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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 21:08

Ils sont ou ont été responsables de partis politiques en Côte d’Ivoire. Ils ou elles sont candidats pour le compte de leurs partis, candidate indépendante ou directrice nationale de campagne. Ils ont été Premiers ministres ou ministre d’Etat. Hier, ils (ou elles) étaient pourtant vendeurs de journaux, veilleurs de nuit, courtier en assurances etc. Hier, à la lumière de leurs emplois faiblement rémunérés et de leur position dans la hiérarchie sociale, rien ne les prédisposait à un destin national. Révélations sur les tout premiers jobs de certains leaders politiques ivoiriens.

 

Aimé Henri Konan Bédié : le « souleveur » de sac au tri postal

Le président et candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), 76 ans le 5 mai prochain, est chef d’Etat du 7 décembre 1993 au 24 décembre 1999. Ex-président de l’Assemblée nationale pendant treize ans (1980 à 1993) et ex-ministre de l’Economie et des finances pendant onze ans (1966 à 1977), il commence son parcours professionnel en Côte d’Ivoire en juin 1959 à la Caisse d’allocations familiales (actuelle Caisse nationale de prévoyance sociale). Quatre ans plus tôt, alors qu’il poursuit des études d’économie et de droit à l’Université de Poitiers (France) en tant qu’étudiant non boursier, il sollicite et obtient un poste de maître d’internat au Lycée de Montmorillon, à soixante kilomètres de Poitiers. C’est ce qu’il révèle dans son livre « Les chemins de ma vie », publié en avril 1999. Dans ce livre, il déclare que « durant l’été 1955, (il s’est) fait embaucher au centre de tri postal de Vavin, juste à côté de Montparnasse (à la limite entre le 6è et le 14è arrondissement de Paris, NDLR) ». Aimé Henri Konan Bédié témoigne dans son livre : « Au début, je prenais les sacs pour les déposer sur le tapis roulant. Certains pesaient soixante kilos ! Au bout d’une semaine, on m’a affecté au tri du courrier ». Le jeune étudiant rêve alors de devenir avocat. Ainsi entre 1958 et 1959, effectue-t-il un stage à Poitiers dans un cabinet d’avocat. Il ne sera jamais avocat.

 

Alassane Dramane Ouattara : le chauffeur de taxi

Le président-candidat du Rassemblement des républicains (RDR, parti d’opposition) Alassane Dramane Ouattara, 68 ans révolus, est titulaire d’un Ph.D en économie obtenue à l’Université de Pennsylvanie (Etats-Unis). Au cours d’un meeting qu’il anime le 20 juin 2009 à la place Jean Paul II de Yamoussoukro, il révèle qu’il a été chauffeur de taxi à Philadelphie, une ville de l’Etat de Pennsylvanie quand il était étudiant au début des années 60. Actuellement en tournée dans la région des « 3A », il se fait plus explicite. A l’en croire, il est arrivé aux Etats-Unis en 1962. Deux ans plus tard, il se fait embaucher en tant que chauffeur de taxi. Le jeune étudiant ne se rappelle plus combien il touche alors comme salaire, mais il sait qu’il est payé à l’heure. Le futur Premier ministre (1990-1993) de Félix Houphouët-Boigny (premier président de la Côte d’Ivoire, décédé le 7 décembre 1993) ne s’arrête pas à ce job. Pendant les week-ends, toujours selon lui, il trouve un poste temporaire dans une entreprise, toujours à Philadelphie, en tant qu’opérateur de saisie.

 

Pascal Affi N’Guessan : le vendeur de journaux

Le président du Front populaire ivoirien (FPI, parti présidentiel) et porte-parole du candidat Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle est un ancien premier ministre (octobre 2000 à mars 2003). En 1969, il boucle ses études secondaires de premier cycle au Lycée moderne de Dimbokro et est orienté au Lycée technique d’Abidjan. Le futur ingénieur des techniques de télécommunication de l’Ecole nationale supérieure des postes et télécommunications (ENSTP) et futur maire (1990-1995) de Bongouanou trouve un métier qui lui permet de s’acheter de l’attiéké au poisson et d’aller au cinéma avec des copains. « J’avais des amis qui n’allaient pas à l’école et qui vendaient des journaux. Alors je me suis fait recruter par l’un d’entre eux qui sous-traitait ses journaux. Je vendais les journaux ID (Ivoire Dimanche, NDLR) », fait-il savoir dans sa résidence de Cocody Riviera Golf (Abidjan). Les lieux de travail de Pascal Affi N’Guessan, 57 ans, sont « les feux tricolores  du Plateau, endroits privilégiés pour proposer les journaux aux passagers de taxis compteurs et aux fonctionnaires à bord de leurs véhicules personnels ». Sa rémunération chaque fois qu’il vend les journaux se chiffre « entre 400 Fcfa et 600 Fcfa ».

 

Innocent Anaky Kobena : le rabatteur

Le président et candidat du Mouvement des forces d’avenir (MFA, parti d’opposition), 62 ans le 27 juillet prochain, est un ancien ministre des Transports (mars 2003 à Septembre 2006). L’ex-directeur général d’Inter Transit, l’entreprise de commerce international qu’il crée en 1977, se retrouve en France en 1968, en tant qu’étudiant non boursier. Pour arrondir ses fins de mois, le jeune étudiant trouve une idée originale.  « J’étais à l’époque, explique Innocent Anaky Kobenan dans son bureau au siège de son parti à Cocody Angré, ce qu’on appelait un bon baratineur ou un beau parleur. Sur le boulevard Saint Michel et le boulevard Saint Germain à Paris, je servais de rabatteur à certains restaurants pour leur faire venir de la clientèle étrangère parce que je parlais aussi bien le français que l’anglais et l’allemand ». La technique d’approche de la clientèle est autant originale : « Je me promenais sur le boulevard, mine de rien, et quand je repérais des touristes anglo-saxons, des germaniques ou des Européens du nord, je les abordais, je les faisais rire et je leur disais que je connaissais un très bon restaurant ». Au total, quatre restaurants sont dans le giron du rabatteur. Il est payé à la commission. « J’avais entre 5 et 10% de commission sur la note globale des clients que j’amenais », fait-il savoir.

 

Jacqueline Lohoues-Oble : la rangeuse de livres à la bibliothèque

La première et unique femme candidate à l’élection présidentielle ivoirienne,  est aussi la première femme agrégée de droit privé en Afrique subsaharienne. Anne Jacqueline Lohoues-Oble, 60 ans le 7 novembre prochain est ancienne ministre de la Justice de Félix Houphouët-Boigny.  Pendant les vacances de l’année académique 1974-1975, l’étudiante de la faculté de droit d’Abidjan s’offre un boulot rétribué à 80.000 Fcfa à la bibliothèque de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. « Je rangeais les livres pendant quatre à six heures par jour », déclare-t-elle à l’issue d’un meeting tenu le 21 décembre 2009 au marché de Belleville sis à Treichville. La future députée d’Abobo (1995-1999) côtoie sans les fréquenter les députés de la quatrième législature : « C’était à l’époque du président Philippe Yacé. Je suivais les débats parlementaires ». Pendant deux vacances académiques successives, Anne Jacqueline Lohoues-Oble, alors étudiante à l’Université d’Abidjan, se consacre à cet emploi. Elle part, par la suite en France où elle s’inscrit successivement à l’Université Jean Moulin de Lyon et à l’Université de droit, d’économie et de sciences sociales de Paris 2.

 

Géneviève Bro-Grebé : la secrétaire de direction temporaire

La directrice nationale de campagne du candidat Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle et présidente des femmes patriotes de Côte d’Ivoire, est ministre des Sports d’octobre 2000 à août 2002. C’est avec son Organisation non gouvernementale (ONG) Réseau ivoirien des organisations professionnelles (RIOF) qu’elle se fait véritablement connaître aux Ivoiriens. « Nous autres sommes des villageoises, relate-t-elle dans son Quartier général du Congrès national de la résistance démocratique (CNRD, coalition de mouvements politiques et d’organisations de la société civile, proches du Président Laurent Gbagbo) sis à Cocody. Nous avons fait des travaux champêtres pour gagner un peu d’argent. Mais ce sont surtout les travaux de secrétariat qui m’ont véritablement permis d’avoir de l’argent ». A partir de la classe de seconde, pendant les vacances scolaires de 1971, elle est appelée à effectuer un stage rémunéré de secrétaire de direction stagiaire à Blohorn à Abidjan. Son premier sursaut patriotique, Geneviève Bro-Grébé, le manifeste deux ans plus tard, en 1973, à Shell-CI où elle  sera d’ailleurs embauchée en 1977 en tant qu’assistante du PDG. Elle est alors en Terminale et elle est appelée à remplacer la secrétaire du directeur financier, qui avait claqué la porte, ne supportant plus un patron jugé difficile à vivre. « Un poste temporaire », précise-t-elle.  «Le directeur financier était un Européen, se souvient Geneviève Bro-Grébé. Il me dictait des lettres pendant des heures et moi je ne perdais jamais ma patience. A l’époque, il n’y avait que des secrétaires européennes. Un jour, je lui ai demandé la permission pour me rendre au village participer au « Fokué », ma fête de génération. Il a refusé. Alors, je lui ai adressé une longue lettre pour lui expliquer l’importance que revêtait cette fête pour moi. Quand il a fini de la lire, il a accédé à ma demande. Nous sommes devenus par la suite des amis ».

 

Bamba Moriféré : le veilleur de nuit

En 1969, le jeune étudiant (né en 1945) en pharmacie de l’Université d’Abidjan arrive en France. En poche, une bourse d’études offerte par l’Etat de Côte d’Ivoire. Le premier petit boulot de Bamba Moriféré est celui de chauffeur-livreur dans un pressing situé dans le 13è arrondissement de Paris. Depuis la France où il se trouve depuis quelques années et d’où il revient de temps en temps à Abidjan, le président fondateur du Parti pour le progrès et le socialisme (PPS, parti d’opposition) témoigne au téléphone : « Je prenais les vêtements dans un van à partir du pressing et je partais les donner pour lavage, à l’usine de Vitry ». Par la suite, ayant perdu le bénéfice de sa bourse « pour des raisons politiques », à l’en croire, le jeune étudiant marxiste, opposant à Félix Houphouët-Boigny, se trouve un emploi dans la banlieue de Bordeaux. « J’étais gardien de nuit dans une usine de fabrication de médicaments dénommée Labaz », révèle-t-il.

 

Bernard Bottey Zadi Zaourou : le courtier d’assurances

Bernard Bottey Zadi Zaourou, 72 ans, est le fondateur de l’Union des sociaux démocrates (USD, parti politique). Professeur d’université, poète, écrivain, homme de théâtre, philosophe, homme de gauche, il occupe le poste de ministre de la Culture dans le premier gouvernement de Henri Konan Bédié. Aujourd’hui, depuis sa résidence de Cocody où il se repose, il se rappelle ses premiers petits boulots, aussi bien à Abidjan qu’à Paris, où il part étudier dans les années 50. A Abidjan, le jeune homme est courtier d’assurances. A Paris, il se fait embaucher en tant qu’ouvrier dans une usine, pour dit-il, vivre les conditions ouvrières, à la demande du parti communiste dans lequel il milite.

 

Joël N’Guessan : le guitariste

L’ex-ministre des Droits de l’homme dans le gouvernement de Charles Banny, aujourd’hui cadre du Rassemblement des républicains (RDR) est un musicien. Entre 1974 et 1977, il est élève au Collège Saint Viateur de Bouaké. Il dirige alors l’orchestre de l’établissement le Viat Expérience Musique. Il est guitariste. Pour se faire de l’argent de poche, il se transforme pendant des week-ends en organisateur de concert live avec son orchestre. Très souvent, ces spectacles sont un succès. Mais, « des fois, ironise Joël N’Guessan Kouadio à son domicile de la Riviera, c’était le fiasco car les entrées au spectacle ne couvraient pas les frais de location du matériel de sonorisation et de la salle de spectacle». Joël N’Guessan, 54 ans le 17 juillet prochain, est titulaire d’un diplôme d’ingénieur commercial et d’un Diplôme d’étude comptable et financière (DECF). En 1974, il devient le président fondateur de l’Association des handicapés de Côte d’Ivoire. Sa devise : « Le handicap, c’est dans le regard des autres ».

 

Dolo Adama « Dahico » : l’apprenti maçon

Le plus jeune (42 ans) candidat à l’élection présidentielle ivoirienne est un artiste comédien qui met fin à ses études en classe de seconde au Collège Sépi de Yopougon. Dolo Adama, plus connu sous le sobriquet de « Dahico » souhaite alors se consacrer au théâtre. Les débuts sont difficiles. Il n’hésite donc pas à se faire embaucher comme apprenti maçon. « C’était sur le chantier de mon père à Abobo Clouetcha au début des années 90 », affirme-t-il. A la fin de la journée de travail, comme tous les apprenti maçons, il touche 1.000 FCFA. Cet argent lui permet de payer son déplacement pour les répétitions de sa troupe de théâtre « Les Rigolos d’Abobo » et pour les stages de perfectionnement au métier de théâtre et d’acteur.

André Silver Konan

 

 

Le premier job de Laurent Gbagbo

Le président de la République, le candidat de La majorité présidentielle (LMP), Laurent Gbagbo, 65 ans le 31 mai prochain, est titulaire d’un doctorat en histoire obtenu en 1979. Il débute pourtant sa carrière professionnelle en tant qu’enseignant de lycées et collèges. Il possède alors une licence d’histoire de l’Université d’Abidjan. Son premier poste est le Lycée classique d’Abidjan où il enseigne l’histoire-géographie pendant l’année scolaire 1970-1971. Son épouse Simone Ehivet, 61 ans le 20 juin prochain, députée (Front populaire ivoirien, parti présidentiel) d’Abobo, ne souhaite pas pour l’heure parler de son premier petit métier. Cependant, elle est titulaire d’un doctorat de littérature obtenu à l’Université de Dakar en 1983. Son premier poste est le Lycée classique d’Abidjan. Elle y enseigne à partir de 1974, le français après être « sortie major de la promotion CAPES (Certificat d’aptitude pédagogique de l’enseignement secondaire) de Lettres modernes à l’Ecole normale supérieure d’Abidjan », selon son site Internet. Dans une interview accordée au magazine « L’Union », le 18 octobre 1991, Simone Ehivet-Gbagbo déclare que son rêve de jeune fille était de devenir institutrice.

André Silver Konan

 

 

Du cireur de chaussures Lula au livreur de fleurs Sarkozy

Dans sa biographie du président brésilien Lula Da Silva, Wikipedia, l’encyclopédie en ligne révèle que celui-ci « quitte l'école à 10 ans pour des petits boulots dans la rue (cireur de chaussures, vendeur de cacahuètes). A 14 ans, il devient tourneur dans une usine automobile de São Bernardo do Campo, puis ouvrier métallurgiste ». Selon le site « L’Internaute », Nicolas Sarkozy, le président français a « avant tout autre métier, effectué des petits boulots comme livreur de fleurs et vendeur de glaces », pour financer ses études de droit. Toujours selon ce site, Silvio Berlusconi, le président du Conseil italien « a exercé plusieurs petits boulots dont celui de chanteur sur les bateaux de croisière ». C’est après cela qu’il s’est lancé dans les affaires notamment dans l’immobilier, puis d’embrasser une carrière politique dans les années 60. Quant à Barack Obama, le président des Etats-Unis, il a fait la lumière sur son premier emploi, dans son livre biographique « Les rêves de mon père ». Il y révèle qu’il était « chargé entre autres, de collecter des informations sur les marchés internationaux » pour le contact de l’entreprise qui l’employait. Un job qu’il qualifie avec ironie d’ « espionnage ».

André Silver Konan

 

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commentaires

Louis 17/01/2010 22:54


Evidemment, c'est honorant pour Bédié et les autres de ne pas avoir hésité à faire ces "petits-boulots". Malheureusement il faut constater que depuis, la situation économique s'est dégradée. Et
qu'il est devenu beaucoup plus difficile de trouver du travail et surtout du travail bien payé. Cependant on constate une fois de plus que notre Grand Socialiste Laurent Gbagbo a eu une carrière
bien différente...