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3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 17:29

"En 2008, allez-vous continuer de passer d'un extrémisme à l'autre avec le même enthousiasme et la même inconscience ?"

 

Bonjour Ivoiriens, Ivoiriennes

En ce début d'année, permettez-moi de ne pas sacrifier à la tradition de présentation des voeux. J’adopte cette position parce que vous conviendrez avec moi qu'en dépit des milliards de vœux de paix, de prospérité, de santé, de bonheur etc. que tout le monde adresse à tout le monde en début d'année, chaque année qui s'écoule ne change rien à la méchanceté atavique de l'humanité et à la morphologie morale de notre planète. Donc, souffrez que je ne vous adresse d'autre vœu que celui de vous mettre au travail. Le travail acharné et persévérant qui ouvre la voie de l'affirmation personnelle, de la dignité et, pour finir, du bonheur.

 

Ivoiriens, Ivoiriennes

J'ai choisi de m'adresser à vous, en ce début d'année, pour jeter un regard rétrospectif avec vous sur l'année écoulée et essayer d'esquisser des pistes de réflexion qui pourraient nous aider en 2008. Nous sommes le 5 février 2007. Vous rappelez-vous cette date ? Sûrement non. Eh bien, c'est le jour qui marque le début du "dialogue direct". Figurez-vous, près de cinq ans après le déclenchement du conflit armé, Laurent Gbagbo notre cher chef d'Etat, s'est soudainement souvenu qu'il y avait une option plus civilisée, plus intelligente et sûrement plus pragmatique pour trouver une solution à la crise causée par ailleurs par les turpitudes de son propre régime. Souvenez-vous, Ivoiriens et Ivoiriennes, que nombreux parmi nous ont applaudi à cette lumineuse idée comme nombreux parmi nous ont applaudi quand des plaisantins ont annoncé sans précaution qu'ils avaient libéré Bouaké en octobre 2002. Conséquence, près d'un an après cette lumineuse trouvaille applaudie du "dialogue direct", la paix n'est toujours pas là. Et Laurent Gbagbo tout comme Guillaume Soro, nommé quelques semaines plus tard, premier ministre et qui de mon humble avis ne mérite pas d'être à ce poste, continuent de nous tirer par le bout du nez. Souvenez-vous qu'avant la lumineuse idée du "dialogue direct", un certain Blé Goudé (je l'ai vu au stade le samedi dernier en train de jouer parmi les stars africaines du football et j'ai réalisé que ce monsieur a un problème d'ego tant il est d'un narcissisme ridicule) avait déclaré qu'il voyait son nouvel ancien ami (1) comme un cadavre ambulant et que celui-ci finirait comme le rebelle angolais Jonas Savimbi (2). Souvenez-vous que c'est le même Blé Goudé, qui a invité à Gagnoa Guillaume Soro, après avoir déclaré, sans l'ombre d'un rire, que quand il disait qu'il voyait son nouvel ancien ami comme un cadavre, cela ne voulait pas dire qu'il voulait le voir comme un cadavre.

 

Ivoiriens, Ivoiriennes

A Gagnoa, Souvenez-vous avec moi, ce sont les mêmes populations qui ont interdit au début de la crise, Louis Dacoury Tabley d'aller inhumer son frère Benoît, tué à Abidjan par les escadrons de la mort, qui sont sorties pour applaudir Ouattara Issiaka alias Wattao. Ce dernier fut élevé au rang de héros national. Un peu comme l'a fait Désiré Tagro qui parlant récemment de Guillaume Soro a dit qu'il constituait à ses yeux un modèle à imiter. Un modèle à imiter en quoi ? Le ministre de l'Intérieur et négociateur du dialogue direct, l'homme de l'aller retour sur Ouaga pour caler le deal des 100 milliards FCFA des déchets toxiques, n'a pas eu le courage de le dire.

Souvenez-vous avec moi des deux visites de Laurent Gbagbo à Bouaké et dans la région des savanes. Rappelez-vous comment Guillaume Soro s'est transformé en organisateur de visites d'Etat et s'est à ce titre investi dans la sensibilisation des populations du nord. Populations à qui justement il a inoculé pendant plus de 50 mois le virus de la "gbagbophobie" ? Souvenez-vous des compliments, des félicitations, des éloges de Laurent Gbagbo, adressés à Guillaume Soro?

 

Ivoiriens, Ivoiriennes

J'aimerais que les choses soient très claires entre nous. Je ne demande pas que vous vous révoltiez contre ces agissements. Je demande tout simplement que vous vous souveniez de ces actes d'infantilisations afin de les intégrer et en vue d'établir la conduite à suivre en 2008. Je ne vous cite pas ces exemples parmi tant d'autres pour attiser votre rancœur, mais je vous instruis de ces choses pour attirer votre attention sur une notion fondamentale qui fortifie la personnalité de l'homme : la dignité. Je vous rappelle cela parce que j'ai l'intime conviction que tous ceux parmi vous qui rient quand Laurent Gbagbo rit même quand ce pour quoi il rit n'est pas marrant (et c'est d'ailleurs très souvent le cas) ne sont pas à désespérer. Parce que je sais au fond de moi-même que tous ceux qui ont suivi Guillaume Soro quand il a fait le choix des armes, quand il faisait l'école buissonnière au gouvernement, quand il faisait voir de toutes les couleurs à Seydou Diarra et à Konan Banny, ses prédécesseurs au poste de premier ministre, quand il rusait avec les accords et posait des préalables insurmontables, ne sont pas des idiots.

Parce que je sais que tous ces soi disant patriotes qui battaient le pavé à Abidjan, qui se sont fait amputer d'une jambe ou d'une main. Qui aujourd'hui se constituent en collectifs victimes de Licorne, ou de l'hôtel Ivoire, ou de je ne sais quoi encore, toutes ces femmes, tous ces hommes, réduits à être des gueux à qui Blé Goudé demande de rester dignes dans leur douleur pendant que lui, qui n'a reçu aucune égratignure, roule carrosses, tous ceux-là, dis-je (j'en suis convaincu) n'ont pas des velléités suicidaires.

Tous ceux qui ont acquiescé aux discours de Laurent Gbagbo et de ses janissaires dont bien sûr Blé Goudé comme tous ceux qui ont applaudi aux diatribes incendiaires de Guillaume Soro et de ses affidés dont le plus activiste est Wattao, à l'instar de tous ces miliciens, dozos, enfants soldats, mécaniciens et apprentis « gbaka », qui se sont enrôlés au sud comme au nord pour défendre des causes dont les contours, aujourd'hui sont plus que sinueux, j'en suis absolument persuadé, ne le faisaient pas pour se marrer. Non, le conflit ivoirien n’est pas un jeu. Cependant, vous conviendrez avec moi que ceux qui se sont eux-mêmes désignés comme étant les principaux belligérants de ce conflit, ont bien joué avec nos sentiments. Ils ont malmené nos angoisses, massacré nos peurs, plaisanté avec nos espérances.

En 2008, il nous appartiendra de faire un choix. C'est à nous de décider si nous allons continuer, comme le disait Francis Wodié (3), de passer "d'un extrémisme à l'autre avec le même enthousiasme, la même inconscience" ou si comme le conseillait Henri Konan Bédié (4), nous allons prendre, enfin le "ferme engagement de prendre en mains (notre) propre destin". Autrement dit, cette année, c'est à nous de décider si nous allons continuer à être les dindons de la farce, les marionnettes que de mauvais scénaristes manipulent avec une ficelle mal cousue ou si nous allons décider (enfin), d'être les propres auteurs et acteurs de notre propre fable ou encore les marionnettistes lucides qui allons tirer les ficelles pour imposer notre propre interprétation scénique aux pantins que nous-mêmes choisirons.

 

Ivoiriens, Ivoiriennes

2008, sera l'année du désarmement et de la vraie réunification, ou ne sera rien de tout cela, si nous le voulons. Elle sera l'année des élections ou ne le sera pas, si nous l'avons décidé ainsi. Elle sera enfin l'année de la paix ou ne le sera pas, si telle est notre volonté.

C'est sur ces mots que je vous quitte, en me permettant de vous dire que le président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly à qui j'avais adressé une lettre la semaine dernière afin qu'il prenne (enfin) ses responsabilités, a décidé de ne pas choisir "le camp de la respectabilité, de la dignité, du courage et de l'honneur". C'est son choix. Je ne le respecte pas. Mais, je ne lui en veux point.

 

 

André Silver Konan

 

 

 

 

1/ Ma part de vérité de Charles Blé Goudé, Frat Mat éditions 2006

2/ Jonas Savimbi était le chef de la rébellion angolaise du MPLA. Il a été tué en 2002

3/ In Le Nouveau Réveil n°1805 du vendredi 28 décembre 2007-12-30
4/ Extrait de "l'allocution de Bocanda" prononcée par le président du PDCI lors de son meeting à Bocanda le 22 décembre 2007

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27 décembre 2007 4 27 /12 /décembre /2007 18:33

“Un peu de courage pour une fois, soyez candidat à l'élection présidentielle”
 

Bonjour M. le président,

Je me suis enfin décidé à vous écrire. Enfin, parce que depuis le début de ce qu'on peut appeler "l'affaire Koulibaly", je ne me suis pas beaucoup prononcé. Non pas parce que le sujet n'était pas digne d'intérêt, mais parce que j'avais l'intime conviction que tout ce brouhaha autour de votre personne, participait d'une stratégie bien ficelée par vous-même. J'étais convaincu que vous manipuliez à son insu la presse qui se chargeait, sans s'en apercevoir, de dire ce que vous pensiez en même temps qu'elle faisait votre publicité. J'ai fondé ma conviction à ce sujet, le jour où dans une unanimité surprenante, presque tous les journaux dits indépendants (d'autres diront de l'opposition) ont titré que vous aviez été exfiltré. Aujourd'hui encore, je demeure convaincu que vous avez utilisé la presse pour mener votre combat contre le système, votre système. Bref.

Monsieur le président,

Je n'ai pas l'habitude de me prononcer sur vos sorties. Surtout celles où vous accusez sans preuves et comme un bambin, pêle-mêle la France, le colon, les puissances coloniales et tutti quanti. J'ai souvent dit à des amis que vous étiez capable d'accuser, sans rire, avec un air totalement béat, la France d'être derrière le divorce de Reine Pélagie et de Honoré Séa. Donc pour être franc avec vous, je ne prenais pas beaucoup au sérieux certaines de vos déclarations. Y compris la thèse de "la guerre de la France contre la Côte d'Ivoire", défendue, sans convaincre et sans conviction dans votre livre.

J'ai décidé cette fois de vous écrire parce que je crois que vos dernières déclarations sont empreintes de lucidité. Vous avez d'ailleurs, tellement bien compris que de nombreux Ivoiriens ne vous prenaient pas au sérieux que vous avez confié avec insistance à un confrère que vous ne plaisantez pas.

Monsieur le président,

Si vous avez dit à un confrère que vous ne plaisantez pas, c'est que vous savez que des gens vous prennent pour un plaisantin. Et pour un homme politique de votre trempe, avoir une réputation de plaisantin, c’est catastrophique. Un peu comme certains auraient une réputation de roublards, ou de sous-marins, ou encore de judas ou même de mythomanes.

Si vous avez dit que sur ce coup-là, vous ne plaisantiez pas, c'est que sur ce coup-ci aussi, vous êtes sérieux. Et on en arrive à la raison pour laquelle j'ai choisi de m'adresser à vous.

Lors de la clôture de la deuxième session ordinaire 2007 de l'Assemblée Nationale, vous avez déclaré ceci : "Je serai sur le terrain de Koumassi où j'entends briguer à la fois le poste législatif et le poste municipal". Cette déclaration m'amène à faire quelques commentaires.

Votre déclaration de candidature étale au grand jour les brouilles que vous faites semblant de vouloir cacher, qui existent entre vous et Laurent Gbagbo, le chef de l'Etat, d'aucuns diraient "le camarade socialiste".

Monsieur le président,

En décidant d'annoncer prématurément votre candidature aux élections législative et municipale à venir à Koumassi, vous faites clairement savoir que votre priorité à vous est votre réélection en tant que député de Koumassi et votre élection à la mairie de ladite commune. Cela dit en passant, la partie sera loin d’être une sinécure à Koumassi avec un Raymond N’Dohi omniprésent sur le terrain. Votre priorité est donc très claire. Elle n'est pas la réélection de Laurent Gbagbo au poste de président de la République. D'ailleurs, il n'y a rien d'étonnant à ce que la réélection de Laurent Gbagbo soit le cadet de vos soucis. Vous estimez qu'il a échoué. Vous ne le dites pas de la façon dont je le dis. Vous n’avez pas ce courage. Mais les "blues de la résistance" ne dénoncent pas autre chose que l'échec de Laurent Gbagbo et la médiocrité de son régime, à tout le moins, la nullité des autorités du régime du Front populaire ivoirien (FPI).

Cela m'amène à faire une intrusion dans la psychologie de votre être.

Monsieur le président,

Vous allez me pardonner de vous le dire sans diplomatie, mais vous n'êtes pas courageux. Oui. J'ai commencé à étudier votre comportement, vos idées, vos sentiments depuis novembre 2004, quand vous êtes allé chercher dictaphones et caméra, pour demander des comptes au commandant de Licorne à l'hôtel Ivoire. Depuis plus de trois ans, je suis chacune de vos sorties et j'ai percé le mystère de votre personnalité.

Vous n'êtes pas un homme politique courageux, je le réaffirme. Vous n'allez jamais au bout de vos idées. Vous n'avez pas le courage d'avoir une position ferme et de la soutenir jusqu'au bout. En somme, vous êtes un froussard et c'est sur ce côté que vos adversaires qui sont principalement au FPI, le parti dont vous êtes vice-président, frappent.

Vous êtes un froussard, parce que vous n'aurez jamais le courage de dire que Laurent Gbagbo n'a ni la carrure, ni la compétence, encore moins les dispositions psychologiques pour diriger un pays.

Vous êtes un froussard parce que vous n'aurez jamais le courage de dénoncer publiquement les raisons profondes qui vous amènent à prendre vos distances vis-à-vis du "camarade socialiste".

Vous êtes un froussard parce que vous vous abritez derrière la presse pour éviter d'attaquer de front Laurent Gbagbo et ses thuriféraires. Vous êtes un froussard parce que vous êtes muet sur les graves dérapages qui vous révulsent pourtant (et je n'en doute pas), dont se rendent coupables vos camarades.

Vous êtes enfin un froussard parce que votre double déclaration de candidature à la députation et à la mairie de Koumassi, cache votre mal-être, votre dilemme interne, votre peur, votre sempiternelle peur.

Pour une fois, une seule fois dans votre vie, posez un acte de courage. Soyez pour une fois courageux. Allez au bout de vos idées, de votre engagement. Soyez candidat à la magistrature suprême. Prenez votre courage (pour une fois) et sollicitez les suffrages de vos camarades du FPI. Faites comme Jacob Zuma en Afrique du Sud. Ayez le courage (pour une fois) d'affronter Laurent Gbagbo qui, vous le savez, va solliciter l'investiture de son parti, de votre parti le FPI.

Je sais que c'est votre vœu le plus cher. Je vous encourage à briguer non pas "à la fois le poste législatif et le poste municipal" à Koumassi, mais à solliciter à la fois les suffrages des militants du FPI et des Ivoiriens. Faites-le pour vous libérer vous-même, d'abord, puis ceux qui croient comme moi que vous n'êtes pas seulement qu'un contestataire dans l'âme, comme Laurent Gbagbo, l'a laissé entendre, avec beaucoup de mépris et d’ironie dans la voix.

Faites-le parce que, comme vous l'avez dit lors de la cérémonie par moi citée en référence, plus haut "Ce qui compte, c'est notre pays. Les destinées individuelles des gens importent peu". En déclarant que c'est Koumassi et Koumassi seulement qui vous intéresse, vous êtes en pleine "destinée individuelle" et j'ose croire que ce n'est pas là votre dessein. Vous avez dit qu'une "enquête récente a prouvé qu'au moins 70% des Ivoiriens aujourd'hui ne font plus qu'un seul repas par jour". Et vous avez tiré les conséquences de cette enquête pour dire qu'il était de votre "responsabilité d'abandonner les futilités", précisant que "c'est ce que nos populations attendent de nous. C'est ce que nous-mêmes attendons de nous en tant qu'hommes politiques".

 

Monsieur le président,

Si vous voulez permettre à 70% d'Ivoiriens d'avoir plus d'un repas par jour, ce n'est pas en vous consolant avec l'annonce d'une candidature double à Koumassi, que vous le réussirez. A ce que je sache, les 70% d'Ivoiriens qui appliquent "la mort subite", ne sont pas qu'à Koumassi. Ils sont à Bocanda, à Azaguié, à Kpapékou, à Kpefélé, à Ferké. Bref. Ils sont partout en Côte d'Ivoire.

Monsieur le président,

J'ai lu quelque part que vous allez animer un meeting à Koumassi, après demain dimanche. J'ose croire que vous aurez le courage (pour une fois) de franchir le pas, de faire le choix. Dimanche, vous serez à la croisée des chemins. Vous aurez à faire forcément un choix parmi deux. Soit, annoncer votre candidature à la candidature du FPI au titre de l'élection présidentielle. Soit réitérer, votre intention d'être candidat aux élections locales de Koumassi. Si vous faites le premier choix, vous auriez choisi le camp de la respectabilité, de la dignité, du courage et de l'honneur. Si vous faites le second choix, ne soyez pas surpris que vous-même vous soyez (encore) réduit à vous expliquer devant les gens en tenant des propos du genre : "Je ne plaisante pas".

Monsieur le président,

Je vous quitte sur ce point et je me permets de vous donner rendez-vous dimanche. A votre meeting. Au meeting de votre destin.

 

André Silver Konan

 

 

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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 14:37

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Gare routière de la ville qui abritait jadis une sation d'essence du temps colonial est l'ombre d'elle même


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L'église sainte anne abrite l'une des plus vielle mission catholique du pays


L'ex-capitale de la boucle du cacao est devenue une ville vestige. Bocanda des commerçants syriens, des aventuriers français, des planteurs baoulé, gouro, malinké n'est plus qu'un département banal, sans investissement, déclaré depuis la décennie 70, "zone sinistrée " par le gouvernement. Depuis cette date qui a marqué le début du déclin, la ville aux deux collines jumelles n'a fait que descendre la pente de l'enclavement et du désinvestissement. Voyage au cœur d'un département où "tout est à faire".

Dimanche 16 décembre 2007. il est 9h20. Notre équipe de reportage quitte Dimbokro pour Bocanda. Entre les deux villes, notre tableau de bord marque 63 km. Nous parcourons cette distance en 80 minutes. Nous avons roulé à une vitesse moyenne de 50 km/H. Cette lenteur est causée par l'état de la route. Une route pourtant bitumée. Entre Dimbokro et Koffi Ahoussoukro, village sur l'axe, situé à 15 km de Dimbokro, le bitume n'existe plus qu'à certains endroits. D'énormes crevasses et nids de poule contraignent les automobilistes à rouler en première. Il faut 30 min pour couvrir les 15 km de route. Un parcours du combattant qui s'aggrave en saison pluvieuse.

 

ENCLAVEMENT

 

Le mauvais état de la route est l'une des causes de l'enclavement du département. Bocanda est limitée au Sud par Dimbokro, à l'Est par Bongouanou, à l'Ouest par Didiévi et au Nord par M'bahiakro et Daoukro. L'axe qui conduit à Didiévi est non bitumé et, par conséquent, rarement fréquenté. La voie qui même à M'bahiakro, quoique dégradée par endroits est plus praticable que celle qui relie le département à Daoukro. Quand notre équipe de reportage dépasse Brou-Ahoussoukro, elle plonge en pleine savane arborée. Jusqu'avant le pont construit sur le N'Zi, affluent du Bandaman, nous remarquons que la savane est brûlée sur plusieurs hectares. Les feux de brousse sont un véritable fléau à Bocanda, particulièrement, et dans le "V" baoulé, en général. Les feux sont provoqués pas des chasseurs avides d'agoutis ou par des paysans imprudents ou même par de fumeurs de cigarettes insouciants. Aussi, la sécheresse est-elle très présente dans cette région caractérisée par le climat baouléen de deux saisons pluvieuses et de deux saisons sèches. La pluviométrie annuelle moyenne s'élève à 1100 mm. Autant dire qu'il ne pleut pas beaucoup. Et ce dimanche, sur la ville de Bocanda, souffle un petit vent sec de début d'harmattan. La voie principale qui traverse la ville est la seule voie bitumée, outre la bretelle qui conduit à la préfecture. La gare routière, à cette heure, est pauvre en voyageurs. Aucun véhicule n'est stationné. Bocanda n'est pas une ville où les habitants voyagent beaucoup. Une seule compagnie dessert une seule fois (avant 10 h) Abidjan. Le mini car, souvent surchargé, qui va dans le pays rural d'Assika, ne quitte pas la gare avant 17 h.

 

VESTIGES

D'UN PASSE GLORIEUX

 

A la gare, une station d'essence non fonctionnelle rappelle un passé jadis glorieux. "Les sept compagnies pétrolières à l"'époque coloniale, présentes en Côte d'Ivoire, étaient représentées à Bocanda", se souvient Konan Koffi, un vieux nostalgique qui ne finit pas de parler quand il évoque l'époque où "Bocanda était Bocanda". Un village comme Assika N'ziblékro était surnommé Petit Paris. Les gens y avaient de l'argent et les fêtes de l'indépendance y étaient célébrées avec beaucoup de faste. Le député du département Bruno Koissi-Allou que nous avons rencontré à l'auberge flambant neuve qui sera inaugurée demain samedi par le président Henri Konan Bédié rappelle que "Bocanda était une ville très coloniale. On y trouvait toutes les grandes compagnies de l'époque : CFAO, CFCI, Bernabé, Jacquemain, etc. Certains locaux de ces entreprises existent toujours. Ils sont bien visibles, de par leur architecture, sur la grande voie. Ces entreprises appartenaient à des Français ou à des Syriens. Sur la route du lycée moderne, se dresse, fière, la très célèbre mission catholique. Cette école a formé de très nombreux cadres du pays et presque tous les élus, responsables politiques et fonctionnaires natifs de Bocanda y ont été formés. C'est une école vieille de plusieurs décennies. C'est en 1914 que Bocanda a été érigé en chef lieu de subdivision, deux ans après l'érection de Dimbokro en chef-lieu de cercle. Le colon Louis Marchand a été son premier commandant de subdivision. Ce dernier a été surnommé par les populations autochtones " Baoulé Agba " de la zone " Blofouè Kpakibo ". Traduction littérale : le Blanc qui fend la forêt. Louis Marchand était très célèbre dans la région parce qu'il était un explorateur qui aimait la nature. Il pouvait entrer dans la forêt et se retrouver à un endroit reculé pour construire un logis.

 

DEPARTEMENT DE TYPE B

 

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Axe dimbokro-bocanda est impraticable ici des enfants en train de recharger la voie


Aujourd'hui, Bocanda n'est plus le chef-lieu de subdivision, mais le chef-lieu de département, administré par un préfet. Cependant, "tout est à faire", martèle Yves Marie Koissy, le président du conseil général que nous avons rencontré dans son auberge. Avec ses 84.039 habitants (recensement de 1998), le département est classé dans la catégorie B, selon les normes du gouvernement. En clair, le budget d'investissement n'est pas élevé puisque le département ne compte pas plus de 100.000 habitants. Yves Marie Koissy dénonce cette "injustice". Il espère qu'au prochain recensement son département passera à la catégorie A, surtout avec "les 26.000 déplacés que nous avons recensés, revenus de l'Ouest à la faveur de la crise". Yves Marie Koissy affirme que ses parents qui ont "le savoir-faire" en matière d'agriculture d'exportation (café et cacao notamment) soient obligés de s'expatrier dans les zones forestières du Centre Ouest ou du Sud-Ouest et que le département se trouve vidé de ses bras valides. Cependant, il revendique pour le département la catégorie A. "Je dois être A. Ne me pénalisez pas parce que mes parents sont ailleurs et que ce sont eux qui par leur travail, construisent ce pays", fait savoir au gouvernement le président du conseil général, ex directeur de la caisse de stabilisation (caistab) limogé en 2000 par la junte militaire et économiste, fonctionnaire international.

A en croire le député de Bocanda, "Bocanda a commencé son déclin à partir de 1965 sinon en 1970", quand le sol surexploité a commencé à s"'appauvrir.  "On faisait des plantations de large superficie. Nos parents n'ont pas pu avoir une culture de revanche", explique t-il. Conséquence, la forêt a commencé à disparaître pour faire place à la savane arborée. La période d'apogée de la capitale de la boucle du cacao qui comprenait Dimbokro, Bongouanou, M'bahiakro, etc, était terminée. Obligeant, le gouvernement d'Houphouët Boigny a déclaré vers la fin des années 70 le département "zone sinistrée". Le passé d"'abondance faisait place à un présent de disette. Et cela a rejailli sur le développement du département.

 

INDICES D'OR

 

Lorsqu'au dernier découpage administratif, seuls Bocanda et Kouassi-kouassikro (qu'on rallie sur une voie non bitumée) étaient des sous-préfectures ont été crées. Il s'agit de Bengassou, de Kouadioblékro (Kpandan) et de N'zécrézessou. Elles ont été érigées en même temps en commune. A celles-ci s'ajoute la commune rurale de M'Bekro. Une étude a été commandée par le conseil général et a été menée par le bureau national d'études techniques et de développement (BNETD). Les résultats sont contenus dans un "plan stratégique de développement" qui date d'octobre 2004. Cette étude montre qu'au "cycle primaire, sur les 107 écoles que compte le département (de 135 villages), seulement 87 fonctionnent du fait du sous-équipement et du déficit criard du personnel enseignant... Les deux établissements secondaires (publics) du département connaissent des difficultés similaires. Ils sont sous-équipés et offrent une capacité d'accueil insuffisante. Ils sont également confrontés à un déficit d'enseignants dans plusieurs disciplines avec un accent particulier pour celles dites scientifiques. Malgré un fort contingent de jeunes déscolarisés aspirant à une formation professionnelle, le département est dépourvu de centres de formation professionnelle et technique, exacerbant ainsi le chômage déjà préoccupant". Sur le plan de la santé, c'est le désastre. " Il ne dispose d'aucune pharmacie privée ni de services de spécialité tels que la pédiatrie, l'ORL ou la réanimation", constate le plan stratégique de développement". A Bocanda, encore moins à Kouassi-kouassikro, il n'y a aucune banque. Juste une structure de micro crédit à Bocanda, installée il n'y a pas longtemps. Dans ce tableau sombre, une lueur d'espoir pointe à l'horizon. Les collines jumelles de bokpli (village fondateur de Bocanda) constituent une curiosité touristique que le conseil général compte exploiter. Une autre lueur d'espoir : "les indices d'or dans plusieurs localités et des gisements de granits encore sous-exploités" découverts par le BNETD. Au demeurant, la forêt revient dans certaines localités telles Dida mouessou, Kayabo, Abéanou, etc. certains planteurs sont revenus des zones forestières pour replanter du cacao. Certaines plantations ont déjà commencé à produire. Déjà certains habitants du département se mettent à rêver. Ils croient dur comme du fer que le futur de Bocanda sera plus glorieux que son passé.


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Par 
André Silver Konan

Envoyé spécial à Bocanda

andresilverkonan.over-blog.com

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 21:41

 

 

L’axe de la persistante partition du pays

 

Au centre ouest de la Côte d’Ivoire, deux villes "frontalières" marquent la partition du pays. Il s’agit de Daloa (382 Kms au nord ouest d’Abidjan) en zone gouvernementale et de Vavoua (439 Kms au nord ouest d’Abidjan) en zone ex-rebelle. Au milieu, se trouve Bonoufla, une nouvelle sous-préfecture où est expérimentée la brigade mixte de surveillance composée des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) et de ceux des Forces armées des Forces nouvelles (FAFN). L’axe Daloa, Bonoufla, Vavoua est encore là pour prouver que le pays, en dépit des discours officiels est toujours sous le coup de la partition.

 

Daloa. Dimanche 25 novembre. Il n’est pas encore 8 heures. Le taxi brousse de cinq places (outre, le conducteur) où nous montons a déjà quatre passagers assis sur le siège arrière. Au corridor nord de la ville, le conducteur descend sans avoir été arrêté. Il se dirige vers un policer et lui tend un billet de banque. Celui-ci l’enfouit rapidement dans la poche droite de son pantalon treillis délavé et en ressort une pièce de monnaie. Il tapote l’épaule du conducteur en signe de complicité et fait signe à son collègue, un jeune homme, de lever le barrage. Le conducteur revient dans sa voiture tout en hélant un client. Ce dernier vient aussitôt prendre place à notre côté. Nous sommes désormais sept dans un véhicule prévu pour prendre cinq personnes.

 

"Pour la patrie, pour la loi"

Direction Zokoguhé, "le village du colonel Yodé", fait remarquer le conducteur. Avant Zokoguhé, nous dépassons Toroguhé. Ce village abrite une école de gendarmerie. Sur le mur bleuâtre, on lit en grand caractère "Pour la patrie, pour la loi". A Toroguhé, de jeunes élèves gendarmes à la tête nue devisent avec de jeunes filles du village. Entre Toroguhé et Zokoguhé, le terminus du taxi-brousse, nous ne mettons pas plus de dix minutes. C’est la "frontière" de la zone sous contrôle gouvernemental. Après cette zone, c’est l’ex zone de confiance. Aujourd’hui remplacé par une ligne dite « verte ». A Zokoguhé, le check point des casques bleus n’a pas été démantelé. Ils y sont encore. Nous embarquons dans un véhicule de 18 places, une "Dyna" comme on l’appelle. Le véhicule est poussif. Il est immatriculé à Daloa. Très vite, il est chargé. Direction Bonoufla. Dans cette ville, nous croisons un pick-up sur lequel on lit « Brigade mixte de gendarmerie ». Depuis avril 2007, la zone de confiance, symbole de la division du pays a commencé à disparaître pour faire place à ce que les signataires de l’accord politique de Ouagadougou, ont appelé une ligne verte. Dix-sept (17) postes d’observation y sont tenus par des casques bleus de l’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Six (6) brigades mixtes comprenant des soldats des FDS et des FN doivent théoriquement patrouiller sur cette ligne verte. A Bonoufla, la ligne verte est une réalité contrairement à Tiébissou où l’installation de la brigade mixte coince.

 

Le règne de la "mafia"

Au check point tenu par la brigade mixte, le conducteur descend et va remettre un billet de banque à un soldat. Difficile de dire si c’est un élément des FN ou un agent des FDS. Le barrage est levé. Aussitôt, des hommes en civil entourent le conducteur. Un discret juron de l’apprenti chauffeur nous apprend qu’il s’agit de loubards recrutés par des syndicats de transport.

Le conducteur fait savoir qu’il est à son premier voyage. Celui qui semble être le chef de file rétorque : "ici, tu payes pas patente, assurance, vignette. Tu ne passes pas visite technique. On te dit de payer 500Frs et tu veux jouer au dur". Sur ce, il arrache la clé de contact du véhicule et s’éloigne. Le conducteur le suit et le supplie de lui remettre la clé. Il met la main à sa proche et lui tend un billet de 1000 F CFA. L’autre saisit le billet sans décolérer.

"Fallait commencer par là", lâche-t-il en lui remettant sa clé.

L’apprenti chauffeur revient prendre sa place dans le véhicule en même temps que son patron. Le premier demande au second si le loubard lui a remis la monnaie. "Faut les laisser", répond le patron. Sur ce, l’apprenti répète à plusieurs reprises "syndicats maudits-là".

A Bonoufla, les syndicalistes issus du milieu des transports sont beaucoup craints par les conducteurs de véhicule de transport en commun. Ils doivent leur payer des "taxes" qui s’élèvent entre 200 FCFA et 1000 FCFA, des motos taxis aux cars de plus de 24 places. Ces motos taxis, cars et mini cars tournent pour la plupart dans la zone sous contrôle des FN. Quant aux véhicules qui viennent de Daloa ou encore plus au Sud, leur présence dans la zone de Vavoua via Bonoufla est conditionnée (à la tête du client) par les syndicalistes et leurs loubards. Par ailleurs, pour éviter les différentes tracasseries des agents des deux forces, les véhicules de transport en commun, qu’ils viennent de la zone gouvernementale ou de la partie sous contrôle FN, préfèrent s’arrêter à Bonoufla sinon à Zokoguhé.

 

Vestige du conflit
Après Bonoufla, nous mettons le cap sur Vavoua. Le premier barrage des Forces nouvelles se trouve juste après le pont construit sur la rivière Dé. Tout le monde descend pour le contrôle des identités. Tout le monde est en règle. Les soldats FN laissent passer les passagers sans difficulté. A Bahoulifla, un village de Vavoua, un char en rouille est stationné du côté droit de la route. Un passager chuchote à son ami que "c’est un char des loyalistes détruit par les rebelles" au plus fort des affrontements. C’est un vestige du conflit qui rappelle à une dame présente dans le mini car des souvenirs douloureux. "Bon Dieu, en novembre 2004, j’ai eu la chance. Des collègues retraités ont été pris pour cibles dans le bombardement des Sukhoï des loyalistes. Ils ont été tués. Ce jour-là, je devais être dans la voiture mais je n’y étais pas. C’est Dieu qui m’a sauvée", raconte-t-elle à sa voisine. Elle ajoute aussitôt que "Les balles ne trient pas quand elles sifflent. Les bombardements ont causé la mort d’un secrétaire de section FPI" (Front populaire ivoirien, parti de Laurent Gbagbo). Sa voisine remue la tête et reste silencieuse. Ce qui a pour effet de mettre fin à la discussion. Le silence retombe dans le mini car jusqu’au marché de Vavoua. C’est le terminus.

Au moment où nous descendons, un passager reconnaît un jeune conducteur qui faisait monter ses clients dans un taxi brousse. "Vous avez fait Abobo non ?", lui demande t-il « Oui, mon vieux », répond ce dernier. Le passager, un jeune homme à la calvitie très avancée, lui donne de plus amples détails sur les circonstances dans lesquelles il l’a connu. Le jeune conducteur en tombe de surprises.

"Mon vieux, tu as fini avec reconnaître les gens", lance-t-il hystérique. Ils se saluent et le passager continue sa route. Le jeune conducteur fait remarquer à un de ses collègues qu’il aurait eu de sérieux problèmes s’il avait fait du mal auparavant à cet homme qui l’a reconnu alors que lui ne l’a pas reconnu. Il déclare qu’il veut bien "descendre sur Abidjan pour voir les parents" mais le transport de Vavoua à Abidjan est "trop cher". Il faut environ 20.000 FCFA pour effectuer un voyage aller-retour sur Abidjan. Le jeune conducteur fait remarquer qu’avant la crise du 19 septembre 2002, moins de 10.000 FCFA pouvaient le faire partir à Abidjan et l’en faire revenir. Son collègue acquiesce et laisse tomber : "vraiment, faut reconnaître que rébellion a gâté le pays".

 

 
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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 19:22

La révolution du 19 septembre a accouché partout d’une grosse misère

 

Les zones ex-assiégées aujourd’hui zones centre, nord et ouest (CNO) ou encore zone FN, pour signifier la partie du territoire ivoirien sous le contrôle des Forces nouvelles (FN) sont au bord du sinistre. Le 19 septembre 2002, le développement s’y est arrêté. Cinq ans après, la révolution tant souhaitée par les populations se transforme peu à peu en imprévisible cauchemar. La misère est désormais la chose la mieux partagée dans des zones qui n’étaient déjà pas riches avant la crise militaire. Etat des lieux.

Kolotcholoma C. était avant le putsch manqué du 19 septembre 2002, mué en rébellion armée, blanchisseur chez un couple d’Européens au quartier résidentiel de Korhogo (634kms au nord d’Abidjan). Une semaine après l’éclatement de la crise, ils ont été exfiltrés par l’armée française dans son opération Licorne. Kolotcholoma C. rencontré dans un café le mercredi 27 novembre 2007 à la gare routière du quartier populaire Koko, raconte qu’il est aujourd’hui un "moto taximan". Sa grosse moto, il l’a surnommée "yakuza". Il explique que c’est un nom qui a été inspiré aux "moto taximan" par le disc jockey ivoirien Shanaka Yakuza mais surtout parce que sa moto est une marque japonaise. Il ignore que c’est le nom d’un jeu vidéo (playstation 2) ou encore que c’est le nom d’un syndicat du crime japonais.

Sur sa moto, Kolotholoma C. arpente les rues abîmées de la capitale du "Poro", à la recherche d’un client. Ce mercredi, il y a du beau monde à Korhogo et il est tout heureux. La visite du chef de l’Etat Laurent Gbagbo dans le nord du pays, a appelé de nombreuses personnes dans la ville. Il raconte que depuis deux ans qu’il exerce ce métier, c’est la première fois qu’il a, avant 17 heures, 10.000F, hormis le prix du carburant. Il soupire quand il déclare qu’il ne se fait aucune illusion sur cette embellie. « Ça va finir d’ici dimanche », lâche-t-il. Et re-bonjour le train-train quotidien. « Ici, c’est la misère », lâche-t-il, après avoir déposé sa tasse de café. Le gérant de la cafétéria, un homme âgé au visage osseux, acquiesse et ajoute que « le pays doit être vite réunifié sinon ça ne va pas ».

A Korhogo, la principale source de revenus des populations, est la vente du coton. Depuis l’éclatement de la crise, l’or blanc n’est pus acheté comme il se devait. En témoigne, le député de Napié (sous-préfecture du département de Korhogo) Kagnon Silué. « Le coton, soutient-il qui était vendu (jadis) à 210 Fcfa le kilogramme est vendu aujourd’hui à 105 Fcfa mais à crédit. Aujourd’hui, cinq (5) ans après, rien n’est payé et les paysans meurent. Il y en a qui sont morts abandonnant cette créance » (cf Le Nouveau Réveil n°1785 du lundi 03 novembre 2007). Avec ses 142.093 habitants (recensement 1998), Korhogo a donc payé un lourd tribut au conflit armé. On ignore aujourd’hui, le nombre de personnes vivant dans cette ville. Une chose est certaine, trois personnes sur dix, à en croire des chiffres du ministère de l’Agriculture, vivent directement ou indirectement de la vente du coton, dans les régions de savane. C’est dire que le conflit a aggravé la pauvreté dans la région. 

Au Nord, le développement s’est arrêté

Le développement à Korhogo s’est arrêté, net, le 19 septembre 2002. A l’instar des autres villes des zones Centre-Nord-Ouest (CNO) le commandant militaire de la région, Martin Fofié Kouakou a certes tenté de mener quelques actions en vue de l’amélioration du cadre de vie de ses "administrés". Le nettoyage de certaines artères de la ville, la réfection de la préfecture et la réhabilitation du rond point central sont à mettre à son compte. Actes symboliques s’il en est et du reste appréciés par la population mais qui ne sauraient occulter la pauvreté dont souffrent par exemple, les planteurs de coton.

Si à Korhogo, ce sont les planteurs de coton qui souffrent du mauvais payement de leurs produits, à Katiola, (434 kms au nord d’Abidjan) ce sont les planteurs d’anacarde qui payent un lourd tribut à la partition du pays.

Jeudi 29 novembre. Il est presque midi. Le vieux Hili vient d’être éconduit par un élément des Forces nouvelles qui devisait avec une vendeuse d’arachides grillées devant le quartier général du commandement militaire de Katiola. Le vieux Hili voulait parler au maître des lieux le commandant Hervé Ouattara dit Vetcho. « Mon fils, depuis deux ans, mon anacarde n’est plus payé. Il y a quelques mois un acheteur est venu prendre 780kg dans ma plantation. Il a promis l’acheter à 80Fcfa le kilogramme. Il m’a dit qu’il partait le vendre d’abord à Abidjan avant de venir me payer. Ça fait des mois qu’il est parti. Chaque fois que je vois son représentant ici, il me dit d’attendre. J’ai besoin des 62.400Fcfa qu’il me doit. Je n’ai pas encore payé les livres de mes enfants », s’est-il adressé en Malinké au soldat. Celui-ci l’a laissé parler avant de lui répondre, en français que « le commandant est à Korhogo, faut revenir la semaine prochaine ».

Le vieux Hili a alors rejoint un jeune homme qui l’attendait appuyé sur une moto poussiéreuse. Ils ont échangé des mots en tagbanan, la langue locale, puis le jeune homme a lâché en français : « Eh Dieu, on va mourir ». La situation du vieux Hili, ainsi qu’il nous l’expliquera plus tard, est identique à celle des autres planteurs d’anacarde dans la région. A Katiola, la proprété de l’artère principale et les pancartes invitant à un "environnement propre" sur lesquelles ont été peintes le portrait de Ernesto Che Guevara, tranchent avec la saleté qui règne dans les quartiers de la ville. La zone située derrière la mosquée centrale est quasi inaccessible. Les rues situées dans le dos de l’hôtel Hambol sont impraticables. Katiola a certes eu la chance d’avoir comme commandant un fils de la région dont le vieux Hili ainsi que d’ailleurs de nombreux habitants rencontrés, disent beaucoup de bien. Katiola est en effet la seule ville de la région de la Vallée du Bandama où les domiciles privés et les édifices publics n’ont pas été pillés. Ce qui est loin d’être le cas à Odienné (867kms au Nord-ouest d’Abidjan). Dans cette ville, le lycée professionnel a été pillé jusqu’aux aiguilles.
Enclavement aggravé

A notre passage dans cette cité, le mardi 27 novembre dernier, l’axe non bitumé était coupé à la sortie de Tiémé. Deux camions s’étaient enfoncés au même endroit, fermant ainsi la voie. Le trafic pendant deux jours était impossible jusqu’à ce que le commandant militaire des Forces nouvelles de Man Losséni Fofana vienne se buter à l’obstacle et ordonne à ses éléments de débloquer, à la daba et à la pioche, un endroit de la route. Les routes impraticables (nous avons mis cinq heures d’Odienné à Boundiali, dans un véhicule de particulier, sur un axe non bitumé long seulement de 115kms) étaient déjà un problème avant la crise. Le problème s’est aggravé depuis le 19 septembre 2002. La région du Denguélé s’est, de ce fait, enfoncée un peu plus dans l’enclavement. Et cela se ressent dans la poche des habitants de la région. Commerçants pour certains, cultivateurs ou éleveurs pour d’autres. Au marché d’Odienné, le kilogramme de la viande de bœuf se vend à 750 Fcfa. « Vraiment c’est dur. Je n’arrive pas à vendre un bœuf par jour. Avant la crise, j’en vendais au moins trois. En plus, le prix du kilogramme n’était pas aussi bas », nous a déclaré Ahmed, un jeune boucher. A côté de lui, une dame tient un commerce de citron et de colas. Son enfant, tient en main un bol de riz et crie qu’il n’y a pas de sucre. Elle ignore la remarque et soupire. Elle lâche que même le "woro", la cola en langue odienneka locale, fruit très prisé dans la région, intéresse très peu les clients. Elle ajoute que "sissan", autrement dit "maintenant", «y a plus l’argent ».

De fait, « l’argent ne circule plus comme auparavant », dans les zones FN à l’instar de Man (578kms au nord-ouest d’Abidjan) comme en témoigne un gérant d’hôtel situé au centre ville. La misère, selon lui, contraint les jeunes filles à se livrer à la prostitution. « Ce sont les passes qui font que l’hôtel continue de tenir », laisse-t-il entendre. Les faits par la suite lui donnent raison. Ce dimanche 25 novembre, les quelques rares personnes assises à la buvette de l’hôtel sont surtout des filles. Elles ont des habits ordinaires. On penserait qu’elles sont venues prendre une bière ou qu’elles sont des serveuses dans la buvette. Mais quand un véhicule de type 4x4 pick-up appartenant à une ONG, gare devant la buvette, elles se lèvent presqu’instantanément et se dirigent, mieux se ruent sur le conducteur. Celui-ci fait signe à l’une d’entre elles qui monte sans hésiter dans la voiture. Au même moment, un soldat des FN en treillis atrocement délavé arrive. Il se dirige vers une chambre. Il est suivi par une fille qui semble bien le connaître. Ils sortiront de la chambre de "passe" quinze minutes plus tard. La jeune fille, après avoir remis quelque chose au gérant, va reprendre sa place parmi ses camarades. Et le cycle recommence.

Le racolage et la prostitution sont les nouveaux "métiers" à Man. La zone forestière par excellence des zones FN est une productrice importante de bois et de cacao. Le bois est l’affaire d’entreprises puissantes qui emploient des travailleurs sous-payés (la demande d’emploi est très forte). Quant au cacao, du fait des combats particulièrement violents dans l’ouest montagneux, sa production est en baisse. De nombreux paysans ont en effet abandonné leurs plantations pour fuir la progression des mercenaires libériens. Les producteurs qui tiennent encore la route sont victimes de tracasseries sur les routes et éprouvent des difficultés à écouler leurs produits. Un rapport de Global Witness intitulé « comment le cacao a alimenté le conflit en Côte d’Ivoire » publié le 9 juin 2007, fait savoir que les taxes prélevées sur le cacao, dans leurs zones par les responsables des FN, ont « permis à certains de s’enrichir aux dépens de la population du nord de la Côte d’Ivoire ».

Une minorité militaire qui s’est enrichie contre une majorité civile qui s’appauvrit de jour en jour. Tel est le nouveau tableau sociologique dans les zones CNO.

 

André Silver Konan

kandresilver@yahoo.fr

Journaliste écrivain

225 06 33 91 91

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