de la Côte d'Ivoire (UPLTCI) qu'il crée à la faveur de la crise, il est ancien secrétaire général de la Fesci entre 1993 et 1994. Ce samedi 9 janvier 2010, quand il nous reçoit dans son village à Diabo (15 Km de Bouaké), dans le quartier N'Dènou, où il a établi son quartier général depuis fin 2008, il est habillé en tee-shirt vert et pantalon de sport blanc, entouré de membres de sa communauté. " Je n'aime pas les vestes parce que c'est un habit du colon", fait-il savoir. Quand nous lui rétorquons que le tee-shirt frappé du drapeau tricolore ivoirien, n'est pas une invention africaine, il répond que la veste dans l'esprit de nombre d'Africains, symbolise la domination occidentale. Dans un premier temps, il se refuse à toute interview, surtout quand l'un de ses collaborateurs lui chuchote qu'il ne saurait s'exprimer dans " Le Nouveau Réveil ". Il hésite un instant puis tranche en parlant suffisamment fort pour que tout le monde l'entende: " Je suis un enfant de Gbagbo donc je suis ouvert ".
 
La Fesci est aujourd'hui coupée en deux avec deux secrétaires généraux qui revendiquent chacun de son côté, une légitimité à l'issue de deux congrès organisés l'un à Abidjan par le secrétaire général sortant Augustin Mian et l'autre à Yamoussoukro, par l'un de ses adjoints Durand Zagol. Comment expliquez-vous le bicéphalisme actuel à la Fesci ?
A chaque passage de témoin, le bicéphalisme s'est dessiné. Avec pour point culminant, l'irruption de la machette lors du passage de témoin entre Soro Guillaume et Blé Goudé. C'est le schéma traditionnel : certains membres du bureau veulent être candidats quand d'autres soutiennent une candidature. La fracture interne est souvent alimentée par des intérêts exogènes. ça flambe donc. C'est la même chose aujourd'hui. Seulement cette fois, le problème se pose au sein du même groupe. Il n'y a pas de pouvoir aux trousses de ce groupe, heureusement. De toutes les crises à la Fesci que j'ai vues ou vécues, cette crise est la plus civilisée. Les arguments soulevés sont d'ordre juridique. Ce sont les textes qui constituent la base de la contestation. C'est le congrès qui a entraîné cela. Ce n'est pas le cas de certaines crises qu'on a connues qui s'inscrivaient dans un contexte d'irresponsabilité où on se contentait de dénigrer, de calomnier ou d'accuser sans fondement les autres.

La " dissidence " dirigée par Durand Zagol soulève un problème : celui de l'irrégularité du congrès organisé par Augustin Mian. Elle soutient que d'une part, le secrétaire général n'a pas compétence pour convoquer le congrès et d'autre part, le délai pour tenir le congrès n'a pas été respecté. Comment appréciez-vous cette question ?
Ne les appelez pas encore " dissidents ". Je préfère dire les camarades de Mian. L'amendement de l'article 3 actuel qui donne un mois de délai minimum pour la tenue d'un congrès a été introduit par nous à cause de certaines difficultés rencontrées pour l'organisation du congrès qui m'a porté à la tête de la Fesci. C'est un argument juridique qui est soulevé par ceux qui contestent la régularité du congrès qui a élu Mian. Il faut discuter avec eux. Les autres arguments soulevés par eux doivent aussi faire l'objet de discussion. Tout comme les arguments autant juridiques soulevés par le groupe de Mian. Sur ce sujet, je ne me prononce pas dans le fond dans les journaux. Pour le moment, je suis en train de travailler à recoller les morceaux avec mes jeunes frères. Je suis fondateur de la Fesci. Aujourd'hui , mon devoir est de faire évoluer ce mouvement. Quand il y a des problèmes comme ceux que nous vivons actuellement, tout le monde me demande de les régler. Les acteurs eux-mêmes m'appellent souvent pour demander mon opinion. Ils me considèrent comme leur doyen et je le suis.

C'est la première fois qu'un secrétaire général de la Fesci sollicite et obtient un second mandat. L'esprit n'est-il pas que le secrétaire général se retire après un mandat, en dépit du fait que la lettre lui permet de se représenter une seconde fois ?
Il ne faut pas voir les choses ainsi, de façon simple, je dirais. Ce sont les circonstances encore une fois qui vont jouer. Il n'est effectivement écrit nulle part qu'un secrétaire général ne peut pas se représenter. C'est une coutume que le secrétaire général sortant ne se représente pas. Mais une fois n'est pas coutume, dit-on. Encore que la coutume elle-même est juridique, quoiqu'elle ne puisse pas prévaloir sur ce qui est écrit dans les textes. Mian est donc fondé à solliciter cet autre mandat. Nous avions tenté dans le temps, de limiter les mandats à un seul. Cependant nous avons été retenus par les risques de changements intempestifs. Je constate en fin de compte que c'est ce que nous voulions éviter qui est en train d'arriver.

Que vouliez-vous éviter ?
 Ce que le second mandat de Mian aurait permis d'éviter, c'est la dispersion et les troubles en ces instants précis. Des troubles liés à un congrès mal géré. Cela aurait pu permettre de gagner en temps, en qualité de travail et en cohésion. Cela aurait dû être la continuité dans l'efficacité et aurait pu permettre de gagner.

Désiré Tagro, le ministre de l'Intérieur a pris ouvertement position pour Augustin Mian. Une décision que ne reconnait pas le groupe de Durand Zagol. Quelle est votre appréciation de la position du ministre de l'Intérieur ?
Je ne commente pas la sortie du ministre même si j'avais quelque chose à reprocher à cette sortie. Même si je pensais qu'il ne devrait pas prendre cette décision, ce ne serait pas à travers un journal que je le lui dirais. Je connais bien le ministre Tagro. C'est un aîné. Je parlerai avec lui afin qu'il nous aide à trouver un dénouement autre que celui qu'il prévoyait dans le communiqué. De mémoire de militant de la Fesci , aucun gouvernement, qu'il soit considéré comme hostile ou partenaire, n'a pu régler notre problème. Il ne faut donc pas croire qu'un ministre va pouvoir régler ce problème et trancher par voie de communiqué. C'est pourquoi, cette voie n'est pas bien indiquée. Mais le ministre est certainement nourri par la bonne volonté. Ce que je puis dire, c'est que le problème est à la fois simple et complexe. Il est simple parce que tous nos passages à témoin se font ainsi. Il est complexe parce que d'une part, nous sommes à une période très sensible et d'autre part, les acteurs sont issus du même moule. Moi, je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que tel n'est pas avec nous, tel est avec l'autre, etc. C'est faux ! Les gens disent cela pour calomnier. L'avantage qu'ils ont, c'est que nous sommes là. Ce qui n'était pas le cas quand nous étions aux affaires. La guerre des machettes, je vous l'assure, aurait pu survenir à notre temps si la sagesse et l'esprit de sacrifice n'avaient pas prévalu. Si j'ai accepté de partir, c'était dans l'intérêt supérieur du mouvement et pour éviter des situations plus graves. C'est ce dépassement qu'on demande parfois. Cela s'accommode mal avec l'orgueil.

A votre temps, les responsables de la Fesci ne géraient pas de gros intérêts financiers comme c'est le cas aujourd'hui, à en croire une enquête publiée le 20 mai 2008 par Human Rights Watch et selon des révélations récurrentes de la Ligue ivoirienne des droits de l'homme. Quelle lecture faites-vous de ces deux réalités ?
Ce ne sont pas les intérêts financiers qui alimentent les crises ou les commandent. C'est l'orgueil. Je prends mon exemple. Après avoir subi beaucoup d'humiliations, de sévices et de souffrances, il n'est pas facile de se voir accuser à tort, d'avoir été corrompu avec 30 millions FCFA par le pouvoir. L'objectif de mes accusateurs était mon départ. Les 30 millions FCFA n'étaient qu'un prétexte. Si dans ce genre de cas, l'orgueil s'y mêle, on finit par dire : " Eh bien, je ne bouge pas !"

Outre l'argent, il y a aussi le pouvoir que confère le secrétariat général de la Fesci. Qu'en est-il dans le cas présent ?
Pensez-vous qu'avant, le secrétaire général n'avait pas de pouvoir ? Le pouvoir est lié à l'argent. Quand les problèmes se posent, je vous dis que c'est l'orgueil qui annihile la capacité de se mettre au-dessus. Qu'est-ce qui coince dans la résolution de cette crise ? J'imagine ce que Mian pourrait dire en de telles circonstances. Il pourrait dire qu'il n'est plus prêt à travailler avec son camarade Zagol et les siens parce qu'il pourrait penser que ses camarades, même s'ils reviennent dans son bureau, pourraient œuvrer dans le sens de son renversement. Ses camarades pourraient se dire que s'ils entrent dans le bureau formé par Mian, il pourrait les absorber puis les " liquider " par la suite. La méfiance s'installe. Chacun campe sur sa position. Il faut donc avant tout, rapprocher les deux parties et travailler à la disparition du mur qui les sépare.

Que pensez-vous des révélations du quotidien " Notre Voie ", le journal du Front populaire ivoirien, le parti présidentiel, qui évoque souvent des parrains du FPI qui entretiendraient ce bicéphalisme ?
Des journaux disent aussi que certains anciens leaders entretiennent le bicéphalisme. Je leur demande tout simplement de les citer. Pour ma part, je ne suis pas concerné. Ce que je puis dire, c'est que le problème de parrain vient dès lors qu'il y a une fissure au sein du mouvement. Et la fissure survient toujours au moment du passage de témoin. Le vrai problème dans l'histoire tient en deux éléments. Il y a les causes internes et les causes externes. Les causes internes sont l'orgueil, le pouvoir et l'égoïsme des acteurs. En ce qui concerne les causes externes, je vous envoie à ma propre expérience. Dans mon cas, le pouvoir d'alors en voulait à ma tête. Cependant, il y avait aussi une bagarre de contrôle qui n'avait rien à voir avec le pouvoir. Aujourd'hui, le pouvoir ne cherche la tête de personne, du moins pas la tête du secrétaire général de la Fesci. Le pouvoir n'est donc pas directement acteur de la crise.

Que faut-il faire pour régler la crise?
Il faut appeler ces jeunes et discuter avec eux, et non prendre des décisions qui doivent leur être imposées. Quand on est jeune, qu'on est dans ce mouvement et qu'on n'a pas pris le temps de bien écouter parce qu'on n'a pas des gens pour donner des conseils très sages, on ne mesure pas toujours les conséquences des actes qu'on pose. Les amis ont besoin d'écouter des gens, mais il faut qu'eux-mêmes soient disposés à écouter. Ils ont besoin qu'on leur parle. Parfois, ils donnent l'impression de faire exprès mais non, ils ne font pas exprès. C'est que dans ces cas, ils écoutent la voie de leurs intérêts qui ne sont pas seulement financiers. Il faut donc leur parler et leur présenter les enjeux, la situation telle qu'elle est aujourd'hui. Vous avez parlé d'enjeu. Le plus grand enjeu actuel est l'élection présidentielle, avec la campagne électorale qui nécessite des ralliements de groupes sociaux en faveur de certains candidats notamment le président Gbagbo qui a toujours eu le soutien de la Fesci autant quand il était dans l'opposition que depuis bientôt dix ans qu'il est au pouvoir. De même, au cours de la campagne électorale, de l'argent circule.

Quel est votre avis sur cet enjeu qui semble être le fond du problème ?
 L'élection présidentielle est effectivement un enjeu important et je ne souhaite pas en parler dans le cadre de cette interview. C'est un réel enjeu et c'est la raison pour laquelle, quand le Président Gbagbo m'a fait l'honneur de m'appeler au Haut conseil de sa campagne électorale, j'ai rappelé tous les anciens camarades du mouvement. Cependant, l’enjeu le plus important est la paix sociale.

Quand vous fondiez le mouvement, vous aviez pris la résolution de combattre certaines pratiques jugées opportunistes du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d'Ivoire, (Meeci), affilié au Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, alors au pouvoir). Qu'est-ce qui explique que la Fesci soit accusée quelques années après de tomber dans les mêmes travers ?
Le Meeci n'inspirait pas confiance. A l'époque, ce qui était répandu en Côte d'Ivoire, c'était qu'un jeune ne se faisait pas confiance. Cela s'explique par la gestion de ceux qui dirigeaient les mouvements estudiantins avant nous, à savoir les camarades du Meeci. Tous les jeunes, ou presque, qui dirigeaient le Meeci, le faisaient pour que le pouvoir les voie et qu'à la fin, on les case eux-mêmes. Les intérêts de leurs camarades, ils s'en fichaient. En 1990, notre adversaire le plus redoutable était la confiance qui n'existait pas entre nous-mêmes d'abord et entre les étudiants et nous ensuite. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles on a choisi la forme de fédération, parce qu'on n'avait pas confiance en nous-mêmes. La Fesci n'a pas obtenu la confiance des étudiants dès le départ. Ils voyaient en nous, des gens qui venaient encore se servir d'eux pour aller se faire nommer ou se faire une place au soleil. Il fallait qu'on prouve que nous n'avions pas d'ambition avec le pouvoir. On a travaillé sans argent, sans voiture, sans moyens. Nous avons fait la preuve de notre intégrité. Je mets au défi un quelconque dirigeant ivoirien de l'époque qui peut prétendre qu'il nous a remis 500.000 FCFA voire 200.000 FCFA. Il y a eu beaucoup de choses qui avaient été dites sur mon compte et sur le compte de Martial Ahipeaud, mais tout ceci était faux. Je suis incorruptible. J'ai vu des jeunes incorruptibles. Ce qu'il faut craindre aujourd'hui, c'est qu'on retombe dans la même situation qui nous a amené à créer la Fesci en 1990 et qui a fondé notre lutte. Ce n'est pas une lutte de voyous qu'on a menée. La Fesci n'est pas un mouvement de voyous. C'est ce que je m'en vais dire à mes jeunes frères. La Fesci ne doit pas devenir le Meeci par ses pratiques. Nous l'avons créée pour ça. La Fesci ne doit pas être le mouvement où on vient pour se faire remarquer pour être nommé ou devenir quelqu'un. A partir du moment où ces intérêts individuels disparaissent, on recentre le combat : la lutte pour l'intérêt général. Mais dans la lutte, il peut avoir des erreurs. Quand il y a des erreurs, si les intérêts égoïstes ne sont pas en jeu, il faut s'asseoir et discuter puis repartir de plus belle.

Ne vous sentez-vous pas un peu responsable de ce qui se passe aujourd'hui ?
Je me sens interpellé parce que je fais partie de ce groupe qu'on disait extrémiste, à la création de la Fesci. On nous appelait " la gauche de la gauche " et cette tendance-là, c'est moi qui l'incarnais avec comme animateur Charles Groguhet (paix à son âme) et par la suite Blé Guirao. Tandis que Martial Ahipeaud était de la " gauche caviar ", c'est-à-dire la tendance souple. A telle enseigne que même avec nos partenaires, on avait souvent des difficultés. Par exemple Dégny Ségui ne voulait pas que Martial Ahipeaud aille avec moi dans ses rencontres parce qu'il trouvait mes positions trop tranchées. On a pensé à un moment donné que la Fesci , c'était l'intransigeance. Mais j'ai commencé à comprendre dès le départ de Martial Ahipeaud. Porté à la tête du mouvement, j'ai compris que l'extrémisme n'était pas la clé de la réussite. J'ai compris que j'étais celui qui décidait et donc que je devais faire attention à ce que je décidais. Moi, j'avais du mal à faire comprendre à certains responsables qui étaient dans les sections, qu'il fallait souvent aller doucement et non choisir systématiquement le radicalisme. Il fallait arriver à faire comprendre aux jeunes frères avant notre départ que la lutte n'était pas uniforme encore moins linéaire. Il y a des moments où on peut durcir le ton et des moments où on peut baisser le ton. De sorte qu'on ne pense pas que celui qui adopte une position médiane est un traître. Mais au moment où tu comprends, tu n'as pas le temps d'expliquer cela aux plus jeunes, puisque ton départ lui-même se fait dans la confusion. Il y a donc la question de relais, de transition. Mais cela est surtout la faute au pouvoir (PDCI d'alors, NDLR). C'est parce que le pouvoir était préoccupé à couper des têtes. Le pouvoir pensait qu'il suffisait de disqualifier Ahipeaud ou Djué pour que le mouvement prenne fin. Tout syndicat, de toutes les façons soutient ou combat un pouvoir par ses revendications. Quant au pouvoir, pour éviter le piège du syndicat, il gagne à régler les problèmes soulevés. On n'a donc pas eu le temps de nous former nous-mêmes. On n'a pas eu le temps de former les plus jeunes. On n'a pas eu le temps d'assurer la relève et de transmettre le relais. Bref. Nous sommes tous coupables. J'accuse tout le monde. J'accuse nous tous. Ayons le courage de l'assumer. Mais surtout réagissons pendant qu'il n'est pas encore trop tard pour éviter l'irréparable. Tout est encore possible.

Pourquoi selon vous, l'esprit désintéressé n'anime plus vos successeurs ?
Si les jeunes d'aujourd'hui sont devenus calculateurs, c'est à cause de tout ce que j'ai décrit préalablement. La différence entre ces jeunes et nous, c'est qu'ils se disent : " Je suis là depuis telle année, je finis telle année, si je fais ça, peut-être à cause de cela, je serai nommé quelque part ". Ils n'ont pas forcément tort. Puisqu'ils nous voient, nous autres, leurs devanciers, qui n'avons pas fait de calcul, en train d'être traités souvent comme des moins que rien ou en train d'être présentés comme des vauriens qui n'ont pas de diplômes ou qui n'ont pas fait d'études.

Quelles sont vos solutions pour la résolution de la crise ?
Je ne rentre pas dans le fond du problème, je le précise une fois de plus. Je dis qu'il faut régler le problème. J'appelle donc tous ceux qui peuvent aider à la résolution pacifique de ce problème à se joindre à moi afin que nous prenions attache avec ces jeunes. Il ne faut pas envenimer la situation. Il faut éviter des sorties cavalières. De mémoire de militant de la Fesci , aucun gouvernement n'a pu régler notre problème, qu'il soit considéré comme hostile ou partenaire. Il ne faut donc pas croire qu'un ministre va pouvoir régler ce problème et trancher. C'est pourquoi cette voie n'est pas bien indiquée. Mais le ministre est certainement nourri par la bonne volonté. Tous ceux qui se sentent interpellés, rien que pour la paix sociale, doivent s'impliquer. Ce n'est pas normal que pour des questions de succession, internes à la Fesci , l'école soit en danger puisqu'il est arrivé qu'on prenne des machettes et qu'on entre dans des lycées et collèges pour découper des gens. C'est au moment où la Fesci peut prouver à jamais qu'elle est un mouvement mature et responsable, et nous laver nous tous définitivement qu'un autre problème est en train d'être créé. La crise pour l'heure ne s'est pas encore étendue.

A vingt ans le 21 avril prochain, qu'est-ce qui explique le fait que la Fesci n'est pas encore mature ?
A vingt ans, on est encore adolescent. Je n'ai pas encore vu de président de la République à vingt ans. Il y a quelques erreurs qui sont tolérables. Mais il faut que les amis sachent qu'à vingt ans, il y a un seuil qui est intolérable, à savoir qu'il ne faut pas s'installer dans les erreurs de ceux qui ont précédé et dont les conséquences ont été vécues, y compris par ceux qui sont encore aux affaires. Il faut savoir tirer les conséquences des erreurs du passé.

Quel appel pouvez-vous lancer ?
Il faut que des gens cessent de penser que la Fesci est leur bien. Non, la Fesci n'est le bien de personne. Des gens l'ont créée. Ils y ont mis tout, souvent même leur vie. D'autres sont venus prendre le relais. Ils y ont travaillé. Il faut que le mouvement évolue. Aidons la Fesci à évoluer. J'appelle tous les élèves et étudiants, les militants de la Fesci , au calme et à la sérénité. Je leur dis qu'il n'y a pas de problème sur terre ici qui n'ait pas de solutions. Cette crise n'est pas une crise grave. Il faut éviter des comportements qui pourraient être regrettables. Je les invite à aller à l'école et à étudier pour garantir leur avenir. Je voulais rappeler à tous les acteurs politiques que la Fesci est un acteur incontournable de la vie sociale en Côte d'Ivoire, qu'on l'aime ou non. Il faut que certains acteurs politiques cessent de jouer à l'autruche en feignant d'ignorer la Fesci et prétendre diriger un parti politique encore moins le pays. Je souhaiterais alors que tout le monde s'intéresse à ce mouvement qui détesté ou adulé, a une influence réelle dans le milieu scolaire et universitaire, donc sur les enfants de ce pays. Chacun doit alors travailler à sa maturité, à l'amélioration de la mentalité de ses dirigeants. La Nation entière y gagne.
 Interview réalisée par André Silver Konan

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