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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 18:42

Dolo Adama, 42 ans, concepteur du " drômikan " ou la parole de l'ivrogne, est candidat à l'élection présidentielle du 31 octobre prochain. Ce mercredi 1er septembre, quand il nous reçoit à son quartier général (QG) de Cocody, en face de l'alocodrome, il s'excuse poliment parce qu'il est largement en retard. Le QG n'a ni secrétaire ni vigile. " J'ai un autre bureau ", explique Dahico (son nom d'artiste) pour devancer notre question. L'homme se montre plutôt cultivé, ce qui tranche avec son personnage, mais aussi son curriculum vitae, long de plusieurs pages mais très bref en ce qui concerne sa formation scolaire. Niveau BEPC. Ce qui ne l'empêche pas d'écrire des livres et des scénarios caustiques et de passer aujourd'hui pour l'un des humoristes les plus célèbres et les plus nantis de sa génération. Quand commence l'interview, le candidat à l'élection présidentielle (ce n'est plus une blague) allie hilarité et sérieux, une technique qui lui réussit bien. Car en définitive, Dahico sait cracher ses vérités souvent très crues, à qui il veut, sans jamais fâcher son interlocuteur.

 

Certains critiques disent : " Pourquoi Dahico joue-t-il la comédie avec une chose aussi sérieuse que l'élection présidentielle ?" Que leur répondez-vous ?

Nous nous sommes dit que si l'être humain pouvait comprendre qu'il allait mourir un jour, il serait plus humain, vis-à-vis de son semblable. Nous avons constaté que c'est une élection de crise. Etant humoriste, il y a beaucoup de maux de la société qu'on peut relever avec l'autodérision. Nous nous sommes rendu compte que les politiciens de métier sont trop sérieux dans la pratique de la politique. Il y a des tueries, des injures, etc. Nous nous sommes dit qu'il faut un candidat qui va utiliser un autre langage. La politique est très sérieuse, mais la comédie aussi est jouée avec beaucoup de sérieux.

 

Sérieusement, pourquoi devrait-on prendre votre candidature au sérieux ?

Je suis très sérieux et plus sérieux que les candidats qui se disent sérieux. Je suis un citoyen comme les autres. Je veux juste faire comprendre que pour être candidat, il faut être dans les règles. Le conseil constitutionnel qui est une institution très sérieuse a vu que j'étais sérieux dans ma candidature. Doucement mais sûrement, je suis en train de battre campagne, sérieusement, avec mes maigres moyens. J'entre dans les cours communes, je fais une campagne de proximité. Dieu merci, les gens m'écoutent avec beaucoup de sérieux.

 

Vous avez dit : " Je veux juste faire comprendre que pour être candidat, il faut être dans les règles ". Autrement dit, le sens réel de votre candidature est de décomplexer la candidature à l'élection présidentielle. Corrigez-nous, si nous nous trompons.

Vous avez bien compris. Quand j'ai introduit ma demande à la CEI (Commission électorale indépendante, structure qui organise les élections, NDLR), j'ai bien noté que je veux contribuer à apaiser, à décrisper le climat sociopolitique et participer à une élection de sortie de crise. Je suis un humoriste. Coluche l'a fait en France, même s'il n'est pas allé jusqu'au bout. Je dis qu'il faut qu'Adama Dahico pose un acte fort, historique, que toute l'humanité retiendra en ce sens qu'en Côte d'Ivoire, il y a eu une crise importante à une époque, et un humoriste s'est présenté à l'élection présidentielle. Dieu merci, j'ai pu réaliser ce rêve.

 

Où avez-vous trouvé les 20 millions FCFA de caution, nécessaires pour déposer une candidature à l'élection présidentielle ?

S'il y a une question qui revient beaucoup, c'est celle-là. A tel point que j'ai eu peur à un certain moment. Je me suis demandé si on ne mettrait pas la police économique à mes trousses pour qu'elle cherche à savoir où j'ai eu cet argent. Mais tranquillisez-vous, ce jour-là, il n'y a pas eu de braquages (rires, NDLR). Ce sont d'honnêtes citoyens qui, après maintes réflexions et après que j'eus donné des arguments solides, qui se sont cotisés pour que je puisse réunir ces 20 millions. Quand je suis allé au Trésor public, on ne m'a pas demandé l'origine de l'argent, mais tranquillisez-vous, ce n'est pas de l'argent sale.

 

Vous avez déclaré lors d'une émission télévisée que vous souhaitez que tous les candidats comme vous, soient transparents. Alors de façon transparente, qui sont ceux qui ont payé vos 20 millions FCFA ?

C'est vrai qu'on a vu que certaines personnes physiques ou morales, ne se sont pas cachées pour dire que ce sont elles qui payent la caution de certains candidats. En ce qui me concerne, pour ne pas créer d'autres polémiques, je dirais que ce sont mes relations. Je suis un artiste. Je travaille avec des personnes, des sponsors, etc., j'ai usé de ces relations. J'ai même dû appeler hors de la Côte d'Ivoire pour cela. Ceux qui m'ont aidé ont dit qu'il y a certaines mesures qu'il faut adopter. Je ne fais que respecter cela. De façon transparente, vous ne répondez pas à la question. Qui sont les personnes physiques ou morales dont vous parlez ? (Hésitations, NDLR). Je peux vous donner par exemple, le nom de quelqu'un qui n'est pas Ivoirien et qui ne vit pas en Côte d'Ivoire. Il s'agit de Me Vincent Gomez, qui est à Pointe Noire au Congo Brazzaville, un avocat international et un ami. C'est un monsieur dont le nom est chanté par presque tous les grands artistes. C'est lui que j'ai appelé et à qui j'ai dit que j'ai besoin de soutien. C'est ainsi que le coup de fil est venu à Abidjan. Je pense que j'ai été un peu transparent (rires, NDLR).

 

Vous soutenez que vous êtes 14 candidats mais que votre seul adversaire est le président Gbagbo. Alors, comment jugez-vous le bilan de votre " seul " adversaire ?

Je dis en effet très souvent que mon seul adversaire, c'est Laurent Gbagbo, tandis que les autres sont des concurrents. C'est lui qui a le fauteuil que nous sollicitons. Cependant, il me serait très difficile de faire le bilan du président Laurent Gbagbo à la tête de l'Etat parce que cela équivaudrait à dire que j'ai des chiffres, ce qui n'est pas le cas. Une chose est certaine, il est arrivé au pouvoir en 2000 et en 2002, il y a eu une rébellion armée. Ce que je voudrais retenir, c'est que toute guerre installe le désordre. Dans le désordre, il y a le pillage des ressources, l'enrichissement illicite, il n'y a pas de contrôle, etc. De même, on ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille des arachides. Et des gens ont grillé des arachides, comme sous tous les pouvoirs qui se sont succédé. Aujourd'hui, il faut quitter dans ça, comme on le dit. Il faut aller aux élections, afin qu'il y ait un bon gouvernement. Si on veut faire le bilan du pouvoir en place, on doit aussi prendre en compte tous ceux qui ont géré le bien collectif, qu'ils soient ministres du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire, parti d'opposition, NDLR) ou du RDR (Rassemblement des républicains, parti d'opposition, NDLR). Je ne peux donc pas dire que le bilan est positif ou négatif.

 

En septembre 2004, le président Gbagbo prend un décret de naturalisation, qui vous confère la nationalité ivoirienne, alors que vous étiez notoirement reconnu comme un Ivoirien. Certains journaux évoquent la possibilité d'un deal. Qu'est-ce qui s'est réellement passé ?

S'il y a un décret de naturalisation qu'on peut qualifier de vedette, c'est bien le mien. Ce qui s'est passé est simple. J'étais à une émission télévisée, Wozo Vacances, quand des journalistes m'apprennent que le président Gbagbo a affirmé à une réunion de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest, NDLR) qu'il a signé mon décret de naturalisation. Je réponds que c'est une bonne chose. De fait, j'ai rencontré le président de la République, quelque temps auparavant. Je lui ai dit : " Monsieur le président, je suis né en Côte d'Ivoire avant 1972. Je revendique donc le droit de sol. Monsieur le président, j'ai des papiers ivoiriens, je parcours le monde entier au nom de la Côte d'Ivoire. Je peux participer à une compétition au nom de la Côte d'Ivoire, cependant cela peut poser un problème à l'avenir puisque je n'ai pas fait officiellement la demande comme il se doit pour la simple raison que mes parents n'ayant pas été à l'école, ne savaient pas qu'il fallait entreprendre des démarches. Ainsi, comme beaucoup d'autres Ivoiriens, nous avons eu des papiers ". J'ai donc dit au président de la République que je souhaitais que ma situation soit régularisée. Etant donné qu'il n'existe pas de décret de régularisation, l'on s'est tourné vers le décret de naturalisation. Le président de la République a pris le soin de préciser, au vu de notre code de la nationalité, que je suis relevé de toute incapacité prévue par l'article 43 dudit code. Nous étions en 2004, l'élection présidentielle devrait avoir lieu en 2005. A cette époque, je n'avais même pas 40 ans, comme l'exige le code électoral, pour être candidat. Il n'y a donc eu aucun deal. Je puis vous assurer que le président de la République a bien apprécié ma démarche. C'est ainsi que toute ma famille a été naturalisée.

 

Vous avez parlé du code de la nationalité en évoquant le droit du sol, ce qui n'est pas le cas avec le code actuel qui proclame le droit du sang. Quel est votre avis sur le débat autour de la nationalité ?

Si nous ne trouvons pas une solution idoine à ce problème qui est un véritable fléau, nous risquons de nous éterniser là-dessus. J'ai fait un sketch à l'époque pour relever que chaque fois que Dieu élève quelqu'un à un haut poste de responsabilité, l'on trouve toujours quelque chose à dire sur son compte. Les Ivoiriens sont passés maîtres dans le fait d'attribuer des nationalités aux gens. Le président Houphouët a été traité par des gens, de Togolais. Quand le président Bédié est arrivé, des gens ont dit : " tel père, tel fils ". A l'avènement du général Guéi (paix à son âme), des gens ont dit que son village, Kabacouma, n'est pas loin de la Guinée. Quand le président Gbagbo est arrivé au pouvoir, des gens ont avancé qu'il est un Maraka. Au niveau des premiers ministres, c'est quasiment la même chose. Alassane Ouattara, des gens l'ont présenté comme un Burkinabé. Des gens ont dit qu'ils n'ont jamais vu un Ivoirien qui s'appelle Duncan, d'autres ont soutenu que le vrai nom d'Affi N'Guessan, c'est Zongo et que Seydou Diarra est un Malien, tandis que Charles Konan Banny est un Béninois. J'ai dit dans ce sketch que peut-être que des gens diraient que j'ai la nationalité libanaise, si un jour, je devenais président. Mais voyez-vous, le problème est sérieux parce que le dernier recensement a montré qu'il y a près de 2 millions de Guinéens, 4 millions de Burkinabé, 3 millions de Maliens, sans compter les Nigérians, les Nigériens et les Libanais., les Mauritaniens, les Togolais, etc. Il reste dans ces conditions, combien d'Ivoiriens sur la population ? Il y a un problème fondamental : qu'est-ce qu'on propose comme solution pour ne pas qu'on revienne tout le temps sur ces histoires de nationalité ?

 

Quelles sont vos solutions ?

Les solutions doivent être politiques. Il faut que les politiciens qui sont des intellectuels, se parlent. Au nom de la patrie et non des partis, ils doivent dire : " Sauvons la Côte d'Ivoire ".

 

Quel est votre avis sur le débat autour des inscriptions controversées sur la liste électorale ? Allons-y aux élections avec ceux dont on n'a pas les preuves pour étayer les soupçons de fraude sur la nationalité, dont ils se seraient rendus coupables. Autrement, des noms vont sortir de la liste, et demain, dès qu'il y aura un petit problème, ces gens, devenus des apatrides, iront prendre des armes pour revendiquer leurs droits. Il ne faut pas que nous arrivions encore là. C'est pourquoi nous disons que dès que nous sommes élu, sur nos frontières portuaires, aéroportuaires, terrestres, nous installons des dispositifs pour que, comme on le fait en Europe, toute personne qui entre sur le territoire national, soit fiché, que ses empreintes soient prises. Ainsi si 10 ans après, il revient en Côte d'Ivoire et qu'il cherche à établir une pièce d'identité, dès qu'on prélève ses empreintes, on découvre automatiquement qu'il est entré sur le territoire il y a dix ans, sous une autre nationalité et il est épinglé.

 

Que souhaitez-vous voir corriger avant la campagne électorale qui s'ouvre théoriquement à la mi-octobre ?

Pour ironiser, je dis souvent que pour cette élection, nous avons trois candidats officiels et onze candidats libres, comme des gens qui présentent le bac. Les quatorze candidats ne sont pas logés à la même enseigne, ce qui paraît normal. En effet, il y a un qui est président de la République en exercice, il y a un qui a été président de la République, un autre a été premier ministre. C'est normal qu'ils aient une sécurité, et tout cela. Mais si ces trois à eux seuls pouvaient trouver une solution à la crise, on ne nous dirait pas de faire acte de candidature. Depuis que nous avons fait acte de candidature, aucune lettre ne nous a été adressée pour nous signifier que l'élection a été reportée. Nous disons que c'est frustrant et humiliant. Nous avons rencontré M. Choi (Représentant spécial du secrétaire général de l'Onu en Côte d'Ivoire, NDLR). Le représentant du Facilitateur nous a reçu. Le président de la CEI a reçu nos différents directeurs de campagne. Depuis quelques mois, nous essayons de rencontrer le premier ministre Soro en vain. Nous sommes frustré. Nous avons beaucoup de respect pour l'institution qu'est la Primature, et nous souhaitons qu'il y ait un minimum de considération en retour. Au demeurant, je ne suis pas du tout content et je réclame une indemnisation à l'Etat de Côte d'Ivoire. La raison est simple : nous avons déposé 20 millions FCFA pour une élection qui part de report en report. Depuis lors, notre argent qui aurait pu nous servir à faire autre chose, a produit des intérêts. Rien que pour cela, l'Etat doit donc donner de l'argent frais sur les 40 milliards de francs CFA décaissés dans le cadre du financement du processus de sortie de crise pour le remettre aux candidats indépendants.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

http://andresilverkonan.over-blog.com

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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 15:48

Leur lieu de commerce : les chaussées et les bandes blanches des grands boulevards d'Abidjan. Presque tous les jours, leur silhouette frêle, frôle les véhicules et tutoie le danger. Certaines ont à peine dix ans. D'autres, sont des filles-mères. Quelles raisons peuvent pousser ces vendeuses ambulantes à défier la mort, quotidiennement ? Pourquoi ne quittent-elles pas les chaussées en dépit des risques divers ? Enquête.

 

La tête écrabouillée d'une fillette, sous un énorme pneu d'un car de transport. L'image a fait le tour des rédactions d'Abidjan. Nous sommes en décembre 2008. La fillette était une vendeuse ambulante de sachets d'eau glacée, le long des chaussées du corridor de Yopougon Gesco d'Abidjan. Le drame abondamment relayé par la presse a été classé sans suite, après une brève interpellation du chauffeur. Aucun parent de la victime ne s'était, en effet, présenté à la police.

 La victime était une déplacée de guerre. Selon les confidences de ses camarades du corridor de Yopougon Gesco, celle-ci dormait à la station d'essence, non loin de là. Une fillette de la rue, en quelque sorte.

 Manifestement, le manque d'encadrement familial et l'inexistence d'une cellule familiale ou d'une famille d'accueil, ont été fatals pour la petite vendeuse de sachets d'eau glacée. Comme elle, nombreuses sont les jeunes filles qui se retrouvent à se " débrouiller " sur les chaussées d'Abidjan.

 

Poussées par la misère

Affoussatou Maranga, elle, n'est pas une fille de la rue. " Ma maman est à Colombie. C'est elle qui m'a dit de venir vendre ici. Mon père est mort ", témoigne-t-elle. Son père était un travailleur immigré. Sa mère, une Ivoirienne, est illettrée. Colombie est un quartier précaire situé à quelques encablures du carrefour Duncan du quartier chic des Deux-Plateaux d'Abidjan. Un carrefour où la densité du trafic provoque souvent d'énormes embouteillages dont raffolent les vendeuses des chaussées. Un père décédé, une mère sans emploi, une famille sans sou. A 12 ans, avec son foulard négligemment noué sur la tête, le regard vif, le sourire crispé, Affoussatou, porte le poids d'une famille de quatre enfants, sur ses frêles épaules. Depuis deux ans, elle se faufile entre les voitures, pour proposer aux automobilistes, ses serviettes "Gbagbo", ainsi appelées, parce qu'elles étaient régulièrement utilisées par le chef de l'Etat actuel, lors de ses marches, quand il était à l'opposition. Elle n'a jamais mis les pieds à l'école.

" Par jour, raconte-t-elle, en guettant le trafic sur le boulevard des Martyrs (ex-Latrille), au carrefour Las Palmas des Deux-Plateaux, je gagne 1.000 francs ou 1 500 francs ". Somme représentant le bénéfice tiré de la vente de petites serviettes de poche. Elle les revend à 100 francs CFA l'unité, après les avoir prises " en gros, à crédit chez une grande sœur à Adjamé ".

 

Risques

Qu'elles soient vendeuses de chewing-gum (100 francs CFA le paquet), de pommes (150 francs CFA l'unité), d'oranges (trois pour 100 francs CFA), de sachets d'eau glacée (50 francs CFA le sachet), etc., leur bénéfice quotidien dépasse rarement 2 000 francs CFA. Dans une publication intitulée " Villes et citadins des tiers-mondes ", des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de l'Université de Lyon II, expliquent que bien qu'elles soient dérisoires, " les sommes retirées des ventes quotidiennes sont immédiatement utilisées à satisfaire les besoins de la vie courante (nourriture, loyers, frais d'écolage…) sans que l'on fasse une différence bien nette entre chiffre d'affaires et bénéfice ".

La satisfaction de besoins primaires. Telle est l'une des raisons, outre la pauvreté de la famille, qui a poussé Fanta Sanogo, 19 ans, mère d'une fillette de 3 ans, à se risquer sur les chaussées du rond-point d'Adjamé Indénié (commune d'Abidjan). " Le père de mon enfant a refusé la grossesse, soutient-elle. J'utilise l'argent pour payer des habits pour mon enfant et pour le nourrir ".

Fanta Sanogo vit au Quartier Rouge, un sous-quartier populaire de la commune d'Adjamé. Elle a été témoin d'un accident de la circulation au carrefour de l'Indénié, qui l'a bouleversée, il y a un an. " Un monsieur a cogné un jeune qui vendait des papiers hygiéniques. Le monsieur est parti.

Heureusement, le jeune n'est pas mort. Il est revenu pour revendre ", raconte-t-elle d'une voix étouffée.

La traque quotidienne des services du District d'Abidjan, qui luttent contre les occupations anarchiques des trottoirs, la révoltent plutôt que de la décourager. Les maladies liées à la longue exposition au soleil, la fatigue (personne ne peut savoir combien de kilomètres elles ont dans les jambes par jour, tant elles courent après les véhicules), les railleries et insultes des passants et les arrestations de la police du District, font partie des risques du métier.

 

" Que faire ? "

 " Qu'est-ce que les autorités veulent qu'on fasse ? Qu'on aille voler ou mendier ? ", lance Fanta Sanogo, les traits tirés par la colère.

Celle-ci veut bien abandonner ce métier " fait pour les hommes ", comme elle dit, qui ne lui rapporte pas grand-chose. Mais que peut-on faire, quand on a arrêté ses études à l'école primaire, sans avoir obtenu le Certificat d'étude primaire et élémentaire (CEPE), quand on n'a aucune épargne et que les structures chargées de l'encadrement des jeunes filles sont inaccessibles ?  

Fanta a la réponse : rester aux abords des trottoirs. Car soutient-elle : " Je sais que quelqu'un peut venir me menacer en m'accusant d'avoir volé quelque chose dans sa voiture, qu'un chauffeur peut me renverser, mais si je ne viens pas sur la route, mon enfant, il mange quoi ? ".

 Fatalité ? Certainement pas. Elles sont tout simplement " prises entre des exigences et les contingences de leur vie quotidienne ", souligne Dr Alfred Babo, psychologue et enseignant-chercheur à l'université de Bouaké.

Poussées par la pauvreté, l'analphabétisme, le manque d'encadrement familial ou structurel, le chômage, etc., des jeunes filles des banlieues d'Abidjan font les trottoirs en proposant des produits divers et peu coûteux, aux usagers de la route. Jusqu'à quand vont-elles résister à la tentation de faire les trottoirs en offrant leurs corps ?

 

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 09:35

 

Ahne Jacqueline Lohoues-Oble, 60 ans, mère de quatre filles, est la première femme candidate à une élection présidentielle en Côte d`Ivoire. Alors, elle joue à fond la carte du genre et elle ne s`en cache pas. Dans la grande villa modestement meublée, sise à Cocody Deux-Plateaux, qui lui sert de quartier général de campagne, elle reçoit ses invités, rares, ce jeudi 19 août 2010, en respectant scrupuleusement l`heure. Sans complexe, elle confie qu`elle est financièrement essoufflée. Cela n`empêche pas la première femme agrégée de droit en Afrique, ex-doyenne de la faculté de droit de l`université d`Abidjan, de croire en ses chances, au soir de l`élection présidentielle, qu`elle va disputer contre treize hommes.

 

Pour commencer, une question simple : pourquoi voulez-vous diriger la Côte d`Ivoire ?

Je veux diriger la Côte d`Ivoire parce que nous sommes dans une République et que tout citoyen, qui peut apporter sa pierre à l`édification de cette République et qui respecte les conditions d`éligibilité à la présidence de la République, peut se porter candidat. C`est donc à ce titre que j`ai décidé d`être candidate.

 

Que proposez-vous de nouveau que les autres candidats n`ont pas proposé ?

Nos propositions partent des problèmes du pays. Et les problèmes du pays sont les mêmes et connus de tous. Ce sont la corruption, l`enrichissement illicite, le racket, la fraude, etc. C`est donc un peu normal que les solutions que les uns et les autres proposent, se ressemblent. Cependant, il y a une différence entre les personnes qui font ces propositions. En effet, il faut voir la personnalité qui appelle à l`application d`un programme de gouvernement. Pour ma part, je veux gouverner par l`exemple. De fait, les Ivoiriens ont perdu leurs repères depuis un certain temps. Il faut donc que celle ou celui qui gouverne soit un exemple en tous points. Prenez le cas du racket. On entend souvent dire, "s`il y a le racket, c`est parce que l`argent remonte à qui de droit". Mais s`il n`y a plus de "qui de droit", il n`y a plus de racket. Et celui qui rackette sera sanctionné. Il y a par exemple l`assiduité au travail, qui est l`un des grands maux de l`Afrique. Nous, nous l`avons déjà expérimenté. Quand j`étais enseignante, les cours commençaient à 7H 30. Le premier jour, je suis arrivée à 7H 30, personne n`était dans l`amphithéâtre. Les jours suivants, je suis arrivée à la même heure et les étudiants étaient présents. Pendant trois ans, j`ai appliqué le principe de l`assiduité au ministère de la Justice. Par ailleurs, le responsable doit donner l`exemple de la transparence.

 

En parlant de transparence, à combien s`élève votre budget de campagne ?

Je ne peux pas vous le dire pour la simple raison que je dresse mon budget au fur et à mesure qu`on avance et que je reçois des soutiens extérieurs. Cependant, je suis prête à publier mes ressources en ce qui concerne les élections, à condition que les autres candidats en fassent autant.

 

Etant donné que vous prônez la transparence, qui sont ceux qui financent votre campagne électorale ?

J`ai quelques amis qui me soutiennent. Globalement, ce sont mes économies que j`utilise. C`est d`ailleurs la raison pour laquelle je suis essoufflée. C`est aussi pour cela que je demande qu`on ait des subventions de la part de l`Etat, afin qu`il y ait une égalité entre les candidats. C`est une élection exceptionnelle qui nécessite des mesures exceptionnelles. Ce n`est pas normal que certains candidats bénéficient de certains avantages parce qu`ils sont signataires de l`accord de Marcoussis et que d`autres, parce qu`ils ne le sont pas, n`aient pas droit à ces avantages. Pourtant, nous avons payé la même caution.

 

Comptez-vous M. Charles Konan Banny parmi vos amis qui vous soutiennent financièrement ?

Pas du tout. Tout le monde pense que M. Charles Konan Banny me soutient financièrement. Mais regardez aujourd`hui la situation de M. Banny, il veut être candidat, selon ce que je lis dans la presse. Quel est donc ce potentiel candidat qui va soutenir une autre candidate ? Au demeurant, M. Banny a dit qu`il soutient le candidat de son parti, le PDCI (Parti démocratique de Côte d`Ivoire du candidat Henri Konan Bédié, NDLR).

 

Dans votre déclaration de candidature, vous affirmiez que vous allez lutter contre divers maux. Prenons l`exemple précis de la lutte contre l`enrichissement illicite. Comment concrètement allez-vous traduire en acte cette belle promesse ?

C`est très simple. Je vais gouverner par l`exemple. Je considère que si l`exemple est donné, les uns et les autres vont suivre.

 

Rien que cela ? Quid des mécanismes institutionnels ?

Justement, je parle également d`évaluation, de contrôle et de sanctions. On n`occupe pas un poste, rien que pour les avantages. Il y a aussi les responsabilités. Les fonctionnaires, les travailleurs des entreprises publiques seront soumis à une obligation de résultats. A partir de ce moment, nous saurons qui fait bien son travail et qui ne le fait pas. Par ailleurs, nous allons demander la sanction aussi bien du corrompu que du corrupteur. Ce sera la transparence.

 

Comment allez-vous appliquer concrètement, la transparence dans la gestion des affaires publiques ?

C`est simple. Chaque année, il y a un budget. Chaque ministère a son budget avec les différents chapitres. Il faut que ce budget soit exécuté conformément à la loi des finances. Je ne tolérerai pas de taxes parallèles. Aujourd`hui, il y a des ministères où il y a des taxes qui sont créées et où des usagers vont payer directement des taxes dans les caisses. Non, ce n`est pas le rôle d`un ministère. Tout l`argent doit être comptabilisé au Trésor. Je vais créer, de ce fait, un observatoire contre la corruption.

 

Procèderiez-vous à un audit de la Présidence si vous êtes élue ?

Quand je dis que je vais créer un observatoire de lutte contre la corruption, tout cela entre en ligne de compte.

 

Vous ne répondez pas à la question. Allez-vous commander un audit de la gestion des présidents qui se sont succédé à la tête du pays ?

De toutes les façons, nous aurons à faire le point. Quand on arrive à la tête d`un Etat, on est bien obligé de savoir ce qui s`est passé. Il est évident qu`il y a des dossiers qu`on serait obligé de regarder de plus près. Mais on tiendra certainement compte du temps et de la prescription de certaines affaires.

 

Quels dossiers allez-vous "regarder de plus près", si vous êtes élue ?

Je ne suis pas encore élue donc je ne sais pas. Vous savez, quand on est à l`extérieur du pouvoir, on a une vision des choses, différente de la vision qu`on aurait, une fois à l`intérieur. J`aimerais donc entrer pour voir ce qui s`y passe.

 

" L`heure est venue pour la Côte d`Ivoire de panser ses plaies, de recoller les morceaux, de reconstruire le pays et cela, c`est un travail que les femmes savent faire", disiez-vous à l`occasion de votre déclaration de candidature. Pourquoi jouez-vous tant la carte du genre ?

Je suis seule contre treize hommes. C`est la première fois qu`une femme est candidate à l`élection présidentielle, donc il faut l`expliquer à la population dont une grande partie est analphabète. En outre, ce pays appartient aussi bien aux femmes qu`aux hommes. La voie est donc ouverte et aux prochaines élections, peut-être que ce ne sera pas seulement une seule femme contre treize hommes.

 

Une chose est de déposer sa candidature et une autre est de gagner. Comment comptez-vous battre ces hommes ?

Personne n`est assuré de gagner d`avance, qu`on soit femme ou homme. Chacun a sa chance. Je vous vois venir. Vous ne l`avez pas dit, mais vous auriez pu me demander, quelles sont mes chances en face des "trois grands" candidats que sont Bédié, Gbagbo et Ouattara. Je vous répondrais très simplement, qu`on verra au soir du 31 octobre qui est "grand candidat" et qui est "petit candidat".

 

Comment avez-vous accueilli l`information relative à une opposition de certains cadres de votre région natale, le Léboutou, à la candidature d`une femme à l`élection présidentielle, vous en l`occurrence ?

Un : je n`ai jamais réagi après la publication de cette information parce que je considérais que cela n`en valait pas la peine. Cependant, des personnalités, hommes ou femmes, ont réagi. Deux : les cadres, supposés avoir exprimé cette opinion, ont nié avoir tenu de tels propos. Une chose est certaine, cela ne m`empêche pas de poursuivre mon chemin parce que je considère qu`aucun poste ne peut m`être interdit.

 

Dans le chapitre de l`opposition à votre candidature, il y a l`appel aux femmes, lancé par Mme Geneviève Bro Grébé, la présidente des femmes patriotes et responsable de la campagne au niveau des femmes, du candidat Laurent Gbagbo. Elle a appelé les femmes à vous boycotter, lors d`une conférence de presse. Quelle est votre réaction ?

Geneviève Bro Grébé est une jeune sœur. Elle est responsable des propos qu`elle tient. Moi, j`en prends acte. Je ne veux pas donner l`image de femmes qui s`entredéchirent. Ce qui ferait d`ailleurs plaisir aux hommes qui se frotteraient les mains et diraient : "Voyez comme les ennemis des femmes sont les femmes elles-mêmes". Si cet appel avait été lancé par un candidat, j`aurais eu une réaction.

 

L`élection présidentielle a été fixée au 31 octobre prochain. Qu`est-ce qui vous porte à croire que ce rendez-vous est le bon ?

La Commission électorale indépendante a proposé une date. Le président de la République a pris un décret pour confirmer cette date. Je pense que nous devons nous en tenir à cela. Le président de la République doit respecter sa candidature. La CEI, nous le pensons, a pris toute la mesure des actions à mener pour tenir le délai. A partir de ce moment, pour moi, l`élection aura lieu le 31 octobre.

 

Ce n`est pas la première fois que le président signe un décret pour confirmer une date proposée par la CEI. Qu`est-ce qui fonde réellement votre conviction ?

Il faut bien que les reports s`arrêtent un jour. En tant que candidate, ces reports successifs nous portent beaucoup de préjudices, surtout que nous sommes une candidate indépendante et que nous ne bénéficions d`aucune subvention.

 

Dans ces conditions, que ferez-vous s`il n`y a pas d`élection le 31 octobre prochain ?

Nous aviserons. Mais je peux vous assurer que vous allez nous entendre.

 

"Les autres cherchent une élection, nous, nous cherchons la paix", a dit le président Gbagbo dans son discours du 7 août dernier. Comment voyez-vous une élection en Côte d`Ivoire sans paix véritable ?

Les problèmes en Côte d`Ivoire sont immenses. Ce ne sont pas les élections qui vont les régler. Les élections sont une porte de sortie. L`élection n`est pas synonyme de paix mais la paix passe par l`élection présidentielle parce que les Ivoiriens auront compris que dès lors, la bataille pour le fauteuil présidentiel est terminé et qu`il faille passer à d`autres batailles allant dans le sens de la résolution des autres problèmes du pays. En outre, tout le monde, notamment les investisseurs à l`extérieur, attendent cette élection pour venir faire des investissements. On ne va donc pas continuer à hypothéquer l`avenir de la jeunesse.

 

Quelle est votre position sur les radiations réelles ou supposées de potentiels électeurs de la liste électorale ?

Je pense que sur cette affaire, il y a une extrapolation des journalistes. La liste électorale comprend 5,5 millions de potentiels électeurs. Il y a eu 28.000 demandes de radiation. Ce qui ne veut pas dire que ces 28.000 vont être effectivement radiés. Faisons confiance à notre justice. Je ne comprends donc pas tout ce bruit autour de cette affaire. Je pense qu`il faut prendre les choses calmement. Ceux qui sont concernés doivent prendre les dispositions pour soutenir leurs accusations ou pour justifier leur nationalité.

 

Le dernier article sur votre site officiel de campagne date de février 2010. Ce qui confirme que vous êtes effectivement essoufflée. Manifestement, vous sortez perdante de la guerre de l`usure. Allez-vous encore tenir jusqu`au 31 octobre ?

Y a-t-il une honte à dire qu`on est essoufflé ? Non. Dans un Etat normal, on aurait eu des subventions. Je ne sors pas perdante de la guerre de l`usure. C`est à cette défaite qu`on veut nous conduire. Le site n`est pas à jour parce que le responsable est en déplacement. Ce sera d`ailleurs actualisé. Quant à moi, je continue d`être sur le terrain. Demain (aujourd’hui, NDLR), je serai par exemple à Yamoussoukro. J`étais récemment dans la région du Zanzan. Moi, je privilégie les contacts directs avec les populations.

 

La question de la nationalité serait au centre de la crise ivoirienne. Pour quel code de la nationalité plaidez-vous ? Celui qui privilégie le droit du sang, comme c`est le cas aujourd`hui, ou celui qui prône le droit du sol comme le demande votre ancien parti, le Rassemblement des républicains (RDR) ?

Mon avis, c`est que le code de la nationalité doit demeurer tel qu`il est actuellement. On l`a déjà amendé, il n`y a pas très longtemps. On peut être Ivoirien par naissance parce que les deux parents ou un parent sont (ou est) Ivoirien(s). On peut l`être par mariage. Autrefois, c`était la femme étrangère seulement qui pouvait devenir Ivoirienne si son mari est Ivoirien. Maintenant, c`est réciproque. Enfin, il y a la naturalisation. Je pense que c`est largement suffisant. Le choix a été fait, à savoir le droit du sang.

 

En deux mots, à quoi résumeriez-vous le véritable problèmes de la Côte d`Ivoire ?

Le vrai problème de la Côte d`Ivoire s`appelle la lutte pour le pouvoir. Ce sont trois personnes, messieurs Bédié, Gbagbo et Ouattara, qui sont en première ligne depuis une vingtaine d`années. C`est cette lutte qui nous a amené la crise, la guerre que nous connaissons, avec tous ses effets collatéraux. Si donc nous voulons sortir définitivement de ce véritable problème, il faut que les Ivoiriens se prononcent. Moi, je constitue l`alternative. Regardez au Libéria, depuis l`élection d`Ellen Johnson Sirleaf, le pays connaît la tranquillité. Vous connaissez la légende de la reine Pokou. Pendant la colonisation, ce sont des femmes qui ont marché sur Grand-Bassam pour aller libérer les hommes. Pour remettre tout le monde ensemble et repartir sur des bases pacifiques, il faut une femme.

 

Globalement, comment jugez-vous les dix ans de pouvoir du président Laurent Gbagbo ?

Le temps des débats n`est pas encore arrivé. Mais tout le monde voit que le bilan n`est pas satisfaisant. Aujourd`hui, nous sommes à 50% de pauvres, après 50 ans d`indépendance. Lui-même (Laurent Gbagbo, NDLR) l`a d`ailleurs reconnu quand il a dit que nous avons régressé de 30 ans.

 

Une question indiscrète : quelles sont les vraies raisons qui vous ont amené à quitter le RDR ?

Il n`y a pas d`un côté, de vraies raisons et de l`autre côté, de fausses raisons. En 1999, je suis partie parce qu`en tant que juriste, je considérais qu`il fallait que je m`en tienne à la loi, tant qu`on ne l`a pas changée, au cas où elle ne serait pas bonne. Dans un groupe, quand on est minoritaire par rapport à une opinion ou une position, soit on se soumet soit on se démet. Je me suis démise parce que je ne pouvais pas faire changer l`opinion majoritaire.

 

Madame la candidate, quelles sont, en définitive, les rasions qui peuvent pousser un électeur, dans un pays marqué par les "parkings" politiques des trois principaux partis que sont le Front populaire ivoirien (FPI du candidat Laurent Gbagbo), PDCI et le RDR, à porter son choix sur vous ?

C`est très souvent qu`on me demande ce que j`apporte de particulier ou de nouveau, en termes de programme de gouvernement. Je demande tout simplement que les électeurs regardent à la personnalité des candidats. Je dis et je peux le prouver si je suis élue, qu`un Etat peut et doit être gouverné à la limite comme une entreprise privée. On sait ce qu`on doit dépenser, qui doit effectuer ces dépenses, à quels moments et quels contrôles doivent être exercés. La bonne gouvernance est possible et nous allons montrer qu`il suffit d`être animé par l`intérêt collectif, le souci de la transparence, pour l`appliquer.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 08:26

Entre ceux qui fument un joint dans le salon VIP d'un bar de Biétry, et ceux qui " chassent le dragon " dans un fumoir de Treichville ou qui fument du "Sékou Touré " dans les encablures d'une gare routière d'Adjamé, le monde de la consommation de la drogue à Abidjan se construit et se développe. Durant plusieurs mois, nous avons été sur les pistes de ce monde parallèle pour en déterminer les modes de consommation, les lieux de vente, les catégories de consommateurs, les prix pratiqués sur le marché, la nature des drogues vendues, etc. Plongée au cœur d'un monde qui ne se cache (presque) plus.

 

Le samedi 15 mai dernier, par un début d'après-midi ensoleillé, M. François Kouamé est au cimetière de Yopougon. Cet enseignant au lycée technique de Cocody a la gorge nouée, les yeux embués de larmes. Sa nièce, une " jeune fée de 16 ans ", selon ses termes, vient d'être portée en terre. Une semaine plus tôt, elle avait rendu l'âme aux urgences du Centre hospitalier et universitaire (Chu) de Yopougon. Sur le certificat de genre de mort, le médecin a écrit : " coma stade 4 ", résultant d'une overdose de drogue. M. François Kouamé n'en revient pas : " Elle était une fille tranquille, un peu introvertie à la suite du décès dans un accident de la circulation, de ses parents. Je n'ai pas compris pourquoi elle a commencé à faire des fugues, à fréquenter des bars et à se droguer au point où elle a été internée à deux reprises au centre de désintoxication de Bingerville. Pourtant, plus jeune, elle se plaignait de moi, quand je fumais encore de la cigarette ".

La mort prématurée de la nièce de M. Kouamé, emportée par la consommation non maîtrisée d'une drogue dont on ne saura peut-être jamais la nature, est symptomatique de cette nouvelle jeunesse ivoirienne qui a décidé (avec ou contre son gré) de fumer son…âme.

Une jeunesse qui s'est trouvée une figure emblématique : l'artiste " zouglou " Petit Denis, avec ses overdoses et ses interpellations répétées.

 

Chasseur de dragon

Marcory. Non loin du grand marché. La nuit tombe sur une commune trempée par des pluies diluviennes au début du mois de juin dernier. Dans la petite cour cimentée de Diakiss ; Asko, un homme formé à l'école des loubards des années 90, a rendez-vous avec son dealer. Diakiss est absent. " C'est le boss, il vient seulement à la fin du mois pour désintéresser les policiers. C'est comme ça depuis que je connais ce coin. On n'a jamais été embêté par la police ", explique en riant, Asko. Il dit ne pas craindre que son nom apparaisse dans un article de presse : " au moins je serai une star devant les copains ". La maison de Diakiss est un crack-house, qui est aussi bien un " djassa ", entendez un endroit de vente au détail de la drogue, qu'un fumoir, appelé " talouèk ", dans le monde parallèle de la drogue. Le crack-house de Diakiss n'est pas un " valval ", c'est-à-dire, un espace de consommation à ciel ouvert, comme l'est, par exemple, le cimetière municipal de Williamsville.

Dans la cour de Diakiss, on se croirait dans le Bronx (New York) des années 80. En effet, de chaque côté du mur, des hommes assis sur des bancs en bois, fument tranquillement des joints. Ceux-ci dégagent une odeur âcre. Les hommes paraissent pour la plupart en parfaite santé, hormis un adolescent aux cheveux " afro ", portant des vêtements griffés, qui semble regarder les nouveaux visiteurs sans les voir. Lui, il " chasse le dragon ". Traduction : il inhale de la fumée d'héroïne chauffée sur du papier aluminium. Chaque fois qu'il inhale la fumée, il semble s'endormir les secondes qui suivent. Debout, une jeune fille, maigre comme un bambou, les nerfs à fleur de peau et des vaisseaux sanguins saillants, hume un caillou blanc qui lui fait balancer la tête dans tous les sens. Dans un coin de la cour, près du robinet, un crachoir. Le dealer d'Asko est dans l'une des trois pièces de la maison. Asko l'a déjà prévenu par sms, de la quantité qu'il souhaite avoir. C'est dire que le milieu de la drogue utilise aussi les technologies de l'information et de la communication…

 

Le parfum du diable

Les échanges, ici, se font dans le silence. Ainsi, Asko tend-il un billet de 5.000 FCFA au dealer. Celui-ci lui remet un petit sachet blanc. Aussitôt, Asko sort de la pièce non éclairée, où on a l'impression d'étouffer, tant le mélange d'odeur de cigarette, de drogue, de sueur humaine et de poussière, est suffocante.

Asko va se placer auprès de la jeune fille anorexique et découvre le sachet blanc. Il en sort un petit caillou blanc qu'il casse en petits morceaux. C'est du crack. Obtenu en mélangeant du bicarbonate de soude à de la cocaïne. Chez Diakiss, on ne vend que de la drogue dure : du crack appelé cailloux ou " gor " et de l'héroïne, le " pao " fabriqué dans les mêmes conditions que le crack, sauf qu'à la différence du crack, il se présente sous une couleur jaunâtre.

Asko allume une cigarette mais ne la fume pas. Il la pose sur le banc et la laisse se consumer. Il sort une petite pipe de son pantalon jeans puis s'étire longuement, comme s'il s'apprêtait à livrer une partie de lutte. A l'aide d'une lame, il pousse la cendre de cigarette dans la pipe et jette les bouts de cailloux sur la cendre, puis il sort son briquet et allume la pipe. Il ne fume pas la pipe mais inhale la fumée qui s'en dégage. Cette fumée-là, qui dégage un parfum nauséeux de déchets toxiques, c'est le " parfum du diable ", ainsi dit dans le milieu, parce qu'une fois inhalé, " on ne peut plus s'en passer ", souligne Asko.

Ici, le gramme de crack, c'est-à-dire la " dose adulte ", comme celle que prend Asko, est vendue à 5.000 FCFA. Le demi-gramme à 3.000 FCFA. C'est à ce prix que le caillou d'héroïne est vendu. L'héroïne est aussi vendue au " quarter ", entendez au quart de gramme, à 1.000 FCFA. C'est la dose préférée des jeunes collégiens des quartiers chics de Cocody et du quartier résidentiel de Biétry. Il s'achète aussi à Treichville non loin du 18ème arrondissement de police, au quartier Apolo, à l'avenue 15 rue 7.

A l'avenue 12 rue 11 de la même commune, il existe un fumoir à la réputation établie. En effet, c'est l'un des rares " djassa " où on trouve du speedball. Le speedball est la " sainte des saintes " des drogues dures consommées en Côte d'Ivoire. La drogue des " django ", autrement dit, des durs. Le speedball est le mélange de deux drogues dures : l'héroïne et la cocaïne. Un cocktail potentiellement mortel ! On se l'injecte avec une seringue. Les consommateurs sont généralement des bandits de grands chemins, des junkys indécrottables et inguérissables, ceux que les Allemands appellent les " Drogen Abhängige " ou des soldats. Le samedi 29 mai 2007, par exemple, la police a interpellé 191 personnes dans sept fumoirs d'Abidjan, au cours d'une vaste opération " coup de poing ". Parmi les personnes interpellées se trouvait un militaire, selon le communiqué du ministère de l'Intérieur publié quatre jours plus tard. Le communiqué dénonçait les fumoirs comme étant " une nouvelle catégorie de commerce honteux par lesquels des individus mettent à la disposition d`autres individus, en toute illégalité, des drogues de toutes natures en leur assurant un espace pour les consommer ".

Avant septembre 2002, date du début de la crise armée qui les a contraints à être plus discrets, des militaires français étaient des consommateurs et/ou des revendeurs de speedball, dans certains bars de Biétry. Selon l'Observatoire géopolitique des drogues (OGD) de France, " plusieurs soldats servant au 43ème BIMA purgeaient une peine de plusieurs années de prison pour usage ou revente " de stupéfiants, en 1994.

 

Drogue VIP

De jeunes cadres d'entreprises privées ou publiques, ainsi que des artistes qui ont assez d'argent pour s'acheter régulièrement de la drogue dure se retrouvent souvent dans des bars à Abidjan. De nombreux bars situés à l'avenue 21 de Treichville, ont des espaces pour Very important personalities (VIP).

La plupart de ceux qui fréquentent ces bars ne se doutent pas qu'on y vend et consomme de la drogue. Ces endroits sont pourtant facilement identifiables : vigiles musculeux affichant des airs de chiens battus, contrôles au faciès à l'extérieur, blocs VIP interdits aux non habitués, grande piste de danse. Dans ces bars, point de coke inhalé ni d'héroïne injecté. On y vend plutôt des joints d'héroïne et de cocaïne. Coût : 2.000 FCFA pour le premier et 4.000 FCFA pour le second.

Ces drogues sont très rarement à l'état pur. De nombreux accrocs l'ignorent. Asko, lui, se défend de consommer " n'importe quoi " mais ne nie pas la pratique. En effet, de nombreux (sinon tous) revendeurs malins ajoutent d'autres substances, telles la chaux ou la craie, à la coke pour accroître leur marge bénéficiaire. C'est ce qui explique les fréquentes overdoses, puisqu'en fin de compte le consommateur final de crack consomme tout sauf de la cocaïne pure.

Le dealer d'Asko est un détaillant qui achète les 5 grammes de coke à l'état " pur " à 80.000 FCFA, soit un gramme à 16.000 FCFA. Après le mélange avec le bicarbonate de soude, le détaillant obtient cinq fois plus que la quantité originelle. Il revend le caillou de crack ainsi obtenu à 5.000 FCFA le gramme, soit un chiffre d'affaires de 125.000 FCFA sur les 5 grammes de coke achetés.

" Avant, au temps du vieux père Pololo (un loubard médiatique d'Abidjan, des années 80-90 qui a été éliminé dans des circonstances floues par la junte militaire en 2000, NDLR), il fallait se rendre à l'avenue 15, rue 17 (de Treichville) pour avoir un caillou. Ce sont les durs qui en prenaient à cette époque, parce que le caillou s'achetait à 30.000 FCFA ", raconte Asko.

Explication de la chute du prix, par la loi du marché : la quantité de drogue offerte a énormément augmenté sur la place.

" Avant, le seul talouèk que je connaissais était à Treichville, chez une ressortissante du Ghana ", indique Asko. Le nom de code de cette dernière : " Vieille chinoise ". Celle-ci est manifestement la pionnière de la création des fumoirs à Abidjan.

 

Sékou Touré et Marie-Jeanne

 Depuis lors, les fumoirs poussent comme des champignons à Abidjan. Les sections anti-drogue de la police, de la gendarmerie et de la douane ont démantelé, depuis 2006, plus de 2.000 fumoirs à Abidjan. Chaque semaine, ce sont au bas mot, entre 50 et 70 personnes qui sont appréhendées, soit pour consommation, soit pour détention, soit encore pour vente de drogue. Ces chiffres record fournis par la Direction de la police des stupéfiants et de la drogue (DPSD) montrent aussi bien la détermination des autorités à lutter contre le phénomène avec des moyens modestes, que la hargne de la mafia locale du trafic de stupéfiants à gagner de nouvelles âmes à perdre.

Le 30 décembre 2009, rien que la section anti-drogue de la gendarmerie nationale a procédé à la destruction de plus de 900 kg de drogue représentant les saisies effectuées au cours du dernier trimestre de l'année 2009. Stupéfiant ! Sur la quantité saisie, 210 kg de cannabis en partance pour Ossybissa, (Si tu ne sais pas, il faut demander, traduction littérale de l'Ashanti, langue la plus parlée au Ghana). Dans ce campement, situé sur l'île Boulay, les agents chargés de la lutte contre les stupéfiants s'aventurent très rarement.

Les dealers d'Ossybissa fournissent le marché de Yopougon, d'Adjamé et d'Abobo en marihuana.

A Yopougon (bas-fond de Siporex, Yaoséhi), à Adjamé (sous l'échangeur après le zoo, bas-fond de la nouvelle gare, derrière la grande mosquée) ou à Abobo (dépôt 9, Derrière Rails), les quartiers populaires de la capitale, ou encore au cimetière de Williamsville, le " valval " géant de 50 ha, les accrocs aux drogues ne se cachent pas. Dans ces endroits, les fumeurs de " ganja ", de " kangbé ", de " gban ", de " tchoukounou ", de " l'herbe de Marley ", les noms divers de la marihuana, appelée par les jeunes branchés des milieux rasta de Port-Bouêt " Marie-Jeanne ", ne se sentent guère troublés.

 

Proches de la tombe

 La marihuana est considérée dans le milieu comme la drogue des pauvres. En effet, elle est consommée tout comme l'Imménoctal (IM10, surnommée " Sékou Touré ", pour ses dégâts sur l'organisme), par les jeunes désœuvrés de Yopougon et de Koumassi (quartier Divo), par les aboyeurs et autres arracheurs de sacs à mains, des gares routières d'Adjamé et d'Abobo.

On reconnaît facilement ces derniers à la nouvelle gare d'Adjamé par leurs dents abîmées, leurs corps squelettiques, leurs haleines de baleine, leurs yeux rougis et leur hyperactivité.

Ceux qui fréquentent le " valval " de Williamsville peuvent être facilement observés à travers les miradors des immeubles qui entourent la grande nécropole. Des loques humaines aux déhanchements fantomatiques, comme balancées de tous côtés par le vent.

Qu'ils soient dans les ghettos d'Adjamé ou d'Abobo ou qu'ils vivent dans des maisons plus ou moins modestes à Cocody ou à Treichville, les consommateurs de drogue d'Abidjan ont tous un point commun. Ils sont quotidiennement plus proches que jamais des tombes que leurs " homologues " de Williamsville profanent sans ménagement.

André Silver Konan

kandresilver@yahoo.fr

 

 

 

Des zones de transit bien connues

20 mai dernier. A la barre du tribunal des flagrants délits du Plateau, Lazare Yougoné Tizié, un petit dealer bien connu au quartier Banco 2 de Yopougon, confesse publiquement qu'il s'approvisionne à Ossybissa, un campement situé sur l'île Boulay de Yopougon, dans la banlieue d'Abidjan. Ce dimanche du lendemain de la célébration de l'indépendance (7 août) de la Côte d'Ivoire est un jour ordinaire dans ce campement. Dans la cour du chef de la communauté ghanéenne, majoritairement résidente de l'île, un gospel ashanti, distillé par un vieux transistor, semble rythmer l'avancée sur la lagune ébrié, d'une pinasse qui roule plutôt rapidement. Dans ce lieu, les bateaux-bus de la Société des transports abidjanais (Sotra, transport public) refusent de s'aventurer, préférant comme site de débarquement, la paisible Eden City voisine. On s'y rend donc à bord de pinasses, des bateaux construits de façon artisanale. La pinasse qui accoste ce dimanche contient des sacs de 50 kg solidement attachés. Ils sont déchargés par les occupants du bateau de fortune, qui ne se soucient guère de leur entourage.

" Il ne fait l'ombre d'aucun doute que c'est du cannabis ou du marihuana ", dénonce Jérôme Danho, un jeune homme qui travaille en tant que rabatteur dans un restaurant de l'île Boulay. Il dit ne pas supporter les activités illicites à Ossybissa.

A Abidjan, certains lieux à l'instar d'Ossybissa, sont réputés zones de transit de la drogue. C'est le cas de Colombie, un quartier précaire au nom évocateur, situé à Cocody entre le zoo et le carrefour Duncan des Deux-Plateaux. C'est le cas aussi de Gobelet, un autre quartier précaire de Cocody, logé dans un ravin entre les Deux-Plateaux Vallons et le commissariat du 30è arrondissement d'Attoban. Dans ce quartier, la douane anti-drogue a saisi, le 5 septembre 2007, la quantité surréaliste de 1,62 tonne de chanvre indien. Il y a 17 ans, c'était presque la quantité totale (1,63 tonne de drogue) qui était saisie à Abidjan, au cours du premier semestre, selon les chiffres de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Un autre quartier : Yaoséhi, dans la commune de Yopougon. Le 20 juillet 2009, les populations de ce quartier précaire se sont soulevées contre les policiers du 16è arrondissement, situé non loin, accusés de ne rien faire pour éradiquer la commercialisation de la drogue qui se fait au vu de tous.

Aujourd'hui, les saisies concernent toutes sortes de drogues. Outre les drogues dures, il y a aussi des psychotropes ou drogues synthétiques. Les plus courants de ces psychotropes sont l'Immenoctal (IM10) ou "Sekou Touré", les amphétamines et le Mandrax. Ces drogues sont consommées dans les milieux des travailleurs de l'informel. Ceux qui n'ont pas assez d'argent pour se rendre dans un salon VIP d'un bar de Treichville ou de Biétry et qui en ont suffisamment pour ne pas " s'empoisonner ", selon l'expression d'Asko, avec du " fôtô " (de la colle forte) imbibé dans un mouchoir et aspiré violemment.

 

André Silver Konan

kandresilver@yahoo.fr

 

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 11:29

Devant le ministère du Contrôle des audits, ex-assemblée territoriale, siège de la présidence sous Sékou Touré (premier président guinéen), une scène surréaliste : des dizaines de femmes d'un âge avancé, attendent le passage du convoi du Président, homme réputé généreux. Poussées par le chômage et la pauvreté des quartiers mal famés de la banlieue de Conakry, elles ont élu domicile là et attendent, chaque jour, avec la résignation de la personne qui n'a rien à perdre, que le Président, qui réside dans les encablures, passe par là et leur fasse l'aumône. Ce sont les (drôles de) mendiantes du Président.

 

Ce vendredi 18 juin 2010, comme tous les vendredis, depuis deux mois, Fanta Diallo, la cinquantaine, veuve et mère de sept enfants, est venue de son quartier, Cité Enco 5, dans la commune de Ratoma (banlieue de Conakry), pour se rendre devant le siège du ministère du Contrôle des audits.

C'est dans ce bâtiment rénové, situé à Kaloum, siège du pouvoir de Conakry, que le " père fondateur " de la Guinée moderne, Ahmed Sékou Touré, avait tenu le pays d'une poigne de fer pendant un quart de siècle (1958-1984). Le bâtiment donne dos à la résidence luxueuse du général Sékouba Konaté, président de la transition guinéenne. Celui-ci est le nouvel homme fort du pays, depuis que le fantasque capitaine Moussa Dadis Camara a été victime d'un attentat.

Il est presque 14H. La voix du muezzin déchire le ciel ensoleillé de la ville. Fanta Diallo et ses " collègues " regardent furtivement vers la résidence du Président, les traits tirés par l'inquiétude. La prière musulmane du vendredi tire à sa fin et " El Tigre " de la transition (surnom du général Sékouba Konaté) n'est pas encore sorti de sa tanière douillette.

De son œil frappé par une cataracte sévère, Fanta Diallo interroge un vieux lieutenant au pas lourd, qui passe devant elle. Ce dernier lui lance brutalement, presqu'avec mépris : " Le Président ne sort pas maintenant. Rentre chez toi ! ".

Fanta Diallo se fait traduire en poular, sa langue, la phrase de l'officier et esquisse un sourire gêné. " Hé Allah ! Mes enfants ne vont pas manger aujourd'hui ", nous confie-t-elle, en tapant le dos d'une main mince, dont on voit les nerfs saillants, dans la paume de l'autre. C'est un geste de désespoir chez les Peulh.

" Mon mari est mort. J'ai un petit-fils malade. Son père, l'aîné de mes enfants et le seul garçon, est décédé il y a trois mois. Il se " débrouillait " au port. C'est lui qui nourrissait la famille. Aujourd'hui, il n'y a rien à manger à la maison ", nous explique-t-elle.

Mendiantes de luxe
A quelques mètres de là, en bordure de la rue KA 003, le général Sékouba Konaté, reçoit des invités dans sa résidence. Le vent de l'océan atlantique caresse doucement le poster de 3 mètres de haut et autant de large, planté devant sa résidence et sur lequel un calligraphe inspiré a marqué : " Son Excellence Général Sékouba Konaté, Sentinelle de la paix ".

Si les mendiantes n'osent pas franchir la ligne qui les sépare de la résidence, c'est bien parce que celle-ci fourmille de soldats aux bérets rouges, portant lunettes noires et ceinturons. Les mendiantes ?

" Souvent, les vendredis, jour de la grande prière à la mosquée et jour d'offrandes chez les musulmans, le Président qui est un fervent croyant, leur donne de l'argent, mais aujourd'hui, il est très occupé ", nous confie un jeune soldat, assis sur un lit picot, sous une tente devant la résidence. Ce jeune soldat se souvient qu' " avant de partir pour la France, le mois dernier, le Président a donné beaucoup d'argent aux mendiantes. Chacune a pu se tirer avec au moins 100.000 GNF (environ 10.000 FCFA, soit près de 20 dollars) ". Une aumône de luxe, pour des mendiantes habituées à recevoir 500 GNF (environ 50 FCFA, soit un peu plus de 0.1 dollar), des passants.

Dignité perdue

Tandis que certaines mendiantes commencent à déserter les lieux, d'autres, celles qui n'ont nulle part où aller, commencent à s'affairer pour passer devant le ministère du Contrôle des audits, en bordure de route, une autre nuit, à la belle étoile, le ventre creux. Parmi elles, Aissata Camara. Elle vient de Kissidougou, dans la Guinée profonde où son compagnon, un ancien combattant, est mort dans le dénuement, sans pension de retraite. " Je veux que l'Etat s'occupe de mes petits-fils. Pour l'amour de Dieu, que Tigre (sic) m'aide ! Je ne sais où aller ". Elle fait la moue, traîne le pied gauche grossièrement déformé par un éléphantiasis et se dirige vers un tas de baluchons sur lesquels jouent deux bambins de 2 et 4 ans, ses petits-fils.

D'autres femmes la rejoignent. Leurs bruyantes complaintes font sortir de leurs bureaux climatisés, quelques fonctionnaires du Conseil national de la communication (CNC). Il y a 52 ans, dans ce bâtiment dont l'architecture n'a pas changé d'une pierre, Ahmed Sékou Touré avait dit avec fierté " Non ! " au général De Gaulle, et avait immédiatement obtenu l'indépendance de son pays. Dans une allocution restée fameuse, il avait déclaré que son peuple préférait " la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l'esclavage ". Cinquante-deux ans après, trois Guinéens sur cinq demeurent dans l'esclavage économique. Au demeurant, de nombreuses femmes telles Fanta Diallo et Aïssata Camara, ont perdu au passage, leur dignité.

André Silver Konan
Envoyé spécial à Conakry

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 12:40

-Forces et faiblesses des « 5 grands »

La première élection présidentielle véritablement démocratique de la Guinée met aux prises vingt-quatre candidats. Parmi eux, cinq candidats sérieux dont deux hyper favoris. 

Dimanche, pour la première fois dans l'histoire de la Guinée, après son indépendance en 1958, les Guinéens seront appelés à choisir librement, leur président de la république. Vingt-quatre candidats ont été autorisés par la cour suprême, à participer à cette compétition. Dix-neuf parmi eux sont considérés comme des " accompagnateurs " par l'opinion guinéenne. Selon des journalistes que nous avons interrogés, certains parmi ces dix-neuf " accompagnateurs " pourraient ne pas atteindre les 5% recommandés pour obtenir le remboursement de l'énorme caution de 400 millions GNF (environ 40 millions FCFA) exigés par le code électoral. 
Cependant, cinq candidats sont de sérieux prétendants au titre. Deux (Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé) apparaissent comme de super favoris et trois (Sydia Touré, Lansana Kouyaté et François Lonsény Fall) comme des outsiders.

Tout sauf Dalein
Grand favori du scrutin du 27 juin, Cellou Dalein Diallo est le candidat de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Son slogan " Pour une Guinée unie et prospère " est visible dans tout Conakry. A 57 ans, ce père de trois enfants a été ministre pendant près de dix ans, dans plusieurs gouvernements de Lansana Conté (décédé en décembre 2008), avant d'être nommé premier ministre, pendant un an et demi, entre décembre 2004 et avril 2006. Son omniprésence dans le système Conté est aussi bien un handicap qu'un avantage. " Il a une expérience prouvée dans la gestion des affaires de l'Etat ", soutient son directeur de la communication, Souleymane Thianguel Bah. " Un pur produit du système Conté ", rétorque Moustapha Naité, adjoint au directeur de la communication du candidat Alpha Condé. Le candidat de l'arbre et du soleil levant a un avantage solide sur ses concurrents : il connaît la Guinée, pour y avoir vécu toute sa vie, de l'enfance aux postes de responsabilité, en passant par les études. Cependant, le Peulh, natif de la Moyenne Guinée, traîne le boulet de l'accident de l'avion de l'UTA, qui a provoqué la mort de plusieurs Guinéens. En effet, il est accusé d'avoir délivré une licence d'exploitation à la compagnie, au moment où il était ministre des Transports. C'est contre son gouvernement que les premières manifestations sociales ont été dirigées, en 2006. Ses adversaires l'attaquent ainsi sur son bilan. Au demeurant, ses pourfendeurs clament qu'il est le champion de l'ethnocentrisme, en menant le combat du " Peulh ou rien ". Certains de ses supporteurs dans les rues de Conakry n'hésitent, en effet pas, à clamer haut et fort, qu'après Sékou Touré, un Malinké, Lansana Conté, un Soussou, Dadis Camara, un Forestier, l'heure est venue pour qu'un Peulh soit président de la République. Ces propos inquiètent une partie de la population qui oppose à cette thèse, celle de " Tout sauf Dalein ". Le candidat, quant à lui, veut bien montrer qu'il est au-dessus de la question ethnique. Son directeur de campagne, le pharmacien Dr Fofana, est un Malinké.

Condé, l'homme à battre
Un autre grand favori du scrutin : Alpha Condé, opposant historique reconnu comme tel. Ce statut est à la fois une force et une faiblesse. La force ? " Alpha Condé a une légitimité d'opposant que personne ne peut lui nier. Son nom n'est mêlé à aucun détournement ni scandale. Et il a le mérite d'avoir posé les jalons de la démocratie en Guinée en s'affichant ouvertement contre des systèmes ", démontre Moustapha Naité. Pour Souleymane Thianguel Bah, " cela est un problème, en ce sens que M. Condé n'a jamais rien géré dans ce pays. C'est un chèque en bois que de confier le destin d'un pays à quelqu'un qui n'a aucune expérience dans la gestion des affaires de l'Etat ". L'ex-député de 1995, Malinké, originaire de la Moyenne Guinée, avec ses 72 ans, est le doyen du scrutin. Paradoxe de l'histoire, il symbolise davantage le changement contre ses quatre challengers qui ont tous collaboré avec Lansana Conté, d'une manière ou d'une autre. Le candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) est réputé intransigeant et coléreux. Il ne le cache pas dans son livre-entretien, paru chez Jean Picollec, seulement la semaine dernière. Dans " Alpha Condé, un Africain engagé ", il confesse : " J'ai fait des erreurs, comme tout homme d'action pris dans la rudesse des épreuves politiques ". 
Mais il ajoute aussitôt : " Je suis confiant : toutes les conditions sont, aujourd'hui, réunies pour gouverner autrement notre pays, pour changer radicalement de cap ". Cette ambition de " refondation " va certes se buter sur un obstacle majeur : les quatre autres challengers du " professeur ", le considèrent comme un opposant à eux-mêmes, au moment où ils étaient aux affaires, et lui, ne cache pas qu'il les prend tous pour des produits du système qu'il a toujours combattu. 

Sydia, le moindre mal
" Sidya Touré, la solution pour la Guinée ". Le slogan du candidat de l'Union des forces républicaines (UFR) rappelle son passé de premier ministre. Entre 1996 et 1999, le passage à la primature de cet originaire de la Basse Guinée (un Diakhanké, ethnie minoritaire, proche des Soussous) est marqué par l'électrification de plusieurs quartiers de Conakry et de certaines villes de l'intérieur du pays. " C'est un bilan qui parle de lui-même ", souligne avec fierté Mamadou Saliou Baldé, un journaliste membre de la cellule de communication du candidat. Marié et père de quatre enfants, avec ses 65 ans bien comptés, il a fait l'essentiel de sa carrière professionnelle en Côte d'Ivoire. Cadre du Trésor ivoirien, il a même dirigé le très stratégique cabinet du premier ministre (ivoirien) Alassane Dramane Ouattara, entre 1990 et 1993. Principal handicap de Sydia Touré : son parti quoique largement représenté sur le territoire national, en atteste les dernières élections municipales (2005) n'a aucune assise sociologique. Dans un pays marqué par l'ethnocentrisme, en atteste une étude menée par des chercheurs de l'Université Général Lansana Conté de Conakry, Sydia Touré passe pour un extra-terrestre. " Ce n'est pas un handicap, c'est au contraire un atout ", rétorque Mamadou Saliou Baldé. Dans les états-majors des deux favoris, officieusement, l'on chuchote que Sydia Touré serait le candidat idéal qu'on voterait volontiers. A surveiller de près donc.

Kouyaté, l'invité de dernière heure
Brièvement (1997) premier ministre " de consensus ", sous la pression de la rue, Lansana Kouyaté bénéficie, du fait de son statut de fonctionnaire international, de nombreux soutiens à l'étranger, notamment du Libyen Mouammar Kadhafi. Avec son Parti de l'espoir pour le développement national (PEDN), il estime que " Le progrès se gagne ". Ses détracteurs disent de lui qu'il est un parvenu sur la scène politique guinéenne. A 60 ans, marié et père de deux enfants, il a fait l'essentiel de sa carrière à l'extérieur de la Guinée. Son dernier poste était basé à Abidjan. Il était le représentant spécial du président de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en Côte d'Ivoire. Son parti est jeune et il joue sur le même terrain…ethnique que celui d'Alpha Condé, à savoir le pays malinké. " Les quinze mois que j'ai passés à la primature ont montré aux Guinéens que leur pays pouvait être géré autrement ", rappelle-t-il dans tous ses discours. Il se présente donc comme un candidat du changement. Comme d'ailleurs tous les candidats.

La si longue absence de Fall
Le fait d'armes le plus connu de François Lonsény Fall est sa démission fracassante de son poste de premier ministre en avril 2004, après deux mois passés à la primature. C'est donc l'homme qui, ayant été dans le système (il a été ministre des Affaires étrangères et de la coopération, de 2002 à 2004), a osé dire " non " à l'autoritaire Lansana Conté. Son parti, le Front uni pour la démocratie et le changement (Fudec) est mal implanté sur le territoire national. Cela est lié à sa longue absence du pays, depuis 2004. Ses adversaires lui reconnaissent cependant, des qualités de bon gestionnaire et de grand diplomate. Son dernier poste était basé à Bangui. Il était le représentant spécial pour la République centrafricaine et chef du Bureau d'appui des Nations-unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (Bonuca). Il avait, auparavant, occupé le même poste en Somalie. A 61 ans, marié et père de trois enfants, le juriste Fall lance : " Construisons une Guinée démocratique et prospère ".

André Silver Konan
kandresilver@yahoo.fr
Envoyé spécial en Guinée



 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 10:48



24 candidats sont en lice en Guinée, pour le scrutin du 27 juin prochain. Ci-dessous, une brève présentation de chacun des candidats.

Abe Sylla

Le président de la Nouvelle génération pour la République (NGR) a lancé sa compagne électorale dans sa ville natale à Kindia située à 135 kilomètres de Conakry, dans la Basse Guinée. Abe Sylla est un Guinéen de la diaspora établi depuis quatre décennies aux Etats-Unis. A 59 ans, il se présente comme "le candidat de la diaspora".

Aboubacar Somparé

L'ancien président de l'Assemblée nationale, 65 ans, est un ancien fidèle de Lansana Conté. Il était son dauphin constitutionnel mais il a été écarté du fauteuil présidentiel par le putsch mené par Moussa Dadis Camara en décembre 2008. Aboubacar Somparé a été investi par le Parti de l'unité et du progrès (PUP, ex-parti au pouvoir). Il est originaire de la Haute Guinée.

Abraham Bouré

Ancien Secrétaire général de l'Union des pays du fleuve Mano qui comprend la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, Abraham Bouré, le candidat du Rassemblement des Guinéens pour l'union et la démocratie (RGUD). Il est un économiste de formation, fut aussi conseiller économique à la primature durant le mandat de Sidya Touré à la fin des années 90. Il a fait ses études aux Etats-Unis.

Alpha Condé

Le leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), 72 ans, est le plus important des opposants historiques candidats à l'élection présidentielle, suite à la forclusion de droit du Premier ministre Jean Marie Doré. Originaire de la Basse Guinée, Alpha Condé part en France à l'âge de 15 ans poursuivre des études secondaires et universitaires (Sciences Po Paris, Sorbonne). En 1970, il est condamné à mort par contumace, par le régime du président Sékou Touré. Commence une vie d'éternel opposant qui va le conduire une seconde fois en prison, sous Lansana Conté, en 2000, pendant 20 mois, alors qu'il était pour la deuxième fois candidat contre le général président.

Alpha Ibrahima Keïra

Membre de la famille de l'ex-président Conté dont il avait épousé la belle-sœur (la sœur de sa deuxième épouse), il fut ministre dans plusieurs gouvernements sous Lansana Conté. Diplomate de carrière, Alpha Ibrahima Keira, 56 ans, candidat du Parti républicain (PR) se présente comme " un grand commis de l'Etat " et brandit fièrement sa décoration en 1998, par le président français Jacques Chirac dans l'Ordre national du mérite.

Boubacar Bah

Un autre " candidat de la diaspora ". Durant 20 ans, Boubacar Bah a vécu aux États-Unis où il a fait ses études et une partie de sa carrière professionnelle. Il est peu connu. On sait néanmoins qu'il est originaire de Conakry, précisément de la commune de Matam. Il se présente sous la bannière de l'ADPG.

Boubacar Barry

Architecte de formation, Boubacar Barry a 46 ans. Ami d'enfance de Moussa Dadis Camara, il est le premier bénéficiaire de la première ordonnance que ce dernier signe au lendemain de sa prise du pouvoir et qui fait de lui un super ministre. Candidat du Parti national pour le renouveau (PNR), il est le fils du très célèbre Alpha Omar Barry, proche de Sékou Touré dont il fut ministre avant son emprisonnement au tristement célèbre camp Boiro, et son assassinat en détention.

Bouna Keita

Diamantaire, l'entrée en politique de Bouna Kéita a surpris plus d'un en Guinée. C'est sous Dadis Camara qu'il s'est fait connaître. Avec son RGP dont il est le candidat, il se lance dans le soutien inconditionnel de ce dernier avec d'autres petits partis politiques, jusqu'à ce que le capitaine Dadis soit victime d'un attentat en décembre dernier.

Cellou Dalein Diallo

A 58 ans, ce Peulh bon teint est un sérieux candidat avec son Union des forces démocratiques de Guinée (l'UFDG). Pur produit du système Conté, il a occupé plusieurs postes ministériels durant une dizaine d'années, avant de devenir Premier ministre durant un an et demi, entre décembre 2004 et avril 2006. Ancien employé de la Banque centrale, Cellou Dalein Diallo rejoint l'équipe du général Conté en 1995, avant de tomber en disgrâce, suite à une " faute lourde " en 2006. Un an plus tard, il entre dans l'opposition.

El Hadj Mamadou Sylla

A force de côtoyer l'ancien président Conté, il a fini par se croire présidentiable. El Hadj Mamadou Sylla, 50 ans, ancien puissant patron du Conseil national du patronat guinéen est le candidat de l'Union démocratique de Guinée (UDG). On le présente comme la plus grosse fortune du pays. En 2007, quand Lansana Conté va le chercher personnellement en prison, où il était incarcéré dans l'attente d'un procès pour détournement de fonds publics, la colère de la rue monte et provoque une grève générale. Avec cette candidature, il espère sans doute se prémunir contre tout souci judiciaire futur.

Fodé Mohamed Soumah

Nouveau venu en politique, Fodé Mohamed Soumah compte avec la Génération citoyenne (Geci) sans trop de chance, être élu président de la République au soir du scrutin du 27 juillet. Il a travaillé dans le secteur bancaire en France, comme " analyste financier de haut niveau".

François Loncény Fall

Né en 1949, François Loncény Fall fut ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre, sa démission en avril 2004 fait le tour du monde. Il avait profité d'une mission à l'extérieur du pays pour rendre son tablier, évoquant le manque de marge de manœuvre face à un Lansana Conté, insaisissable. Après avoir effectué des missions pour le compte des Nations unies, il rentre en Guinée et rejoint le Forum des forces vives, avant de créer le Front uni pour le développement et le changement (Fudec). A 51 ans, ce natif de la Haute-Guinée, se lance dans la course à la présidence avec la volonté de ne pas jouer les essuie-glaces.

Ibrahima Kassory Fofana

Un autre produit du système Conté, Kassory Fofana, 55 ans a été pendant plusieurs années ministre, pour finir comme tout-puissant ministre des Finances de 1997 à 2000, date où il est débarqué. Dès lors, il choisit la voie de l'exil, d'abord au Sénégal puis aux États-Unis. Il rentre en Guinée à la mort de Lansana Conté et crée Guinée pour tous (GPT), le parti qui le présente à la présente élection.

Jean Marc Telliano

Il est l'un des illustres inconnus de la campagne. Il se présente lui-même avec son parti, le Rassemblement pour le développement intégré de Guinée (RDIG) comme un " dadiiste " convaincu. Il entend " poursuivre l'œuvre " de Moussa Dadis Camara.

Joseph Bangoura

Ce candidat est l'un des parfaits anonymes de la campagne électorale, à l'instar de son parti, l'UDIG.

Lansana Kouyaté

Diplomate internationalement connu, Lansana Kouyaté est un candidat sérieux. Né, il y a 55 ans en Haute-Guinée, il devient en 2007 sous la pression de la rue et sur proposition des syndicats, Premier ministre de consensus. Il est remercié après onze mois de cohabitation difficile avec le général président Conté. Quelques mois plus tard, il se lance en politique en créant le Parti de l'espoir et du développement national (PEDN).

Mamadou Bah Baadikko

Il est le militant pour " un nouveau départ pour la Guinée " avec l'Union des forces démocratiques (UFD), le parti du Prof Alpha Sow, intellectuel guinéen de la diaspora disparu en 2005. Mamadou Bah Baadikko, 62 ans, est un expert-comptable formé en France.

Mamadou Diawarra

" Diawarra Yaourt ". C'est son surnom. Originaire de Siguiri (Haute-Guinée), ancien baron du Parti de l'unité et du progrès (PUP de Lansana Conté), cet industriel qui a fait fortune dans les produits laitiers, a claqué la porte de sa formation politique après la perte du pouvoir pour créer son propre mouvement, le Parti du travail et de la solidarité (PTS).

M'bemba Traoré

Le candidat le plus jeune de la campagne a juste 40 ans. Bemba Traoré est médecin de formation. Il est allé à l'école en République tchèque, où il est resté pendant quinze ans. A Conakry, il travaille dans le secteur de la santé et donne des cours à la faculté de médecine de l'université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Le cheval de bataille de son Parti pour le développement et l'union (PDU): la réforme du système de santé de la Guinée.

Ousmane Bah

Natif de la ville de Pita dans le Fouta Djalon, Ousmane Bah est un Peul de 60 ans. Opposant historique, il est entré en politique en 1991 à la faveur de l'instauration du multipartisme. Il a succédé à Siradiou Diallo à la tête de l'Union pour le progrès et le renouveau (UPR). Principal adversaire de Cellou Dalein Diallo dans le pays peul, il a commis une erreur politique qui risque de jouer contre lui. En effet, il s'est affiché avec Moussa Dadis Camara tout au long de l'année 2009.

Ousman Kaba

C'est " l'intellectuel paysan " de la campagne. Ancien proche de Sidya Touré, en tant qu'argentier de l'Etat quand ce dernier était Premier ministre, Ousman Kaba quitte le parti de son mentor et crée le Parti libéral pour l'union et la solidarité (Plus) dont il est le porte-flambeau à l'élection du 27 juin.

Papa Koly Kourouma

Il est un proche parmi les proches de Moussa Dadis Camara. Papa Koly Kourouma, fondateur du Rassemblement pour la défense de la république (RDR), il était un puissant ministre sous le capitaine Camara. Ce qui lui a valu d'être inscrit sur la liste des personnalités sanctionnées par l'Union européenne, au lendemain des massacres du 28 septembre. Il a fait carrière au Canada et se vante d'être un " millionnaire en dollars ". Il est natif comme le Premier ministre Jean-Marie Doré, de la Guinée forestière.

Saran Daraba Kaba : C'est la seule candidate en lice pour le scrutin. C'est d'ailleurs le principal argument de campagne de Saran Daraba Kaba. Ancienne ministre des Affaires sociales, de la promotion féminine et de l'enfance sous Lansana Conté, la pharmacienne, s'est convertie totalement dans le militantisme féministe avec le Réseau des femmes de la Mano River Union pour la paix (Refmap) avant de créer récemment la Convergence démocratique de Guinée (CDP). A 64 ans, détentrice du Prix des Droits de l'homme des Nations unies, elle bénéficierait du soutien de la présidente libérienne Ellen Jonhson Sirleaf, dont elle est une connaissance.

Sidya Touré

Son surnom ? Sydia Courant. C'est qu'entre 1996 et 1999, cet originaire de la Basse Guinée, son passage à la Primature est marqué par l'électrification de plusieurs quartiers de Conakry et de certaines villes de l'intérieur du pays. Sydia Touré, 65 ans, a fait l'essentiel de sa carrière professionnelle en Côte d'Ivoire où il a même occupé le très prestigieux poste de directeur de cabinet du Premier ministre Alassane Ouattara. L'Union des forces républicaines (UFR), son parti, défend une idéologie centriste et libérale. Il est l'un des rares hommes politiques guinéens à ne pas fonder son action politique sur une base régionale. 


André Silver Konan
Envoyé spécial à Conakry

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 18:05

Quatre-vingts ans d’un rêve fou devenu la plus grande fête populaire au monde. Depuis 1930, date de la première édition de la coupe du monde de football, la belle dame ne fait que grandir en beauté et en lustre.

13 juillet 1930. Estadio Pocitos de Montevideo. Nous sommes en Uruguay. C’est la première édition de la coupe du monde de football, née de la seule volonté du Français Jules Rimet, alors président de la Fédération internationale de football association (Fifa). Treize équipes y participent. Neuf du continent américain et quatre du continent européen. Aucune sélection africaine ni asiatique. Toutes les équipes présentes sont invitées. Sur la base de leur appartenance à la Fifa. Les treize nations sont : l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, les Etats-Unis, le Paraguay, le Pérou, l’Uruguay et le Mexique représentent l’Amérique, la Belgique, la France, la Roumanie et la Yougoslavie, représentent l’Europe. Les heureuses…nommées se rendent en Uruguay en bateau. Certaines équipes mettent un mois sur la mer. Ce qui décourage de nombreuses fédérations européennes. Les deux premiers matchs opposent la France au Mexique et les Etats-Unis à la Belgique. La France bat son adversaire par 4 buts à 1. Tandis que les Etats-Unis sortent victorieux de la Belgique, avec le score de 3 buts à 0. Le premier but de la coupe du monde est français. Il est signé Lucien Laurent. Au terme d’une semaine seulement de compétition, 80 buts sont marqués au cours de 18 rencontres dont 8 de l’Argentin Guillermo Stábile, 25 ans. 434.500 spectateurs assistent à l’évènement. L’histoire de la belle dame coupe (du monde) ne fait que commencer.

 

Faits d’armes

Si la coupe du monde de football est devenue aujourd’hui, l’évènement sportif le plus médiatique et le plus populaire du monde, c’est parce qu’au cours de ces 80 ans, la compétition a su glaner des lauriers de gloire et tisser des couronnes de faits historiques qui ont fondé sa notoriété.

En 1934, l’évènement devient un phénomène médiatique : 249 journaux du monde entier représentés par des correspondants et des envoyés spéciaux, 13 stations de radios nationales sur les 16 équipes participantes, transmettent les matchs en direct.

Après douze ans de stade vide (1938-1950) du fait de la deuxième guerre mondiale (1939-1945), la compétition reprend de plus belle en 1950 au Brésil. Record d’affluence : plus d’un million de spectateurs. Le football commence à devenir  l’opium des peuples.

La campagne suisse du 16 juin au 4 juillet 1954 enregistre la participation de seize équipes. 140 buts marqués en 26 matchs.

En 1978, la campagne argentine est marquée par des appels au boycott. Ces appels visent directement le général dictateur Jorge Videla. La compétition a quand même lieu. Les dirigeants de la Fifa passent ainsi un message clair : le football est au-dessus de la politique.

En 1982, 24 pays se retrouvent en Espagne pour la 12è coupe du monde. L’Afrique a droit à deux places. Elle est représentée par l’Algérie et le Cameroun. La compétition se déroule sous forme de championnat à deux tours.

En 1994, la victoire passe de deux à trois points. Le nul reste à un point et la défaite, aucun point.

La campagne française de 1998, remportée par le pays organisateur, voit la participation de 32 équipes. L’Afrique est désormais représentée par cinq pays. Ce sont l’Afrique du sud, le Cameroun, le Maroc, le Nigeria et la Tunisie. La Fifa introduit le règlement du but en or (vite abandonnée) qualifiée de « mort subite » par des journalistes sportifs railleurs. Le principe tiré de la coupe d'Europe des nations de 1996, est simple : la première équipe qui marque pendant la prolongation gagne le match.

 

Une affaire de premiers

La première participation d’une équipe africaine à une phase finale de coupe du monde remonte à 1934. C’est l’Egypte qui est choisi par les organisateurs.

Quatre ans plus tard, l’Italie devient le premier Etat à avoir remporté la compétition, deux fois successivement. En 1934 et en 1938.

Le premier deuil national…footballistique date de 1950. Le Brésil est le premier pays organisateur qui arrive en final et qui perd la compétition devant 147.000 spectateurs réunis au stade Maracaña de Rio. Il lui suffit pourtant d’un nul face à l’Uruguay qui la bat à 2 buts à 1.

En 1954, les premières équipes asiatiques participent à la compétition. Le continent est représenté par la Corée et le Japon.

Pour la première fois depuis le lancement de la coupe du monde, la Fifa décide, en 1970, que les équipes procèdent à des remplacements. Les cartons jaunes et rouges qui n’existaient pas, font leur apparition. Les arbitres, quelque peu désarçonnés par cette nouvelle règle, sortent quelques cartons jaunes. Cependant, ils ne franchissent pas le rubicond de l’expulsion d’un joueur.

En 1974, le Zaïre (actuel République démocratique du Congo) devient le premier pays africain noir à participer à la coupe du monde. Il se fait humilier par la Yougoslavie en encaissant 9 buts en 90 minutes de jeu.

En 1978, Abdelmajid Chetali, 38 ans, sélectionneur de l’équipe de Tunisie, qualifie pour la première fois son pays en coupe du monde. Il est le premier entraîneur africain à avoir battu (3-1) une équipe (Mexique) en coupe du monde. Les premiers sélectionneurs noirs africains sont les nigérian Festus Onigbinde et sud africain Jomo Sono. Cette année en Afrique du sud, du 10 juin au 10 juillet 2010, le seul sélectionneur africain sera l’Algérien Rabah Saadane.

Lors de la 13è édition qui se tient du 31 mai au 29 juin 1986, au Mexique, le Maroc devient le premier pays africain à franchir l’étape des huitièmes de finale.

Douze ans plus tard, le Cameroun arrive en quarts de finale avec un Roger Milla étincelant qui rafle le ballon à l’iconoclaste gardien colombien René Higuita.

La compétition de 1994 voit pour la première fois, les équipes finalistes (Brésil et Italie) avoir recours à l’épreuve des tirs aux buts, pour se départager. A l’issue du temps réglementaire et des prolongations, aucune n’a pu inscrire de but. Le Brésil s’adjuge le trophée avec 3 tirs réussis contre 2.

Le Marocain Saïd Belqola est le premier arbitre africain à officier une finale de coupe du monde. C’est lui qui donne le coup de sifflet final qui confirme la victoire (3-0) en 1998 en France, de Zinedine Zidane et de ses coéquipiers français face au Brésilien Ronaldo et les siens. Quatre ans plus tard, il décède à Rabat, à l’âge de 45 ans.

En 2002, pour la première fois de son histoire, la compétition est organisée en Asie. Pour la première fois aussi, deux pays organisent conjointement la compétition qui est à sa 17è édition. Il s’agit de la Corée du sud et du Japon. Toujours pour la première fois, un pays d’Asie, la Corée du sud, est classé quatrième de la compétition. Le record était détenu par son rival du nord, qui avait atteint l’étape des quarts de finale en 1966.

En 2010, « le vainqueur est l’Afrique », selon l’exclamation ravie de Joseph Sepp Blatter, le président de la Fifa, le 15 mai 2004, à Zurich, lors de la cérémonie de désignation du pays organisateur de la 19è édition de la coupe du monde de football. Et le vainqueur fut précisément l’Afrique du sud, qui devient ainsi le premier pays africain à accueillir sur son sol, une compétition de coupe du monde de football.

 

Scandales et ratés

1938 : premier boycott. Le championnat est organisé par la France. Plusieurs Etats d’Amérique du sud estiment, en effet, que l’organisation devrait être confiée à l’Argentine, un pays d’Amérique du sud et non à un pays d’Europe. En effet, quatre ans plus tôt, c’était l’Italie qui avait organisé et remporté la compétition.

En 1950, le premier scandale éclate après le match Angleterre-États-Unis perdu par les Anglais. Trois joueurs alignés par les Américains (le Belge Joe Maca, l'Écossais Ed Mc Ilvenny et l'Haïtien Joe Gaetjens, unique buteur du match) sont accusés de ne pas être suffisamment…Américains. Ils sont en effet d’origine étrangère et l'article 21 du règlement de la Fifa indique en effet clairement qu'un joueur n'est sélectionnable qu'à la condition d'« être un sujet du pays qu'il représente». Ce qui n’est manifestement pas le cas des trois Américains ( ?). La Fifa décide d’homologuer, contre toute attente, les résultats:

Douze ans plus tard, en 1962, la violence prend le pouvoir sur les stades chiliens. Illustrations : en quatre jours de compétition, on dénombre déjà une cinquantaine de joueurs blessés, souvent gravement, parmi lesquels Pelé, victime d'une déchirure des adducteurs de la jambe droite, dès le deuxième match, contre la Tchécoslovaquie. Le match Chili-Italie (2-0), illustre la violence de ce Mondial. Devant un public surexcité, les coups s’enchaînent. Deux Italiens sont exclus et un autre finit le match avec le nez cassé.

La saison suivante de 1966, 16 équipes africaines qui devraient participer aux phases éliminatoires, boycottent la compétition. Elles protestent contre un règlement édicté deux ans plus tôt par la Fifa, qui octroie une seule place aux trois parents pauvres parmi les continents qui participent à la coupe du monde, à savoir l’Afrique, l’Asie et l’Océanie. Quatre ans plus tard, le règlement est supprimé.

La même année, la première controverse liée à un but (accordé par l’arbitre) de Geoff Hurst éclate, en marge de la victoire de l’Angleterre face à la RFA (4-2) après prolongation. La polémique enfle entre ceux qui soutiennent que la balle a franchi la ligne de but allemande et ceux qui clament le contraire. L’unique caméra qui filme le but ( ?) est placé à un endroit tel qu’il est difficile de savoir la vérité. La Fifa en tire les conséquences et multiplie les caméras pour les éditions futures.

En 1970, pour une seule place africaine en coupe du monde, raflée par le Maroc, la Fifa a fait jouer une cinquantaine de matchs lors des phases éliminatoires dans la zone Afrique. Harassant !

En 1982, en Espagne, la République fédérale d’Allemagne (RFA) et l’Autriche apportent de l’eau au moulin des tenants de la thèse du complot contre l’Afrique. En effet, la RFA et l’Autriche sont soupçonnées de collusion pour l’élimination de l’Algérie. Cette dernière avait battu la RFA (2-1) et le Chili (3-2). Il suffit que la RFA batte l’Autriche avec une différence de trois buts pour que l’Algérie passe le premier tour. L’Autriche est prenable. Cependant, le 25 juin, la RFA qui a la possibilité de pulvériser une équipe autrichienne pas à son meilleur niveau, livre un match au ralenti et réussit l’exploit de n’inscrire qu’un seul but. Le match se déroule, en effet, au lendemain du match disputé par l’Algérie. Et tout le monde a sa calculatrice en main. La collusion ne fut jamais prouvée mais, pour éviter à l’avenir, d’autres situations aussi suspectes, la Fifa décide de faire jouer les derniers matchs de poule, le même jour et à la même heure, sur des stades différents.

En 1986, la Colombie désignée pour abriter les phases finales de la compétition déclare forfait pour raisons économiques. Le Mexique la remplace en hâte. La campagne mexicaine est marquée par la fameuse « main de Dieu » de Diego Maradona : un but volé de la main qui élimine l’Angleterre.

2006 : le coup de tête de Zinedine Zidane donné au très provocateur joueur italien Marco Materazzi, constitue l’un des actes d’anti jeu, les plus médiatisés de l’histoire de la coupe du monde.

 

Records et héros

Le 20 juin 1954, le Hongrois Sandor Kocsis, surnommé « Tête d’or », marque à lui seul quatre buts contre la République fédérale d’Allemagne, pulvérisée 8 à 3.

En 1958, en Suède, Edson Arantes do Nascimento, plus connu sous le nom de Pélé, bat le premier record de jeunesse de la coupe du monde. A 17 ans et 249 jours, il fait voir de toutes les couleurs aux adversaires de la Seleçao. Ces six buts marqués après des prouesses techniques inégalées sont applaudis dans le monde entier par le biais de la télévision en plein essor.

La même année, le Français Just Fontaine bat le record du meilleur buteur d’une phase de coupe du monde. Il marque 13 buts en 6 matchs.

En 1990, le Camerounais Roger Milla, alors âgé de 38 ans et vingt jours devient le buteur le plus âgé de la compétition. Face à la Roumanie, il marque 2 buts en 19 minutes de jeu. Quatre ans plus tard, alors qu’il est âgé de 42 ans et 39 jours, il confirme son record en inscrivant un but face à la Russie aux Etats-Unis. Le « vieux Lion » confie plus tard à un journaliste français : « Mon 2e but contre la Roumanie m'a fait particulièrement plaisir, parce que je me fais la passe à moi-même. On ne voit jamais ça! ». Ce dernier est aussi celui qui révolutionne la manifestation de la joie du buteur, par ses pas de danse de « Makossa », lors de la campagne américaine (Etats-Unis). Cette année-là, 147 pays participent aux phases éliminatoires de la coupe. Un record !

En 2002, pour la cinquième fois, le Brésil brandit la coupe. Ces quatre premières coupes datent de 1958, 1962, 1970 et 1994. Le Brésil est suivi de l’Italie qui totalise 4 coupes du monde. Cette année-là, le Turc Hakan Sükür inscrit le but le plus rapide à la 11è seconde de jeu contre la Corée du sud.

Le Brésil est la seule équipe à avoir participé à toutes les 18 éditions du Mondial. Elle est encore présente en Afrique du sud, cette année.

80 ans après la première édition en terre américaine, après avoir parcouru l’Europe et fait un détour en Asie, la coupe du monde de football découvre dans trois jours la terre africaine. Placé sous les projecteurs du monde entier, l’Afrique du sud, pays porteur de l’espoir de tout un continent, saura-t-elle mériter la confiance du monde ?

 

André Silver Konan

 

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 13:55

 

La procédure militaire, principale cause de l`impunité ?

 

La Côte d`Ivoire dispose d`un code de procédure militaire dont la lourdeur pourrait bien expliquer l`impunité que dénoncent, à tort ou à raison, une partie du justiciable ivoirien.

 

Dans un document dont nous avons reçu copie, qui est l`extrait d`un discours prononcé en avril 2008, par le procureur militaire, le commandant Ange Kessy Kouamé, la procédure militaire est expliquée et apporte des réponses à certaines interrogations que se pose le public.

 

Première difficulté : il n`est pas permis à tout le monde, comme c`est le cas devant le juge d`instruction civil, de déclencher une action publique contre un militaire.

 

" Seul le ministre de la Défense en ce qui concerne les militaires et le ministre de la Sécurité pour le personnel de la Police, en ont le pouvoir. Ils exercent ce pouvoir de déclencher l`action publique et le confèrent au commissaire du gouvernement qui le poursuit par l`exercice de l`action publique ", explique Ange Kessy.

La conséquence immédiate de cette disposition, il n`y a pas de flagrant délit dans une procédure militaire, la liberté sous caution n`existe pas non plus.

 

Pertes et profits

 

Le commandant Ange Kessy précise que " comme le père qui sanctionne souvent l`enfant qui se comporte mal pour sauvegarder l`honneur de la famille et les autres enfants, le législateur a confié aux ministres de la Défense et de la Sécurité la charge de poursuivre toute infraction commise par les Forces de Défense et de Sécurité qui ternissent l`image et jettent l`opprobre sur la grande famille militaire ".

Autrement dit, si le père, pour une raison qui lui est personnelle, décide de ne pas faire châtier son fils rebelle, l`acte posé par ce dernier sera passé par pertes et profits.

 

La deuxième difficulté réside dans les voies de saisine du tribunal militaire. " La voie de la police judiciaire : porter la plainte à la gendarmerie ou à la police qui établit un procès-verbal transmis au parquet militaire. Ou la voie de la saisine directe du parquet : les plaintes sont déposées devant le parquet du commissaire du gouvernement. Après étude, le commissaire du gouvernement décide : soit de requérir la police ou la gendarmerie pour un complément d`enquête (réquisition aux fins d`enquête) soit diligenter l`enquête en auditionnant lui-même les mis en cause, témoins et plaignants sur procès verbal ", indique le commandant Ange Kessy.

 

" Aucun délai limite "

 

Sur la question, il fait savoir que " que ce soit dans le premier ou le second cas, une fois l`enquête terminée, elle est transmise à la décision du ministre, autorité investie des pouvoirs judiciaires ".

Cette procédure peut se buter encore une fois sur la volonté du père.

 

Troisième problème : " La loi ne prescrit aucun délai limite au ministre. Seulement, quand le militaire est arrêté et détenu à la suite de l`enquête, l`article 82 limite le délai de décision du ministre à 70 jours maximum, faute de quoi, le détenu obtient une liberté provisoire de droit ", démontre Ange Kessy.

 

Le quatrième problème réside dans la décision du ministre. " Soit il choisit de poursuivre et délivre alors un ordre de poursuite : c`est alors le début de l`action publique. Il n`est susceptible d`aucun recours et le pouvoir du ministre de poursuivre n`est pas communicable (le directeur de cabinet ne peut être mandaté). Soit, pour des raisons d`opportunité, le ministre ne veut pas poursuivre, il opte pour le refus de poursuite, alors l`affaire est vraiment classée et la victime peut alors devant les juridictions intenter une action civile ou administrative en cas de responsabilité administrative ".

 

Impunité ? Jamais !

Ces difficultés sinon ces insuffisances ne sont pas de nature à encourager l`impunité, à en croire le chef du parquet militaire. " Le fait pour le président de la République et son gouvernement de reconnaître le mal est le début de la lutte contre l`impunité, une impunité qui dans l`esprit de certains, subsiste en Côte d`Ivoire. Or, il n`en est rien. Il n`y a pas d`impunité en Côte d`Ivoire. La Côte d`Ivoire est l`un des rares pays où en pleine crise militaire, on arrête, poursuit et juge des militaires qui ont tué des journalistes (Jean Hélène) ou des étrangers (soldat français tués à Zambakro). Ailleurs, même en temps de paix, on ne voit pas cela. La politique criminelle militaire en Côte d`Ivoire lutte inlassablement contre l`impunité ", avance Ange Kessy Kouamé.

 

Le Tribunal militaire existe depuis 1974 en Côte d`Ivoire.

 

André Silver Konan

 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 13:26

Entre marginalisation, séquelles à vie...et quête du bonheur

 

Le visage plat et rond, les yeux bridés survolés de sourcils obliques, la démarche lourde, souvent impossible. Les enfants trisomiques, communément appelés mongoliens, à l'instar des enfants handicapés moteurs et psychiques, doivent mener un combat quotidien non seulement contre leurs handicaps, mais aussi contre la marginalisation, dans une société qui ne les accepte pas toujours. Aussi, sont-ils souvent plus à l'aise entre eux, dans un centre. A Abidjan, il existe un centre privé, pour enfants handicapés moteurs et psychiques. Un endroit où ils apprennent à aller à l'école, à être autonomes…à vivre.

"Vous êtes moqueurs, pourtant c'est vous, vous dites que les gens se moquent de vous ". Le langage est clair et compréhensible, hormis des défauts syntaxiques. Ce matin du vendredi 19 février 2010, dans une salle de classe, un groupe d'écoliers en uniforme kaki, propre et repassé, profite de l'absence hors de la classe de leur maître, pour bavarder. Dans la salle, il n'y a ni chef de classe pour prendre le nom des bavards, ni tableau noir gravé d'alphabets à la craie. Les écoliers, une demi-douzaine, se distinguent par leur apparence physique. Celui qui fait la remarque à ses camarades, Abdoul, 18 ans, est un solide gaillard. Un physique trop imposant pour son jeune âge et une tête trop petite pour un adolescent. Abdoul est assis devant l'une des quatre tables colorées et rangées en carré, de la classe. Sa remarque, il l'adresse à l'un de ses compagnons, son cadet de quatre ans, assis à sa droite, devant une table. Ce dernier passe pour être un moqueur. Ce que n'apprécie pas toujours Abdoul. " Le monsieur a entendu ", déclare Abdoul à son compagnon. Le monsieur en question est un visiteur qui vient de tourner les talons et qui a salué le groupe avec un bonjour appuyé d'un sourire. Après avoir répondu au " bonjour ", le compagnon d'Abdoul a ajouté un mot indistinct qui a fait éclater de rire, le reste du groupe. Quand " le monsieur " retourne vers le groupe pour comprendre la raison des quolibets dont il est l'objet, Abdoul répète sans cesse à son compagnon, avec une volonté affichée de le culpabiliser : " Je t'ai pas dit ? Le monsieur a entendu ". A l'instant où " le monsieur ", un jeune homme arborant une calvitie naissante, très grand et mince, tenant dans une main, trois téléphones portables et dans l'autre un agenda défraîchi, demande pourquoi le groupe se moque de lui, Abdoul s'empresse de désigner le "coupable". Ce dernier se défend par des gestes. Il lève les mains en l'air pour clamer son innocence et secoue vigoureusement la tête caractérisée par une nuque plate. " Le monsieur " pointe l'indexe vers le moqueur et lance : " toi, t'es trop bandit ". Il sourit et tourne les talons. Dès qu'il sort de la salle, le compagnon d'Abdoul réitère son propos indistinct et le groupe, à l'exception d'Abdoul, se remet à rire. Le voisin immédiat d'Abdoul, 12 ans, d'un teint très noir, avec une petite mâchoire et une langue épaisse qu'il est obligé de sortir fréquemment de la bouche, se tort de rire. A côté de lui, sa voisine, 13 ans, de race blanche, avec un faciès rond, des yeux bridés, rit timidement. Le groupe a l'air de s'éclater.

Ecole pour handicapés moteurs

Nous sommes à la " Page blanche ", sise à Abidjan, dans la commune de Cocody, dans le quartier des Deux- Plateaux, dans les encablures du siège du Conseil national de la presse (CNP). Une école ? Pas seulement. Un centre de rééducation physique, de soutien psychologique et d'éducation spécialisée surtout, qui s'ouvre aux pensionnaires de 8 heures à 17 heures, quatre jours sur sept... Comme une école. De l'extérieur, le centre, ressemble à un jardin d'enfants, avec ses figurines bigarrées peintes au mur, ses dessins d'enfants et ses couleurs bleue et blanc.

Ce vendredi, Pierre Yavo, psycholinguiste, est seul dans une salle avec l'un de ses élèves, à côté de la classe où se trouvent Abdoul et ses camarades. L'élève de Pierre Yavo, à la différence d'Abdoul et de ses compagnons qui sont trisomiques (mongoliens), est autiste, c'est-à-dire qu'il adopte un comportement de repli sur soi et de perte de contact avec la réalité.

" Les enfants qui affichent une infirmité motrice cérébrale (IMC) essuient souvent des moqueries de la part de leurs camarades de quartiers et même de personnes âgées. Ils sont souvent marginalisés par des gens qui les assimilent à de petits sorciers ou à des enfants victimes de pratiques sacrificielles ", note Pierre Yavo. " Bien sûr qu'ils ont tort ", s'empresse-t-il d'ajouter. Il jette de temps en temps un œil vers son élève. Celui-ci, Théodore, plus de 18 ans, ne présente apparemment aucun handicap physique. C'est la particularité des autistes, ce qui n'est pas le cas des trisomiques. Dans son tee-shirt bleu porté sur un polo de qualité et son pantalon jeans ample, il ressemble à un jeune rappeur en herbe du quartier chic de Cocody Riviera. Il reconstitue un puzzle sans s'occuper de son environnement immédiat. " Continue ", lui lance Pierre Yavo. Il regarde son enseignant sans un trait d'émotion et se replonge dans son jeu.

" Il arrive à reconstituer le puzzle de 150 pièces, fait remarquer le psycholinguiste. Même moi, ce n'est pas toujours que j'y parviens ". En effet, au bout de quelques minutes, Théodore y parvient. Il lève les yeux vers son encadreur et sourit. " Tu peux sortir ", lui lance Pierre Yavo. Théodore se lève et sort de la salle pour se diriger vers l'une des cours remplie de sable, où certains de ses compagnons, jouent sur des balançoires et se laissent glisser dans un toboggan, en poussant des cris de joie. Théodore ne parle pas. Cependant, " il y a des autistes qui ont le langage. Ce n'est certes pas distinct mais cela leur permet de communiquer ", souligne Pierre Yavo. " Trisomiques comme autistes ont un problème : la stigmatisation, voire la mise à l'écart.

Quand on sait les prendre, les comprendre, ils apparaissent dans leur véritable nature, c'est-à-dire très dociles ", indique-t-il.

Lésions irréversibles

Pierre Yavo n'est pas le seul encadreur dans ce centre. On y trouve aussi bien des kinésithérapeutes, des pédopsychiatres que des orthophonistes et des éducateurs spécialisés.

Chaque lundi, Arsène Angaman, un kinésithérapeute bien connu dans le milieu sportif, passe la matinée à la " Page blanche ". Ce lundi matin du 8 mars 2010, comme chaque lundi depuis plusieurs années, il est dans la petite antichambre de massage avec une fillette de 6 ans. Le corps maigre de cette dernière et son visage d'ange ne renseignent pas sur son état de santé. "

Elle est infirme motrice cérébrale, c'est-à-dire qu'elle est polyhandicapée ", déclare Arsène Angaman. Elle se déplace en fauteuil roulant et ne parle pas. Elle est couchée sur une sorte de table d'opération et le kinésithérapeute, aidé de Touré Bema, un éducateur spécialisé sorti émoulu de l'Institut national de formation sociale (INFS) lui administre un massage avec de l'huile thérapeutique. De temps en temps, elle tourne lentement (elle éprouve des difficultés à faire des gestes à cause de la rigidité de ses nerfs) et gratifie son éducateur d'un sourire.

" Les séances de massage, explique Arsène Angaman, sont faites pour relaxer les nerfs et pour lutter contre l'inanition. Il y a aussi des séances de posture. Il y a des enfants qui ne marchaient pas et qui aujourd'hui arrivent à se tenir". Les éclairages du kinésithérapeute sont interrompus par un cri de douleur provenant du salon d'à côté, la salle où il est écrit " Bienvenue chez les poussins ". Il y court pour prêter mains fortes à un éducateur spécialisé qui a du mal à faire dresser les doigts à une adolescente polyhandicapée.

" Quelquefois, les massages sont douloureux quand les nerfs sont très rigides. Très souvent aussi, les enfants pleurent ou crient soit par caprice soit parce qu'ils veulent qu'on les laisse tranquilles soit pour réclamer plus d'attention. Malgré l'âge de chacun d'eux, ils demeurent des enfants ", fait remarquer Arsène Angaman.

L'éducateur spécialisé connaît manifestement son élève. Il entonne une berceuse. L'adolescente soumise au massage se tait. Dès qu'il se tait, elle se remet à pleurer. " Quand je chante, ça ne te fait plus mal, non ? ", interroge l'éducateur spécialisé, puis il se remet à chanter.

Chez " Les poussins ", la salle des polyhandicapés, trois autres enfants jouent avec des objets colorés, assis à même le sol tapissé. Ils n'arrivent pas à se tenir debout. La plus petite (à peine 60 cm) porte une robe carrelée bleue d'écolière qui lui va à merveille. La plus grande, élégamment habillée, a un bavoir accroché à son cou.

Arsène Angaman retourne vers la fillette de six ans, au milieu de verticalisateurs " offerts par une ONG européenne mais inadaptés à la taille de nos enfants ici " et d'autres matériels de kinésithérapie.

Touré Bema, lui, n'a pas bougé. Il a continué la séance de massage. "Ces enfants sont dépendants pour toujours parce qu'ils ont des lésions irréversibles ", soutient-il.

Arsène Angaman précise : " Si on ne fait rien pour eux, les enfants développent d'autres complications en plus des insuffisances qu'ils ont actuellement. C'est un travail de longue haleine. Avec eux, un centimètre de gagné, c'est énorme ".

" Ils n'ont pas fait le deuil… "

Les parents de handicapés moteurs et psychiques qui envoient leurs enfants " étudier " dans ce centre visent l'épanouissement de leur progéniture. C'est ce qu'explique Mme Marthe Sékou, une éducatrice spécialisée qui a neuf ans d'expérience. Dans la classe baptisée " Les champions ", elle est assise avec deux autres encadreuses, à côté de trois enfants. L'une d'elle, 12 ans, est aveugle, muette et autiste. Calme et indifférente, elle sourit seule de temps en temps et touche de la main, l'une de ses encadreuses. " Elle l'aime beaucoup, elle sent toujours sa présence et le fait qu'elle la touche est un besoin de communication. C'est donc faux de croire qu'elle ne communique pas ", fait observer une encadreuse. Mireille Lopoua, l'orthophoniste regarde la jeune fille polyhandicapée. Elle lui caresse doucement le cou et lâche : " Je me mets dans la peau d'une mère quand je suis ici. Je me dis que ce doit être dur pour elles de voir le fruit de leurs entrailles, avec des handicaps aussi lourds et divers ".

Elle prend sur ses genoux une de ses " élèves ", lui enlève une poussière sur sa robe parfumée, et déclare comprendre la douleur des parents d'enfants handicapés moteurs et psychiques : " Ils n'ont pas encore fait le deuil du handicap de leurs enfants ".

Au dehors, le soleil lance ses rayons ardents et dans la deuxième cour gazonnée, un groupe d'enfants danse au son de la musique jouée dans une cour mitoyenne. " Ils adorent danser ", fait observer l'éducatrice spécialisée. Son regard s'arrête sur l'un des compagnons d'Abdoul, qui porte des lunettes correctrices en loupe. Il est le plus grand danseur du jour en dépit de son poids. Elle répond à son sourire par un sourire, avant de lancer après un long silence : " Les parents, d'ordinaire, payent les cours pour que leurs enfants deviennent un jour, médecins, professeurs, pilotes, etc. Ici, les parents payent pour que leurs enfants apprennent à tenir une cuillère ".

André Silver Konan

 

 

 

 

Et pourtant, ils sont des hommes !

Martin Ya Kouassi est aujourd'hui étudiant en 5è année à la faculté de médecine de l'Université de Cocody. Natif de Kayabo, dans le département de Bocanda, une région où les préjugés culturels concernant les enfants handicapés moteurs et/ou psychiques, sont très forts, il a une expérience personnelle qui a marqué son enfance. " Je devais avoir entre huit et neuf ans, relate-t-il. Une nuit, une dame est venue chez nous à la maison, au village. Elle a pris le dernier né de la famille qui avait moins de trois ans et qui avait un visage rond, une mine patibulaire et était trop gros pour son âge. Elle est partie avec lui et il n'est jamais revenu ". Martin Ya Konan raconte que la dame en question était une " komian ", c'est-à-dire une exorciste. Ses parents lui avaient caché la vérité sur ce que cette " komian " avait fait de son petit frère. " Tout ce temps que j'ai vécu au village avant mon admission en 6è au lycée de Bocanda, j'avais des frayeurs. Les gens racontaient que ce petit frère était un génie d'une rivière, le " Baya " et qu'il était possédé par un esprit de serpent, raison pour laquelle, il bavait et se traînait pour se déplacer ". Martin Ya Konan dit avoir découvert la vérité, plus tard, à la faveur de son entrée à la faculté de médecine : " Ma mère avait au moins 40 ans quand je suis né. Ce dernier enfant qu'elle a eu, pratiquement à l'âge de 45 ans était un pari risqué. J'ai découvert plus tard que l'accouchement a été difficile et qu'on a dû faire appel à une matrone d'un village voisin pour qu'elle accouche. Ce petit frère-là a subi une infirmité motrice cérébrale pendant la période périnatale (lors de l'accouchement, NDLR). Ceci explique tout. Mais allez dire cela à mes parents, ils n'y comprendraient rien ".
Martin Ya Konan fait savoir que les cas comme celui de son petit frère sont légion dans sa région "et certainement dans d'autres régions du pays". Le fait est que la Côte d'Ivoire ne s'est pas encore donné les moyens de prendre en charge ces enfants.
En Russie, plusieurs centres de prise en charge d'enfants handicapés moteurs et/ou psychiques existent. L'un d'entre eux a permis l'insertion sociale de Stéphane Ginnsz, qui a obtenu le premier rôle dans un film au cinéma. Aujourd'hui, ce dernier est une fierté nationale. Il est une star du cinéma. Aux Etats-Unis, la loi permet, dès l'apparition des premiers signes sur le fœtus, une interruption volontaire de la grossesse. Autrement, plusieurs centres de prise en charge de ces enfants, existent. En France, les centres qui existent mettent l'accent sur la formation par compétence. Plusieurs enfants devenus adultes ont pu être ainsi insérés dans la vie active. Certains sont devenus des informaticiens, d'autres des pompistes, d'autres encore travaillent dans des centres d'insertion pour handicapés moteurs et/ou psychiques.
Les sociétés occidentales ont compris, mieux que les sociétés africaines, que ces enfants-là, bien qu'apparemment un peu différents des autres, ne demeurent pas moins des hommes.
André Silver Konan

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