Economie ivoirienne

Mercredi 1 juillet 2009

Analyse économique sur les dangers de la non application

 

En France, précisément à Rouen, dans le cadre d’un test pour l’obtention d’un certificat en journalisme, je suis avec attention, à travers Internet, les développements de l’actualité en Côte d’Ivoire. Il y a un sujet qui retient particulièrement mon attention. C’est celui relatif au débat sur l’application ou non de la convention collective interprofessionnelle des journalistes. L’application, sinon le respect de cette convention devrait être effective à la fin du mois de juin. Malheureusement, c’est un rendez-vous manqué. En ma qualité d’économiste, de spécialiste en ressources humaines surtout, et moins du fait de mon statut de journaliste professionnel, je me sens invité dans ce débat qui fait couler tant d’encre et de salive dans le microcosme de la presse privée ivoirienne.

En économie, il y a ce qu’on appelle l’aspect fiduciaire d’un billet de banque. Cet aspect fiduciaire est un peu le prix, le coût d’un billet sauf que ce prix, cette valeur s’apprécie selon la confiance du consommateur. Ainsi, un dollar coûte-t-il plus cher qu’un franc Cfa, qui lui-même est plus cher qu’un GNF (franc guinéen). Pourtant, tous ces billets sont faits en papier, presque avec les mêmes matières.

Cet aspect fiduciaire du marché monétaire se transpose sur le marché de la consommation des œuvres de presse. Ainsi, une plume, un nom d’auteur est-il plus lu, plus respecté, plus crédible qu’un autre, qui l’est beaucoup plus qu’un autre encore. Et tutti quanti. On pourrait parler de coût de crédibilité, comparable au coût d’opportunité, pour un business à lancer.

La valeur d’un nom sur le marché de la presse écrite est mesurée par le client, ici le lecteur. La valeur est mesurée certes à travers les écrits mais aussi et surtout à travers l’engagement, la fidélité, la constance, le respect des principes édictés et défendus par le journaliste.

La presse écrite privée ivoirienne dans son ensemble a atteint un niveau fiduciaire tel que de nombreux clients prennent pour agent comptant tout (ou presque) ce qui est écrit par certains journaux, certains journalistes. Cette valeur se mesure à l’aune des transhumances politiques dénoncées, des retournements de vestes et des reniements de la parole donnée d’acteurs politiques critiqués, etc.

Si des acteurs politiques bien connus dans notre pays, n’ont plus aucune valeur, c’est bien parce que la presse écrite privée a, chaque fois, dénoncé leurs impostures, leurs inconstances, leurs duplicités.

Aujourd’hui, après que la presse écrite privée eut dénoncé les roublardises, elle se trouve sous les feux de la rampe de ses propres responsabilités et principes, savoir le respect de la parole écrite, des engagements pris, des signatures volontaires.

C’est la problématique du respect et de l’application de la convention collective interprofessionnelle.

C’est à ce niveau d’ailleurs que le lecteur attend les acteurs et les décideurs de la presse écrite privée. D’où le coût de crédibilité. D’où l’aspect fiduciaire des noms des différents signataires du document portant convention collective.

L’enjeu est grand. Puisque la situation est exactement comme celle de la crise ivoirienne. Les différents signataires de la convention collective interprofessionnelle peuvent-ils regarder droit dans les yeux du politique et lui demander de respecter son engagement vis-à-vis du 30 novembre 2009 (date théorique de l’élection présidentielle) en se dérobant devant l’échéance qu’eux-mêmes se sont librement fixés ? Les différents signataires peuvent-ils regarder droit dans les yeux de leurs lecteurs et continuer de dénoncer les politiques qui évoquent des conditions encore non réunies pour aller à l’élection présidentielle, alors qu’eux-mêmes brandissent d’autres conditions pour refuser d’assumer leurs engagements ?

Si donc le journaliste refuse de respecter ses propres principes, son nom d’auteur risque d’être dévalué vis-à-vis du lecteur. La conséquence immédiate sera la sanction du lecteur qui n’achètera plus le support dans lequel il signe.

Au demeurant, sur le plan des ressources humaines, les acteurs du microcosme de la presse écrite privée risquent de ne point être épargnées par les effets négatifs du non respect de la convention collective interprofessionnelle.

La motivation, c’est connu, est le secret du rendement. Il est de ce fait fort à craindre que les uns et les autres, las d’attendre le respect d’une promesse qui commence à devenir un sinueux poisson de mer, se laissent aller à la démotivation. Les conséquences dans ce cas, en terme de qualité et de volume de travail, sont aussi connues.

Sans compter les tensions sociales qui pourraient en découler.

En définitive, on a un journaliste démotivé face à un mirage, une corporation qui devient aigrie et nerveuse avec une nette inclination vers le bras de fer social, un client (le lecteur) frustré et se sentant abusé du fait du non respect de certains principes défendus par le journaliste, un lectorat dubitatif.

Tout est réuni pour un sinistre généralisé et plus étendu de la presse privée, à moyen terme, si ce n’est dans le court terme.

En conclusion, que perd la presse privée à appliquer et à respecter la convention collective interprofessionnelle ? Rien. Sinon la perte d’une relative marge bénéficiaire d’une catégorie d’acteurs du microcosme qui n’est rien face aux gains substantiels qui pourraient être tirés de la confiance redoublée du lecteur.

Par contre, que perd-on à ne pas respecter nos propres engagements ? Ici encore rien. Sinon une explosion sociale fort prévisible d’une autre catégorie d’acteurs et un désintérêt progressif incontestable du lecteur pour les supports de presse, incapables de respecter leurs propres engagements.

Mon opinion est que, certains acteurs ont certes peur de perdre certains privilèges parce qu’ils font une mauvaise lecture économique de la situation. Ils ont plutôt tout à gagner à appliquer la convention collective interprofessionnelle. Et rien à perdre ou presque.


André Silver Konan

Diplômé d’économie

Master Gestion des Ressources Humaines

Journaliste écrivain

 

Par andré silver konan
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Jeudi 8 mai 2008

13è producteur mondial de café

L’information mérite d’être sue des Ivoiriens. La Côte d’Ivoire n’est plus la 4è productrice mondiale de café. Elle occupe désormais le 13è rang mondial. L’information est donnée par l’Organisation internationale du café (OIC). A titre d’exemple, le Vietnam qui était le 31è producteur en 1987 est depuis 2004, le 2è producteur mondial après le Brésil. En 1984, notre pays était le 4è producteur mondial avec 289.000 tonnes. En 2004, nous sommes 13è avec 105.000 tonnes. Comment en est-on arrivé là ? Devinez. Les refondateurs sont passés par là. Encore et toujours !

André Silver Konan

Par andré silver konan
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Vendredi 15 février 2008

« On vous a trop volés !»

 

Bonjour parents planteurs de café et de cacao,

J’ai choisi aujourd’hui de m’adresser à vous après les derniers rebondissements qui plombent encore la marche normale de votre filière. En terme de derniers rebondissements, il s’agit plutôt de la dernière révélation qui a mis à nu les intrigues politiciennes qui maintiennent votre filière dans l’artisanat et vous même dans la pauvreté. En effet, le communiqué officiel du ministre de l’Agriculture Amadou Gon Coulibaly en date du mercredi 6 février a jeté un pavé dans la mare. « Instructions de monsieur le président de la république ». C’était bien l’objet du communiqué. Pour sa première intrusion dans le magma de l’or brun, le ministre de l’Agriculture, connu pour être au-dessus des contingences dans la filière café-cacao, n’a pas voulu endosser des responsabilités à lui imposées. Aussi, a-t-il décrété que « toutes les instances de gestion actuelles des structures suivantes : BCC, FRC, FDPCC, notamment leurs conseils d’administration et leurs bureaux restent en place jusqu’aux enquêtes en cours sur la filière sous l’égide du procureur de la république ». Le communiqué a insisté pour dire qu’ « il reste entendu que pour la BCC, le conseil d’administration et son bureau d’avant la crise au sein de cette structure restent en place ». Il est clair que le communiqué, sinon l’instruction de Laurent Gbagbo ne visait seulement qu’à réhabiliter Lucien Tapé Do qui avait été démis de son poste de président du conseil d’administration (PCA) de la Bourse café cacao (BCC) quelques jours plus tôt.

 

Parents planteurs de café-cacao,

Mon intervention de ce jour se situe dans un contexte de crise, je dirais de pagaille totale dans votre filière, pourtant locomotive de l’économie de la Côte d’Ivoire. Une pagaille à la limite scientifique instiguée par une intrusion mafieuse du politique dans votre filière pourtant libéralisée. Comment en est-on arrivé là ? Nous sommes en 2000. Laurent Gbagbo arrive au pouvoir, comme vous le savez, dans des conditions calamiteuses. Coup sur coup, Laurent Gbagbo met en place les structures. Bourse du café cacao (BCC), Fonds de développement et de promotion des activités des producteurs de café et de cacao (FDPCC), Fonds de garantie des coopératives café cacao (FGCCC), Fonds de régulation et de contrôle (FRC). L’Autorité de régulation du café et du cacao (ARCC). L’Association nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire (Anaproci) mise en place sous le régime militaire de Robert Guéi constitue un terreau où pêche le chef de l’Etat pour contrôler les nouvelles structures de la filière. La plupart des personnes qu’il positionne sont ses proches triées très souvent dans l’entourage régional ou immédiat. Angéline Kili, Lucien Tapé Do, Jean Bayou Bagnon, Placide Zoungrana…La réponse de Laurent Gbagbo de la libéralisation de la filière suite à la question liée à la liquidation de la Caisse de stabilisation (CAISTAB) est donc une erreur de gestion. La lourdeur de la structure qui a plombé le fonctionnement de la CAISTAB dans les deux décennies 80-90 n’a pas servi d’exemple au nouveau pouvoir. La multiplication des structures dont les missions pourtant claires en théorie s’enchevêtraient dans la pratique a été une erreur économique doublée d’un manque de vision stratégique. De fait, le fonctionnement des structures devenait plus budgétivore que celui de la défunte CAISTAB. A titre d’exemple, 55 FCFA et 7 FCFA sont prélevés sur chaque kilogramme de café et de cacao respectivement pour le FDPCC et la BCC pour constituer leur budget. Le nombre pléthorique des structures obéissait dès lors à une vision de récompense de copains et échappait à la vision préalable qui a prévalu à la « mort » de la CAISTAB à savoir redynamiser un secteur, pourtant essentiel.

 

Parents planteurs de café-cacao

L’erreur est venue de là. La faute aussi. Car les ponctions cumulées reversées comme ristournes pour le fonctionnement des innombrables structures avait une incidence lourde sur le prix d’achat au producteur. Conséquence : le kilogramme de café et de cacao n’a jamais été payé à 3.000 FCFA comme l’avait promis Laurent Gbagbo. Aujourd’hui, le prix d’achat varie en dents de scie sur le marché national avec une barre qui n’a jamais dépassé le quart du prix d’achat promis. A l’analyse, ce prix aurait pu être meilleur si le financement des structures ne pesait pas sur le prix d’achat bord champ des matières premières. Quand, l’Etat encaisse son Droit unique de sortie (DUS), quand les différentes ponctions sont faites pour financer les nombreuses structures de la filière dont on ne voit guère l’importance, quand des acheteurs de produit et des pisteurs-intermédiaires marrons se torchent avec les prix fixés par la BCC, il ne reste plus au petit producteur qui se trouve dans les zones de production de la nouvelle boucle du cacao que de se contenter de miettes.

 

Parents planteurs de café-cacao

Le système mis en place par Laurent Gbagbo est pire sinon au même niveau que celui discriminatoire voire esclavagiste du colon. Quand vous avez voulu prendre vos responsabilités en dégageant les copains qui se partageaient pour certains sans mérite (ils ne possèdent pas un seul pied de cacao) le fruit de votre labeur, le chef de l’Etat a exigé que le ministre de l’Agriculture les rétablisse. Il a demandé que vous attendiez tranquillement les résultats des enquêtes ouvertes par le procureur Raymond Tchimou qui vous le savez autant que moi, est le champion des enquêtes interminables.

La Côte d’Ivoire est le premier producteur de cacao au monde. Mais notre pays n’a aucune voix au chapitre au marché à terme de Londres. Cela veut dire que des gens qui n’ont jamais vu un grain de cacao ni été jamais piqué par une fourmi magnan sur un caféier sont ceux qui en même temps qu’ils fixent le prix de nos matières premières, les achètent. Voici le défi de votre génération. Celle d’être les décideurs sur le marché de Londres. Mais, vous ne devez pas vous méprendre. Ce n’est pas avec des analphabètes « aux grands chapeaux » ni avec des intellectuels aux compétences limitées que se relèvera ce défi. La guerre du cacao devra avoir lieu. Celle de l’uniformisation du prix a été menée par vos aînés, à savoir les pionniers du Syndicat agricole africain. Félix Houphouët Boigny a bravé le colon le 22 décembre 1932, en  rédigeant sous un pseudonyme, un article engagé intitulé « On nous a trop volés » qui paraît dans un éditorial socialiste publié en Côte d’Ivoire dénommé le « Trait d’union ». L’article a fait mouche. Et a été le déclencheur de la lutte pour l’uniformisation des prix aux producteurs qu’ils soient africains (indigènes) ou Européens.

 

Parents planteurs de café-cacao,

Cela fait 76 ans que le plus grand planteur de tous les temps en Côte d’Ivoire a lancé le cri du ralliement et de la rupture. Sa lutte a payé, à son temps. 76 ans après, votre condition de vie est demeurée en l’état. On vous a trop volés ! Vous le savez plus que moi. Il vous reste à vous mettre en route pour l’affirmation de votre responsabilité. Soit vous acceptez qu’un système abject et esclavagiste (des temps nouveaux) continue de vous maintenir dans la pauvreté, soit vous décidez, comme l’ont fait vos aînés en 1932, de crier votre holà pour vous mettre en demeure de reconquérir vos richesses spoliées. Chaque génération a un défi à relever. Le votre sera de vous rendre à vous-mêmes votre propre filière tant sur le plan interne qu’au niveau du marché international. Il vous reste à décider si vous allez être les acteurs de cette nouvelle histoire ou si vous allez continuer à regarder l’histoire se dérouler pour que les générations futures constatent, à votre grande honte, que vous n’avez pas été capables de prendre vos responsabilités. L’histoire vous regarde. Les Ivoiriens vous observent. Le monde entier vous attend. La balle est inexorablement dans votre camp.

 

André Silver Konan

Par andré silver konan
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