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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 16:07


Un opposant aux idées lumineuses, au verbe haut et fort, à l’ambition dévorante et autant noble. Nous sommes en 1999, précisément dans la première quinzaine du mois de juillet. Une période agitée, aussi bien en Côte d’Ivoire que dans le monde. Une époque où M. Laurent Gbagbo, futur Président de la République, opposant historique, brillait de mille feus idéologiques. A ce moment-là, l’homme disait lutter pour la démocratie en Côte d’Ivoire, et nous le croyions. A ce moment-là, M. Gbagbo était à nos yeux un démocrate. Et nous n’étions pas des fous.


Près de douze ans après, re-parcourons ce grand discours, cette haute vision, de M. Gbagbo, publiée dans Notre Voie (le journal officiel du Front populaire ivoirien-FPI) du mardi 13 juillet 1999. A cette époque, M. Gbagbo était un démocrate. Personne n’en douterait.


Comment ne peut accorder, à cette époque, la médaille du grand combattant de la liberté à M. Gbagbo qui expliquait la décision prise par l’Otan de libérer le Kosovo ? « Il y a beaucoup de débats autour du Kosovo. Certains disent : pourquoi l’Otan a fait des frappes ? Elle n’aurait pas dû. D’autres disent : la Serbie est un pays souverain, on ne doit pas le déranger. D’autres disent encore : l’Otan avait le droit et le devoir de frapper. Sur tous ces points, nous avons, bien sûr, un point de vue ».

Et ce point de vue, tenez-vous bien, est celui défendu aujourd’hui, par M. Guillaume Soro, qui en appelle à l’Ecomog pour « rétablir la démocratie en Côte d’Ivoire ».

Lisons cette charmante réflexion de M. Gbagbo sur la question : « Les Européens, après avoir lutté chez eux par petits groupes, ont décidé de lutter globalement. Ils sont fatigués de voir en Europe des Hitler, des Franco, des Mussolini. Oui, qui veut la démocratie doit en prendre les chemins. Qui veut la démocratie en prend armes. Ils veulent la démocratie, ils en prennent les armes. Les armes au sens propre pour le Kosovo ». Stupéfiant !


Relisons donc cette position qui ne rappelait ni celle d’un boulanger ou d’un homme marqué par la duplicité, ni celle d’un politicien faussement nationaliste, adepte des compromissions et des accusations fantaisistes et ridicules portées contre l’occident: « Il faut que nous-mêmes les Africains, nous commencions à nous remettre en cause, parce que trop souvent, quand nous parlons, nous accusons l’impérialisme, le colonialisme. Mais, nous, on n’a jamais rien fait (…) Alors cessons de tout mettre sur l’Europe, sur l’Amérique et interrogeons-nous ».


Re-parcourons l’invitation claire, précise, directe de M. Gbagbo, adressée à l’Onu, pour « neutraliser » M. Jonas Savimbi, comme M. Alassane Ouattara en ferait la même chose aujourd’hui : « Tant que l’Angola restera déstabilisé, des menaces pèseront sur la Namibie, sur la République démocratique du Congo, sur le Congo-Brazza. Et c’est le lieu d’interpeller l’Onu. Sur le problème de l’Angola, l’Onu est clair. L’Onu a pris des résolutions qui disent qui a tort, qui a raison. L’Onu dit que c’est le gouvernement de Dos Santos qui est le gouvernement légitime. L’Onu a désigné comme paria, Jonas Savimbi. Mais qu’attend l’Onu pour faire comme les Européens, pour prendre les armes et rétablir la paix ? ».


Comme ce temps où M. Gbagbo, auréolé de la gloire enviée du défenseur acharné des droits de l’homme, dénonçait le « sanguinaire Abacha » au Nigéria ou les « exécutions perpétrées par le Président Kabbah » en Sierra Leone, semble si loin ?


Comment ne pas avoir envie de réécouter cet homme politique aux sermons irrévocables dénoncer la confiscation du pouvoir en Afrique et saluer avec des hommages appuyés, M. Alpha Omar Konaré, qui s’apprêtait à céder le pouvoir à son successeur-prédécesseur Amadou Toumani Touré.

« Il faut arrêter ces tentations qui remettent souvent en cause les acquis démocratiques (…) Alpha Konaré, c’est ici tout près. C’est un Dioula du Mali. C’est-à-dire que c’est nous. Cela veut dire que nous aussi, nous pouvons être démocrates. Mais pourquoi nous ne le sommes pas ? Si un de ceux avec qui nous avons fait l’école, un de ceux avec qui nous avons milité à ciel ouvert, s’il est capable de prendre un texte et de respecter ce texte et à partir à la fin de son mandat, pourquoi serions-nous incapables d’instaurer la démocratie dans notre pays, la Côte d’Ivoire ? », lançait-il y a douze petites années, M. Gbagbo au troisième congrès ordinaire du FPI, son parti.


Comment ne pas tomber en admiration face à cette profusion de bonnes intentions de M. Gbagbo, qui déclarait, sérieux et solennel : « Ici, dans cette partie-ci de l’Afrique, les gens croient que quitter le pouvoir, c’est une infamie. Ils pensent que quitter le pouvoir, c’est infamant. Il y en a même qui ont dit : ‘’On ne dira jamais de moi, voilà un ancien chef d’Etat ». Mais c’est grave. Et Mandela leur montre qu’il est plus célèbre qu’eux, qu’il est plus populaire qu’eux, alors que lui, il est un ancien chef d’Etat. Celui qui ne veut pas qu’on dise de lui qu’il est un ancien chef d’Etat, est un dictateur » ?


Comment, enfin, ne pas finir cet éditorial par cette brillante sentence, qui ressort d’un principe sans appel, lancée du haut de sa tribune ensoleillée par l’espérance et le changement, à M. Henri Konan Bédié, alors au pouvoir : « Comme on le dit en Côte d’Ivoire, pardon, démissionnez. Pardon, je vous en supplie, démissionnez. Donnez un signal au peuple de Côte d’Ivoire pour dire que vous êtes capable de changement. Pardon, démissionnez ! ».

 

André Silver Konan

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Published by andré silver konan - dans politique ivoirienne
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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 20:22
Le journaliste-écrivain André Silver Konan est connu pour être un analyste politique. De nombreuses personnes ignorent qu'il est diplômé en économie. Dans cette interview, il fait le tour d'horizon de l'actualité économique et financière de la Côte d'Ivoire. Mais pas seulement.
Plus de trois semaines après la décision prise par la BCEAO de rompre les amarres avec Abidjan, quelle est la situation sur le terrain financier en Côte d'Ivoire ?
En termes de situations, j'évoquerai des faits, pour éviter de faire des commentaires, qui pourraient être interprétés d'une façon ou d'une autre. Les faits sont ceci : aujourd'hui, il est quasi impossible de retirer plus de 200.000 FCFA, dans une agence de transferts de fonds. Les banques commerciales ont fixé des sommes plafonds, généralement 1 million FCFA, au-delà desquelles aucun retrait n'est possible. La plupart des banques n'octroient plus de crédit ni de prêts. Les guichets automatiques sont de moins en moins approvisionnés. En début de semaine, au moins deux banques commerciales, en l'occurrence Bicici et Citibank, ont décidé de suspendre provisoirement leurs activités, après que des responsables de la Société générale, eurent été contraints, sous la force des armes, quelques jours plus tôt de faire de la compensation. Manifestement, c'était à leur tour et elles ont décidé de ne pas céder à cette façon de faire. Conséquence : elles ferment provisoirement.
 
Qu'est-ce qui explique tout cela ?
La raison est toute simple. Il y a, on pourrait dire, panne de liquidité, autrement dit manque d'argent frais. La Bceao à Dakar en coupant les ponts avec l'agence nationale et en mettant cette dernière, réquisitionnée du reste, dans l'illégalité, empêche l'une des fonctions essentielles qui participe de la raison sociale d'une banque : la compensation. De fait, depuis Dakar, la Bceao, qui est la patronne des banques, qu'elles soient privées ou publiques, a procédé au blocage informatique de la chambre de télé-compensation de l'agence nationale d'Abidjan. C'est un système contrôlé par un logiciel ultra sécurisé qui permet aux banques et aux établissements financiers, de traiter informatiquement et avec un risque zéro, leurs opérations. En guise d'exemple, si la SGBCI a des chèques Ecobank et que celle-ci a des chèques SGBCI, chaque soir, après la fermeture officielle des guichets, les responsables des deux banques font le point des chèques. Si Ecobank a des chèques SGBCI d'une valeur de 10 millions FCFA et que SGBCI a des chèques Ecobank de 15 millions FCFA, la compensation fait que Ecobank doit 5 millions FCFA à SGBCI. Le lendemain, on fait encore ce travail qui évite les convois d'argent dans tous les sens, chaque jour. Ce travail, ainsi que d'autres travaux, est supervisé, contrôlé et régulé à partir de la chambre de télé-compensation. Les autres agences nationales disposent de ses mêmes chambres, ce qui permet de traiter les informations bancaires à l'échelle de l'Uemoa. Depuis lors, ce travail n'est plus fait, alors au pire, les banques refusent les chèques des autres banques, au mieux, elles font patienter les clients détenteurs de ces chèques. Puisque chaque banque gère sa caisse, donc sa liquidité de façon autonome et précieuse.
 
Etait-ce normal que la Bceao prenne cette décision qui selon elle participerait à l'asphyxie financière de M. Gbagbo, quand on voit que les perdants dans cette affaire sont plus les petits épargnants que le pouvoir de M. Gbagbo ?
Je n'ai pas envie de juger ni de commenter cette décision. Je fais des constats. Vous savez, l'une des principales particularités de la banque, c'est la confiance. Quand la confiance est rompue, cela devient difficile. La situation est d'autant plus compliquée que les agents qui travaillent au sein des agences nationales de la Bceao ont été sommés par Dakar (siège de la Bceao, NDLR) d'aller ouvrir des comptes dans des banques commerciales, pour le virement de leurs salaires de février. Cela a été fait. Au demeurant, les décisions radicales prises par le Gouvernorat de la Bceao ont été rendues possibles sur le plan pratique, d'autant plus qu'elle s'était préparée à ce genre de situations. D'abord après le casse de Sia Popo en 2001, puis les casses des agences régionales en zone Forces nouvelles en 2004. Du coup, depuis Dakar, le Gouvernorat change quotidiennement les codes d'accès aux voutes, contenant à peu près 240 milliards FCFA. L'argent disponible en caisse, estimée à près de 8 milliards FCFA, avait déjà été emporté après la démission forcée, pour employer le terme fort à propos de l'un des deux protagonistes de la crise postélectorale, du Gouverneur Dakoury Tabley.
 
Manifestement, ces décisions n'ont aucun effet sur le « gouvernement illégitime » de M. Gbagbo, puisque le ministre délégué au Budget de son gouvernement a déclaré que les recettes du cacao ont fait un bond, en dépit de la mesure prise par M. Ouattara et il assure que les salaires du mois de février ne sont point menacés, puisqu'il semblerait que le camp Gbagbo a sollicité l'appui financier de certains pays comme l'Angola ou l'Afrique du Sud. Quel est votre commentaire sur les assurances du ministre ?
Le ministre délégué sait ce qu'il dit, je ne commenterai pas ses propos. Pour ma part, je ne fais pas de politique. Je fais des constats. Et les constats sont simples. D'abord en ce qui concerne, la hausse de la quantité de cacao exportée. Les chiffres sont justes mais contrairement à ce que certaines personnes veulent comprendre, ce sont les chiffres de l'exercice 2010. Depuis que M. Ouattara et son gouvernement ont pris la décision de suspendre les exportations de cacao, dont notre pays est le premier producteur mondial, vous pouvez aller faire le constat dans les deux ports du pays. L'activité a considérablement baissé. Les principaux exportateurs que sont Cargill, ADM, Armajaro, etc. ont gelé leur exportation à partir des deux ports du pays. Quant au payement des salaires, je fais le constat suivant. Un : à la fin du mois de janvier, le salaire de certains fonctionnaires n'a pas été viré le jour annoncé. Deux : les personnels dans les Etablissements publics nationaux ont perçu leurs salaires seulement dans la deuxième semaine de février. Trois : jusqu'à présent, de nombreux retraités n'ont pas encore perçu leurs pensions. Indéniablement, le mois de février sera plus difficile puisque les recettes douanières ont chuté, les recettes fiscales, pareil, de même que les revenus tirés du pétrole et du gaz. Ce qu'il faut savoir, c'est que la Côte d'Ivoire compte environ 105.000 fonctionnaires et 55.000 soldats, tous corps confondus. La masse salariale mensuelle tourne autour de 80 milliards FCFA et les dépenses de fonctionnement de l'Etat avoisinent 50 milliards FCFA. Ce qui fait qu'il faut trouver mensuellement environ 120 milliards FCFA. Ce que tout gouvernement qui a des problèmes d'argent fait, c'est de faire une répartition discriminée des ressources. En d'autres termes, faire comme feu Lansana Conté en Guinée, à savoir payer prioritairement les soldats et échelonner le payement des salaires des fonctionnaires, en commençant par les plus difficiles à gérer que sont les enseignants, puis terminer par les masses les plus socialement vulnérables que sont les retraités et les plus politiquement marqués que sont les travailleurs dans les institutions.
 
Qu'en est-il des prêts sollicités par le gouvernement Gbagbo auprès de l'Angola et de l'Afrique du Sud ?
La masse salariale mensuelle en Côte d'Ivoire est fort importante. Aucun Etat, même inconditionnellement ami et déterminé dans son soutien, ne peut supporter de faire des prêts ou des dons, de cette hauteur pendant plusieurs mois. L'Angola peut donc aider pendant un temps. L'Afrique du Sud, non. Vous savez, beaucoup de choses se disent sur l'Afrique du Sud. Très souvent, cela n'est pas juste. Ce pays s'est doté d'instruments et de mécanismes de gouvernance les plus démocratiques d'Afrique, qui empêchent que M. Jacob Zuma, s'il ne veut pas courir le risque de la destitution, comme son prédécesseur, ne peut pas se laisser aller à des transactions financières au noir. Très souvent en Côte d'Ivoire, on fait des projections selon notre façon de concevoir la démocratie. De sorte qu'on accuse les médias occidentaux par exemple de cacher l'information sur la mort d'une personnalité, parce que nous contrôlons les médias et dictons les informations à la presse. On ignore totalement que les journalistes occidentaux sont indépendants et qu'ils sont à la recherche du scoop qui va booster leur carrière. Etant donné qu'on peut se permettre, sans passer ni par le parlement, ni par le conseil des ministres, ordonner un transfèrement de fonds à l'endroit d'un Etat qui n'arrive pas à honorer ses engagements vis-à-vis de ses fonctionnaires, plus parce que le Président est incompétent et moins parce qu'il y a une forte pression salariale, on pense qu'il suffit d'un coup de téléphone, pour que le Président d'une nation comme l'Afrique du Sud, fasse décaisser des fonds pour tel Président. Ce qu'il faut savoir à propos de l'Afrique du Sud, c'est que ce pays joue sa notoriété dans le monde avec le dossier ivoirien. Ses dirigeants en ont pleinement conscience. Sachez que les Etats, plus ils deviennent démocratiques, plus ils n'ont pas d'amis et plus ils privilégient leurs intérêts plutôt que les intérêts d'un autre Etat encore moins les intérêts d'un individu dans un autre Etat. L'Afrique du Sud lutte depuis des années pour obtenir une place au Conseil de sécurité des Nations-Unies, lesquelles ont reconnu M. Ouattara comme président élu de Côte d'Ivoire. L'Afrique du Sud fait ce que font tous les Etats qui sont dans cette posture, elle joue l'équilibriste.
 
Sur le plan économique, comment se porte la Côte d'Ivoire aujourd'hui ?
Ma réponse est radicalement pessimiste : la Côte d'Ivoire se porte mal, très mal. Notre pays est au bord de la faillite, quoiqu'un Etat ne peut faire faillite. Même en plein conflit, les indicateurs économiques et financiers n'étaient pas autant dans le rouge. Ceci encourage une gestion empirique des affaires publiques qui a fait reculer le pays, en termes de mécanismes de gestion, à l'ère coloniale, pendant la seconde guerre mondiale. Evidemment, cette gestion au noir est la porte ouverte à toute sorte de détournement de fonds. Les faits prouvent mon affirmation. Le secteur de l'hôtellerie est en plein sinistre. De nombreux hôtels dont certains huppés, ont fermé. Le gaz butane manque dans les ménages. De nombreuses stations d'essence affichent « rupture ». Les entreprises attributaires de marchés dans le cadre des projets post-conflit, financés par les institutions de Breton Woods ou par l'Union européenne, ou encore par les coopérations de l'un des pays de l'UE ou de l'Asie, principalement le Japon, ainsi que par des pays comme le Canada ou les Etats-Unis, sont au bord de l'asphyxie. Les fournisseurs de l'Etat réclament des dizaines de milliards à l'Etat, tout comme les fondateurs d'établissements scolaires, qui crient à la banqueroute. Chaque jour, ce sont des emplois qui sont supprimés, des hommes licenciés ou mis au chômage technique. Allez à la bourse de travail de Treichville, et vous serez édifiés sur l'ampleur du drame. Les entreprises qui résistent encore produisent moins avec une charge de production beaucoup plus importante, du fait de l'approvisionnement en matières premières, qui se fait rare, situation liée à la décision de l'UE et des Etats-Unis d'inscrire les ports sur leur liste noire. L'inflation, du fait de la panne de liquidité, et du renchérissement des coûts de production sur les prix de vente des produits finis, est de la partie. Et toute chose étant égale par ailleurs, les salaires n'augmentant pas, diminuant même, dans certaines entreprises, je puis vous dire que la situation est intenable pour l'Ivoirien ordinaire. L'administration publique ignore maintenant le système de traçabilité (avec les chèques, les bons de livraison, les courriers, etc.) pour préférer l'argent frais, disponible hic et nunc. En attestent les appels à payer les impôts directement chez le receveur, plutôt que par chèque. Cela ressemble au système d'encaissement de la contravention dans les régies de police, à savoir l'opacité parfaite.
 
La création de la Monnaie ivoirienne de la résistance (MIR) n'est-elle pas une solution à envisager ?
La création d'une nouvelle monnaie pour faire face à une inflation galopante est une solution radicale et appropriée adoptée dans certains pays. Elle est le fruit d'une étude approfondie et conséquente. Cependant, ce n'est certainement pas la MIR, comme vous dites, qui sera une monnaie crédible. Rien que par son nom, cette idée de monnaie est ridicule. Aucune monnaie ne se fabrique sur la base de la résistance. Je vous ai dit plus tôt que la banque, c'est la confiance. La monnaie l'est encore plus. C'est ce qu'on appelle la valeur fiduciaire de la monnaie. Une monnaie doit inspirer la confiance. Pourquoi le dollar a plus de valeur que le GNF, le franc guinéen, qui lui-même a moins de valeur que le CFA ? Eh bien, c'est la confiance que les consommateurs placent en cette monnaie, puisque tous les billets sont fabriqués avec du papier. Certains intellectuels de la Refondation, je crois, ont exclu cette hypothèse, née dans certains esprits retors qui ne comprennent rien aux affaires financières et monétaires et qui pensent qu'on peut gérer un pays, comme on gèrerait un champ de manioc au village.
 
Qu'en est-il donc de l'idée d'aller fabriquer des billets de CFA en Argentine pour alimenter le marché local, éventée par La Lettre du Continent ?
Elle participe elle aussi de l'hérésie financière. Ce serait la pire des fautes que ceux qui nourrissent l'idée de la faire, commettrait, puisqu'elle précipiterait la faillite du système financier ivoirien et par entraînement, celle de toute la Communauté financière africaine. La raison est simple. Si rien que la rumeur annonce que des billets fabriqués en dehors de la procédure habituelle à la Bceao circulent sur le marché ivoirien, la réaction de la Banque centrale sera de dénoncer l'existence de faux billets sur le marché ivoirien. On dira « On s'en fout s'ils dénoncent », mais non. Puisque les banques commerciales ne reconnaîtront pas ces billets. Pire, le boutiquier du quartier commencera à être méfiant vis-à-vis de tous les billets et très vite, même la vendeuse de banane braisée va refuser un billet de banque, qu'il soit vrai ou faux. La psychose des faux billets d'Argentine (je vois d'ici là les Ivoiriens donner des surnoms à ces billets) va s'emparer de tout le monde et comme la monnaie, c'est d'abord et avant tout la confiance, les billets de banque ne vont plus circuler sur le marché et ce sera la faillite du système. Il faut dire que l'on risque d'arriver à la faillite du système financier ivoirien d'une autre façon, si l'on n'y prend garde. Si les difficultés de retrait de fonds subsistent, il faut craindre que la panique s'empare des épargnants dans les banques et surtout dans les micro-finances, et que ceux-ci accourent un jour dans les banques pour retirer partiellement ou totalement leurs épargnes. Ca serait catastrophique.
 
Que faut-il pour sortir de cette situation ?
Il faut que la situation se normalise.
 
Que M. Gbagbo accepte de quitter le pouvoir ou que la « force légitime » soit mise à contribution pour le déloger ?
(Rires) Je vous avais déjà dit, avant de commencer cette interview que je ne parlerais pas politique.
 
De quoi avez-vous peur ?
Selon vous, de quoi devrais-je avoir peur ? La réponse légitime à votre question appartient aux Ivoiriens, pas à moi.
 
Propos recueillis par Elvire Ahouanan
Source : lebanco.net
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 12:00


Qu’est-ce qui s’est passé à Abobo dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 janvier 2011 ? Pour tenter de comprendre cette tragédie digne du film d’espionnage, nous sommes allés à la rencontre de témoins directs et indirects. Sous le couvert de l’anonymat, ils parlent. Retour sur une nuit sanglante.


Aux dires de certaines personnes qui résident dans le périmètre du « Parlement » des jeunes patriotes d’Abobo, tout a commencé un jour plus tôt, c’est-à-dire dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 janvier.

« Dès 4h du matin, nous avons été réveillés par des rafales tirés en l’air, raconte un résident de ce périmètre. Certaines personnes ont reçu la visite d’hommes en armes et en treillis. C’étaient des éléments en tenue noire de policiers et d’autres qui portaient des pantalons treillis et des tee-shirts verts. Des voisins ont dit que c’étaient des miliciens qui sont venus très tôt, de la maison de la tante de Blé Goudé au Plateau Dokui où ils ont établi leur quartier général. Un voisin m’a confié qu’il avait vu l’un des responsables du « Parlement » servir d’indicateur. Ils disaient rechercher des armes qui pourraient servir à tuer Blé Goudé. Certaines personnes ont été délestées de leurs biens : téléphones portables, argent, bijoux, d’autres ont été bastonnés, pour rien, d’autres encore ont été arrêtés et on ne sait toujours pas ce qu’ils sont devenus ».

Le meeting de Blé Goudé, annoncé à grands renforts de publicité sur LMP-TV, autrement dit la RTI, n’a pas eu lieu. La descente des hommes en armes et en treillis à Abobo PK18 a en effet causé la mort de plusieurs personnes.

 

« Trop, c’est trop ! »

Ce mardi-là, Abobo ressemblait à un vaste champ de bataille. « Trop, c’était trop ! », martèle Abdoul, un militant du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Celui-ci dit avoir perdu son petit frère lors de la marche du 16 décembre dernier sur le siège de la Radio télévision ivoirienne (RTI) à Cocody, réprimée dans le sang par les forces pro-Gbagbo, et un oncle, qui a été tué chez lui à domicile, pendant le couvre-feu, toujours « par des forces pro-Gbagbo ». Lui, dit ignorer totalement ce qui s’est passé le jour suivant la descente punitive des policiers et des miliciens.

« Une chose est certaine, je n’ai jamais entendu de ma vie, des bruits pareils. Non, c’était une affaire de professionnels. Rien à voir avec les petits bruits de pétard auxquels nous autres militants du RHDP, sommes désormais habitués ».

Une source proche des Forces de défense et de sécurité (FDS) nous renvoie à un communiqué publié dans la presse, par un groupe de soldats. Ce groupe de soldats avait en effet revendiqué l’attaque contre les FDS à Abobo. Rien n’est moins sûr.

« L’état major avait été informé qu’il y avait des armes stockées à Abobo. Le colonel Bohiri a été personnellement informé de cette situation. Certaines informations disaient que les armes sont arrivées d’Anyama, via Bouaké, par le train et que c’était Koné Zakaria lui-même qui dirigeait les opérations. Ce n’était pas très juste à mon sens. Vraisemblablement, du matériel des FDS a été détourné par nos propres éléments sur le terrain », confie un officier de l’état major, qui clame qu’il décrypte froidement la situation, sans se laisser influencer par des considérations partisanes, car « de toutes façons, je ne soutiens aucun des deux camps ».

 

Des armes détournées

Selon son témoignage, le détournement des armes remonte à la veille du jour de l’an, « quand Blé Goudé a annoncé que le jeunes devraient aller au Golf à partir du lundi 3 janvier, pour déloger Alassane Ouattara et son gouvernement. En réalité, l’état major avait donné son accord pour cette opération. Les jeunes devraient être devant pour provoquer les casques bleus et quand ceux-ci commenceraient à perdre leur contrôle et à faire usage ne serait-ce que de bombe lacrymogène, les FDS devraient entrer en jeu ».

Selon notre source, cette initiative, quoique critiquée, a permis de percer pour la première fois l’abcès au sein des FDS.

En effet, « L’information a été donnée dans toutes les unités de police et de gendarmerie, à en croire notre source. Mais au camp d’Agban où siège le général commandant de la gendarmerie, Kassaraté Tiapé, pour la première fois, des voix se sont élevées, lors de l’information, pour dire que cette histoire ne concernait pas les gendarmes qui devraient rester neutres dans un combat entre politiciens. L’état major a senti qu’il y avait péril en la demeure. Surtout qu’un gendarme a osé dire à peu près ceci : « Vous savez tous ici que Ouattara a gagné dans les casernes, donc arrêtons l’hypocrisie. Nous les gendarmes, nous ne voulons pas être associés à cette entreprise ». La consigne de se tenir prêts pour le 3 janvier a été toutefois maintenue. Cela ne m’a pas étonné quand Blé Goudé a annoncé qu’il reportait sa marche sur le Golf. L’affaire était boycottée de l’intérieur du système par les gendarmes et des policiers, dont certains apprécient très mal la présence de mercenaires chèrement payés, arborant des grades et des treillis de la BAE (Brigade anti-émeute, NDLR). Cela n’a pas empêché la distribution d’armes, dont certaines lourdes à des forces paramilitaires. Cette opération n’a pas été confiée à l’état-major mais à des gens en dehors de l’état-major. Le lundi 3 janvier, à la reprise du travail, l’état major était informé que du matériel avait été détourné à Abobo, par des responsables du Parlement d’Abobo, justement. L’information a été négligée, vu que de toutes les façons, c’était une chose qui concernait les patriotes. Apparemment, le détourneur n’était pas celui à qui on avait pensé. ».

 

« Une affaire de pro »

Tout semble indiquer que le meeting de Blé Goudé a été le point de départ de cette opération.

« Moi, je suis un vieux père du quartier. Je peux attester que Koné Zakaria n’était pas dans notre quartier. Je peux aussi dire que ni nous-mêmes, ni nos jeunes, n’étaient associés à cette action », confie l’un des doyens de PK 18.

Notre source au niveau de l’état-major ne lui donne pas tort.

« Les armes détournées, ce n’était pas Zakaria. Vraisemblablement, c’était des soldats qui ont réussi à infiltrer le milieu patriotique et se sont servis. Et au moment opportun, ils se sont servis contre leurs frères d’armes. Les renseignements ont dit plus tard à l’état major, qu’il s’agissait de soldats pro-Alassane qui en avaient assez de voir leurs parents être tués à Abobo. Cela semble très crédible ».

Une thèse crédible d’autant plus que « c’était une affaire de pro », raconte un policier de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) de Williamsville commandée par le commissaire Assohou Léopold. Une compagnie qui a pris une part active dans les massacres du 16 décembre dernier et contre qui ceux qui ont mené l’attaque, avaient des griefs.

« Jusqu’à présent, je ne sais pas comment j’ai pu m’en sortir. Nous étions à bord d’un cargo quand nous sommes arrivés à la hauteur du grand carrefour de la mairie. Nous avons entendu une forte détonation. C’était un tir sur un char. Au troisième tir, le char a virevolté. Les occupants en sont sortis et il y a eu des tirs de mitraillettes sur eux. D’autres tirs se faisaient entendre. J’ai personnellement sauté du cargo, j’ai rampé à terre, me suis glisse sous les tables, rampé pour m’éloigner du champ de bataille. Dès que je me suis senti hors de portée, j’ai enlevé ma chemise treillis et j’ai emballé mon AK47 avec. J’ai marché toute la nuit jusqu’au camp. J’ai dit à mon chef de prendre mon arme et que je ne voulais plus jamais retourner dans ce genre de coin. Il n’a rien dit. Le reste de la troupe qui était restée au camp était déjà en pleurs ».

L’attaque a fait plusieurs morts dans le camp des FDS. Un bilan qui n’a jamais pu établir ni le nombre exact de victimes, ni les faits.

 

Prince B.

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 12:15

Affairiste, cité dans des affaires sales, condamné par la justice, franc-maçon, etc.

  

Roland Dumas, 89 ans, est la nouvelle « trouvaille » de M. Laurent Gbagbo. En la matière, le « président élu par le conseil constitutionnel » n’échappe pas à la règle de la Françafrique, puisque M. Dumas est un habitué des palais africains, notamment là où les régimes relèvent de tout, sauf de la démocratie. Portrait d’un homme qui a perdu toute estime en France, son pays natal et qui traîne comme un boulet honteux, ses affaires sales.

L’homme a certes une carrière riche : député socialiste de la Corrèze à 35 ans, puis de la Dordogne, il entre au gouvernement sous la présidence de François Mitterand, en tant que ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes, en 1983. Il occupe successivement des postes dans plusieurs gouvernements (Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard), et termine ministre des Affaires étrangères en 1993. Il a occupé ce poste pendant cinq ans. Le 8 mars 1995, il est nommé président du Conseil constitutionnel. Il est contraint à la démission le 1er mars 2000. Son visage qu’il cachait soigneusement sous des masques angéliques, apparaît dès sous la lumière de la vérité. Celle-ci éclate au grand jour.

 

Un franc-maçon dans l’arène

Wikipedia le présente comme un franc-maçon. Sa première action controversée, alors qu’il a été chassé du gouvernement, quelques mois plus tôt, est d’être, au cours de l'année 1983, l'émissaire spécial de Francois Mitterrand auprès du colonel Kadhafi.

Commence sa fréquentation constante des palais des dictateurs africains.

En 1995, il est nommé par son ami personnel (ce qui rappelle un autre « ami personnel » en Côte d’Ivoire), François Mitterrand en tant que président du Conseil constitutionnel.

Sa présidence comme celle de Yao Paul N’Dré, qu’il vient défendre aujourd’hui, en sa qualité d’avocat de formation, est marquée par une décision controversée qui a soulevé le courroux de la classe politique et de l’opinion en France. En effet, il rend un avis affirmant que l'immunité judiciaire du Président de la République s'imposait y compris pour les crimes et délits de droit commun. L’avis est combattu en ce sens qu’il est taillé à la mesure de son « ami personnel ».

Très vite, l’étau de la honte se resserre sur ce haut fonctionnaire devenu l’homme-lige de François Mitterrand.

 

Cité dans des affaires sales

Le 24 mars 1999, mis en cause par la justice dans le cadre de la fameuse affaire Elf, il décide de suspendre l'exercice de ses fonctions au Conseil constitutionnel. Par ce raccourci, il veut continuer à bénéficier des avantages liés à son poste, tout en faisant face à la justice. Pas tonnant donc que l’octogénaire cherche à défendre quelqu’un qui s’accroche à son poste, juste pour continuer à jouir des privilèges liés à ce poste, non pour travailler dans l’intérêt général.

Il réussit à résister, sinon à ruser avec sa propre conscience pendant un an. Mais, le 1er mars 2000, sous le feu des pressions, il est contraint à la démission du Conseil constitutionnel.

L’homme sort de la République, couvert de honte et de discrédit.

Mais là ne s’arrête pas ses déboires avec la justice. Dans une autre scabreuse affaire, Roland Dumas est condamné à douze mois d'emprisonnement avec sursis et 150.000 euros d'amende pour complicité d'abus de confiance, dans le cadre de la succession du sculpteur Alberto Giacometti.

Ce n’est pas tout, loin s’en faut.

 

Moralité douteuse

Le magazine La Dépêche Diplomatique, dans un article intitulé « Les connexions africaines de Roland Dumas : Sa morale et la nôtre », revient entre autres, sur une autre affaire de moralité, qui a scandalisé et continue de scandaliser les Français.

« L’ancrage africain de Roland Dumas a été permanent. Au cours de sa carrière politique comme de sa carrière d’avocat. Et bien au-delà de ses activités de ministre des Affaires étrangères (1984-1986 et 1988-1993).

Sa plus proche collaboratrice au sein de son cabinet d’avocat, qui détenait une procuration sur ses comptes (ce qui lui a valu d’être placée en garde à vue dans « l’affaire des frégates ») était Stéphanie Bordier ; elle était la fille de Paul Bordier, ami de François Mitterrand, ancien haut fonctionnaire colonial, en poste notamment au Niger et en Oubangui-Chari (aujourd’hui RCA).

En Afrique noire, si Dumas avait des connexions particulières avec Dakar (il a très bien connu Elisabeth Diouf, avant qu’elle ne devienne première dame du Sénégal, quand elle était la compagne d’un avocat au barreau de Paris), c’est avec Libreville qu’il a noué les connexions affairo-politiques les plus étroites. On se souvient que sa sulfureuse amie (« la Putain de la République » (sic)), Christine Deviers-Joncour, avait réalisé, via son agence Kairos, des travaux publicitaires pour le compte de la République du Gabon. Dumas lui-même avait signé un contrat de conseil pour la période où il n’était plus ministre des Affaires étrangères et pas encore président du Conseil constitutionnel ».

 

Affairiste

Pour autant, Roland Dumas n’aime pas plus les palais africains que l’argent qui y est « versé », pour reprendre l’expression bien ivoirienne. Un avocat, ça se paye !

Au point où dans ses plaidoiries, il ne s’accorde aucune limite, pour défendre, partout où besoin est, ses clients. A preuve, cette phrase digne du plus grand laudateur : « Omar Bongo est un homme qui a été servi par les dieux et dont la vocation aura été de servir à son tour ».

Une journaliste socialiste a écrit à son sujet : « « Avant de désigner Dumas au Palais-Royal (siège du Conseil constitutionnel, NDLR), François Mitterrand avait été mis en garde contre un choix qui pouvait paraître défier les juges, tant la réputation d’affairiste collait, à tort ou à raison, à la peau de son ami ».

Le journaliste de La Dépêche Diplomatique conclut son article en écrivant : « L’homme pour qui Bongo « a été servi par les dieux et dont la vocation aura été de servir à son tour » veut servir Laurent Gbagbo. Au nom de l’Internationale socialiste, de la démocratie, du respect de la Constitution ? Qu’on me pardonne, mais compte tenu du parcours de Dumas, y-a-t’il quelqu’un d’assez « con » pour le croire ? Cet homme-là marche avec une canne et une chaussure orthopédique ; mais compte tenu des « casseroles » qu’il traîne, je m’étonne qu’il soit encore capable de mettre un pied devant l’autre. Pour aller de son hôtel particulier de l’île Saint-Louis jusqu’au palais présidentiel d’Abidjan. Cela ne l’honore pas. Et laisse penser que Gbagbo est vraiment à court de soutiens pour l’aller chercher dans les ruines du « socialisme » français ! ».

 

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 16:44

Qui doit payer la note de la censure ?

 

Chaînes étrangères d’informations générales suspendues. Messageries écrites et alertes à la newsletter de l’actualité nationale impossibles. Radio et télé nationales boudées. Pendant plus de trois semaines, certains consommateurs d’information et de télécommunication ont subi le black. Mais qui doit donc en payer le prix ?

Jean Béda ne décolère pas contre la Radio télévision ivoirienne (RTI). Ce jeune travailleur de l’administration publique n’a pas assez de moyens pour s’offrir une antenne parabolique ou un abonnement Canal Horizons. « Je ne regarde plus la télévision ivoirienne depuis bien longtemps, car je l’assimile à la télé LMP (La majorité présidentielle, qui a porté la candidature de Laurent Gbagbo, à l’élection présidentielle, NDLR) faite pour les militants LMP et animés par des journalistes LMP. Cependant, chaque fois qu’on me donne ma facture d’électricité, je dois payer 2.000 FCFA comme redevance RTI. Je suis obligé de payer puisque si je choisis de payer seulement le prix de ma consommation, cela me fera un reliquat et au bout d’un moment, la CIE (Compagnie ivoirienne d’électricité, NDLR) va me couper la fourniture en électricité. Comment peut-on  m’obliger à payer une redevance pour une télé que je ne regarde pas ?», martèle Jean Beda. Comme Jean Beda, ils sont nombreux les Ivoiriens qui sont pris dans ce dilemme depuis des années.

 

Coût fixe mensuel

Tout comme, ceux qui ont un abonnement Canal Horizons et qui doivent honorer leur facture à un coût fixe mensuel. Début décembre, M. Gbagbo avait fait couper le signal de plusieurs médias d’informations générales, européennes et panafricaines, sur le réseau Canal Horizons. Celles-ci étaient succinctement accusées de traitement déséquilibré de l’information. En fait, les responsables de LMP dont le président sortant, Laurent Gbagbo, n’acceptaient pas que ces médias équilibrent l’information en donnant la parole au camp du président élu, Alassane Ouattara. « J’ai pris mon abonnement surtout pour les chaînes d’information. Alors, quand on me coupe ces chaînes, je ne regarde rien du tout », révèle Adama Dembélé, un farouche militant du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvement d’opposition d’alors, qui a soutenu la candidature de M. Ouattara au second tour). Celui-ci déclare qu’il aura un pincement au cœur quand il va payer sa facture du mois. Lui, ne compte pas porter plainte contre son distributeur, qui a pris le soin, en dépit de la très forte médiatisation de la décision de censure, de l’avertir par courriel et s’excuser auprès de lui.

 

« Suspension abusive »

Une position que ne partage pas Jean-Paul Ouraga, un gérant de cabine téléphonique à Angré-Mahou, pour qui, ses collègues et lui, devraient envisager une action en justice contre les maisons de téléphonie mobile qui ont suspendu, sur décision de l’Agence des télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI) les sms, pendant plusieurs jours. « Cela ne nous arrange pas. Il y a des personnes qui ne communiquent que par sms. Et ces personnes sont de grands consommateurs d’unités que nous transférons ou de cartes de recharge », fait-il remarquer. Pour lui, cela n’est rien d’autre qu’une « suspension abusive » qui doit être combattue. La suspension des sms a aussi pénalisé les abonnés aux newsletters d’agences de presse qui alertent leurs clients par ce procédé. « Ce n’est certes pas notre faute, puisque nous sommes aussi des victimes de cette censure qui ne dit pas son nom », objecte un responsable de l’une de ses agences.

 

Qui paye la note ?

Qui doit donc payer la note ? Pacôme Ahouré, doctorant en droit des affaires à l’université de Cocody, répond que « chaque consommateur qui se sent lésé dans un contrat qui le lie à une entreprise, que cette dernière officie dans le domaine des télécommunications ou dans celui de l’information, a le droit de saisir les juridictions pour obtenir réparation d’un préjudice subi ».

Cependant, note-t-il, « il faut bien voir que la rupture momentanée du contrat, si elle est liée à un cas de force majeure, indépendant de la volonté de l’entreprise, comme cela semble être le cas dans les exemples cités, alors, induit que l’action quoique fondée risque d’être inconséquente ».

En ce qui concerne le non paiement de la redevance RTI, Pacôme Ahouré rappelle « le principe du parallélisme des formes ». En clair, « il est évident que la redevance RTI a été décidée à l’Assemblée nationale par les députés. Il appartient aux téléspectateurs et auditeurs de la RTI, qui ne se reconnaissent pas dans sa façon de traiter l’information, de mettre la pression sur leurs élus, pour que la question soit débattue à l’Assemblée nationale et que le payement de la redevance RTI ne soit plus obligatoire sur les factures de la CIE.», explique Pacôme Ahouré. En attendant, les factures du mois de décembre, marqué par le black-out tous azimuts, commencent à tomber… avec leur date limite de payement.


André Silver Konan

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 17:25

La Côte d’Ivoire devrait connaître son président en principe fin novembre lors d’un second tour potentiellement explosif entre le sortant Laurent Gbagbo et l’ex-Premier ministre Alassane Ouattara.

 

Pourquoi cette élection, qui a été reportée six fois depuis 2005, a-t-elle lieu maintenant ?

Il y a plusieurs raisons. J’en retiendrai deux. La première est liée au fait que les principaux protagonistes réunis au sein de l’exécutif, à savoir l’ex-rébellion des Forces nouvelles qui contrôle la Primature et le camp présidentiel, ont entendu les cris assourdissants du peuple. La seconde raison et sans doute la plus importante, c’est que le président sortant s’est convaincu qu’il pouvait dès lors gagner l’élection présidentielle, après la publication de plusieurs sondages qui le donnaient gagnant.

 

Ces élections ont été qualifiées d’historiques. Quel est au fond l’enjeu de ce scrutin ?

Cette élection présidentielle est historique pour la simple raison que depuis le retour au multipartisme, il y a deux décennies, c’est la première fois qu’une compétition est autant ouverte que transparente. Pour la première fois dans l’histoire du pays, qui a célébré son cinquantenaire en août dernier, les principaux leaders politiques qui le désiraient, ont été admis à être candidats. En définitive, le principal enjeu, c’est la paix. Une paix après laquelle les Ivoiriens courent depuis 11 ans, après qu’un coup d’Etat est venu faire tomber le pays dans le giron des pays politiquement instables, en décembre 1999.

 

Y a-t-il une possibilité d’un réel changement suite à ses élections sachant que les candidats ont été acteurs dans la crise qu’a connue le pays ?

Une chose est certaine, l’élection va sonner la fin de la crise armée. Cependant j’ai bien peur que la crise politique demeure. Pour comprendre cela, il faut analyser les deux cas de figure qui se présentent. Si M. Gbagbo est réélu, son pouvoir désormais légitimé, après une élection qu’il avait lui-même qualifiée de «calamiteuse», pourrait être trop fort. Dès lors, il faut craindre certains dérapages qu’un contre-pouvoir suffisamment faible ne pourra ni vigoureusement dénoncer ni efficacement combattre.

De l’autre côté, l’élection de M. Ouattara, le challenger du président sortant, dont le nom est associé à la rébellion, par les supporters du camp présidentiel, va réveiller les rancœurs de tous ceux qui estiment que c’est par lui que le malheur est arrivé. Toutefois, cette analyse peut se révéler totalement déphasée, tant le peuple ivoirien peut se montrer surprenant, en atteste le calme et la non-violence lors du scrutin de dimanche, ce qui a déjoué toutes les appréhensions.

 

La diplomatie française observe de très près ce qui se passe lors de ces élections, quel rôle a-t-elle pu y jouer ?

La diplomatie française a joué un rôle important, autant que la communauté internationale présente en Côte d’Ivoire à travers l’Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (Onuci). Quelques jours avant le scrutin, le secrétaire général de l’Elysée, M. Guéant, était à Abidjan, où il a rencontré les principaux acteurs politiques.

 

On souligne un taux de participation record, des irrégularités mineures et un calme relatif, selon le Conseil de sécurité de l’ONU, qu’en est-il des accusations de Bédié qui dénonce de graves dysfonctionnements et une fraude dont il a été victime ?

Je voudrais bien croire que le PDCI a été frustré de sa victoire, mais ma position est celle que j’ai fait savoir à des proches du candidat Bédié : où sont les preuves ?

 

Craint-on des violences au deuxième tour qui opposera les deux ennemis Gbagbo et Ouattara le 28 novembre prochain ?

Messieurs Gbagbo et Ouattara ne sont pas des ennemis. Ils sont des adversaires. Ils ont déjà montré qu’ils pouvaient travailler ensemble et en toute intelligence, entre 1994 et 1999, au sein du Front républicain, qui réunissait plusieurs partis de l’opposition d’alors. Cependant, j’admets que les risques de confrontation entre les supporters des deux hommes est grand. J’espère que la sagesse va habiter chaque Ivoirien au moment du scrutin.

 

La presse ivoirienne a fait état d’un scénario à la sénégalaise qui se dessine, à savoir la création d’une alliance avec Ouattara qui pourrait finalement remporter le deuxième tour. Ce scénario est-il privilégié ?

Je suppose que vous parlez d’une alliance entre M. Bédié, le grand perdant du premier tour, et M. Ouattara. Les deux hommes sont déjà unis par une alliance qu’ils ont signée au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP, coalition de quatre partis d’opposition). Théoriquement, M. Ouattara devrait être élu avec cet accord qui lui assure 60% des voix du premier tour. Cependant, il faut rester mesuré, car le report des voix pourrait, dans la pratique, ne pas être systématique. Il reste que la politique étant le domaine du tout illogique, il y a de fortes chances qu’on assiste à des ralliements spectaculaires.

 

Mehdia Belkadi ( El Watan)

 

 

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 19:12

Un tas d’ordures ménagères dans une charrette débordée qui dégage où elle passe, une odeur nauséabonde. Depuis quelques années, la pré-collecte d’ordures ménagères est devenue la principale activité de nombreux jeunes Ivoiriens. Personne ne se doute que, parmi eux, se trouvent de grands diplômés. Et pourtant…

 

Chaque matin, Jean Kipré quitte Abobo Samaké, un quartier populaire d’Abobo, à pieds pour Plateau Dokui, un quartier résidentiel situé la commune populaire d’Abobo et la commune bourgeoise de Cocody, dans le district d’Abidjan. A 7 H, il est devant l’un des cinq immeubles dont il enlève les ordures ménagères depuis quatre ans. « Nous avons 187 poubelles à vider chaque jour », précise-t-il en souriant. Jean Kipré est le président de la Coopérative des pré-collecteurs volontaires et de salubrité urbaine de Côte d’Ivoire (CPCVSU) créée, il y a quatre ans. Il est titulaire d’une licence de géographie obtenue à l’Université de Cocody. Ses deux associés sont aussi des étudiants. « Je prépare la soutenance de mon mémoire de maîtrise », précise-t-il.

De fait, Jean Kipré et ses deux associés ramassent chaque matin, « sauf dimanche », les ordures entassées par les ménages, devant les maisons, dans des poubelles. C’est la phase de ramassage ce qu’ils appellent la pré-collecte d’ordures ménagères.

Leur job consiste à collecter les ordures des ménages, puis à les amasser dans un coin de rue ; ensuite à les enfouir dans une charrette de fortune. Celle-ci est modifiée avec des contre-plaqués placés sur les quatre côtés, afin d’augmenter sa capacité à prendre des ordures. Une fois cette étape franchie, à deux, ils poussent la charrette jusqu’au dépotoir du carrefour appelé « Bangui », vers le zoo, à deux kilomètres environ de Plateau Dokui.

Entre le 1er et le 5 du mois, Jean Kipré frappe à chaque porte pour encaisser 1.000 FCFA, la prime à payer mensuellement par les ménages bénéficiant de leurs prestations.

« A la fin du mois, si on prend en compte les mauvais payeurs et les ménages qui ont déménagé, on se gagne entre 160.000 et 170.000 FCFA à partager après avoir dégagé les dépenses liées à certaines charges ».

 

Activité honteuse ?

Au carrefour « Bangui », le responsable du quai d’ordures, pour le compte de la société Clean Bor, entreprise de collecte d’ordures ménagères, est N’Guessan Kouamé, 38 ans, père de trois enfants. Il vit de cette activité, « depuis des années », sans aucun complexe. « Je ne trouve pas cela dégradant. Je gagne raisonnablement ma vie », laisse-t-il entendre. Philosophant, il fait remarquer : « En général, ceux qui raillent les gens parce que d’après eux, ceux-ci font un travail salissant, sont ceux qui paressent dans les salons de leurs parents ou qui n’ont aucune qualification pour pouvoir mener une activité ». Sur son quai, il gère au moins trente pré-collecteurs « dont des gens qui ont des diplômes universitaires et qui ne se plaignent pas de mener une activité qui leur fait honte ».

Il révèle que certains parmi eux « peuvent se retrouver avec au moins 40.000 FCFA », un salaire plus élevé que le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) de 36.000 FCFA.

A en croire Joseph N’Gatta, le président de l’Union des fédérations des professionnels de la pré-collecte de Côte d’Ivoire (UFEPCI), « le métier nourrit son homme, cependant, il nous nourrirait mieux si les autorités formalisaient et régulaient la corporation ». De ce fait, il propose que l’Etat crée un cadre réglementaire, voire législatif en vue de permettre aux pré-collecteurs d’évoluer dans un cadre qui leur garantirait plus de profits et de possibilités, comme l’accès au crédit bancaire.

L’UFEPCI, à en croire M. N’Gatta, compte trente groupements de pré-collecteurs à Abidjan. « Nous comptons 500 membres dont de grands diplômés », précise-t-il. Ajoutant : « Mon petit-frère fait de la pré-collecte mais, il prépare son diplôme d’ingénieur ».

 

Profits insoupçonnés

De fait, les pré-collecteurs d’Abidjan engrangent des gains différents, selon qu’ils travaillent dans un quartier huppé ou non.

« A Abobo, par exemple, où les gens ne sont pas très riches, nous encaissons mensuellement des sommes comprises entre 500 FCFA et 1.000 FCFA, aux ménages qui sont nos clients », indique-t-il. « A Yopougon, nous prélevons entre 1.000 FCFA et 3.000 FCFA. A Cocody, où les ménages sont supposés avoir un peu plus d’argent et où il y a des administrations privées et publiques, les encaissements d’élèvent de 1.000 FCFA à 50.000 FCFA », poursuit-il.

De quoi permettre aux 8.000 pré-collecteurs que compte la Fédération des entreprises de pré-collecte et du service urbain de Côte d’Ivoire (FEPCSU-CI) dirigée par Etienne Dougba, de joindre les deux bouts. Ce dernier est à Dakar (capitale du Sénégal) où il participe à un séminaire sur le développement durable. Une invitation adressée par les organisateurs à sa structure. La preuve, selon son vice-président Iran Guéblon, qui assure son intérim, que le secteur des pré-collecteurs ivoiriens a aujourd’hui une audience internationale.

« C’est le résultat de l’implication de jeunes diplômés, dans un secteur qui jadis se bornait à des activités de pré-collecte dans les marchés publics et exclusivement réservés à des non nationaux, généralement sans instruction scolaire », démontre Guy-Charles Wayoro. Ce dernier est le directeur de cabinet du maire Raymond N’Dohi Yapi de Koumassi.

Il soutient qu’il est « fier de constater qu’à Koumassi, les jeunes diplômés qui opèrent au même titre que ceux qui n’ont aucun diplôme ni qualification, ont commencé à conduire leur activité comme en entreprise ».

 

Pré-collecteur entrepreneur

En effet, le milieu des pré-collecteurs, depuis qu’il est investi par de jeunes diplômés en attente de leur premier emploi, dans un pays où l’insertion professionnelle est un casse-tête aussi bien pour les autorités que pour les demandeurs d’emplois, se professionnalise au fil du temps. Ce n’est pas la marchandise qui manque. Selon les chiffres de l’Agence nationale de salubrité urbaine (Anasur), la décharge d’Akouédo reçoit en moyenne 3.000 tonnes d’ordures par jour. En moyenne, toujours selon l’Anasur, c’est au minimum 1 million de tonne d’ordures qui atterrit à la décharge d’Akouédo.

A Bouaké, Honoré Kouamé est une figure emblématique de l’auto-emploi à travers la pré-collecte des ordures ménagères. « En 2001, témoigne-t-il, alors que je finissais mes études de maîtrise de droit, carrière entreprise, je cherchais un projet viable pour constituer une entreprise. C’est ainsi que notant la difficulté de nos autorités à régler le problème des ordures, j’ai décidé de m’y intéresser ». Après plusieurs expériences dans la pré-collecte d’ordures ménagères, à Abidjan et à Bouaké, il a décidé de créer une entreprise, la Société d’infrastructure et d’assainissement (SIA) qui gère depuis quelques mois, la salubrité dans une grande entreprise de la zone industrielle de Bouaké. Il est par ailleurs le président du Collectif des entreprises de pré-collecte d’ordures ménagères de ladite ville.

La pré-collecte d’ordures ménagères est désormais un nouveau « petit » métier qui nourrit des milliers d’Ivoiriens. Un métier qui s’impose dans le contexte de l’impraticabilité des routes dans les différents quartiers et dans la raréfaction des moyens des collecteurs professionnels. En définitive, comme le souligne Paulin Claude Danho, le maire d’Attécoubé, sans les pré-collecteurs en général et les jeunes diplômés qui commencent à professionnaliser le secteur en particulier, « c’est la catastrophe environnementale ».

 

André Silver Konan

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 18:03

 

Ils vivent dans l’espoir. Au propre comme au figuré. Des malades du syndrome immunodéficitaire acquis (sida), condamnés à mourir, se retrouvent dans un centre d’hébergement à Adjouffou, un bidonville d’Abidjan, situé dans la commune de Port-Bouët. Dans cet endroit dénommé ” L’Espoir “, ils attendent la mort. Dans la dignité qui leur fait défaut dans la communauté, mais aussi dans l’espoir de sourire à nouveau à la vie. Visite d’un centre, qui, à sa création, avait un nom plutôt évocateur : le mouroir.

 

Adjouffou. Dans ce quartier pauvre, situé après la longue clôture de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, se trouve un centre hospitalier peu ordinaire : ” L’Espoir “. Réputé mouroir des malades du sida mais aussi centre de soins pour populations pauvres d’Abidjan.

 

Les rayons du soleil brûlants de ce lundi 9 août 2010, agressent le bâtiment crépi en jaune ocre, perdu dans la masse de bicoques et de constructions anarchiques du quartier. De l’un des containers qui sert de salle d’hospitalisation, sort une femme entre deux âges, soutenue par deux autres femmes. Elle n’a plus de cheveux sur la tête. Son corps amaigri, tremble. Ses yeux exorbités vous transpercent et on a du mal à soutenir son regard. Elle a le sida.

 

” Le problème, c’est que les malades arrivent souvent en retard “, fait observer Mme Marie-Odile Gabet, une infirmière française, qu’on prendrait volontairement pour une bonne sœur catholique. Elle assure l’intérim de Mme Lotti Latrous, la fondatrice du centre, en déplacement dans son pays, la Suisse.

 

Eux

Cette patiente vient juste d’arriver et elle reçoit les premiers soins, entièrement gratuits. Vu son état, elle va certainement se retrouver au centre ” L’Espoir D’eux “. Mme Latrous a le sens de la formule. Elle s’est permis ce jeu de mots, pour appeler le deuxième centre consacré à ” eux “. Eux, les malades du sida en phase terminale. A sa création, en septembre 2002, le centre était appelé ” Le mouroir “. A l’instar du mouroir de Kalighat, à Calcutta en Inde, fondé en 1952 par Mère Teresa.

 

Le mouroir est situé à cent mètres du centre principal ou ” L’Espoir 1 “. On le rallie en empruntant une petite route poussiéreuse, bordée de commerces divers. Dans cet endroit, 680 personnes y étaient déjà passées de l’ouverture à août 2004. 360 y sont mortes au cours de cette même période. ” Les chiffres ont évolué positivement depuis lors. Il y a de moins en moins de morts aujourd’hui”, précisera plus tard Mme Latrous. En effet, le taux de prévalence a chuté depuis 2005, selon les chiffres du ministère chargé de la Lutte contre le sida, de 12 à 4,7 % en Côte d’Ivoire. 500.000 personnes vivent avec le sida, et moins de 47.000 en meurent chaque année depuis lors.

 

Le centre est situé en face d’une église des chrétiens célestes. La symbolique des deux cadres est frappante : le repos du corps qu’offre le centre et celui de l’âme, représenté par l’église. Les deux bâtiments ont curieusement le même logo représenté par l’arc-en-ciel.

 

La cour du centre forme un U. Cet après-midi, le centre reçoit la visite de cadres d’une banque de la place, venus faire des dons à l’orphelinat. En effet, ” L’Espoir D’eux ” reçoit aussi bien des malades du sida en phase terminale, que des enfants victimes du sida. Ces derniers logent dans le centre ” L’Espoir 3 “, qui partage la même cour avec le mouroir. A côté de la cuisine, située au fond de la cour, se trouve la salle de consultation et l’infirmerie. Dans cette dernière salle, sont disposés sur des étagères, des antirétroviraux : Lamivudine, Zidovudine, Elkana-T, Alidra.

 

Ames sensibles, s’abstenir

Ces antirétroviraux appartiennent aux enfants séropositifs du centre, pour la plupart ” orphelins du sida “. Chaque enfant a son nom sur la boîte de médicament. “Deux fois par jour, à 7 H et à 19 H, ils doivent prendre leurs médicaments “, souligne Mme Gabet. Celle-ci regrette les ” nombreuses ruptures de stock, des antirétroviraux “. Quand cela arrive, ” c’est atroce pour les enfants et pour les séropositifs “. Ceux-ci développent des maladies opportunistes qui peuvent rapidement entraîner leur mort. Cela a été souvent le cas.

 

Le mouroir est une grande salle divisée en trois dortoirs. La première comprend plusieurs lits. Certains sont occupés, d’autres non. Les lits vides peuvent signifier aussi bien que l’occupant a repris des forces ou est…mort.

 

En phase terminale, les malades du sida ont le regard abyssal, le corps squelettique, la peau abîmée par le sarcome de kaposi, les membres inférieurs souvent enflés ou portant des plaies, etc. Bref, tous les symptômes de l’horreur d’une maladie qui effraie l’Africain. Dans ce mouroir, c’est ” âme sensible, s’abstenir “.

 

Dans l’un des compartiments, se tient debout, à côté d’un malade, un prêtre aspirant français, portant une blouse blanche, à la manière d’un médecin. Le révérend Pierre Labaste est venu spécialement de France, pour toucher du doigt, la réalité de cet autre enfer sur terre, en terre africaine.

 

L’heure a sonné

Le malade auprès de qui se tient l’aspirant prêtre, est un homme grand de taille, qui flotte dans ses habits usés. On aurait dit qu’il n’a plus de chair sous la peau. Les os de sa hanche le transpercent.

 

Celui-ci lui tient la petite main décharnée et le bras flasque qui tremblent au-dessus du lit. A sa façon de respirer (il inspire une fois chaque cinq secondes), à regarder ses yeux incroyablement blancs, à voir ce corps qui ne peut plus faire un seul mouvement, cette bouche aux lèvres rouges de plaies qui ne peut ni être fermée ni parler, on sent que la vie est en train de quitter cet homme. Et que son heure a sonné. Ce genre de scène relève de la coutume dans le mouroir.

 

Pendant ce temps, dans la cour du centre, la vie poursuit son cours normal. Les autres malades qui arrivent encore à se déplacer, écoutent religieusement, Rigobert, un homme de teint noir, fort et jovial. Il y a quelques mois encore, il était dans ce centre. ” Personne ne pourrait parier sur ma vie. Aujourd’hui, on ne peut même pas savoir que j’ai le sida “, soutient-il. La femme au teint blafard, dont les vertèbres saillent sous sa robe trop large, badigeonnée de talc, sourit timidement quand elle entend cette phrase.

 

Au centre ” L’Espoir D’eux “, les malades du sida savent que pour n’avoir pas été dépistés plus tôt, ils sont à la porte de la mort. Mais dans ce centre où ils reçoivent des soins palliatifs gratuits, soutien moral et souvent spirituel, ils savent qu’ils peuvent au mieux retrouver des forces et retourner à la vie, au pire, mourir dans la dignité. Avec le sentiment de ne pas avoir été sur la terre des hommes, un homme maudit du fait d’une ” sale maladie “.

 

André Silver Konan

kandresilver@yahoo.fr

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 21:00

« L’infertilité est un véritable problème de santé »


« Un véritable problème de santé ». C’est en ces termes que Dr Myriam Kadio-Morokro, médecin biologiste de la reproduction, présente l’infertilité de couples en Côte d’Ivoire. Cependant, dans cette interview qu’elle nous a accordée dans son centre d’aide à la procréation, à Abidjan Riviera Palmeraie, le mardi 21 septembre 2010, elle déclare qu’il y a de l’espoir. Car, « l’infertilité n’est plus une fatalité ».

 

Quelle différence y a-t-il entre la stérilité et l’infertilité ?

Il faut savoir avant tout que la fertilité correspond à la capacité pour un couple de concevoir ou de débuter une grossesse. On parle d’infertilité lorsqu’au terme d’un an de rapports sexuels réguliers et non protégés, ne survient pas de grossesse. Quant à la stérilité, elle a un caractère définitif.

 

Quelles sont les principales causes d’infertilité en Côte d’Ivoire ?

Les causes ne sont pas spécifiques à la Côte d’Ivoire mais universelles. Les causes masculines se traduisent, entre autres, par une anomalie de production des spermatozoïdes due à une cause génétique, un cancer, une infection ou un traumatisme, etc. Pour ce qui est des causes féminines, nous pouvons citer, entre autres, les anovulations ou des dysovulations (les ovaires polykystiques par exemple), les anomalies tubo-péritonéales ou obstructions tubaires ou encore « trompes bouchées », les anomalies d’origine utérine (les fibromes, les malformations utérines…). En définitive, on est arrivé à la conclusion selon laquelle, dans 30% des cas, l’origine est masculine. L’origine féminine représente 30% des cas et l’origine mixte se constate dans 30% des cas. Enfin dans 10% des cas, le bilan est normal et l’infertilité est inexpliquée.

 

Quel rapport y a-t-il entre les 10% de cas inexpliqués et les mystères africains ?

Je suis une scientifique et je constate qu’il y a des cas inexpliqués. Au demeurant, je signale que ce sont des statistiques européennes qui sont quasiment les mêmes partout dans le monde.

 

Quelle est la part des avortements dans l’infertilité d’une femme ?

L’avortement est un facteur de très mauvais pronostic parce qu’il détruit l’endomètre, qui est la partie de l’utérus où l’embryon s’implante. Les IVG ou curetages détruisent cet endomètre au point où même avec toutes les thérapeutiques possibles, elles n’arrivent pas à tomber enceinte.  Pour une raison toute simple : une fois que le médecin dépose l’embryon dans la cavité utérine, c’est la nature qui prend le relais. L’embryon ne s’implante pas dans un milieu inadéquat.

 

Quelle est la proportion de consultations liées au désir de maternité des couples que vous recevez ?

Un couple sur sept, consulte pour des difficultés à concevoir. Nous sommes autour de 15 consultations pour désir de maternité sur 50 consultations ordinaires. C’est dire que l’infertilité est un véritable problème de santé.

 

Quelles sont les techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) utilisées en Côte d’Ivoire ?

Les différents types d’AMP que nous utilisons en Côte d’Ivoire sont l’Insémination intra-utérine (IIU), la fécondation in vitro (FIV), l’injection intra cytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI). Les techniques dépendent du problème auquel nous sommes confrontés. A l’issue des examens, nous déterminons l’origine. Dès lors, nous proposerons une FIV, s’il existe une obstruction tubaire et si la femme a plus de 40 ans car chez elle, l’insémination intra utérine représente une thérapeutique mineure. La FIV consiste à faire la fécondation à l’extérieur du corps humain et à transférer l’embryon dans l’utérus, étant donné que la fécondation naturelle se fait au niveau des trompes, lesquelles sont bouchées. Une ICSI est nécessaire si l’homme n’a pas assez de spermatozoïdes. Il faut savoir qu’il n’y a pas de hiérarchies d’efficacité entre les différentes méthodes d’assistance médicale à la procréation. L’injection intra cytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) s’adresse à des couples dont l’homme a un problème au niveau du nombre de spermatozoïdes décelées au spermogramme, un nombre de spermatozoïdes inférieur à 500.000 pour une norme à partir de 20 millions. Cela consiste à prendre le sperme, à le traiter et à extraire un spermatozoïde vivant et acceptable, que l’on injecte par la suite à l’intérieur de l’ovocyte pour forcer une fécondation. Il peut arriver qu’un bilan ne révèle aucune cause évidente mais, une assistance médicale à la procréation peut néanmoins être proposée. Dans ce cas, une insémination intra-utérine (IIU) peut régler le problème. L’insémination intra utérine consiste à rapprocher les spermatozoïdes de la trompe, lieu de fécondation.

 

Combien de personnes ont pu avoir un enfant à partir de ces techniques d’AMP ?

Je ne saurais avancer un chiffre. Cependant, en l’absence de statistiques dans notre pays, je vais plutôt me baser sur les chiffres de grands pays comme la France où les centres d’AMP ont environ plus de 1000 grossesses sur 3000 par an. Je puis aussi vous dire que quand les conditions sont réunies, il y a plus de chance de réussite. Pour notre part, nos résultats sont satisfaisants.

 

Combien coûte une assistance médicale à la procréation ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que la consultation n’est pas chère. C’est une consultation classique pour désir de maternité. Il y a des examens complémentaires qu’on va demander pour cibler la cause de cette infertilité. Une fois que la cause est ciblée, nous proposons une technique d’assistance médicale à la procréation, au couple. Il peut s’agir d’une IIU. Dans ce cas, il faut s’attendre à payer environ 200.000 FCFA. Quant à la fécondation in vitro, elle est beaucoup plus lourde. D’abord, il faut trois à quatre consultations. Ensuite, il faut réaliser des échographies tous les deux jours. La patiente doit se faire injecter des médicaments tous les jours. Le coût tourne autour de 1.5 million. Mais tout dépend des cas.

 

Quelle est la garantie pour un couple d’avoir un enfant grâce à ces techniques ?

Une chose est indéniable : il y a des femmes qui n’auraient jamais pu donner naissance, s’il n’y avait pas eu de fécondation in vitro. Cependant, il y a des femmes qui se soumettent à toutes les techniques d’AMP et qui demeurent infertiles. Dans ce cas, elles sont obligées de faire le deuil de cette grossesse qu’elles n’auront jamais et se tourner vers l’adoption. Il y a des couples qui vont donc demeurer stériles quoique, l’infertilité n’est plus aujourd’hui une fatalité. Quand on est dans de bonnes mains, on réussit à régler ce problème. Surtout, il faut que les couples acceptent de se faire assister rapidement. Cela veut dire qu’il ne faut pas tourner en rond, courir de gynécologue à gynécologue. Il faut très vite se tourner vers les spécialistes de la stérilité qui vont donner les examens justes. Tant qu’une femme a entre 20 et 22 ans, elle peut prendre son temps. Mais, quand elle a 35 ans et qu’elle n’a jamais été enceinte, elle doit se poser des questions et utiliser des thérapeutiques majeures pour régler le problème.

 

Outre les problèmes que vous avez relevés qui font qu’une femme ne pourra jamais donner naissance, qu’est-ce qui explique, malgré tout, les échecs ?

Il y a d’abord le fait que l’AMP a déjà un taux de réussite autour de 40% partout dans le monde. Si en plus de cela, nous ajoutons des facteurs de mauvais pronostic comme l’âge de la femme, les IVG à répétition, les infections à répétition, on est, excusez-moi du terme, « mal barré ». Une femme qui a 40 ans a moins de chances qu’une femme qui a 20 ou 25 ans. Une femme qui a 42 ans a moins de chances qu’une femme qui a 32 ou 35 ans. L’explication est simple : la femme de 40 ans, par exemple, est plus proche de la ménopause que celle qui a 20 ans. A 40 ans, on se retrouve avec une réserve ovarienne, c’est-à-dire, un nombre de follicules moins important et de qualité médiocre.

 

En Inde, en 2008, une femme de 70 ans et son époux du même âge, infertiles depuis 50 ans, ont mis au monde une fille, par l’entremise de l’AMP. Comment expliquez-vous cela ?

La médecine a fait d’énormes progrès. Mais ce sont des cas qui demeurent exceptionnels. Cependant, il faut savoir que certains pays  européens comme la France, l’Espagne, la Belgique, ou même des pays comme l’Inde, ont recours à d’autres moyens de fécondation qui sont autorisées. De sorte qu’à 50 ans, une femme, même ménopausée, peut avoir un enfant. Il s’agit simplement de « court-circuiter » la nature. Qu’est-ce à dire ? Avec des ovocytes abîmées ou parce que ménopausée, une femme qui ne peut pas avoir d’enfant, on utilise des ovocytes d’une femme plus jeune. Dès l’instant où l’utérus n’a pas de problème, si on y dépose un embryon, ça donne un enfant. Tel n’est pas le cas en Côte d’Ivoire, pour l’instant.

 

Quelles sont les chances de survie des enfants nés dans ces conditions, qu’on appelait dans le temps les « bébés-éprouvettes » ?

Les enfants nés dans ces conditions sont des enfants tout à fait normaux puisque nés après une grossesse normale. Ce que nous proposons n’est qu’une aide médicale à la procréation. En Côte d’Ivoire, nous sommes encore à nos débuts mais en Europe, précisément à Londres où ils ont une expérience d’environ 25 ans, le premier bébé in vitro, Louise Brown, a déjà donné une naissance. Il n’y a donc pas de problème. La seule différence entre la technique et la nature se situe à ce niveau : une fécondation qui devrait se faire au niveau de la trompe se fait au laboratoire. C’est tout. Il n’y a aucune manipulation génétique. Au laboratoire, nous essayons de reproduire ce qui se fait dans le corps humain, ce qui nous permet de suivre l’évolution de la fécondation. Quand on a, par exemple, deux spermatozoïdes qui sont entrés dans une cellule, celle-ci est détruite. Ce qui est transféré dans l’utérus est tout à fait normal.

 

Vous avez utilisé le terme « détruit ». Ce qui, de l’avis de certains spécialistes opposés à la fécondation in vitro, pose un problème éthique lié à la destruction de la vie. Que leur répondez-vous ?

Nous estimons qu’un jour après la fécondation, on n’a pas encore d’embryon parce qu’il n’y a pas encore de clivage embryonnaire, à savoir qu’il n’y a pas encore les premières cellules embryonnaires. Pour nous, c’est simplement une cellule. Le problème éthique survient quand on se livre à des manipulations par la suite. En effet, une fois qu’on a un embryon à quatre cellules, étant donné qu’elles sont totipotentes donc toutes puissantes, on peut retirer une cellule et en faire toute sorte de manipulation génétique. Ce n’est donc plus de la biologie. Nous, nous ne faisons pas cela parce que cela ne nous effleure pas l’esprit mais en plus, nous n’avons pas les moyens de ces techniques en Côte d’Ivoire, pour nous livrer à ce genre d’expériences.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

 

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 18:12

  « Manger du choukouya peut être dangereux pour la femme enceinte »

 Les intoxications alimentaires en Côte d’Ivoire ont causé des dizaines de morts, notamment à Logbakro et à Ahounianfoutou, les cas les plus médiatisés. Une goutte d’eau macabre dans un océan de morts provoqués par des intoxications alimentaires, si on en croit l’enseignant chercheur Amian Koua. Celui-ci est le responsable du Laboratoire d’hygiène de l’environnement à l’Unité de formation et de recherches (UFR) des sciences pharmaceutiques de l’Université de Cocody. Dans cette interview enregistrée le lundi 20 septembre dernier dans son bureau de Cocody, il se prononce sur certaines habitudes alimentaires des Ivoiriens, apparemment bénignes mais sources de maladies souvent mortelles.

 

Comment définissez-vous en des termes simples, l’hygiène alimentaire ?

L’hygiène alimentaire, c’est manger sainement, sans la présence d’un microorganisme dangereux. Cependant, des aliments tels le yaourt, le saucisson ou des médicaments sont fabriqués à base de microorganismes. Les microbes sont donc nos « amis » de tous les jours. Sauf qu’il y en a qui sont très pathogènes, c’est-à-dire qu’ils peuvent entraîner des maladies qui peuvent conduire à la mort.

 

Dans quelles conditions ces microbes « très pathogènes » peuvent se retrouver dans des aliments consommés ?

Si nous prenons le secteur informel, précisément tout ce qui se vend sur la voie publique, les précautions d’hygiène ne sont pas assez importantes. Par conséquent, les denrées alimentaires peuvent être chargées de microorganismes. J’utilise le terme microorganisme parce qu’il a le mérite d’englober les parasites, les gênes, les bactéries, etc. Malheureusement, quand les gens mangent et qu’ils tombent malades, ils accusent les sorciers.

 

Quels sont les cas de menaces sur la santé des consommateurs que vous avez détectés au niveau du secteur informel?

Nous avons entrepris des études sur l’attiéké par exemple. Précisément l’attiéké frais, non déshydraté. Il y a environ 17% de cas de présence de microorganismes dangereux dans l’attiéké frais. La raison est que la dame qui le vend dans sa cuvette, utilise la main aussi bien pour servir le client que pour prendre l’argent. Ces derniers temps, les vendeuses d’attiéké utilisent le sachet. Cela aussi est dangereux. Dans le plastique, il y a de la toxine qui n’est pas un microorganisme. Il y a des éléments toxiques qui vont s’incruster dans l’aliment avec l’exposition au soleil. Tout ce qui se vend sur la voie publique est exposé à des risques de contamination. La viande « choukouya » (viande de bœuf ou de mouton cuite au barbecue artisanal, NDLR) qui est très prisée par les Ivoiriens, est par exemple facteur de risques.

 

A quoi s’expose le consommateur de « choukouya » ?

Si la viande n’est pas bien cuite, outre le fait que le vendeur ne lave pas sa main après chaque service où il prend l’argent, remue les fagots de bois, etc. ou s’essuie la main avec une serviette à la propreté douteuse, alors il y a problème d’infection de type parasitaire ou de type bactérien. J’aimerais relever le cas particulier de la femme enceinte. Lorsqu’elle est enceinte, dans les premiers trimestres, si elle mange cette viande non cuite et que celle-ci est contaminée par des bactéries qu’on appelle les toxoplasmoses, elle peut malheureusement mettre au monde un enfant microcéphale ou macrocéphale, c’est-à-dire qui a une tête exagérément petite ou exagérément grosse. Par ailleurs, le « kankankan », qui accompagne le choukouya, est préparé à base de légumes divers et de colas séchés, ce qui lui donne des vertus aphrodisiaques. Cependant, la préparation de cet assaisonnement est non hygiénique.

 

Quels sont les risques auxquels s’exposent les consommateurs de « garba », un autre mets prisé par des Ivoiriens ?

Au deuxième symposium de microbiologie de l’UFR des sciences pharmaceutiques en avril 2008 à Abidjan, nous avons eu des expositions et des résultats de recherches sur ce sujet. Des exposants ont démontré qu’il y avait beaucoup de risques à consommer le « garba ». D’abord, le poisson. C’est du faux thon, parce qu’il est rejeté par des industriels, du fait qu’il est chargé d’histamine qui est un poison. L’huile utilisée pour la cuisson est permanemment chauffée, ce qui est dangereux en ce sens qu’au-delà de 180°, l’huile devient quasiment du goudron, qui est un autre poison. La personne qui consomme régulièrement cet aliment évolue vers un cancer primitif du foie.

 

 

Qu’en est-il de l’aloco ?

Il faut parler de la matière première qui est la banane mûre. Si elle est mûre, c’est qu’elle contient beaucoup de glucides. Or les microorganismes aiment bien les glucides. Si vous êtes en présence d’un microorganisme qui libère une toxine thermostable, c’est-à-dire qui résiste à la forte chaleur, lorsque l’aloco va passer dans l’huile, cette toxine n’est pas éliminée. Dans ce cas, vous faites votre intoxication alimentaire d’office. Mais je dois préciser que ce cas est extrêmement rare. Le second aspect de la toxicité de l’aloco est que c’est de la friture. Au plan chimique, cela peut vous faire gagner en poids, ce qui n’est pas bien pour la santé. En effet, quand vous prenez du poids, c’est le cholestérol qui intervient. Le cholestérol va apporter beaucoup de graisse au niveau du cœur et vous ferez une hypertension. Les complications de l’hypertension peuvent entraîner l’insuffisance rénale, qui peut causer la mort. En outre, il y a l’huile surchauffée qui peut entraîner le même effet de cancer primitif du foie à l’instar du « garba ».

 

Que dites-vous des aliments consommés dans les « maquis » ?

Je vais prendre le cas précis de l’agouti faisandé que des gens apprécient quand il est accompagné de sauce gombo. Si l’agouti a été tué par un fusil de chasse, c’est relativement bon puisqu’il va être colonisé par des microorganismes. Lorsqu’il a été pris au piège, c’est moins bon. Puisque l’animal avant de mourir s’est débattu et a libéré dans ses muscles, de l’acide urique. Cet acide urique, quand vous en mangez régulièrement, provoque la goutte, la maladie des articulations. Allez dans des villages et vous verrez des personnes qui ont du mal à se lever et qui ont les articulations qui craquent, etc.

 

Quelles sont les solutions pour éviter d’être intoxiqué par des aliments contaminés ?

La seule façon est de varier son poison, terme effrayant qui signifie plus prosaïquement de ne pas manger la même chose tous les jours. Il faut avoir un réflexe qui consiste à se laver systématiquement les mains parce que celles-ci portent une bactérie presque de façon permanente appelée le staphylocoque aureus qui libère des toxines thermostables et s’installe dans les jointures des mains. Il faut aussi se laver les mains pour éviter la fièvre typhoïde. En Côte d’Ivoire, il y a déjà une bonne chose, c’est qu’on mange beaucoup de fruits et de légumes. Il faut bien laver ces fruits et légumes puisqu’ils ne passent pas à la marmite, surtout que des jardiniers utilisent des produits toxiques comme la poudre noirâtre de la pile, pour faire du déparasitage des plantes. D’un point de vue institutionnel, on pourrait envisager la mise en place d’une institution de réglementation, de surveillance et de prévention par le ministère de la Santé et de l’hygiène publique à l’instar de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA). Enfin, il faut que chacun se mette bien dans la tête que le microbe contenu dans les aliments, tue l’Africain, beaucoup plus qu’on l’imagine, contrairement à l’adage répandu en Côte d’Ivoire.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

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