politique africaine

Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 18:13
Le film de la tentative d'assassinat de Moussa « Dadis » Camara

3 décembre 2009. L’histoire de la Guinée bégaye encore. Tragiquement. Cette fois-ci, le sang qui coule est celui du du capitaine Moussa Camara alias Dadis, le chef de la junte du Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd) au pouvoir depuis bientôt un an (23 décembre) qui manque de peu d’être tué. Retour sur une révolution de palais improvisée qui risque de faire basculer la Guinée aussi bien dans l’horreur de la guerre que dans la joie de la paix définitive.

« Toumba est venu avec trois pick-up remplis de militaires bérets rouges lourdement armés, ils ont bloqué tout ce qui mène au PM3 (Poste militaire 3, ndlr). Ils ont menacé les policiers du ministère de l’Intérieur. Avant d’entrer pour ressortir avec deux de leurs hommes. Ils n’ont tiré qu’un seul coup en l’air avant de repartir ». Nous sommes en milieu d’après-midi, ce jeudi 3 décembre. La personne qui parle est une source oculaire anonyme interrogée par guineenews.org, un site Internet généralement très bien informé. Le PM3 est situé dans le quartier de Kaloum. Les hommes qui viennent d’être libérés étaient des collaborateurs directs du lieutenant Aboubakar Sidiki Diakité alias Toumba, le commandant du Bataillon autonome spécial de la sécurité présidentielle (Basp, cantonnement des fameux bérets rouges) et aide de camp du capitaine Camara. Il est accusé d’être le principal exécuteur des massacres du 28 septembre 2009 qui auraient causé la mort d’au moins 150 opposants, selon l’Organisation guinéenne des droits de l’homme (Ogdh). Les hommes qui le commandant Toumba vient de faire libérer ont été arrêtés quelques jours plus tôt pour « opérations illégales » présumées, par des policiers proches de Moussa Tiégboro Camara, le ministre de la Lutte anti drogue et du grand banditisme. Après la libération de ses hommes, le commandant Toumba se retranche au camp Koundara de Kaloum, commandé par son bras droit, le sergent chef Mohamed II Camara alias Beugré (ou Begré). A partir de cet instant, les choses se précipitent.

 

Les enquêteurs internationaux

 Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser l’homme qui ne se séparait jamais de son « patron », comme il l’appelait à se mettre dans une position de défiance de l’autorité ? « Tout est parti, selon guineenews.org, de l’insistance du chef de la junte pour convaincre son aide de camp de répondre à la convocation des enquêteurs internationaux présents à Conakry, deux semaines plus tôt ». Le commandant Toumba refuse d’obtempérer et se retranche au camp Koundara. « Il ne répondait plus aux coups de fil de son patron et refusait de (se rendre) au camp Alpha Yaya Diallo, siège de la présidence (…) Informé au téléphone, Dadis s’emporta et décida impulsivement d’aller ramener son aide de camp à la raison. Mal préparés à l’affrontement, les gardes présidentiels, dont certains étaient plus fidèles à Toumba qu’à Dadis lui-même, le suivirent dans une dizaine dizaine de pick-up. Il est 17H15 environ lorsque le cortège présidentiel longe le couloir large seulement de 3 mètres qui aboutit au camp de Koundara. Un véritable terrier. Autoritaire, Dadis tire son aide de camp au milieu de ses hommes, avant de l’apostropher. « Il faut que tu ailles voir les enquêteurs », luilance-t-il. « Et votre neveu Marcel, lui ne va pas les voir ? », rétorque Toumba désormais convaincu qu’il a été lâché par son mentor. Machinalement, Toumba qui était à la hauteur de son chef, recule de deux pas, dégaine son pistolet et ouvre le feu. Dadis tombe, la balle a touché sa tête et l’épaule. Avant que Toumba n’enchaîne, Joseph Mokembo et le chauffeur du président se projettent pour servir de bouclier humain. Ils reçurent plusieurs balles mortelles et succomberont à leurs blessures. Des tirs s’échangeaient des deux camps, pendant qu’une dizaine d’hommes s’activaient à tirer Dadis du milieu du champ de bataille. Ils réussirent à mettre leur chef, inanimé, dans un pick up, avant de se diriger vers l’hôpital militaire du camp Almamy Samory Touré ».

Bilan : plusieurs morts dont l’adjoint du commandant Toumba, connu sous son sobriquet de capitaine Makembo et plusieurs  blessés dont le ministre Moussa Tiégboro Camara attaqué à la grenade au moment où il ralliait le camp de Koundara.

 

Duel non prémédité

Le commandant Toumba constate que dans le duel non prémédité, il n’a pas réussi à  atteindre mortellement le « patron ». Il s’enfuit du camp Koundara avec ses hommes vers l’île de Kara, situé à 10 Km au large de Conakry, selon le correspondant de l’Agence africaine de presse (Apa). Quelques minutes après, les informations contradictoires circulent sur son compte. Tantôt il est annoncé mort, tantôt arrêté (France24). A 19H45, le commandant Tiégboro Camara, ministre chargé de la Lutte anti drogue et du grand banditisme, déclare au journal radiodiffusé de la Radiodiffusion télévision guinéenne (Rtg) que «Toumba est recherché, les enquêtes se poursuivent ». Quelques heures plus tard, le Cndd fait passer en boucle à la télé nationale une annonce promettant « une forte récompense » à quiconque aiderait à capturer le fugitif.

Le lendemain du jour sanglant, alors que les recherches pour retrouver le groupe des insurgés se poursuit et que l’armée attend le numéro trois de la junte, le général Sékouba Konaté (ministre de la Défense), en déplacement au Liban, Moussa « Dadis » Camara est évacué à partir de l’avion médicalisé du président burkinabé vers le Maroc.

Pendant tout ce temps, les habitants de Conakry, se terrent chez eux. Depuis des décennies, ils savent qu’il faut garder le profil bas quand leur armée se met en ordre de…pagaille.

André Silver Konan

Par andré silver konan - Publié dans : politique africaine
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Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /2009 23:26


La « lesson » ghanéenne !


John Atta Mills, boubou blanc et bleu ample, rayonnant de fierté dans un palais des congrès d’Accra, hystérique. Barack Hussein Obama, humble et ému, plus Africain que jamais. Samedi, le Ghana a connu son (laps de) temps de gloire. Incontestablement.

« Yes they did it ! ». Oui, ils l’ont fait, les Ghanéens ! Après l’Allemagne, la France, l’Italie, etc, le Ghana a reçu samedi, le président des Etats-Unis Barack Obama, accompagné de son épouse Michèle et de ses deux filles Malia et Sasha. Pour sa première visite en Afrique noire, Barack Obama a donc choisi le Ghana, notre voisin de l’est. Il a aurait pu choisir le Kenya, pays d’origine de son père. Il ne l’a pas fait. Tout simplement parce qu’au pays où les restes de son père sont toujours, il y a un certain Mwai Kibaki qui s’est arc-bouté au pouvoir, au prix du sang d’au moins 1500 (bilan officiel) de ses compatriotes, tués pendant les violences post-électorales du premier trimestre 2008.

Il aurait pu choisir d’aller en Guinée équatoriale où règne depuis 30 ans, le colonel Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, putschiste richissime d’un pays pauvre, moins peuplé qu’Abidjan.

Il aurait pu choisir notre voisin du nord-est, la Guinée du défunt général Lansana Conté, aujourd’hui aux mains du capitaine Moussa Dadis Camara.

Il n’a, non plus, choisi (pourquoi pas ?) notre pays, où règne depuis 9 ans dont 4 sans élection, un chef d’Etat expert en humour noir et spécialiste d’incompétences, qui refuse obstinément d’être assimilé à un sous-préfet français mais qui obtempère, sans gêne, aux ordres d’un secrétaire d’Etat à la Coopération (cf la libération du photographe français Jean Paul Ney, obtenue par Alain Joyandet à l’issue d’une rencontre à Yamoussoukro avec Laurent Gbagbo).

Barack Obama a poliment évité tous ces pays « infréquentables » du fait de leur démocratie détestable. Il a choisi le Ghana, et le Ghana seul.

Ce n’est pas un choix fait au hasard. Le Ghana, en effet, c’est 22.112. 800 d’habitants (recensement 2005), une masse monétaire en progression de 40% en 2008, un Pib par habitant de l’ordre de 612 dollars.

Le Ghana, c’est aussi et surtout une démocratie ancrée dans les moeurs politiques et citée en exemple par les pires pourfendeurs des Etats africains et par les plus irréductibles des afro pessimistes.

La vraie leçon que nous donne le Ghana n’est certes pas d’avoir accueilli sur son sol, pour un bref moment, le président le plus puissant et le plus populaire du monde. La vraie leçon que donne le Ghana à ses voisins dont nous surtout, au continent africain et aux pays aux démocraties instables, c’est qu’il a su tirer les leçons de ses erreurs et des ses échecs du passé. Le Ghana, après l’éviction le 24 février 1966, du « père fondateur » Kwame N’Krumah, a été pendant au moins deux décennies, le lieu d’expérimentation de putschs sanglants ou non, d’assassinats politiques et de grand banditisme.

Au demeurant, le pays de l’or nous donne à nous Ivoiriens (surtout), une réelle leçon de patriotisme. Il ne s’agit pas de ce patriotisme intéressé chanté par des fabulateurs-tricheurs-ignares, impécunieux comme Job avant 2002, opulents comme Crésus 7 ans après. Le patriotisme ghanéen a des noms : Jerry Rawlings, John Agyekum Kufuor, John Atta Mills, Nana Akufo-Addo.

Le premier a raflé le pouvoir une première fois, en 1979, puis une seconde fois le 31 décembre 1981, pour le quitter définitivement en 2000, comme le prescrivait la constitution adoptée huit ans plus tôt. Le deuxième a succédé au premier après avoir perdu, sans grogner, une première fois face à lui. Au terme de ses deux mandats constitutionnels, il s’est retiré, sans chercher à tripatouiller le texte fondamental. John Evans Atta Mills a perdu, sans contester, à deux reprises, face à Kufuor. Il lui a succédé en battant en janvier dernier, son challenger Nana Akuffo-Adoo. Ce drernier qui a patiemment attendu son heure, dans l’ombre de Kufuor, n’a pas cherché à le déstabiliser pour vite monter au créneau, a perdu de justesse l’élection présidentielle et accepté les résultats sans broncher.

Ces leçons de patriotisme sont uniques en Afrique. Elles sont exclusives et frappées du label « Ghana ».

L’autre leçon que nous donne le Ghana est la leçon de la bonne gouvernance. Ce qui lui vaut d’être appelé « le meilleur élève des institutions de Bretton Woods ». Cela rappelle un peu, « le miracle ivoirien » qui continue, plus d’un quart de siècle après, de faire la fierté de millions d’Ivoiriens.

Tout est fait comme si, en réalité, c’était à nous Ivoiriens, que le Ghana faisait la leçon. Le Ghana de nos mépris avec ses « tutu » ou belles de nuit (et même de jour) aux accents ashanti, devenues objets sexuels d’Ivoiriens aux revenus modestes. Le Ghana de nos sarcasmes avec ses « masta », surnom péjoratif donné à tous les ressortissants ghanéens, charlatans des petits métiers qui se débrouillaient, une paire de ciseaux en main, une machine à coudre sur l’épaule, dans nos rues.

Regardons aujourd’hui autour de nous. Il n’y a plus ni « tutu » ni « masta ». Tous sont rentrés au pays et ce n’est certes pas lié seulement aux violences qui ont éclaté dans nos villes après le fameux match Asec-Kotoko, dans les années 90.

Regardons toujours autour de nous. Nous verrons que l’histoire est en train de se réécrire à rebours. Aujourd’hui, chacun de nous a au moins un frère au Ghana. Certains y vont pour fuir instabilité politique de notre pays. D’autres y vont pour faire des études. D’autres encore pour faire des affaires ou pour y gagner leur pain. Impensable, il y a encore deux décennies…Belle revanche pour le Ghana !

Si le Ghana connaît aujourd’hui son miracle et que nous, nous en sommes à leur situation politique des années d’instabilité, c’est bien parce que nous faisons exactement le contraire de que font. Nous modélisons des cancres, auto baptisés patriotes. Nos dirigeants n’ont aucune vision économique, si ce n’est une vague stratégie de promesses électorales et de décentralisation tous azimuts. Pire, nous n’avons tiré aucune leçon de nos erreurs et de nos échecs.

Il y a deux exemples parfaitement patents. Premièrement, nous n’avons tiré aucune leçon ni conséquence du putsch de Noël 1999. Puisqu’il y a eu d’autres tentatives de putsch qui ont suivi après (complots du cheval blanc en septembre 2000, de la Mercedes noire en janvier 2001).

Nous n’avons tiré aucune leçon de la tentative de sécession, en 1970, de Kragbé Gnagbé. Puisqu’en septembre 2002, il y a eu une rébellion qui, 7 ans après, continue de couper le pays en deux et qui est gérée par Guillaume Soro qui, à l’époque du sécessionniste, n’était pas encore né.

Nous n’avons surtout pas tiré les leçons ni de la tentative de sécession, ni de la rébellion armée, puisque Laurent Gbagbo, notre chef d’Etat, dans une rare honnêteté, a clamé haut et fort en décembre dernier, dans le Guébié, qu’il est l’héritier légitime de Kragbé Gnagbé.

Assurément, avec l’élection présidentielle hypothétique du 29 novembre dans notre pays, la réélection sans surprise du président putschiste, le Congolais Denis Sassou NGuesso, la candidature annoncée du fils du défunt président-doyen, le Gabonais Omar Bongo Odimba, etc, le pays de Kwame N’Krumah va certainement continuer de « coacher » au continent noir, ses bonnes leçons.

 

André Silver Konan
* lesson: leçon en anglais, langue officielle du Ghana

Par andré silver konan - Publié dans : politique africaine
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Jeudi 5 juin 2008 4 05 /06 /2008 19:43

« Merci de servir d’exemple à tous les criminels de guerre qui sont encore sur le continent »

 

Bonjour monsieur Bemba,

J’ignore où vous vous trouvez précisément, actuellement. En réalité, cela m’importe peu dès lors que je sais que vous êtes entre les mains de la justice internationale. Je ne vous connais pas particulièrement, mais j’ai suivi avec beaucoup d’attention votre parcours en République démocratique du Congo (RDC) depuis le renversement de Mobutu Sessé Séko dont vous avez bénéficié des largesses, si je ne m’abuse. Je crois savoir que votre sœur est mariée à N’Zanga Mobutu, l’un des fils du dictateur. Bref.

Ce n’est pas pour cela que je vous écris aujourd’hui. Je sais que vous ne lirez pas cette lettre. Du fond de votre cellule glaciale, en attendant votre jugement, je sais que vous n’avez pas le temps de lire un article de presse, préoccupé que vous êtes à méditer sur votre sort. En réalité, ce n’est pas à vous que j’écris. Je me sers de votre affaire comme prétexte pour m’adresser à tous ces boutefeux qui pullulent sur le continent et qui croient qu’ils sont assurés de l’impunité ad vitam aeternam.

 

Monsieur Bemba,

Je voudrais m’adresser à ceux- là en leur rappelant ce qu’a été votre vie. Votre parcours. Un parcours identique à celui de centaines de criminels de guerre que la conscience collective a déjà condamnés et qui seront tôt ou tard rattrapés par l’histoire pour leurs crimes.

Vous vous croyiez intouchable quand en 1998, jeune homme d’affaires prospère, issu d’une famille bourgeoise que vous étiez, vous créiez le Mouvement de libération du Congo (MLC). De votre exil ougandais, avec votre Armée de libération du Congo (ALC), vous vous êtes lancé dans une guerre fratricide contre les troupes de Laurent Désiré Kabila. Un an plus tôt, ce dernier, en effet, avait chassé Mobutu Sessé Séko du pouvoir, avec son Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et vous-même étant un proche du régime déchu avez été contraint à l’exil. A 36 ans, vous deveniez un redoutable chef de guerre craint et autant adulé (il faut le reconnaître) dans votre fief natal de l’Equateur.

C’est en 2002 que votre nom a commencé à circuler dans les registres de criminels de guerre placés dans les placards confidentiels de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003, en effet, certaines de vos troupes, réputées sous payées ont mené une incursion particulièrement meurtrière en République centrafricaine (RCA) à l’invitation du président Ange Félix Patassé dont le régime était menacé par la rébellion conduite par le général François Bozizé.

Les exactions meurtrières de vos miliciens en territoire centrafricain hantent encore nos esprits d’évolués.

« Crimes sexuels, crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». L’acte d’accusation est suffisamment grave pour que vous en preniez pour la vie dans les cellules non douillettes de la Cour pénale internationale (CPI) si votre culpabilité est établie. Vous savez mieux que moi qu’en la matière, vous bénéficiez plutôt d’une présomption de culpabilité du fait de votre passé de chef de guerre. J’ai lu quelque part une réplique timide de l’un de vos proches qui avançait que vous n’êtes coupable de rien dès lors que vous n’avez donné aucun ordre à vos troupes de commettre des exactions. Ce proche, franchement nul, a même mis au défi quiconque pourrait prouver qu’il vous a entendu ou vu donner un ordre dans ce sens. J’ai ri de son inculture, à tout le moins, de son ignorance. Parce qu’il ignore totalement les fondements élémentaires du droit international humanitaire qui prescrit qu’un leader politique ou militaire est responsable des exactions et autres crimes commis en son nom, pour son compte et dans son intérêt avec ou sans son accord. Le principe est simple : si on ne veut pas assumer les dérives de ses troupes, on ne crée pas de milices, on ne forme pas de rébellion.

 

Monsieur Bemba,

Vous vous croyiez intouchable en 2003, quand dans votre fief de Gbadolite (ancien fief de Mobutu) où vous avez élu votre quartier général, vous démentiez les accusations de cannibalisme dont se seraient rendus coupables certains de vos soldats, formulées par l’ONU dans l’affaire « Mambassa ».

Vous vous croyiez intouchable quand vous vous êtes "torché", toujours en 2003, avec votre condamnation par contumace à un an de prison ferme pour « traite d’êtres humains » par une cour de justice européenne.

Vous vous croyiez intouchable quand affublé de votre surnom (que vous aimez particulièrement) de chairman, vous avez siégé pendant plus de trois ans, au gouvernement de transition du 30 juin 2003 en qualité de vice-président.

Vous croyiez bénéficier de l’impunité parce que vous vous êtes fait élire sénateur lors des élections sénatoriales du 19 janvier 2007. Vous ne saviez pas que la justice internationale se fichait pas mal de votre impunité, elle qui a entre ses mains d’anciens présidents de la république déchus, qui ont fait bégayer tragiquement l’histoire de leur pays respectif. 

Voyez-vous monsieur Bemba, votre inculpation en Belgique est un signal fort envoyé à tous ces voyous qui se prennent pour le nombril du monde, en Afrique et dans le monde. Vous servez d’exemple pour tous ces criminels de guerre qui sont sur le continent africain. Vous servez d’exemple aussi bien dans votre pays en RDC, chez vos voisins du Congo Brazzaville, de la RCA, etc. qu’en Côte d’Ivoire.

 

Monsieur Bemba,

Votre inculpation est, en effet un message très clair que la justice internationale envoie aux acteurs de la crise ivoirienne. Chez vous comme en Côte d’Ivoire, il y a eu une crise armée, il y a eu accord politique, gouvernement de transition avec tous les belligérants, amnistie générale, etc. Cela n’a pas empêché la justice internationale de vous épingler. Cinq à six ans après les faits incriminés.

Dans votre exil doré à Bruxelles, vous aviez oublié que votre histoire passée avait été écrite en lettres de sang. Le sang innocent d’innocents qui ne demandaient pas mieux qu’à vivre tranquillement dans leur pays.

Vous avez été un rebelle à qui on a par la suite déroulé le tapis rouge. Comme ailleurs sous d’autres cieux. Vous aviez oublié. La justice internationale, elle, n’a pas oublié. Les victimes pour leur part, n’ont pas non plus oublié. Des victimes mortes ou vivantes qui au Rwanda, en Ouganda, au Tchad, au Soudan, en Birmanie, au Zimbabwe...ne peuvent oublier.

En Irak, le dictateur Saddam Hussein a payé sa dette vis-à-vis de ses victimes au prix de sa…tête. Le Libérien Charles Taylor va payer, je ne sais à quel prix, pour le sang qu’il est accusé d’avoir fait verser en Sierra Léone. Hissein Habré payera d’une manière ou d’une autre son règne…aux longs couteaux au Tchad. Le général dissident Laurent N’Kunda à l’instar des tortionnaires du camp présidentiel de Joseph Désiré Kabila Kabange, payeront tôt ou tard pour leurs crimes dans votre pays.

En Côte d’Ivoire, qu’ils s’appellent miliciens, patriotes, rebelles, mercenaires, soldats loyalistes, dozos, tous seront appelés un jour ou l’autre à répondre de leurs responsabilités dans les affaires des charniers de Yopougon, de Monoko Zohi, de Korhogo, d’Akouédo, de Bouaké ; des assassinats de Boga Dodou, de Robert Guéi, des gendarmes de Bouaké, de Kass, de Félix Doh, de Habib Dodo ; des Escadrons de la mort, des déchets toxiques, des massacres du 25 mars 2004, de Guitrozon, etc.

C’est une exigence inextricable de l’histoire de l’humanité. C’est une logique implacable dans l’histoire de la Côte d’Ivoire.

 

Monsieur Bemba,

J’aimerais savoir l’effet que ça vous fait d’attendre que votre sort soit scellé par la justice internationale. Vous avez délibérément choisi d’entrer dans l’histoire par une petite porte ensanglantée. Votre nom est inscrit au panthéon sans gloire des criminels de guerre de l’humanité. L’heure des comptes a sonné. Je vous demande une seule chose : assumez avec dignité votre histoire, celle passée et celle qui est en train de commencer !

 

André Silver Konan
Journaliste écrivain ivoirien
Lauréat en 2007 du prix spécial international Norbert Zongo du journalisme d'investigation

Par andré silver konan - Publié dans : politique africaine
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Vendredi 14 mars 2008 5 14 /03 /2008 12:34
Frappantes ressemblances !

 

L’un est le président contesté de l’un des rares pays d’Afrique orientale ayant connu une relative stabilité politique depuis son indépendance. L’autre est le président mal élu d’un pays jadis havre de paix. Le Kenyan Mwai Kibaki et l’Ivoirien Laurent Gbagbo ne sont certes pas des oiseaux de même plumage mais, à bien des égards, leur histoire vole ensemble. Portraits croisés.

Mwai Kibaki est un apparatchik. A 76 ans révolus, il est le troisième président de la République du Kenya après le père de l’indépendance (1963) Jomo Kenyatta (mort en 1978) et Daniel Arap Moi (1978-2002). L’histoire de Mwai Kibaki se confond avec celle du Kenya. Elève intelligent, étudiant brillant, il est élu député aux premières consultations parlementaires de 1963. Il ne quittera presque plus l’hémicycle. Maintes fois réélu au titre de l’Union nationale africaine du Kenya (KANU), le parti présidentiel, il fait son entrée au gouvernement en 1965. Ministre du Commerce et de l’industrie. Il n’a que 32 ans. Il occupe ce poste pendant quatre ans. En 1970, il est nommé ministre des Finances. Pendant treize ans, il est l’argentier du Kenya. Après la mort de Jomo Kenyatta, Daniel Arap Moi qui prend les rênes du pouvoir confie à Mwai Kibaki, parallèlement à sa mission d’argentier, le poste de vice-président de la République. Pendant une décennie (1978-1988), il est le numéro deux du pays. Il cumule ce poste (depuis 1983) avec celui de ministre de l’Intérieur. En 1988, il rompt avec le parti au pouvoir et le régime corrompu de Arap Moi. Il atterrit, deux ans plus tard avec, armes stratégiques, bagages humains, expérience politique et (immense) fortune, sur la piste de l’opposition. Il crée son propre mouvement politique, le Parti démocrate (DP) et côtoie l’enfant terrible de l’opposition,  Raila Odinga,  avec son parti, le Parti libéral démocrate (PLD).

 

Poche de moralité

Pour la population kenyane, c’est la preuve que Mwai Kibaki est une poche de moralité. En 2002, c’est Raila Odinga qui l’aide à battre le candidat du parti au pouvoir et homme de main de Daniel Arap Moi. L’accord de gouvernement que les deux hommes ont signé n’a pas été respecté par le président élu. Raila Odinga n’a jamais été le Premier ministre de Mwai Kibaki comme convenu dans l’accord de 2002. La roublardise.

Les Ivoiriens ne pensaient pas moins avant son arrivée au pouvoir « dans des conditions calamiteuses » en 2002, que Laurent Gbagbo était une poche de moralité. Le quatrième chef de l’Etat après Houphouët-Boigny (1960-1993), Henri Konan Bédié (1993-1999) et Robert Guéi (24 décembre 1999-24 octobre 2000) a aujourd’hui 63 ans. Il était jusqu’à son élection en 2000, un éternel opposant. Elève intelligent, étudiant turbulent, enseignant contestataire. Aux premières consultations pluralistes de 1990, il se fait élire député. Il est réélu sous les couleurs de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI). Contrairement à Mwai Kibaki, Laurent Gbagbo n’avait aucune expérience gouvernementale. La différence entre les deux hommes se mesure surtout en terme de performance économique. En 2007, la croissance a atteint 6% au Kenya. Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire se battait pour atteindre 1%. Les deux hommes sont opposés par leur personnalité. Mwai Kibaki est un homme calme. Il a une voix posée. Il est un savant mélange de faux timide, d’homme qui fait mine d’être dépassé et qui hésite à prendre une décision. En cela, il est différent d’un Laurent Gbagbo vif et spontané, à la voix gouailleuse qui dit tout de suite "oui" avant de se rendre compte qu’il devrait dire "non" et qui finit par dire, "peut-être".

Laurent Gbagbo a fait le service militaire sur décision de l’administration du parti unique. Mwai Kibaki en a été empêché en raison d’une décision du gouvernement colonial.

 

Hélas, ils se ressemblent !

A ne pas s’y méprendre pour autant. L’histoire, les faits et les actes de Mwai Kibaki rejoignent quasi étrangement le parcours politique de Laurent Gbagbo. Les deux hommes ont été formés à l’école catholique missionnaire. Tous les deux sont des historiens et ont une expérience parlementaire. Ils excellent dans les alliances circonstancielles. En 2002, Mwai Kibaki s’est allié à Raila Odinga avant de le lâcher. Pour le scrutin de décembre 2007, il s’est allié à l’ex parti au pouvoir dont il était sorti et dont il a battu le candidat en 2002. En 1994, le socialiste Laurent Gbagbo et le FPI (parti de gauche) se sont alliés au sein du Front républicain à l’ultra libéral Alassane Ouattara et à son parti de centre droit, le Rassemblement des républicains (RDR). En 1999, il s’est allié aux putschistes avant de chasser du pouvoir son champion, le général Robert Guéi. En 2005, Mwai Kibaki a réussi à liguer contre lui les quatre principaux partis de l’opposition qui ont créé le Mouvement démocrate orange (ODM-Kenya). C’est une coalition qui ressemble fort bien au Rassemblement (ivoirien) des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Pour faire face à l’ODM, Mwai Kibaki dont le parti (DP) n’était plus aussi vivant (ce qui n’est pas forcément le cas du FPI bien que le parti présidentiel présente des signes d’essoufflement) que par le passé, suscita le Parti de l’unité nationale (PNU, rassemblement de plusieurs partis politiques, pour la plupart insignifiants). Le PNU n’est pas moins la version kenyane du Congrès national pour la résistance et la démocratie (CNRD) qui compte en son sein Uhuru Kenyatta, l’un des hommes vestiges de l’ex-parti au pouvoir, le KANU. Uhuru Kenyatta est au Kenya ce que Talleyrand a été pour la France et ce que Laurent Dona Fologo est pour la Côte d’Ivoire. A savoir des transhumants politiques notoires. Lors de la campagne présidentielle, Mwai Kibaki a été le premier à accuser ses adversaires, sans pouvoir le prouver, de faire campagne « selon des critères tribaux ». Exactement, ce qu’a dénoncé à Adzopé Laurent Gbagbo, il y a environ deux mois.

Mwai Kibaki et Laurent Gbagbo se ressemblent surtout par leur penchant à ne pas tenir leurs promesses aussi bien électorales que politiques. Mwai Kibaki avait promis aux Kenyans de lutter contre le favoritisme clanique, la corruption généralisée, la militarisation de la police. Il n’a pas fait mieux que Daniel Arap Moi. En Côte d’Ivoire, la corruption a atteint un niveau tel que des déchets toxiques ont été envoyés dans le pays. La police paramilitaire (CECOS) tue et rackette. Le favoritisme clanique est souvent dénoncé par les partisans mêmes du chef de l’Etat. Mwai Kibaki a été accusé de roublardise par Raila Odinga. Laurent Gbagbo est accusé par ses adversaires de roublardise et lui-même le revendique.

Le 30 décembre 2007 à Nairobi, comme le 26 octobre 2000 à Abidjan, Mwai Kibaki a fait appel au président de la cour suprême Evans Gicheru (le Tia Koné local), quelques heures seulement après son élection contestée (comme en Côte d’Ivoire) pour prêter serment la main droite sur la Bible (en Côte d’Ivoire c’est le livre de la Constitution) alors que les affrontements sanglants se poursuivaient dans les rues de Nairobi (comme en octobre 2000 à Abidjan). Les violences post-électorales au Kenya ont fait plus de 1000 morts. En Côte d’ivoire, elles ont fait à l’issue des élections présidentielle et législatives (au Kenya, les deux se sont déroulées en même temps et l’opposition a remporté les législatives comme cela a été le cas en Côte d’Ivoire en décembre 2000) 303 morts.

Le Kenyan Mwai Kibaki et l’Ivoirien Laurent Gbagbo semblent partager la même vision de gestion du pouvoir marqué par cette sentence terrible du second : "Mille morts à gauche, mille morts à droite, moi j’avance".

                                                                                          

Par andré silver konan - Publié dans : politique africaine
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Jeudi 7 février 2008 4 07 /02 /2008 20:14

"Jusqu’à quand allez-vous résister contre la démocratie ?"
 

Bonjour monsieur le président

J’ignore dans quel état d’esprit vous vous trouvez aujourd’hui, mais ce qui se passe dans votre pays ne peut pas me laisser indifférent. Vous avez bien failli perdre votre poste lors de ces trois jours de feu et de sang, les samedi, dimanche et lundi derniers. Vous êtes encore là grâce à l’armée française qui a tergiversé dès le départ puis a choisi définitivement par la suite, son camp, votre camp. Désormais, vous n’échappez plus au destin peu enviable de prétendu chef d’Etat africain vrai préfet français qui prend chaque matin ses ordres à l’Elysée, si ce n’est, dans une maison moindre au quai d’Orsay.

 

Monsieur le président,

Je disais que vous aviez failli perdre votre poste et vous n’en êtes pas encore épargné. Pendant ces trois jours de terreur à N’djamena où vous avez envoyé votre pauvre chef d’Etat major des armées se faire massacrer (c’est hélas le destin du soldat) ainsi que d’autres soldats gouvernementaux (c’est le destin lié au métier, je le répète) et où vous-même étiez terré dans un endroit où vous ne risquiez pas de recevoir un éclat d’obus, vous avez résisté. Au péril de votre vie. Je ne vous féliciterai pas pour autant. J’ai toujours eu en horreur les politiciens marrons qui pensent comme notre Charles Blé Goudé national que seule leur vie compte parce qu’ils ont un destin plus important que celui des pauvres gueux qu’ils invitent à arrêter de dormir, pour aller défendre la république en danger. En fait de république, c’est bien le poste d’une seule personne dont il s’agit. Je vous aurais félicité si vous étiez un démocrate accompli que des rebelles aigris et obscurantistes voulaient coûte que coûte déboulonner. Pendant ces trois jours de feu et de sang, je ne vous cache pas, si vous aviez été chassé du pouvoir, vous n’auriez personne pour pleurer sur votre sort. Surtout pas moi. Savez-vous pourquoi ? Parce que vous êtes un dictateur.

 

Monsieur le président,

Sauf votre respect, je vais vous rappeler l’histoire honteuse et ensanglantée de votre accession au pouvoir. Ainsi comprendriez-vous peut-être pourquoi ce qui vous arrive n’est qu’une logique de l’histoire, de votre propre histoire. Nous sommes en 1980. Vous avez juste 28 ans. Vous revenez de France où vous avez obtenu un diplôme de pilote professionnel. Vous rejoignez Hissène Habré dans les maquis soudanais. Le 13 novembre 1981, celui-ci avec la bénédiction et le soutien de Khartoum lance son offensive contre le gouvernement d’union ( ?) nationale dirigé par Goukouni Weddeye. Ce dernier est aussi un ancien rebelle bien connu de Khartoum. Huit mois plus tard, vous et votre patron boutez Goukouni Weddeye du pouvoir. Il est contraint à l’exil en Algérie. Hissène Habré est le nouvel homme fort et vous le tout puissant chef d’état major. Comme toute histoire de comploteurs, vos relations se compliquent et vous tentez de renverser votre beau-frère de putschiste le 1er avril 1989. Vous échouez. Où vous êtes-vous dirigé pour trouver refuge ? Au Soudan. Et que fait Hissène Habré ? Il crie à la trahison du Soudan et menace son voisin de tous les châtiments. C’est au Soudan que vous créez en mars 1990, votre Mouvement (rebelle) patriotique du salut (MPS). C’est du Soudan, (je rappelle que vous avez fait un tour en Lybie) que vous lancez une offensive sur N’Djamena. Celle-ci aboutit le 1er décembre 1990 au renversement de Hissène Habré. Ce dernier trouve d’abord refuge au Cameroun puis au Sénégal où il est sous le coup d’inculpations pour crimes contre l’humanité aujourd’hui. Pour Hissène Habré, la sempiternelle histoire des fins de règnes de despotes, s’est répétée de façon indiscutable. Avec en belle prime, un exil non apaisé troublé par des menaces d’emprisonnement dont s’est bien passé son prédécesseur. Magnifique parallélisme des formes pour un piètre balayeur balayé par un vilain balai. Qui règne par l’épée périt par l’épée…

 

Monsieur le président,

L’histoire ne vous a pas enseigné. Et vous voilà aujourd’hui en train d’être l’objet de cette terrible histoire qui risque fort de se répéter. Parce que qu’est-ce qui se passe aujourd’hui au Tchad ? Aujourd’hui, vous avez dans votre pays, des mouvements rebelles coalisés, soutenus, encore et toujours par le Soudan et qui sont mieux organisés, mieux équipés, mieux fournis en hommes que votre mouvement qui a chassé du pouvoir Hissène Habré ou celui de ce dernier auquel vous avez appartenu qui a chassé Goukouni Weddeye. Vous savez plus que quiconque que la France est à vos côtés, non pas parce que vous êtes un grand président soi-disant démocratiquement élu mais parce que vous êtes la meilleure garantie pour ses entreprises qui opèrent dans l’or noir et pour la force européenne qui doit se déployer au Darfour. Vous savez encore plus que quiconque, que si les rebelles qui vous en veulent, offrent cette même garantie à la France, elle risque fort de vous lâcher, pour éviter de s’empêtrer dans un magma africain qu’elle voudrait bien éviter après celui de la Côte d’Ivoire. Vous le savez. Alors pendant qu’il est temps, bénissez Nicolas Sarkozy et ses avions mirages qui vous ont épargné le naufrage. Pour l’heure, vous résistez. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand allez-vous résister contre la démocratie dans votre pays ? Jusqu’à quand allez-vous assister avec un œil indifférent à la fuite des habitants de votre pays vers d’autres cieux plus apaisés ? Jusqu’à quand allez-vous compter sur "l’appui logistique" français pour vous maintenir au pouvoir ? Jusqu’à quand allez-vous diriger un pays, d’une façon aussi tatillonne, dans la hantise, d’être renversé ? Jusqu’à quand allez-vous résister à l’accomplissement du destin de tout dirigeant putschiste ?

 

Monsieur le président,

Vous avez commis des erreurs et vous devez aujourd’hui en tirer les conséquences. Vous n’auriez jamais dû tripatouiller la constitution qui limitait à deux mandats, le règne présidentiel, pour vous représenter en 2006. A quoi vous attendiez-vous après avoir organisé des "élections calamiteuses" boycottées par l’opposition politique ? J’ai entendu notre chef d’Etat à nous, Laurent Gbagbo dire que "l’Union africaine doit trouver des mécanismes pour lutter contre les coups d’Etat". C’est sa façon à lui, de vous apporter son soutien. J’ai compris, pour ma part, qu’il n’avait encore rien compris et qu’il n’a pas encore tiré les conséquences de la rébellion dans son pays. Ce que l’union africaine doit faire, c’est de trouver des mécanismes pour construire la démocratie dans les pays africains. A travers des institutions fortes mises en place non pas "dans des conditions calamiteuses" mais selon des règles démocratiques universelles qui fondent l’Etat de droit. Aujourd’hui, il ne viendrait à la tête d’aucun soldat ghanéen, béninois, sud-africain…de se rebeller contre John Kufuor, Yayi Boni, Thabo M’Beki…La raison est que ces hommes sont arrivés au pouvoir dans les règles électorales de l’art démocratique et s’efforcent de consolider les institutions démocratiques de leur pays, sans préjuger de leur succès économique. Mais voyez-vous monsieur le président, personne ne s’émouvra en Afrique si des soldats se rebellent et chassent du pouvoir le Guinéen Lansana Conté, le Congolais Sassou N’Guesso ou le Gabonais Omar Bongo. Toutefois, que les rebelles ne pensent pas que c’est un blanc seing à leurs actes anti démocratiques et fermement condamnables. Je n’ai jamais toléré la rébellion, qu’elle soit en Côte d’iVoire, au Tchad ou ailleurs. Mais je dis qu’il ne faut pas donner des prétextes fiables voire légitimes à des voyous qui ne rêvent qu’à casser des banques et à rouler des jaguars.

 

Monsieur le président,

Vous êtes face à votre destin. Vous avez à choisir entre démissionner, négocier ou résister. La troisième option est suicidaire. Si vous choisissez la deuxième, vous devez acceptez l’idée d’un gouvernement d’union nationale qui intègre la rébellion mais surtout l’opposition politique et de la mise en place d’un pouvoir intérimaire qui se chargera d’organiser des élections ouvertes à tous auxquelles vous ne participerez pas, selon la constitution préalable que vous aurez réhabilitée. Pour ma part, je vous dis : démissionnez ! Votre arrivée à la tête du Tchad était une erreur et votre règne est un échec. Vous n’avez pas fait mieux que Hissène Habré et vous avez fait pire que Goukouni Weddeye. Les Tchadiens sont plus misérables que jamais, en dépit du pétrole qui coule à profusion dans des proches déjà bien garnies de votre galaxie. L’histoire a déjà inscrit votre nom au panthéon des dictateurs. Cependant, elle vous laisse le choix de partir dans la dignité. Démissionnez !

 

 

Par andré silver konan - Publié dans : politique africaine
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