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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 12:06

Il y a 38 ans, quand Ebola apparaît sur les bords de la rivière qui lui a donné son désormais funeste nom, au Nord Zaïre, qu’avons-nous fait en tant qu’Africains de l’Ouest, de l’Est, du Nord ou du Sud ? Nous avons dit : « C’est une maladie qui ne nous touche pas ». Conséquence : 280 morts.


Puis le virus atteint le Soudan : 53 morts. Entre 1976 et 1993, le virus avait comme disparu. Qu’avons-nous fait en tant qu’Africains ? Nous avons dit : « Cette maudite maladie s’en est allée, plus besoin de chercher à savoir ce que c’était donc ».

Et voilà, en 1994, le Gabon est touché : 31 morts. La même année, la Côte d’Ivoire enregistre son premier cas dans la forêt de Taï (eh oui, on oublie vite !). C’était un scientifique européen qui a survécu à la maladie.  Un an plus tard, le Zaïre devenu RDC est encore frappé : 250 morts. Puis l’Ouganda en 2000 : 224 morts. Bon an, mal an, Ebola sévit dans quatre pays africains : le Gabon, l’Ouganda, la RDC et le Soudan. Mais que faisions-nous, pendant ce temps-là, nous Africains ? Nous avions d’autres priorités, et nous nous sentions éloignés de ce mal, qui tout compte fait, ne tue pas plus que le sida.


Et rebelote, le virus se signale, début 2014 en Guinée. Plus de 1000 morts, en moins de 8 mois, dans quatre pays d’Afrique de l’ouest. Et pendant ce temps, que pensez-vous que les Africains du Centre font ? Ils se disent : « Bon débarras ! ». Quid des Africains de l’Est, du Nord, du Sud ? Ils disent : « Ce n’est pas une maladie qui nous concerne ». Et toujours pendant ce temps, que font nos pays touchés ou menacés directement par le mal, en guise de riposte ? Nous pleurnichons pour que les Américains (pourtant non menacés par le virus mais qui font des recherches sur celui-ci depuis quelques années) nous donne un sérum qui n’est qu’expérimental et dont l’efficacité reste problématique. Et après qu’ils vont nous donner ce traitement qui, je le répète, n’est qu’expérimental (le missionnaire espagnol rapatrié dans son pays, est décédé), qu’allons-nous faire encore ? Nous allons pleurnicher une fois de plus, pour qu’il nous soit administré gratuitement. Dans le cas contraire, les éternels théoriciens du complot vont s’en saisir pour faire croire que les firmes occidentales fabriquent des virus pour s’enrichir sur le dos des victimes africaines. Et après tout cela, qu’allons-nous faire enfin ? Nous allons encore pleurnicher, pour qu’Américains, Canadiens et Français qui « travaillent » sur le virus depuis plusieurs années, nous trouvent, un vaccin préventif, parce que le sérum plus ou moins curatif, ne nous suffirait plus.


Bon sang, Africains, quand allons-nous arrêter de pleurnicher, pour enfin prendre nos responsabilités devant notre propre Histoire ? Ebola tout comme le paludisme, est un mal africain. C’est nous qui devons prendre le leadership de la recherche du sérum et du vaccin. Pour le faire, point besoin d’aide extérieure, ni financière, ni en ressources humaines. Nous devons simplement créer un Centre africain de recherches sur les maladies tropicales. Ce Centre pourrait être financé au prorata des budgets de nos Etats, pour un montant par Etat qui ne serait pas en dessous de 500 millions FCFA, une somme dérisoire devant les prodigalités liées aux missions et aux budgets de souveraineté de nos dirigeants. Pas moins de 30 milliards FCFA pourraient être ainsi mobilisés par an, pour soutenir la recherche sur les maladies qui nous tuent en tant qu’Africains : Ebola, ulcère de Buruli, paludisme…sida.


Africains, arrêtons d’accuser les autres de nos maux, de pleurnicher dans une attitude fataliste et de crier au complot occidental quand ce n’est pas le cas ! La route qui mène au développement de notre continent est encore long. Mais il passe nécessairement par le petit chemin de l’honnête reconnaissance de notre propre responsabilité. L’Afrique digne d’aujourd’hui et de demain sera l’Afrique qui ne pleurniche plus devant les autres continents, mais qui fait face avec responsabilité à ses démons qu’elle a créés ou qui lui ont été imposés.


André Silver Konan

Journaliste-écrivain

 

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 10:33

C’est un virus aussi vieux que mon âge. Qui sévit depuis plus de trois décennies, uniquement qu’en Afrique, avec aussi bien des victimes africaines qu’européennes (généralement des religieux catholiques). Pendant plus de 30 ans, nos chers dirigeants africains n’ont pas songé à constituer une équipe de chercheurs, de savants et de scientifiques, pour « travailler » sur le virus Ebola, afin de trouver un remède. 

 

Et voilà, il a fallu que deux Américains soient contaminés en Afrique, pour qu’on découvre que depuis un certain temps, des chercheurs américains expérimentent un sérum anti-Ebola. Et pendant ce temps, que croyez-vous que nous faisons en tant qu’Africains ? Eh bien, nous pleurnichons pour que les Américains nous donnent ce sérum, qui je le précise, n’est qu’expérimental, donc non validé et pas certain.


Bien sûr, les théoriciens du complot viendront encore nous rabâcher les oreilles sur un complot international contre les Africains (pour tuer les Africains, il suffit que les pays occidentaux et les institutions financières qu’ils contrôlent ne nous donnent plus de l’aide, Lol) mais le fait est là : un virus né sur les bords de la rivière Ebola dans l’ex-Zaïre, sévit en Afrique depuis plus de 30 ans, et aucun chercheur africain ne s’y est encore sérieusement penché. Ceci est une fuite en avant de nos autorités depuis plus de trente ans et nous devons le leur rappeler.


De l’autre côté, nous devons rappeler à nous-mêmes, en tant que simples citoyens, notre propre irresponsabilité. Nous devons relever cette détestable propension à la banalisation du risque (assimilable à l'inconscience) de certains Africains, y compris des Ivoiriens (il faut saluer, en passant, la réactivité du gouvernement, dont les mesures aux deux frontières de l’ouest, ont permis jusque-là d’épargner la Côte d’Ivoire). L'on a dit: ne mangez plus les rongeurs. Eh bien, que faisons-nous ? Nous prenons nos voitures à Abidjan, nous nous arrêtons aux carrefours des villages en province et nous achetons des rats à des paysans. Pire, nous prenons plaisir à aller manger de la viande de brousse dans les "maquis", alors que nous savons qu'en le faisant, nous encourageons les chasseurs et ceux qui touchent cette viande jusqu'à sa cuisson, à s'exposer au risque.


Mon message est clair. Autorités africaines, il est bien d’arrêter des mesures préventives, mais je pense qu’il serait mieux indiqué de combattre ce mal africain à la racine : dégager en toute urgence des fonds en vue de permettre à une équipe de scientifiques africains, de « travailler » sur le virus, pour trouver un remède efficace. L’intelligence n’a ni couleur, ni continent, c’est le fonds qui manque le moins en Afrique, sinon la volonté étatique. Je suis donc absolument convaincu qu’avec un peu de moyens, nos scientifiques africains arriveront à bout d’Ebola.  

En attendant, respectons scrupuleusement les mesures de prévention, Ebola, c’est pas du jeu !  

André Silver Konan  

Journaliste-écrivain

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 10:58

Certains disent : nous ne sommes pas encore indépendants. Je leur réponds : qui doit nous-redonner notre indépendance et comment cela doit se faire ? D’autres disent encore : nous avons eu l’indépendance politique, il nous reste l’indépendance économique. Je leur réponds : aucune Nation au monde, pas même la grande Amérique, n’est totalement indépendante économiquement.


Aux uns et aux autres, je dis ceci : le 7 août 1960, nous avons eu la plus parfaite des indépendances qui détermine toutes les autres indépendances : le droit souverain de mon peuple à disposer de lui-même, avec tout ce que cela implique. Le problème n’est donc pas les autres Nations plus ou moins puissantes qui nous empêcheraient de jouir intégralement de notre indépendance.


Croyez-vous que ça plait à certaines Nations que la Chine soit devenue en l’espace d’une génération, le premier exportateur mondial, devant l’Allemagne et les Etats-Unis ? Croyez-vous que ça plait à tout le monde que l’Inde dispose de l’arme nucléaire ? Pensez-vous que tout le monde accepte que le Brésil prenne le leadership des pays émergents ? Détrompez-vous si vous pensez que tout le monde est ravi que le Japon, ce pays d’Asie, petit comme la Côte d’Ivoire (377 915 km2), bombardé sans ménagement, il y a environ 70 ans, puisse être la troisième puissance économique du monde, devant la France et la Grande-Bretagne ?  


Autant cela ne nous plaît pas à nous Ivoiriens, de manger du chocolat importé chèrement de Suisse et de nous voir envahir par les produits chinois, autant nous devons comprendre que tout le monde n’est pas content que nous soyons les premiers producteurs au monde de cacao, devant l’Indonésie et le Brésil. Au demeurant, nous devons comprendre que notre croissance qui frôle les deux chiffres depuis trois ans (même si les effets sont peu perceptibles actuellement du fait du taux très élevé de pauvreté et d’emplois précaires, conséquence de la décennie gâchée ; il est clair que la Côte d’Ivoire prendra une sérieuse option sur la voie de l’émergence économique, si cette tendance est maintenue sur dix ans au minimum) suscite nécessairement des jalousies bien contenues, pour l’heure.


La question que les Ivoiriens en particulier et les Africains en général, devraient donc se poser est : qu’avons-nous fait de notre indépendance acquise par les pères de nos pères et les mères de nos mères, au prix de leur sang et de leurs larmes ?


Quand nous aurons répondu avec responsabilité à cette question, et donc déterminé nos propres faiblesses, nos rendez-vous manqués avec l’Histoire, notre refus d’assumer notre part d’héritage et de sacrifice, nos indisciplines, notre manque de courage et d’initiatives ; nous arrêterons de pleurnicher devant des mots devenus creux face à l’ordre mondial, tels le  colonialisme et l’impérialisme.

Et alors, nous nous mettrons résolument et fermement au travail qui seul, je dis bien seul, nous libérera des chaînes de la pauvreté, du sous-développement, de l’obscurantisme, bref, de la dépendance. Bonne fête de l’indépendance !

André Silver Konan

Journaliste-écrivain

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 08:53

 

La fête de l’Abyssa, qui marque le début de l’année chez les N’Zima de Grand-Bassam est en cours actuellement. Le grand public va (re)découvrir une célébration marquée par des rythmes endiablés, des chants de réjouissance, des parades carnavalesques et l’étalage du riche patrimoine culturel akan. Peu de personnes sauront qu’en fait, l’Abyssa, est un rite tricentenaire, transmis de génération à génération, conçu dans un esprit de démocratie et qui appelle à la vérité, au pardon et à la réconciliation. Enquête sur les deux faces cachées de l'Abyssa. Cet article réalisé l'année dernière, n'a jamais été mis en ligne (NDLR).

 

abyssa.jpg

Sur le sable de la plage d’Azurety (commune de Grand-Bassam), dans cette nuit chaude du samedi 5 novembre 2011, des centaines de N’Zima, tous de blancs vêtus, et badigeonnés pour certains de kaolin (symbole de la purification et de la spiritualité chez les Akan en général et les N’Zima en particulier), courent et jettent des cailloux dans la mer.

Cette cérémonie se déroule loin des regards de la foule nombreuse qui, quelques heures plus tôt, s’est déplacée dans la journée, sur la place de l’Abyssa à Grand-Bassam pour assister aux danses, aux saynètes, aux défilés et autres qui marquent la célébration de cette fête annuelle, le 1er janvier chez les N’Zima.

Au-delà des réjouissances, des danses au son de la fanfare et de l’ « Edon’gbolé », le tambour sacré paré de tissu blanc et de feuilles de raphia, des chants de groupes artistiques, de défilés de groupes sociaux ou de personnes parodiant une scène de la vie publique, très souvent en tenues excentriques, l’Abyssa, cache, en fait deux étapes cruciaux. Deux étapes qui font son charme depuis que les génies protecteurs du village des N’Zima, ont institué cette célébration, par l’intermédiaire du prêtre (kominlin en N’Zima) Koudoum.

« Les anciens vous diront que la fête de l’Abyssa ne s’appelle pas Abyssa, mais Koudoum, du nom du « kominlin » à qui des génies ont fait la grâce de confier les bienfaits de cette fête », indique Pacôme Ezané, cadre et membre du comité d’organisation de l’Abyssa 2011.

Partage et don de soi

L’un des côtés caché de Koudoum ou Abyssa est la cérémonie du jet de pierres à la mer. Lors de cette cérémonie, à laquelle seuls les autochtones n’zima ont le droit de participer, l’on formule des vœux pour la nouvelle année.

« Ceux qui veulent rencontrer l’amour de leur vie formulent ce vœu. Idem pour ceux qui veulent être fortunés pour mieux se mettre à la disposition de la communauté. Il y a aussi les femmes qui souhaitent avoir des enfants. Bref, toutes sortes de vœux sont formulés. Et ils sont exhaussés, s’ils sont sincères et surtout formulés dans un esprit de partage et de don de soi », révèle Dr Lazare Amon, un enseignant qui fait des recherches sur la culture n’zima.

Des vœux exhaussés ? Rien n’est moins sûr. Cependant les N’Zima croient en cette cérémonie, comme les chrétiens catholiques croient au baptême. Comme les chrétiens au cours de la messe, les N’Zima, au cours de cette cérémonie que certains N’Zima chrétiens notamment, associent à de la sorcellerie, les « kominilin » récitent le verset d’Afontché, du nom d’un génie protecteur, l’équivalent de l’ange gardien chez les chrétiens. Ce verset récité en N’Zima originel est récité depuis trois siècles par les successeurs de Koudoum, le premier prêtre de l’Abyssa.

Réconciliation

La deuxième face cachée de l’Abyssa est l’expression la plus achevée de la démocratie en pays n’zima. C’est l’étape de vérité, au propre comme au figuré. Elle se déroule juste avant la cérémonie de vœux au bord de la mer, toujours loin des yeux indiscrets des « étrangers ».

Les sept familles (Alonwomba, Mafolè, N’Wavilè, Adahonlin, Ezohile, N’djuaffo ou Ahua, Azanwoulé) qui composent le peuple n’zima à l’image des sept castes d’Egypte dont ce peuple se dit descendant, se scindent en deux groupes. D’un côté les femmes, de l’autre les hommes. Les deux groupes se livrent à un jeu d’autocritique et de critiques dont l’enjeu est la catharsis collective.

La coutume exige que les critiques se fassent dans un esprit de bon ton et que les destinataires soient réceptifs. « C’est tout ce qu’il y a de démocratique, soutient Dr Lazare Amon. D’un : les critiques se font avec des mots bien choisis, pour ne pas offenser. De deux : personne n’est cité nommément pour ne pas verser dans les règlements de compte. De trois : les personnes visées par les critiques y compris le roi lui-même (en l’occurrence Sa Majesté Nanan Amon Tanoé, NDLR) ont le devoir de les accepter. Enfin, et c’est le plus important : tout le monde s’engage à intégrer les critiques dans sa vie de tous les jours et à rectifier le tir durant l’année qui va suivre ».

Pour le spécialiste de la culture n’zima, il ne fait l’ombre d’aucun doute que « la démocratie existait dans nos sociétés africaines bien avant l’arrivée des Européens en Afrique. Les N’Zima le prouvent à travers cette cérémonie qui est la forme la plus achevée de la transparence, de la vérité et surtout de la réconciliation ».

Finalement, l’Abyssa n’est pas seulement une fête populaire de réjouissance, c’est une cérémonie intra-muros qui célèbre la démocratie et la réconciliation chez les N’Zima. Le résultat est patent : de Petit Paris à Azurety en passant par Impérial, Agnonty, et autres quartiers de Grand-Bassam, il est rare de voir des N’Zima étaler leurs différends politiques, fonciers, commerciaux, etc. sur la place publique. Chez ce peuple, l’Abyssa  règle tout…enfin presque tout.

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 11:13

En moins de dix ans, la capitale du Mali est passée de grande bourgade pauvre où des hommes assis sur des dos d’âne circulaient allègrement dans des rues petites et encombrées ; à une ville moderne avec échangeurs, larges rues et cités futuristes. Voyage dans le Bamako cuvé 2012.

 Aci-2000--Bamako.JPG

Cité administrative de Bamako, il est midi. Des fonctionnaires souriant, aux visages radieux, sortent par dizaines des bureaux climatisés. Ils se dirigent vers le parking souterrain où sont garés leurs véhicules. Cette cité est la fierté des Maliens, c’est le symbole du développement urbain du pays. Il y a quinze ans, cet espace abritait des bicoques qui relevaient plus du ghetto que d’un quartier digne d’une capitale. En moins de dix ans, la nouvelle cité est sortie de terre, superbe et attirante. Peinte en jaune or, la cité abrite le siège de douze ministères et la Primature. La Présidence restant logée sur le très coquet mon Koulouba qui a donné son nom au Palais présidentiel.  Lancés en 2003 par l’ancien président Alpha Oumar Konaré avec le soutien financier du Guide de la révolution libyenne Mouammar Kadhafi, les travaux ont pris fin en 2011. En septembre, c’est le président Amadou Toumani Touré (ATT) lui-même, qui a inauguré les bâtiments, en l’absence du principal donateur, tué lors de la crise libyenne.

« Depuis que nous avons déménagé ici, je sens que je donne le meilleur de moi-même », confie Djény Nana, l’une des secrétaires de la Primature, à une amie qu’elle invite à déjeuner à la pause, à la cantine de la Primature. Car il y en a une au sein de la Primature. Deux cantines au total, dans la cité. La cité administrative est influencée par une architecture soudano-sahélienne, autrement dit libyenne, avec sa finition en forme de minaret. Coût de ce joyau architectural bâti sur une surface de plus de 10 hectares: 53 milliards de francs CFA. Un tour dans cette cité propre, parsemée de jardins fleuris, dévoile la Primature, imposant bâtiment de 5 niveaux avec 173 bureaux, 1 salon VIP, une cantine pour le personnel, une salle de réunion pour le conseil de gouvernement. Les ministères eux, sont bâtis sur 4 niveaux. Une différence d’un niveau, sans doute pour bien montrer que le premier ministre commande les ministres.

Echangeur à voies multiples

Pour accéder à cette cité, le nouvel échangeur, autre fierté malienne, construite sur une avenue Cheick Zayed, bordée de fleurs et propre, offre un beau spectacle avec ses voies multiples et son monument surmonté d’une colombe, dédié à l’unité africaine. Unité africaine ? Justement, de l’autre côté de la voie, dans le dos de la cité administrative, le mémorial Modibo Kéita, du nom du premier président du Mali, offre au visiteur les posters fiers des pères des indépendances africaines : Houphouët-Boigny, Sékou Touré, Patrice Lumumba, Joseph Kasavubu, Jomo Kenyatta, Kwame Nkrumah…

L’une des voies de cet échangeur conduit à l’avenue du 5 septembre. Petite surprise technologique sur cette avenue, précisément au rond-point dit du cinquantenaire au quartier Boribana : un feu tricolore doublé d’un chronomètre à timing décroissant. « C’est à Bamako que je vois ça, s’enorgueillit un chauffeur de taxi, qui a passé son permis de conduire à Agboville, en Côte d’Ivoire où il a résidé pendant plus de dix ans. Même si on ne regarde pas le feu, le chrono est là. Quand on approche à 5 secondes, je m’apprête à démarrer ».

Autre symbole du nouveau visage de Bamako : le quartier Aci 2000. C’est le Cocody de Bamako, le Ouaga 2000 version malienne. Ici, les lots se payent en millions de francs CFA. La nouvelle ambassade de Côte d’Ivoire, non encore opérationnelle, y est bâtie. C’est un bâtiment moderne en verres, qui en impose et qui reflète l’image positive de la Côte d’Ivoire dans ce pays. Aci 2000 n’existait pas il y a dix ans. Et déjà, plusieurs entreprises commencent à y délocaliser leurs sièges. C’est le cas d’Orange Mali ou de la puissante société aurifère ghanéenne Anglo Gold Ashanti. Aci 2000 se distingue des autres quartiers de Bamako, non seulement par ses constructions modernes, mais par ses larges routes telles des avenues et ses espaces verts. Le gouvernement y applique une politique d’urbanisation stricte, contrairement à d’autres vieux quartiers de la ville comme à Baco-Djicoroni, le quartier populaire devenu célèbre dans le milieu de la diaspora ivoirienne de Bamako du fait que Tiken Jah Fakoly s’y est établi depuis quelques années.

Tapis roulant

Le nec le plus ultra d’Aci 2000 est incontestablement le Centre commercial de l’Aci, chef-d’œuvre co-réalisé par des architectes maliens et tunisiens, à hauteur de 7.6 milliards de francs CFA. Moderne et fier, l’édifice domine le Grand marché ou Marché rose sur la rue Karamoko Diaby. Le Centre commercial de l’Aci, c’est le Sococé Deux-Plateaux de Bamako, mais en plus grand. Il a été inauguré le  22 septembre. Un voyage dans ce centre de 6 ha, dévoile les ambitions de développement urbain du Mali. Cinq niveaux, un parking au sous-sol, une mezzanine,  71 espaces commerciaux, 18 toilettes au rez-de-chaussée, 10 à chaque étage. Le centre comprend également trois galeries commerciales dont deux latérales, avec chacune un hall circulaire spacieux et une galerie longitudinale centrale comprenant 3 grands halls de forme circulaire avec deux escalators. Ici, ces escalators sont une vraie curiosité. En effet, avec ce centre commercial, le tapis roulant, fait sa première apparition au Mali.

Sur la rue Karamoko Diaby, plusieurs autres grands chantiers sont en cours, dont les nouveaux sièges du Pari mutuel urbain, (PMU-Mali) et de l’Institut national de prévoyance sociale, (INPS).

Complexe numérique du futur

Les autorités maliennes ne veulent pas s’arrêter là. Après avoir réussi à faire pousser des immeubles (hôtels, commerces, services, etc.) aux abords de la voie qui part de l’aéroport de Bamako Sénou au centre-ville, là où des cases étaient encore visibles il y a dix ans, les autorités prévoient de construire un complexe numérique futuriste à la périphérie de la ville. Coût du projet : 16 milliards de francs CFA, financés notamment par la Banque africaine de développement (BAD). Ce complexe dont les travaux ont été lancés le 20 décembre dernier par ATT devra changer davantage le visage de Bamako. Il sera construit à Djicoroni-Para sur l’emplacement actuel du Centre de formation des postes et télécommunications (CFPT) sur 4.5 ha. «  Le complexe numérique constituera dans l’avenir l’un des piliers de la nouvelle économie, l’économie numérique, génératrice des emplois du futur, dispensatrice du savoir et du savoir-faire dans le Mali du 21è siècle », se plaît à commenter Modibo Ibrahim Touré, ministre des Postes et des Nouvelles technologies.

Hier raillée voire méprisée, Bamako surprend aujourd’hui tout visiteur par ses infrastructures modernes. La capitale malienne poursuit avec dignité son embellie et sa transformation morphologique. Abidjan la belle avec ses tours au Plateau, son autoroute nu nord et bientôt son échangeur à trois niveaux, a donc intérêt à renforcer sa toilette... 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 11:10

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Grande Interview / André Silver Konan (Journaliste écrivain) à Ivoiremedia.com :

« Le RDR a trop dénoncé le tribalisme et l’exclusion dont il a du reste souffert, pour tomber dans le même jeu du tribalisme et de l’exclusion »

Il a toujours tiré la sonnette d’alarme par ses écrits sur la situation en Côte d’Ivoire de façon prémonitoire. Aujourd’hui, ivoiremedias.com lui tend son micro pour dire son sentiment et une analyse sans langue de bois comme on le lui connait sur les différentes étapes du processus de réconciliation en cours en Côte d’Ivoire.

 

Bonjour cher confrère, des législatives viennent de se tenir en Côte d’Ivoire. Et les indépendants ainsi que les femmes y ont fait une percée en force. Qu’est-ce cela  vous inspire-il ?

 

Ma réponse va porter sur les indépendants, puisqu’à mon sens, les femmes n’ont pas réussi une réelle percée. Les nombreuses candidatures indépendantes sont la preuve qu’il n’existe pas encore une réelle volonté de transparence dans le choix des candidats au sein des partis politiques. Aucune élection primaire n’a été organisée au sein d’aucune formation politique, ni au RDR d’Alassane Ouattara, ni au PDCI d’Henri Konan Bédié, ni à l’UDPCI de Toikeusse Mabri, ni au Cap-UDD de Gervais Coulibaly, ni au Lider de Mamadou Koulibaly. Vous remarquerez que tous ces partis ont tous des idéologies politiques différentes, souvent même radicalement opposées. Vous constaterez par ailleurs que le choix non transparent des candidats par les partis politiques touche aussi bien la mouvance présidentielle que l’opposition y compris celle qui est proche de Laurent Gbagbo. Il y a encore du travail à faire, puisque la plupart des indépendants se sont portés candidats par dépit et en rapport avec le mode de désignation ni démocratique et ni consensuel au sein des partis politiques. Conséquence : dans un parti comme le PDCI qui porte pourtant le mot « démocratique » dans sa définition, de nombreux indépendants issus de ses rangs ont raflé la mise face aux candidats officiels.

La Côte d’Ivoire va se doter d’un Parlement après les législatives du 11 décembre dernier. Mais avec le score du RDR, le PDCI-RDA garde-t-il encore ses chances intactes de se voir confier la Primature ?

Le PDCI garde encore ses chances de se voir attribuer la Primature. Je pense que Ouattara est homme à respecter ses engagements vis-à-vis d’un allié. Mais je crois savoir que cela pourrait prendre au moins quatre mois encore. On attend de voir.

A votre avis, est-il exclu que le RDR soit tenté de former un gouvernement de personnalités  majoritairement issues des rangs de cette formation politique ? Notre question trouve son fondement dans le fait que des candidats PDCI-RDA se soient retirés au profit de ceux du RDR. Votre sentiment ?

A mon avis, le président Ouattara va former un véritable gouvernement d’union, non seulement avec ses alliés du RHDP, mais avec des personnalités proches de Laurent Gbagbo. En tout cas, c’est ce qu’il devrait faire. Il n’a aucun intérêt à fermer le jeu démocratique autour du RDR dont, soit dit en passant, il demeure officiellement le président, ce qui n’est pas normal. Comme il n’est pas normal qu’il ne déclare pas ses biens, comme il s’y était engagé (rires).

La Côte d’Ivoire va enfin se doter d’un Parlement. Au vu des personnalités élues, à quel genre de Députés le peuple aura affaire ? Seront-ils beaucoup plus représentatifs de leurs mandants ou allons-nous assister encore à la bonne vieille assemblée disons ‘‘à la papa’’ où certains approuvaient les projets de loi en suivant le mouvement sans avoir compris un seul instant de quoi il s’agissait et l’impact de leur décision sur leurs régions ?

Le parlement sera monocolore, il ne faut donc pas rêver à y assister à de réels débats démocratiques. Cela est bien dommage pour la démocratie.

 

Les législatives du 11 Décembre 2011 ont vu la participation de beaucoup de cadres militants du Front Populaire Ivoirien en indépendant, n’était-ce pas une stratégie de reconquête du pouvoir sachant l’implication de leur parti dans les massacres perpétrés lors de la crise post-électorale et craignant d’en être sanctionnés dans les urnes en y allant sous cette étiquette ?

S’il y a des candidats que j’ai particulièrement suivi pour le compte de mon journal, Jeune Afrique, c’est bien ceux issus du FPI et globalement ceux qui se réclamaient de Laurent Gbagbo. Je puis dire que leur candidature n’obéissait pas à une stratégie du double langage du FPI. Ils avaient décidé d’y aller contre le gré de leur parti et ils ont d’ailleurs été suspendus par le FPI. Ils risquent la radiation, ce qui n’arrivera pas j’espère. Mais en même temps, secrètement, certains responsables du FPI, les plus modérés, les appuyait et ils comptaient bien sur eux pour former un groupe parlementaire proche du FPI à l’assemblée nationale. Malheureusement, presque tous ont échoué, pour une raison toute simple : le boycott du FPI a particulièrement ciblé les candidats issus de ses rangs. L’on a pu constater que les plus mauvais taux de participation ont été enregistrés dans des régions qui votent traditionnellement le FPI. C’est dommage, je pense que c’était une erreur de la part du FPI de ne pas aller aux législatives, quoique les trois conditions qu’il posait, à savoir la recomposition de la CEI, la sécurité et la libération des détenus du camp Gbagbo, étaient légitimes, même si concernant la libération du couple Gbagbo, cela apparaissait surréaliste pour le pouvoir.

Plusieurs candidats reconnus comme des militants du PDCI-RDA se sont présenté en indépendants. Quel pourrait être leur sort de ceux qui n’ont pas été élus ? Et celui de ceux qui l’ont été ?

 

Le PDCI ne prendra aucune décision contre ceux qui ont désobéi à son mot d’ordre. Ce parti est victime de ses propres turpitudes. Quant à ceux qui ont été élus, il y a des tractations visant à les faire revenir à la maison pour gonfler le chiffre historiquement lamentable de 76 députés que le PDCI a obtenu. Certains sont réticents et pourraient constituer un groupe parlementaire avec le MFA, qui à la surprise générale, a pu avoir trois élus. Les autres vont rejoindre leur parti.

 

Cela est la manifestation d’une indiscipline notoire. Dans le cas extraordinaire où ces récalcitrants ne sont pas sanctionnés, ne pensez-vous pas que ce soit la porte ouverte à toutes les fantaisies pour les prochaines échéances?

C’est la porte ouverte à toutes les fantaisies. Mais je pense que ce ne sont pas les indépendants qui sont en faute, mais c’est le mode de désignation des candidats qui est en cause. Je vous prends un exemple. A Attécoubé, après que la direction du PDCI eut décidé d’organiser des élections primaires, la base a désigné le maire sortant Paulin Claude Danho pour être la tête de liste. Quand Henri Konan Bédié est rentré  de son voyage à Paris, il a décidé d’annuler tous les résultats des primaires, expliquant qu’il privilégiait le consensus, ce qui est à encourager dans une démocratie. En termes de consensus, ce sont des candidats désignés après la première date de clôture des candidatures par la CEI, sur une base purement discrétionnaire du président, qui a été faite. Entre temps, tous les candidats à la candidature du PDCI, craignant d’être forclos sont allés déposer individuellement leur liste à la CEI. A trois jours de la deuxième date de clôture des candidatures, une liste de la direction du PDCI, publiée dans les journaux, désignait M. Danho comme candidat du PDCI, avec comme colistier M. Drissa Coulibaly, qui lui, avait déjà constitué une autre liste. Evidemment, étant donné que la direction du PDCI n’a pas entrepris de médiation pour réconcilier les deux hommes, et surtout, pour offrir des alternatives crédibles, aux colistiers de chacun des deux candidats, la campagne électorale s’annonçait difficile. Mais le PDCI a commis une autre erreur. A la veille de la date de clôture des candidatures, il a sorti sa liste dite corrigée sur laquelle ne figurait plus M. Danho et son colistier. Que feriez-vous à sa place devant ce manque de considération et de transparence manifeste ? Eh bien, c’est ce qui s’est passé dans plusieurs endroits notamment à Yamoussoukro où le PDCI a perdu avec une liste officielle et trois autres listes issues de ses rangs, alors que les voix obtenues par tous ses candidats dépassent de loin celles du RDR. Voilà pourquoi je dis que le PDCI est victime de ses propres turpitudes.

Quel commentaire sur la débâcle de Koulibaly Mamadou de Lider à Koumassi et de la majorité des candidats du FPI indépendants?

La défaite de Mamadou Koulibaly à Koumassi était prévisible. Je l’avais annoncée. Le fait est que Mamadou Koulibaly sans le FPI n’est rien, alors que le FPI sans Mamadou Koulibaly et avec Laurent Gbagbo reste le FPI. Quant aux candidats issus du FPI, ils ont été particulièrement visés dans la campagne de boycott du FPI. Par exemple dans le village du président de la coordination des candidats indépendants issus du FPI, Séry Déhoua, des personnes sont passées pour dire que Gbagbo a dit que si les populations veulent le revoir, elles ne doivent pas voter. A la veille du scrutin, des SMS disant que les FRCI descendraient dans les villages de la région pour massacrer tous ceux qui participeraient au vote, ont circulé. Les villageois sont tombés en brousse (rires) au sens vrai du terme pour fuir d’éventuelles représailles. Evidemment, c’était de l’intox. Mais quand ils sont sortis de la brousse, ils avaient un nouveau député qui avait été élu par une poignée de ses supporters et qui n’était pas celui qu’ils auraient aimé voir élu. Sinon, les candidats indépendants issus du FPI avaient toutes les chances de l’emporter dans les localités qui votent traditionnellement le FPI.

Certains candidats désignés par le PDCI-RDA ont mordu la poussière face aux indépendants se réclamant du parti. Cela ne pose-t-il pas le problème de la méconnaissance du terrain par la direction?

Le top management du PDCI n’a tiré aucun enseignement de ses débâcles passées, depuis le coup d’Etat de 1999, jusqu’à sa défaite à la présidentielle de 2010. Cela est fort dommage pour les jeunes de ce parti, qui a pourtant sa carte à jouer et qui, s’il était dirigé avec une vision claire et une stratégie pointilleuse, pourrait très rapidement revenir aux affaires. Si le statu quo demeure, je crains que ce parti ne parte à reculons. Aujourd’hui, de première force politique du pays, il est passé à la troisième force politique derrière le RDR et la coalition pro-Gbagbo. Cela devrait interpeller ses dirigeants sur la nécessité d’une réorganisation structurelle et stratégique de ce parti.

L’on observe une percée de la jeunesse lors de ce scrutin, quel est votre sentiment ?

Dans de nombreuses localités, le discours de rupture des jeunes, a payé. Les vieux sont souvent perçus par les électeurs comme des personnalités potentiellement corrompues ou ayant trop « mangé » sans avoir suffisamment pensé à leurs cadets.

Que pouvez-vous dire des femmes élues Députés ?

Les femmes doivent se battre davantage pour occuper pleinement leurs places dans toutes les composantes de la société et dans toutes les sphères de décision. Dans une Côte d’Ivoire où le combat pour le genre n’est pas mené par les hommes, c’est à elles d’arracher et de mériter leurs places. Les leaders politiques doivent aussi faire la promotion des femmes. Cela paye en politique. La preuve est faite avec Yasmina Ouégnin que le PDCI a promu à Cocody. Par la force des choses, elle est devenue la tête de liste devant l’autre candidat dont j’ai d’ailleurs oublié le nom. Pour moi, elle est la révélation de ces législatives.

L’on comprend difficilement que malgré les séances de formation aux techniques du vote que les partis politiques ont multiplié surtout avant les présidentielles, il y ait pu encore exister des bulletins nuls par milliers. A quoi cela est dû à votre avis?

Ecoutez, je n’ai pas encore vu de candidat frapper aux portes de potentiels électeurs pour leur apprendre à cocher leur nom dans une case sur un bulletin de vote. C’est la sensibilisation de proximité qui va régler cela, non les campagnes de masse, que les gens suivent de loin et avec distraction.

La majorité réclamée par le RHDP l’Assemblée Nationale va-t-elle constituer un atout pour le Chef de l’Etat ou tout au contraire, un problème dans la gestion quotidienne de ses pouvoirs ?

 

Le RHDP ne constituera pas un problème pour Ouattara à l’assemblée nationale. Dans un scénario improbable où cette coalition volerait en éclats avant 2016, le chef de l’Etat peut compter sur les députés du RDR, qui sont majoritaires à l’assemblée nationale.

Quel est votre sentiment sur les nombreuses réclamations et de contestations de certains candidats aux législatives sur le bureau du Conseil Constitutionnel ?

C’est la preuve que les Ivoiriens commencent à intégrer les voies démocratiques de gestion des contentieux électoraux. C’est aussi la preuve que Francis Wodié, le nouveau président du conseil constitutionnel inspire confiance. Le traitement diligent et impartial de toutes ces réclamations constitue pour Wodié un véritable test de crédibilité. Il joue non seulement sa réputation, mais son honneur.

 

Un certain Jaguar s’est fait élire Député d’Attécoubé sans être démobilisé ni avoir démissionné de l’Armée ? Que vous inspire cette situation ?

Les dieux sont tombés sur la tête en Côte d’Ivoire, voilà ce que je peux répondre. Je pense aussi que l’affaire est sur la table de Wodié.  

Et les événements de Vavoua suivis des décisions de Ouattara ?

Les évènements de Vavoua sont arrivés pour faire éclater au grand jour, un problème que personnellement je dénonce depuis toujours : les activités inacceptables des FRCI. Il est bien que cela soit arrivé à Vavoua, une localité située en ex-zone FAFN, parce que si cela avait été à Gagnoa, à Duékoué ou à Alépé, il se serait certainement trouvé des gens pour accuser des pro-Gbagbo, d’avoir initié ces actions et le problème aurait été éludé. Il faut donc saluer la fermeté de Ouattara sur cette question des FRCI. Il était dans une posture difficile, entre des agissements incorrects de commandants de zone, de ville et de secteur qui l’avaient aidé à arriver au pouvoir et la nécessité de protéger la population face à ces agissements. Les premiers témoignages sur le terrain sont de nature à croire que sur la question des FRCI, le chef de l’Etat est en train d’affirmer son autorité, comme je l’avais demandé dans un article.  

Malgré la bonne volonté affichée des forces armées et impartiales en Côte d’Ivoire, l’on ne peut pas dire que la sécurité était vraiment garantie lors de ce scrutin ? Votre avis ?

La sécurité était relativement garantie lors de ce scrutin. En 2000, il y a eu des dizaines de morts, suite au boycott du RDR. En 2011, il y a eu cinq mort, dont trois liés à une explosion de grenade, qui n’avait aucun rapport avec des revendications politiques et le décès d’un candidat. Cependant, l’implication de certains cadres des ex-FAFN dans la campagne électorale, surtout dans le nord (il y a eu des photos que j’ai vues sur abidjan.net) a faussé le jeu démocratique dans certaines localités.

Nombre d’Ivoiriens comprend difficilement le découpage administratif actuel de la Côte d’Ivoire ? Et vous ?

Il y a deux choses dans ce nouveau découpage. La première chose concerne le redécoupage administratif. Ce nouveau redécoupage pour ce qui concerne la nomination des gouverneurs est une anomalie démocratique dont avait usée Laurent Gbagbo à des fins politiciennes. Il est dommage qu’Alassane Ouattara perpétue cette anomalie. Par ailleurs, je crois savoir, si je ne m’abuse, que les gouverneurs des 14 districts seront nommés. Si tel sera le cas alors ce serait un recul démocratique car la tendance est à la décentralisation, non à la déconcentration. En outre, je vois d’ici là, des querelles de leadership entre les gouverneurs nommés directement par le président, qui cherchera incontestablement à placer ses hommes et les présidents des conseils régionaux élus, ainsi que des conflits de compétence. Concernant les conseils généraux transformés en conseils régionaux, cela est juste du point de vue de l’efficacité, mais il reste une question que les autorités, à mon sens, vont éluder : que vont devenir les centaines de travailleurs dans ces administrations ? La deuxième chose concerne le nouveau découpage électoral. Je constate avec Laurent Akoun que sur 30 nouvelles circonscriptions électorales créées, plus de la moitié est située au nord. Cela ressemble à un redécoupage sur mesure et cela n’augure rien de bon pour l’équilibre géopolitique.

Quel est votre sentiment sur le transfert de Laurent Gbagbo à la CPI ?

Ma position sur le transfèrement de Laurent Gbagbo à la CPI est radicalement simple : il y a eu 3.000 morts en Côte d’Ivoire pendant la crise postélectorale et il faut bien que quelqu’un paye. Il y avait deux principaux belligérants : lui et Alassane Ouattara. Dans mes épitres que j’adressais à mon ami Koudou pendant la crise postélectorale et alors que j’étais en exil, j’ai à maintes fois prévenu M. Gbagbo qu’il pourrait se retrouver à la CPI, parce que ce sont les vainqueurs qui décident du sort des vaincus, et que lui, allait perdre la guerre après avoir perdu l’élection. Je l’invitais à se retirer pour que s’arrêtent les massacres dans les deux camps et par les deux camps. Il n’a pas écouté, il a joué et il a perdu. Il doit assumer. Si c’était lui qui avait gagné, au mieux, Alassane Ouattara serait à la CPI, au pire, il serait dans un autre monde. Je l’ai dit et je le répète, c’est malheureux que ce soit ainsi, mais la justice a été toujours celle des vainqueurs. Autrement, les généraux de l’armée rouge, dont les troupes ont commis les pires massacres en Allemagne pendant la bataille pour faire tomber Hitler, auraient dû être jugés pour crimes contre l’humanité au même titre que les nazis. En le disant, je ne défends pas ceux qui appliquent une justice des vainqueurs, car mon position est que tous ceux qui ont commis des crimes doivent payer, mais je décrypte froidement une situation qui équivaut à dire, que rarement les hommes politiques se font hara kiri. Il appartenait à Gbagbo d’inviter la CPI en Côte d’Ivoire pour enquêter sur les crimes commis à Bouaké par les ex-FAFN, il ne l’a pas fait, parce que lui aussi avait des cadavres dans le placard avec les escadrons de la mort. Les partisans de Gbagbo ne doivent donc pas compter sur Ouattara pour exiger la lumière sur ces faits passés d’une force militaire qui l’a aidé à arriver au pouvoir. Aujourd’hui, Ouattara a ouvert la boîte de Pandore de la CPI, cela met la pression sur lui-même et sur ses proches. Par ailleurs, je pense qu’à la CPI, Gbagbo a la possibilité de mieux se défendre. En dépit de tout ce que ses partisans peuvent dire aujourd’hui, sur la partialité de la CPI ou son inféodation aux puissances coloniales ou occidentales, vous savez, ce genre de slogans vaseux qui ont pour seul mérite d’endormir les consciences peu éclairées ; la CPI travaille en toute transparence, en atteste ses séances publiques. Si Gbagbo n’a rien à voir avec les 3.000 morts, il sera libéré, sinon, il sera condamné. Et les marches de soutien à La Haye, les slogans du genre « No Gbagbo, no peace », les accusations totalement farfelues contre Sarkozy qui a mieux à faire avec son élection en 2012 que de s’occuper de livrer Gbagbo à la CPI, n’y pourront rien. Au fait, j’ai bien compris que Gbagbo est devenu un fonds de commerce pour des gens en France. Je vois ce qui se passe ici à Paris, et j’ai mal pour tous ces gens qui à Abidjan ou à Accra, croient naïvement qu’ils luttent pour une cause, alors qu’ils luttent pour l’enrichissement d’une catégorie de personnes. Bref, je n’en dirai pas plus. 

Quel commentaire sur l’arrestation et la libération des journalistes de Notre Voie ?

C’était une erreur inadmissible et je crois que la justice s’en est repentie en libérant les confrères. Il faut que le parquet du Plateau comprenne une fois pour toutes qu’on ne doit pas arrêter un journaliste pour ses écrits dans un journal. La loi sur la presse votée en 2004 et applaudie par les tenants actuels du pouvoir, l’interdit. Ce sont les magistrats qui doivent faire appliquer la loi qui souvent se montrent peu regardants face au respect de la même loi. C’est une hérésie judiciaire, un mauvais signal envoyé aux justiciables et qui est la preuve qu’on est en droit de se poser des questions sur l’indépendance de la justice. Enfin il faut que les politiques qui très souvent font pression sur les magistrats comprennent qu’on n’amènera jamais un journaliste à diluer sa plume ou à retourner sa plume, en le mettant en prison. Bien au contraire, très souvent, c’est précisément le résultat contraire qu’on obtient.

A quand le prochain André Silver Konan en kiosque ?

Raison d’Etat, mon deuxième livre, sortie en octobre, est toujours en librairie. On prévoit d’autres dédicaces au premier trimestre 2012 à Abidjan. En attendant mon prochain livre qui pourrait être une sorte de récit exclusif et chronologique romancé sur ce qui s’est réellement passé 19 septembre 2002, j’invite les Ivoiriens à s’offrir Raison d’Etat et à offrir Raison d’Etat, en guise de cadeaux de nouvel an à leurs proches.

Vos vœux pour l’année 2012 ?

Je souhaite que la paix revienne vraiment dans mon pays pour qu’enfin, des investissements massifs créent des emplois pour nos frères et sœurs.

 

Votre mot de fin

J’aimerais dire que notre pays peut et doit se relever. Personnellement, je crois que le président Ouattara s’est mis à la tâche et les résultats sont bien visibles dans les rues d’Abidjan. Même ceux qui n’approuvent pas son arrivée à la tête du pays, sont obligés d’admettre que du point de vue du travail, il s’applique. Cependant, je souhaite de tout cœur que les autorités ne tombent pas dans le piège de leurs prédécesseurs, car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le RDR a trop dénoncé les maux tels le tribalisme et l’exclusion dont il a du reste souffert, pour tomber dans le même jeu du tribalisme et de l’exclusion. Les gens ont beau le nier ou l’expliquer, cette politique n’a jamais construit une nation. Je souhaite une vraie réconciliation dénuée de toute hypocrisie et cela est de la responsabilité du pouvoir, non de l’opposition. Le pouvoir doit poser des actes concrets, non proclamer des slogans, tout comme l’opposition, principalement le FPI doit sortir de son mal le mieux partagé, à savoir l’extrémisme. La réconciliation passe par l’ouverture du jeu démocratique par le pouvoir et par des actes diligents de l’opposition.

Réalisée au téléphone par Gervais Y DJIDJI

gervais.djidji@ivoiremedias.com

Source : ivoiremedia.com

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 18:10

André Silver Konan est journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la Guinée. Ecrivain, blogueur et analyste politique, il a été le premier journaliste de la presse internationale à s’être rendu à Conakry après l’attaque du domicile d’Alpha Condé et le premier à avoir fait le film de cet évènement. Il livre à Afrik.com son analyse de la situation. 

Deux ans après le massacre du 28 septembre, qui avait fait plus d’une centaine de morts, le sang a de nouveau coulé à Conakry.  L'opposition a eu-t-elle raison de maintenir sa marche, malgré l'interdiction gouvernementale ?

Je ne m’exprime pas en termes de raison ou non de l’opposition ou du pouvoir, mais en termes de droit constitutionnel. L’opposition a-t-elle le droit constitutionnel de marcher ? La réponse est oui. Constitutionnellement, le pouvoir est-il fondé à interdire une marche ? La réponse elle aussi est oui. Ma position est qu’idéalement, il faut laisser les gens manifester leurs joies comme leurs mécontentements, dans un cadre sécurisé par les forces de l’ordre.

 

L’objectif des manifestants était de protester contre la nomination, jugée partiale, de la CENI, Commission Electorale Nationale Indépendante, chargée d’encadrer les élections législatives prévues fin décembre 2011. Est-ce le cas ? Va-t-on vers des élections truquées ?

L’objectif des manifestants n’était pas seulement de protester contre des nominations à la Ceni, mais d’obtenir une date et une organisation consensuelles des élections législatives. Pour l’heure, nous n’en sommes pas là, mais le cadre de concertation mis en place à l’initiative du pouvoir et sous la pression de l’opposition, est à encourager. Nul n’a intérêt à voir la Guinée replonger dans le spectre du sang. En attendant, et pour répondre à votre deuxième question, je fais remarquer qu’il est difficile de parler d’élections truquées en Guinée dans les conditions instituées par le code électoral. En réalité, il faut connaître le modus operandi des élections en Guinée. De façon pratique, cela se décline ainsi : chaque candidat à des élections locales (comme générales) peut déléguer des représentants dans tous les bureaux de vote de sa circonscription. A 18h, après la fermeture du bureau de vote, chaque représentant de candidat est autorisé à assister au dépouillement et à la signature du procès verbal. Une copie de ce procès verbal lui est remise. Il est très aisé pour chaque candidat d’agréger les résultats des bureaux de vote qui lui parviennent de la part de ses représentants et de confronter ses résultats avec ceux proclamés par les commissions locales où il peut aussi se faire représenter. Je ne vois donc pas comment, un candidat vigilant tant en amont qu’en aval, sur tout le processus, peut se faire voler sa victoire.

Alpha Condé avait promis des élections six mois après son investiture. Le délai est largement dépassé. Est-ce le facteur qui a suscité la mobilisation de l'opposition ?

C’est l’un des facteurs. L’opposition a trouvé la « prolongation » suspecte, surtout qu’il a été question de reprendre intégralement le fichier électoral qui a servi, il faut le souligner, à l’élection présidentielle de juin et décembre 2010.

Cellou Dalein Diallo, l’ancien premier ministre et actuel chef de l’opposition, a dénoncé les dérives dictatoriales de Condé. En est-on là ?

M. Diallo utilise des termes théoriques familiers aux opposants, il appartient au pouvoir de démontrer le contraire dans les faits. Ma position qui est d’ailleurs très simple, est que tout pouvoir a intérêt à écouter et à respecter son opposition et toute opposition a intérêt à s’inscrire dans une démarche citoyenne. Hélas, cela manque beaucoup en Afrique où les dirigeants politiques qu’ils soient opposants ou au pouvoir,  tirent tant sur la fibre ethnique, qu’à la fin, l’équilibre de la nation se rompt.

L'armée n'est pas intervenue hier (le 27 septembre, NDLR). Quel rôle peut-elle jouer dans cette situation de blocage entre le pouvoir et l'opposition? Un coup d'état militaire avait déjà été déjoué en juillet dernier ? Condé est-il réellement menacé ? Par qui ?

L’armée n’est pas intervenue et c’est une grande victoire pour le président Condé. Cette manifestation faisait figure de test de contrôle de l’armée, par lui. Il a passé son test. Cependant, la gendarmerie et la police sont intervenues. La manifestation a montré que les éléments de ces deux corps ont besoin non seulement d’être formés, mais d’être dotés d’outils conséquents. De même, les attaques de manifestants contre des gendarmes qui pour certains ne disposaient même pas d’une matraque, a bien montré que les dirigeants de l’opposition ne contrôlent pas leurs militants et ne les disposent pas au respect des institutions et des biens publics. Pour autant, un coup d’Etat militaire en Guinée est pour l’heure hors des esprits des militaires y compris ceux qui ont fui le pays pour des raisons diverses, depuis les évènements du 19 juillet. Je ne dirai pas que M. Condé est menacé, mais je constate qu’il se bute à de nombreuses problématiques. La première reste l’armée dont la réforme tarde du reste. La deuxième est son propre camp qui navigue souvent à contre-courant du rassemblement prôné par le chef. En clair, Condé doit fermement montrer aux siens qu’il est venu pour travailler pour tous les Guinéens, non pour une partie des Guinéens. Ce matin, au lendemain de la marche, certaines descentes bien ciblées dans certains quartiers ben ciblés, étaient totalement inconséquentes. Elles n’ont pour seul mérite que de braquer davantage des communautés contre les autorités. La troisième est le chômage dans un pays au potentiel agro-géologique impressionnant. Une bonne politique agricole offrirait du travail à ces milliers de jeunes qui ne veulent que travailler. Prenons un exemple simple, les autorités pourraient décider d’encourager les jeunes au retour à la terre, à travers (je dis n’importe quoi), la subvention de plantations de palmiers à huile. Les terres arables existent, les bras valides sont là, il suffit de créer des structures d’encadrement agricole, une banque pour le financement de l’agriculture qui serait doté d’un capital tiré de prélèvements sur la vente de bauxite, dont le pays est le premier producteur africain. En subventionnant cent  jeunes par commune rurale par an, qui eux emploieraient dix autres jeunes dans chaque plantation chaque année, on crée près de 33.000 emplois par an. Je dois reconnaître que ma proposition peut paraître naïve (rires). La dernière problématique est l’opposition qui a le sentiment d’être méprisé, ignoré et qui pose souvent des actes qui ne vont pas dans le sens de l’unité nationale. Cette opposition doit pour sa part, sortir du carcan infernal de la tribu assiégée dans laquelle elle aurait tendance à s’enfermer et qui fait qu’il lui arrive de surfer sur la politique de la tribu, qui a fait tant de mal à la Guinée depuis 53 ans.

De quelles marges de manœuvre dispose l'opposition ?

Il convient de distinguer ici entre l’opposition radicale amenée par la Coalition des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’opposition modérée représentée par l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP). La première, la plus importante, en ce sens qu’elle regroupe les deux principaux partis de l’opposition, à savoir l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sydia Touré, va peut-être durcir davantage sa position, puisqu’elle a ajouté à son chapelet de revendications préalables, le limogeage du gouverneur de Conakry et la démission du ministre de la Sécurité. De son côté, l’ADP des anciens premiers ministres Jean Marie Doré et Lansana Kouyaté, qui s’était d’ailleurs désolidarisée de la marche du 27 septembre, va continuer de discuter avec les autorités. Mais il ne faut pas s’y méprendre, il peut s’agir d’une répartition des rôles au sein de l’opposition guinéenne dans une stratégie du méchant et du bon opposant, le premier usant de pressions, le deuxième choisissant la diplomatie, mais les deux visant le même objectif : l’obtention de garanties pour les élections locales de décembre. Le dialogue inclusif qu’appelle le pouvoir, qui a eu assez d’humilité pour reprendre l’initiative, pourrait voir la participation de toutes les forces vives du pays, ce vendredi. Ce serait un grand pas vers le calme et vers la consolidation de la démocratie en Guinée. Je pense que toutes les parties ont assez montré leurs muscles et ont suffisamment joué à se faire peur, force doit être maintenant à la négociation, car en définitive, rien de fondamental n’oppose le pouvoir et l’opposition : ni la date de l’élection, ni la composition de la Ceni, ni le fichier électoral, ni l’accès équitable aux médias d’Etat.

Par Dounia Ben Mohamed

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 22:15

Guinée Conakry : un Etat en faillite / Voyage au cœur d'une république “malade”

 

Un sous-sol riche en minerais. Des dirigeants sans vision. Une population majoritairement pauvre qui assiste dans une résignation mal contenue, l'agonie de son président et de ce qu'a été sa fière Guinée. Reportage au pays de Sékou Touré.

 

Vendredi 30 juin. Il est 18h 10. Le bœing 737 de la compagnie nigériane Belleview pointe son nez dans le ciel de Conakry. Dans les hublots, le littoral, étonnamment beau de la basse Guinée, offre son labyrinthe d'affluents de fleuves qui se jettent dans une mer joyeuse. Aéroport prétendument international de Conakry-Gbessia. Rien à voir avec l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan. Quand l'avion qui a accusé un retard de deux heures à l'étape de Lagos (c'est une tradition bien nigériane) vomit sa vingtaine de passagers, un bus vient se placer à la hauteur de l'échelle de coupée. Les non habitués s'étonnent. Les habitués y sautent. Un groupe d'Asiatiques ignore royalement le mastodonte. Ils n'ont pas tort parce qu'ils arrivent au salon d'enregistrement avant les passagers du bus. La distance ne vaut pourtant pas 50 mètres. "C'est pour éviter que les gens marchent sur le tarmac", explique quelqu'un dans le bus. Un habitué très décontracté. Un Guinéen. Au point de contrôle des visas, des agents de police sous le regard faussement d'un "commissaire" en civil, contrôle les identités. "Carte jaune !", aboie une femme de près de 50 ans portant une blouse blanche défraîchie. Ceux qui n'ont pas la fameuse carte (jaune) de vaccination doivent payer. Le groupe d'Asiatiques semble ne pas être intéressé par ces formalités. Sur un signe du "commissaire" tout sourire, ils passent tous, leurs passeports visés en main. Extraordinaire hospitalité (intéressée) guinéenne.

 

Bienvenue au pays de la bauxite !

La première vue terrestre de Conakry, montre l'image d'une terre désolée. Terre rouge, atmosphère chaude. Le pays de la bauxite (2ème producteur mondial) s'ouvre au visiteur dans tout son pittoresque. "Change de Cfa, Dollar, Naira", lance un grand monsieur tenant un gros sachet noir en main. Il propose 45.000 francs guinéens (Gnf) pour 5000 Fcfa. Le vieux chauffeur de taxi qui nous a accosté dans le hall, nous pince discrètement. Le message est clair. Il nous souffle aussi discrètement que "quelqu'un peut changer 5000 Cfa à 50.000 Gnf". Ce quelqu'un se pointe quand nous montons à bord du taxi, un vieux véhicule poussif sans amortisseurs arrière. Il propose 49.000F Gnf pour 5000FCfa parce qu'il va "vendre ça à 50.000 Gnf pour avoir un bénéfice de 1000 Gnf". Marché conclu. La ville de Conakry avec ses cinq communes (Kaloum, Matam, Dixinn, Ratoma, Matoto) et ses 98 quartiers est une grosse bourgade de plus d'un million d'habitants. Les hommes et les femmes regagnent à pied leur domicile ou empruntent à 7 un taxi fait pour prendre 5 places ou s'engouffrent à 25 dans des "magbanan" (le "gbaka" local) de 18 places. Les bus sont rares et sont toujours bourrés. La nuit tombe mais les lampadaires tardent à s'allumer.

 

Beni soit le mondial !

Ils ne s'allumeront pas. Le courant électrique est une denrée rare en Guinée. Dans un pays où il n'existe aucun plan d'urbanisation (des quartiers entiers ne sont pas lotis mais ils ne sont pour autant pas classés dans la catégorie des bidonvilles), le courant électrique est distribué selon le bon vouloir des responsables d'Edg (Entreprise de distribution électrique de Guinée). "Depuis qu'il y a le Mondial, le courant n'est plus trop coupé", fait remarquer un jeune homme à l'hôtel où nous déposons nos bagages dans le quartier (loti) résidentiel de Minière. "C'est le quartier de Sidya Touré", ajoute, ce dernier qui rappelle que le premier Premier ministre post multipartisme de Lansana Conté est le maître d'ouvrage de l'extension du réseau électrique pendant ses trois années (1993-1996) passées à la Primature. Minière, c'est aussi le quartier de Ousmane Bah, le leader de l'opposition parlementaire. L'électricité n'est pas capricieuse ce vendredi. Ce sera ainsi pendant tout le Mondial. "L'entreprise de délestage de Guinée (allusion faite à Edg, Ndlr) a intérêt à filer doux", devrait laisser entendre dimanche un journaliste rencontré "en ville". Il raconte que le premier jour du Mondial, "au quartier Konimodouyah, dans la commune de Ratoma une foule de fieffés du football est descendue dans la rue pour protester contre les coupures intempestives du courant. Les mécontents ont brûlé sur la route des pneus et ont érigé des barrages. Ils criaient qu'ils voulaient le courant sinon ils casseraient tout. C'est la police qui les a dispersés". La menace a été prise au sérieux. Ainsi, une ou deux heures avant chaque match, le courant revient avant d'être interrompu au petit matin. Quand le Mondial finira, Edg renouera certainement avec ses premières amours de délestage chronique. Que dire de l'eau courante ? Exactement ce qu'on dirait du courant électrique. A la différence qu'ici, il n'y a pas de Mondial pour que les responsables de la Société des eaux de Guinée (Seg), fassent un effort.

 

Un pays en faillite

Edg et Seg sont les symboles achevés d'un Etat qui a cessé d'être. Un Etat malade. Au sens propre comme au figuré. Ce que le diplomate opposant Jean Marie Doré appelle le "non Etat". Le président Conté agonisant entraîne le pays dans sa lente agonie sans fin. La Guinée de Sékou Touré n'est plus qu'une banale république gérée comme un village soussou (ethnie du chef de l’Etat), où l'enterrement du chauffeur du président qui se passe en présence de tous les ministres; est présenté au journal de 20 heures et où la disparition de deux mallettes bourrées de fric sorti tout droit de la banque centrale, appartenant au président quoiqu'alimentant les conversations, passe pour être un fait normal. Pendant que les ministres et les membres du clan présidentiel roulent carrosse arrogante, multiplient mariages et baptêmes onéreux, le petit peuple crève de faim. "Notre sous-sol est riche, immensément riche mais regardez autour de vous, c'est la misère totale. Impossible d'acheter un jus de 1500 francs (150 Fcfa, ndlr) pour faire plaisir à sa fiancée". Ibrahim Diallo est amer. A côté de lui, la fiancée, une belle peulh aux dents toutes blanches, lui attrape la main et lui adresse un sourire pour marquer son assentiment. Ibrahim Diallo vient de finir ses études de médecine. A Taouyah où il vit avec ses frères et son père, un fonctionnaire polygame retraité, la famille arrive à survivre grâce à l'argent qu'expédie chaque fin de mois son aîné "allé se chercher en France". Il avait un autre frère qui s'était rendu à Abidjan "pour se chercher aussi", mais déclare-t-il avec une rage contenue dans les yeux, "les policiers l'ont tué. Il gérait la boutique d'un oncle à Yopougon. On ne sait pas ce qui s'est réellement passé".

 

Manifestations contre la vie chère

Cette famille est princesse. Pour la majorité des Guinéens, les trois repas par jour sont une utopie. Le fonctionnaire moyen touche 300.000 Gnf. Avec l'inflation, cela fait 30.000 Fcfa. Quand il achète un sac de riz de 50kg à 125.000 Gnf, il ne lui reste plus qu'à louer une maison et à acheter son thé quotidien. C'est dans ce contexte que la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (Cntg) de dame Bah Rabiatou Sérah Diallo, soutenue par l'union nationale des travailleurs de Guinée (Untg) d'Ibrahima Fofana, a lancé le 08 juin dernier une grève générale qui a ébranlé le pays et fait onze morts officiellement, dix-huit selon d'autres sources. Ce dimanche matin, dans sa villa sise à Taouyah, celle qui a bravé le régime pendant onze jours (du 08 au 19 juin 2006), explique dans son salon surchauffé (le courant à cette heure était comme d'habitude interrompu) la situation : "Le pouvoir d'achat du travailleur est très faible surtout depuis qu'on a augmenté le prix du carburant à la pompe. Ensuite il y a l'inflation de la monnaie". Sans un soupçon de peur, alors que sa maison comme celles de la plupart des leaders du pays n'est pas gardée, elle déclare que "c'est un processus qui est déclenché". En terme syndical, cela veut dire que la grève peut reprendre à tout moment. En effet, il y a eu une première grève d'"avertissement" du 27 février au 3 mars. Les engagements pris par le gouvernement du Premier ministre démis Ceillou Diallo n'ont pas été honorés. Il s'agissait pour l'Etat d'augmenter progressivement les salaires, de réviser la Retenue totale sur le salaire (Rts), de signer le statut particulier de l'enseignant, etc. Trois mois après le faux bond du gouvernement, les syndicats ont remis ça.

 

Des morts

Le 12 juin, la grève a pris une tournure dramatique. Les examens du baccalauréat étaient prévus ce jour-là. Les enseignants ont fait savoir qu'ils entendaient bien boycotter l'examen parce qu'ils étaient en grève. Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Enseignement pré-universitaire Mamadou Bhoye Barry (le seul candidat d'un parti inconnu qui a légitimé l'élection en 2003 de Lansana Conté), déclarait la veille sur la base d'on ne sait quoi, que les examens auraient "bel et bien lieu" et que "toutes les dispositions ont été prises". C'était une mauvaise plaisanterie. Au rendez-vous du lundi 12 juin, point de surveillants. Mais des policiers partout. Les élèves désabusés se sont faits maîtres des rues et ont commencé à casser. Des pillards étaient de la partie. La police a dû charger. A balles réelles. Des morts. Le gouvernement n'a pas cédé pour autant. C'est une semaine plus tard que la délivrance est arrivée. Un protocole d'accord tripartite a été signé entre le gouvernement du presque Premier ministre Fodé Bangoura (nommé le 29 mai ministre d'Etat, ministre des Affaires présidentielles et coordonnateur de l'action gouvernementale, après le limogeage de Ceillou Diallo), les deux centrales syndicales et le patronat du tout-puissant Mamadou Sylla. Les trois parties conviennent entre autres de "relever la valeur indiciaire de 240 à 250 à compter du 1er juillet 2006, de 250 à 280 à compter du 1er janvier 2007", de donner aux travailleurs une indemnité de transport de 25.000 Gnf et "une indemnité de logement "à compter du 1er juillet 2006", de réduire dans les secteurs privé et mixte le taux d'indice de 10% sur la Rts". Sur la réduction du prix du carburant, cause de toutes les inflations, motus. Aucun accord n'a été trouvé. Concernant le prix du sac de riz, le gouvernement a fait savoir qu'il devrait être vendu à 85.000 Gnf. Du coup, la précieuse céréale a disparu des boutiques. Aucun commerçant ne veut vendre à perte. Par entraînement, la denrée devient rare et la situation prédit une prochaine hausse du prix du sac de 50kg. Au demeurant jusqu'au 4 juillet, le gouvernement n'avait pas encore fait face à ses engagements qu'il devrait honorer "à compter du 1er juillet 2006". "Le processus" pourrait reprendre là où il a été laissé le 19 juin dernier. En attendant, les Guinéens se lèvent résignés et fatalistes comme depuis le temps de Sékou Touré, le "sily" (éléphant) national, chaque matin en confiant leur journée à Allah et répètent ce qu'ils ont toujours répété : "gô, faut que ça finisse !".

André Silver Konan

Envoyé spécial à Conakry

kandresilver@yahoo.fr

 

 

 

 

Les droits de l'homme en enfer

 

Situation controversée des droits de l'homme. D'un côté, la Guinée a des normes nationales et internationales en matière des droits de l'homme et de l'autre côté, le pouvoir se donne des moyens sinueux pour ne pas les respecter. Au niveau national, il y a l'Organisation guinéenne des droits de l'homme et du citoyen (Ogdh). Au niveau international, la Guinée a ratifié presque toutes les conventions, souvent avant de nombreux pays africains. Cependant dans la pratique, les droits de l'homme sont en enfer. "La justice n'est pas indépendante", dénonce Dr. Sow Thierno Maadjou, le président de l’Ogdh. Il rappelle que "sous la première république, tous les organes d'Etat dépendaient du pouvoir central, c'est-à-dire le chef de l'Etat. On continue la même chose jusqu'à présent. Il n'y a qu'un pouvoir, c'est le pouvoir exécutif. Le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire ne sont même pas des autorités. Le fait qu'il n'y ait pas séparation des pouvoirs, d'autonomie judiciaire, empêche le respect des droits de l'homme". En outre, fait-il savoir "les forces de l'ordre appliquent systématiquement ce qu'elles connaissaient avant, c'est-à-dire qu'elles violent systématiquement les droits de l'homme". Ces violations se résument en "arrestations arbitraires et illégales, des traitements cruels, inhumains et dégradants, des tortures". Dr Sow Thierno ajoute "qu'il y a beaucoup de lieux d'arrestations qui ne sont pas contrôlés par la justice. Il y a des endroits même où le procureur de la république ne peut pas aller". A l'en croire, il existe encore aujourd'hui en Guinée "des lieux de détention secrets" qui ne sont certes pas comparables au tristement célèbre camp Boirro (aujourd'hui banal camp militaire devant lequel deux vieux DCA modèle 39-45 rappellent une histoire douloureuse et sanglante de la Guinée) de Sékou Touré puisqu'au moins "c'était connu". Il donne un exemple précis : les îles Delos. Triste bagne sous la colonisation française transférée en Amérique latine et située à 8km de Conakry. Les arrestations sont très souvent politiques. Sous le couvert "d'atteinte à la sûreté nationale", les abus se justifient surtout avant, pendant et après les échéances électorales. Cela a été le cas d'Alpha Condé, arrêté à la frontière ivoirienne en 1998, accusé de vouloir recruter des mercenaires pour renverser Lansana Conté. Il a passé près de 30 mois en prison avant de bénéficier d'une grâce présidentielle acquise sous la pression internationale.

ASK

 

 

 

 

Lansana Conté : grandeur et déchéance

 

Il était venu pour balayer la maison et rendre le pouvoir aux civils. Il ne l'a jamais fait et ne le fera peut-être jamais. Son parcours est semblable à celui de tous ces soldats ambitieux qui ont écrit des pages noires dans l'histoire de l'Afrique. Né en 1934 à Moussayah Loumbaya, il fréquente l'école primaire de Dubréka après ses études coraniques puis est admis sur concours au collège technique des enfants de troupe. Bingerville en Côte d'Ivoire puis Saint Louis au Sénégal l'accueillent. A 21 ans, il est incorporé dans l'armée française et fait la guerre d'Algérie. Fin décembre 1958, il débarque à Conakry et se met à la disposition de Sékou Touré qui quelques temps avant venait de dire "non" à De Gaulle. C'est le début d'une brillante carrière. Très vite, il gravit les échelons. Aspirant, sous-lieutenant, lieutenant, commandant de compagnie. En 1970, il entre à l'Etat major interarmées. Lors du putsch (portugais) mâté du 22 novembre 1970, l'officier Conté défend avec hargne la capitale. Un an après, Sékou Touré le promeut à titre exceptionnel (il n'avait pas le niveau requis) et "pour services rendus à la nation" au grade de capitaine. 4 ans plus tard, il est nommé chef d'Etat major adjoint de l'armée de terre. En mars 1982, il est nommé colonel. Le 3 avril 1984, 8 jours après la mort de Sékou Touré, à la tête d'un groupe d'officiers, il prend le pouvoir. "Sans effusion de sang". La deuxième république est proclamée. Pendant un an, il s'attelle au balayage en rétablissant les libertés individuelles et en engageant une politique d'ouverture qui vaut la reconnaissance de la communauté internationale. Le 4 juillet 1985, le balayage tourne à l'épuration. Prenant prétexte d’une tentative de putsch avérée, le président du Comité militaire de redressement national (Cmrn) fait éliminer les putschistes réels ou supposés ainsi que de nombreux dignitaires de l'ancien régime y compris le Premier ministre de Sékou Touré (le successeur légal démis) Lancina Béavogui. C'est le début de la dictature. L'espoir dans le cœur des Guinéens commence à se transformer en cauchemar. Ils ont encore en mémoire l'accession triomphale du "petit fils de Samory Touré" comme Sékou Touré se plaisait à se présenter et sa tyrannie meurtrière pendant son règne de 26 ans (1958-1984) rythmé par les assassinats et arrestations politiques, l'autarcie (apprentissage du Malinké, du Soussou et du Poular en lieu et place du Français, à l'école, nationalisation des sociétés, etc) et la restriction des libertés individuelles. Le tout couronné par un manque criant de gouvernance qui a laissé le pays au niveau où les colons français l'avaient laissé en 1958 dans leur départ hâtif. L'histoire recommençait. Après avoir autorisé le multipartisme en 1988, il organise les premières élections multipartites en 1993. Alpha Condé le leader du Rassemblement du peuple de Guinée (Rpg, parti d'opposition) est donné gagnant. Mais la Cour suprême par une décision surréaliste annule les votes de la préfecture où l'opposant est majoritaire. Le Général président réussit son deuxième putsch. Ce sera réédité 5 ans plus tard et aussi en 2003. Après 22 ans passés au pouvoir, Lansana Conté n'est plus qu'un chef d'Etat hémiplégique victime d'un diabète aigu et qui ne quitte presque plus ses appareils de dialyse. Déterminé à mourir au pouvoir comme son prédécesseur (sauf que lui voudrait que ce soit en Guinée), il a réussi par une sorte de force mystique, à arrimer le destin de son peuple au sien.

ASK

 

 

 

 

Bah Rabiatou Sérah Diallo : la nouvelle bête noire du régime

 

Au terme de 11 jours de bras de fer, elle a réussi à faire plier un pouvoir qui passe pour être l'un des plus autoritaires du continent. Il reste que les avantages obtenus (relèvement de l'âge de la retraite, statut particulier des enseignants, indemnités, etc) soient traduits en actes. Cependant dans l'histoire de la Guinée, jamais une femme n'a été autant propulsée au devant de la scène. "C'est clair, nous avons dit que la grève est suspendue, elle n'est pas levée. S'ils (entendez le gouvernement et le patronat, Ndlr) ne respectent pas les engagements pris, nous reviendrons à la charge", nous a-t-elle confié. La dernière responsable de la Centrale de Sékou Touré déclare à qui veut l'entendre qu'elle ne veut pas utiliser le syndicat comme l'a fait le premier président guinéen, pour faire une intrusion en politique. "Nous n'avons pas les mêmes visions et nous n'avons pas les mêmes objectifs", fait-elle savoir. Sa distance vis-à-vis de la politique est d'autant plus importante que "pour le moment (elle) pense qu'il n'y a aucun parti politique qui a un programme répondant aux aspirations des travailleurs". La nouvelle bête noire du régime après l'opposant Alpha Condé est à la tête comme elle se plait à le dire de "la centrale la plus vieille et la plus représentative". La Cntg compte "plus de 60.000 membres à jour de leurs cotisations" dans 17 branches professionnelles et est présente dans les 38 sous-préfectures du pays.

André Silver Konan

 

 

 

 

 

 

La Guinée en bref

 

Superficie : 245.860 km2

Capitale : Conakry

Population : 7.164.823 habitants (recensement 97)

Langue officielle : Français

Religion : Islam (75%), Animisme (20%), Christianisme (5%)

Monnaie : Franc guinéen (Gnf)

Principales villes : Kankan, Labé, Nzérékroré

Pays limitrophes : Guinée Bissau, Côte d'Ivoire, Sénégal, Mali, Liberia, Sierra Leone

PNB (1998) : 3,8 milliards de dollars

Budget (1997) : Recettes, 629 milliards Gnf : dépenses, 755 milliards Gnf

Dette extérieure (1997) : 3,52 milliards de dollars

Production minière : bauxite : 13 millions de tonnes (2ème rg mondial)

Routes : 19000 km dont 10% bitumés

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 13:35

Vous avez aidé au respect de la démocratie en Côte d’Ivoire, faites de même chez vous

 

Bonjour monsieur le Président,

L’actualité politique de ces derniers jours dans nos deux pays frères, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, m’amène à vous adresser cette lettre. Avant tout, je tiens personnellement à vous féliciter pour votre implication décisive dans la résolution de la crise ivoirienne. En tant qu’Ivoirien, je souhaite que la paix revienne définitivement dans mon pays à l’avènement du Président Alassane Ouattara. J’espère, par ailleurs, que nos deux pays, comme par ce passé enchanté, pourront, très rapidement, sceller leur re-union sacrée, retrouver leur fraternité perdue, et amorcer leur développement croisé. Si notre pays a réussi, dans la douleur et le sang de ses martyrs, à tourner, il y à peine, quelques jours, la page la plus triste de son histoire, c’est entre autres, grâce à votre patiente facilitation. Je vous en remercie donc.

 

Monsieur le Président,

Ce que j’ai à vous dire est à la fois simple et ferme : vous avez aidé au respect de la démocratie en Côte d’Ivoire, faites de même dans votre pays. Ce que vous, l’ensemble de la communauté internationale, ainsi que la majorité des Ivoiriens, ont réussi dans notre pays est la preuve parfaite que rien n’est impossible aux hommes de bonne volonté politique. Cependant, il vous reste à faire l’essentiel dans votre propre pays. L’essentiel, c’est réussir à instaurer la démocratie dans votre propre pays, la démocratie au sens stricte du terme, pas celle qui consiste à laisser un semblant de liberté à la presse, à permettre un semblant de liberté d’expression ou à organiser des semblants d’élections transparentes. En effet, les images et les informations qui nous parviennent de Ouagadougou et d’autres villes du Burkina Faso ne sont pas de nature à nous rendre fier du travail que vous avez abattu chez nous. N’appliquez pas la double formule inconséquente du cordonnier mal chaussé ou de celui qui ôte la paille dans un seul œil de son voisin, alors que ses deux yeux à lui, sont remplis de poutre. Appliquez la pédagogie de l’exemple. Je sais que vous pouvez le faire. Mais au fait que se passe-t-il dans votre pays ? Je ne vous ferai pas l’injure de vous l’expliquer, je vais décrypter cela sous les prismes d’un journaliste étranger qui aime votre pays où il a beaucoup d’amis et où il a reçu une reconnaissance internationale (prix spécial Norbert Zongo du journalisme d’investigation en Afrique de l’ouest, 2007) et qui considère que les Burkinabè et les Ivoiriens forment un même peuple.

 

Monsieur le Président,

Ce qui se passe chez vous est très simple, n’allez pas chercher loin. Il se résume en trois mots : soif de démocratie. Derrière chaque soldat mutin des camps Kambo-Nsin, Guillaume-Ouédraogo et Sangoulé-Lamizana, qui réclame une prime de logement, derrière chaque jeune de Koudougou qui manifeste contre la mort de l’étudiant Justin Zongo, derrière chaque commerçant de l’avenue Kwame N’Krumah qui met le feu au siège du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), votre parti, se cache en réalité un citoyen qui veut tout simplement la démocratie. Comprenez bien que ni la dissolution hâtive du gouvernement du Premier ministre Tertius Zongo, ni le limogeage spectaculaire du chef d’état-major des armées, le général Dominique Djindjéré, ne peuvent étancher cette soif de démocratie de votre peuple dans sa majorité. Si vous êtes allé à l’école du « Père fondateur » Félix Houphouët-Boigny, alors décryptez sereinement les messages certes violents et incontrôlés que votre peuple vous envoie, et apportez des réponses durablement appropriées plutôt que d’y trouver des solutions circonstancielles.

 

Monsieur le Président,

J’ai des solutions à vous proposer, en toute humilité. Cependant, avant d’y arriver, je souhaite que vous regardiez avec détachement le bilan politique de votre règne, qui, à vrai dire, commence à être un peu trop long et un règne un peu trop long finit par s’enliser, de façon souvent totalement involontaire, dans l’autoritarisme. A 60 ans dont 24 passés à la tête de votre pays, vous êtes arrivé au pouvoir en 1987, suite à la chute (j’utilise cet euphémisme pour ne pas susciter des passions) du capitane Thomas Sankara, arrivé au pouvoir trois ans plus tôt, avec vous du reste, comme bras droit. Vous avez attendu 4 ans pour organiser une élection présidentielle boudée par trois-quarts des électeurs. Réélu en 1998 pour un deuxième septennat, vous avez fait modifier la Loi fondamentale deux ans plus tard, non seulement pour limiter à deux, le nombre de mandat présidentiel, mais pour réduire à cinq ans, la durée dudit mandat. Les démocrates du monde entier ont applaudi. Vos adversaires eux, n’y avaient pas décelé la subtilité de la non rétroactivité de la loi, qui vous a permis de vous présenter en novembre 2005 et de vous faire élire à plus de 80% (on n’est pas très loin des scores soviétiques) contre 12 « petits » candidats et de remettre le couvert le 25 novembre dernier, toujours avec le même score et une forte abstention.

 

Monsieur le Président,

Voici en réalité d’où viennent vos problèmes. Ils sont d’ordre politique. Les problèmes militaires et socioéconomiques que les uns et les autres soulèvent ne sont que du vernis de colère posé sur un ongle rongé par des décennies de furoncles de frustrations. Ne vous y méprenez pas. Votre peuple réclame le changement. Maintenant ! Vous devez l’entendre, l’écouter et le comprendre. Votre peuple n’a rien à foutre (l’expression est grossière mais elle reflète la réalité) que vous ayez réussi votre médiation en Guinée et au Togo, et achevé avec succès votre facilitation en Côte d’Ivoire. Votre peuple veut voir de nouveaux dirigeants, et le fait que votre parti, par une sorte d’hystérie collective surréaliste propose un amendement de la constitution pour faire sauter le verrou limitatif des mandats, agace davantage votre peuple, fatigué de voir « les mêmes » depuis un quart de siècle.

 

Monsieur le Président,

Ne commettez pas l’erreur impardonnable d’écouter les apparatchiks de votre parti et les mensonges répétés et autant intéressés de votre entourage. Ceux qui vous font croire que vous êtes la seule personne au Burkina Faso à pouvoir être Président de la République durant ces quinze prochaines années, vous mentent. Les hommes de valeur, il en existe dans tous les secteurs d’activité et dans tous les milieux professionnels au pays des hommes intègres. Une seule personne, en dépit de toute son intelligence et de tout son charisme, ne peut pas diriger une Nation, correctement, dans l’intérêt collectif, et tournée vers le développement exclusif, pendant plus d’une décennie au troisième millénaire. Le temps des « Pères fondateurs », qui mesuraient leur aura à l’aune de leur longévité au pouvoir, est révolu. Les Denis Sassou N’Guesso, Mouammar Kadhafi, Paul Biya, Robert Mugabé, Teodoro Obiang N’Guema, etc., quitteront le pouvoir dans la honte et le mépris s’ils ne décèlent pas dès maintenant le signe des temps qui changent. Vous pouvez et vous devez refuser d’être comme eux, une espèce de dirigeants africains en voie de disparition contrainte. Encore une fois, n’écoutez pas les hypocrites qui seront les premiers, comme on le voit actuellement en Côte d’Ivoire, à sauter dans le bateau d’un nouveau commandant de bord, à qui ils feront, sans honte, ni remords, allégeance, pour espérer faire prospérer auprès de lui, leurs conseils malhonnêtes de navigateurs usurpés. Ceux-là veulent votre perte et veulent se délecter de votre humiliation. Ceci m’amène donc à vous proposer mes modestes recettes.

 

Monsieur le Président,

Vous devez dissoudre la commission électorale et nommer un président et des membres dont l’intégrité est de notoriété publique, en accord avec la société civile et l’opposition. Cette nouvelle commission va proposer un mode opératoire consensuel et parfaitement transparent, en vue des élections législatives qui auraient lieu, après que tous les partis se sont mis d’accord sur le mode opératoire. Dans l’attente, nommez un gouvernement de large ouverture avec des représentants des partis politiques représentatifs et de la société civile, après discussion avec ceux-ci. Ce gouvernement dirigé par un Premier ministre apolitique de consensus, doté de larges pouvoirs de l’Exécutif, sera chargé de conduire les réformes constitutionnelles, électorales, financières, institutionnelles, judiciaires, médiatiques, militaires, politiques. Bref. Des réformes désintéressées, profondes et radicales, qui vont doter votre pays d’instruments fiables et rigides pour devenir un Etat de droit, un Etat véritablement démocratique. Vous n’avez rien à y perdre, sinon tout à y gagner. Personnellement, je souhaite que vous n’attendiez pas cinq ans pour quitter le pouvoir, comme prévu par la constitution. Je préconise que vous donniez un signal fort à votre peuple et aux dirigeants africains encore tentés par l’obscurantisme suicidaire qui consiste à s’arc-bouter aveuglément au pouvoir, en acceptant d’organiser une élection présidentielle anticipée, au terme de toutes ces réformes. A l’issue de ces réformes vous pourrez vous retirer à Ziniaré, pour une retraite bien méritée et le monde entier vous dira « bienheureux ». Mettez-vous donc au-dessus de tous. Laissez la démocratie s’exprimer librement et soyez son dépositaire, comme Jerry J. Rawlings l’a été et l’est encore aujourd’hui, au Ghana. 

 

Monsieur le Président,

Je vous assure que si vous prenez ces engagements dès maintenant, et que vous commencez sincèrement, à les mettre en pratique, les manifestations de colère des uns et des autres cesseront et dans quelques petites années, vous serez classé au panthéon de grands dirigeants africains au même titre que les Mandela, Konaré, Diouf. Si vous voulez écouter la voix de ceux qui crient au complot des sankaristes, à la subversion « de jeunes drogués » (pour reprendre l’expression amusée du colonel Kadhafi), à la manipulation de puissances étrangères, etc., je ne peux pas vous promettre que le vent du destin qui a commencé à souffler dans les sables brûlants de Tunisie et d’Egypte, qui a emporté sur son passage enragé, Ben Ali et Hosni Moubarak, avant de descendre dans les profondeurs troubles de  la lagune ébrié pour faire chavirer la pirogue de Laurent Gbagbo, ne va pas atteindre les bords survoltés de la Volta.

Très respectueusement.

 

André Silver Konan

Journaliste écrivain ivoirien en exil (qui rentre bientôt au pays)

Prix spécial Norbert Zongo du journalisme d’investigation en Afrique de l’ouest

kandresilver@yahoo.fr

http://andresilverkonan.over-blog.com

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Published by andré silver konan - dans politique africaine
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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 18:02
Bonjour monsieur Yao N’Dré,
Je voudrais avant de vous dire ce que j’ai à vous dire, vous rafraîchir la mémoire sur les circonstances de notre première rencontre. C’était en 2006. A Divo. Vous aviez constitué un convoi à partir du siège provisoire du conseil général dont vous êtes le président, pour aller expliquer votre politique dans un canton. J’ai participé à toutes les étapes de cette mission, non à votre invitation, mais à mon initiative personnelle, étant présent dans la ville pour enquêter sur des actes subversifs menés par des jeunes bien connus de vous, contre certaines communautés. 
A votre retour de cette mission qui a duré toute la journée, pour la simple raison que vous perdiez inutilement le temps en des causeries sans intérêt à des domiciles de certains de vos proches, nous avons longuement discuté dans la cour du siège provisoire du conseil général.
Ce jour-là, je me suis fait une idée précise de vous ; j’ai cerné votre personnalité. Je préfère vous le dire tout de suite, pour vous mettre à l’aise : vous m’aviez déçu.
En effet, vous avez passé le clair de votre temps à dire des méchancetés sur le compte d’un certain Jacob Akpalé, votre rival politique (comme je devrais le savoir plus tard) au sein du Front populaire ivoirien (FPI) dans la région du Djiboua. Tout le temps qu’a duré notre entretien, vous vous êtes glorifié de vos relations directes « sans intermédiaires avec Gbagbo ». A vous écouter, cette relation privilégiée vous suffisait comme programme politique, comme projet de développement. Je m’en suis convaincu car c’est le seul message que vous aviez apporté à la population visitée, qui répondait inlassablement par des doléances d’ordre primaire: électrification, bitumage des voies, adduction d’eau, lotissement, école, etc.
Vous ne sembliez guère préoccupé par les préoccupations de vos électeurs et cela m’a intrigué.
J’ai été d’autant plus intrigué par votre personnalité, quand à la fin de notre conversation, sinon de votre long monologue, (nous étions debout, à la merci des moustiques et dans le noir, toute chose qui m’a dévoilé un autre pan de votre personnalité), vous m’aviez invité à aller danser avec vous dans un bar nouvellement ouvert à Divo. Je tombais des nues et j’ai décliné l’invitation. A quelqu’un que vous connaissez très bien car il est journaliste dans votre région natale, j’ai confié : « Cet homme n’a aucune vision, n’a pas de souci pour son peuple et ne mesure pas le poids de ses énormes responsabilités ».
Aujourd’hui encore, je sais que je n’avas pas tort d’arriver à cette conclusion implacable à votre sujet, et c’est la raison pour laquelle, quand je vous ai vu à la télé nationale le 2 décembre, révélant à mots à peine couverts que vous alliez inverser les résultats du scrutin du 28 novembre, le lendemain, je n’ai point été surpris.
 
Monsieur Yao N’Dré,
Vous remarquerez que je ne dis pas « Professeur » ou « monsieur le Président ». Je ne peux pas vous appeler par ces termes parce que je pense que vous ne méritez pas ces titres. Je vais vous dire pourquoi, même si vous le savez.
 
Monsieur Yao N’Dré,
Je vous accuse ! Tous ces morts, tout ce sang, tous ces pleurs et ces grincements de dents, toutes ces destructions, toute cette violence, ont un rapport avec votre très intelligente décision du 3 décembre 2010. Ce jour-là, en tordant le cou au droit, vous pensiez que c’était un jeu, vous saviez que votre acte produirait des effets désastreux, pourtant vous avez pris la responsabilité de poser cet acte lourd.
Je vous accuse parce que vous avez inventé le droit plutôt que de le dire. En effet, vous avez décidé d’annuler les résultats dans treize (et non sept, comme je l’entends) départements dans la moitié nord du pays, pour inverser les résultats du scrutin, alors que cela n’est écrit nulle part dans notre code électoral dont vous étiez censé être le gardien.
Je vous accuse parce que vous vous êtes senti obligé d’annuler les résultats dans le département de Séguéla alors que la requête du candidat Laurent Gbagbo ne portait pas sur ce département. Aucun crime n’est parfait, et dans la précipitation de votre coup (je ne parlerai pas de forfaiture, ce serait vous manquer de respect), vous avez inclus ce département dans le lot des résultats à annuler.
Je vous accuse parce que le 2 novembre, à la télé nationale, vous aviez annoncé que la Commission électorale indépendante (CEI) était hors délai, en ce qui concernait la proclamation des résultats, alors que vous-même admettiez, plus tard, que nulle part, notre code électoral ne mentionne un délai pour la proclamation des résultats.
Je vous accuse parce que devant les Experts désignés par l’Union africaine, vous souteniez que la CEI ne vous avait pas transmis à temps (après les trois jours légaux) les procès verbaux des bureaux de vote, ce que, dans la précipitation, vous aviez omis de dire lors de votre show télévisé.
 
Monsieur Yao N’Dré,
Je vous accuse en vous invitant à relire votre très intelligente décision du 3 décembre 2010. Vous affirmiez dans cette très intelligente décision que vous avez reçu les PV les 30 novembre et 1er décembre (donc dans le délai prescrit) de la part de la CEI, et vous précisiez qu’ils ont été « réceptionnés par le secrétariat du conseil constitutionnel ».
Je vous accuse parce que vous savez très bien, étant un homme de droit et, circonstance aggravante, un constitutionnaliste, que votre décision a violé les dispositions constitutionnelles qui fondent l’organisation même de l’institution que vous êtes censé diriger. En effet, vous avez été incapable de produire la moindre copie du procès verbal de la réunion plénière des cinq membres du conseil, qui a abouti à votre décision.
Je vous accuse parce que vous avez été incapable de fournir le moindre rapport des huit rapporteurs adjoints, qui, selon la constitution que vous prétendez défendre, étaient censés enquêter sur les allégations de fraude au Nord, proclamées par M. Laurent Gbagbo.
Je vous accuse parce que si vous avez été incapable de fournir ces rapports à toutes les missions qui se sont succédé en Côte d’Ivoire, c’est tout simplement lié au fait qu’ils n’existent pas.
Je vous accuse parce que si ces rapports n’existent pas, cela veut très logiquement dire que vous avez pris une décision unilatérale, illégale, anticonstitutionnelle et inconstitutionnelle. Je vous accuse !
 
Monsieur Yao N’Dré,
Si cent jours après le second tour de l’élection présidentielle, nous sommes dans cette situation imprévisible, dangereuse et dramatique, c’est à cause de votre décision.
Je vous accuse d’avoir joué avec le droit. Je vous accuse d’avoir joué avec nos vies. Je vous accuse d’avoir cru, comme vous me l’aviez fait croire à Divo à notre première rencontre, que ce risque était une partie de danse dans un bar.
Regardez donc autour de vous. Regardez le chaos qui s’est installé à Toulépleu, écoutez les pleurs de cette femme qui vient de voir son enfant brûler à Yopougon, voyez la désolation de cet homme qui vient de découvrir que sa femme a été mortellement fauchée par une balle traitresse et assassine à Abobo, contemplez donc, si vous osez, la misère qui s’est emparée de cette famille de planteurs à Hiré, comptez avec les organisations des droits de l’homme les centaines de morts depuis votre décision « historique ».
 
Monsieur Yao N’Dré,
Demain, quand M. Laurent Gbagbo va perdre ce pouvoir qu’il est en train de perdre lamentablement et honteusement, vous pourrez toujours avancer que ce dernier vous a contraint, sous la menace, de prendre cette décision qui est en train de détruire notre Nation. Certaines personnes pourront vous croire, moi non. D’autres personnes pourront vous prendre en pitié, moi non. Les nouvelles autorités pourront vous assurer l’impunité, ma soif de justice non.
Je vous le dis hic et nunc : quand cette situation finira, je serai votre pire cauchemar. Je ne prendrai aucune arme contre vous. Mais je ferai de votre interpellation et de votre inculpation, une affaire personnelle. Je vais hanter les juridictions nationales, tourmenter les juridictions internationales, harceler les médias nationaux et internationaux, ameuter les organisations nationales et internationales pour que justice soit rendue à ce peuple qui ne méritait pas que vous jouiez avec lui comme vous danseriez avec des jeunes filles dans un bar de Divo.
En attendant le jour où mon esprit tourmenté par tant d’horreurs survenues du fait de votre « sage » décision, sera tranquille.
En attendant ce jour (c’est-à-dire le jour où vous répondrez de votre très intelligente décision devant la justice des hommes) où ma conscience ébranlée par tant de morts que vous auriez pu éviter, sera apaisée, je vous souhaite de commencer à méditer, si vous en êtes capable, sur ce paragraphe tiré de la Bible : « Le scandale est permis, mais malheur à celui par qui le scandale arrive ».
Je vous accuse parce que vous êtes celui par qui le sandale de la  destruction de notre Nation, est tragiquement arrivé, ce jour désormais maudit du 3 décembre 2010, où dans votre parfaite clairvoyance, vous avez scellé le sort de millions de personnes qui ne demandaient rien d’autre que l’application du droit, la proclamation de la justice, bref, le respect de leur droit de suffrage.
 
André Silver Konan
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Published by andré silver konan - dans politique ivoirienne
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