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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 23:27

Que réserve 2009 aux Ivoiriens ? Tentons un petit exercice de charlatanisme certes mais basé sur une analyse profonde de la situation sociale, économique et politique de notre pays.

Chaque année, les prévisions de toutes sortes, faites par de nombreuses personnes issues de divers horizons (chrétiens, mystiques, astrologues, numérologues, etc) inondent la presse ivoirienne. Certaines de ces prévisions s’avèrent quand d’autres entrent dans le domaine du mensonge.
Un véritable charlatanisme auquel nous allons nous essayer dès cette année (et que nous renouvellerons en chaque début d’année), en nous fondant sur notre propre analyse des différentes situations pour en sortir divers schémas.
A la fin de l’année, nous ferons notre propre bilan pour voir ce qui a été et ce qui n’a pas été.

 

Pas d’élection présidentielle

D’ores et déjà, nous pouvons affirmer qu’il n’y aura pas d’élection présidentielle cette année. Laurent Gbagbo est convaincu d’une chose : il ne peut jamais gagner une élection à laquelle participent les deux principaux leaders de l’opposition. A savoir Henri Konan Bédié, candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et Alassane Dramane Ouattara, candidat du Rassemblement des républicains (RDR). Et tant que ces deux personnalités ne mettront pas la pression sur le chef de l’Etat afin que la Commission électorale indépendante (CEI) soit dotée de moyens financiers pour accomplir sa tâche, il n’y aura rien.

Quant à ces deux personnalités, la première devra manoeuvrer ferme cette année pour maintenir la cohésion au sein des structures de son parti, notamment la Jeunesse du PDCI (JPDCI). Pour sûr, l’activisme de certains cadres de ce parti qui ont décidé de soutenir ouvertement Laurent Gbagbo va agacer davantage les militants. Puisque les élections seront une nouvelle fois reportées, l’agacement des militants du PDCI va se tourner vers la direction de leur parti que nombreux n’hésiteront pas à accuser d’immobilisme.

Alassane Dramane Ouattara, quant à lui, n’aura pas assez de soucis à se faire. Des deux principaux candidats de l’opposition, il est celui que les reports successifs de la date de l’élection arrangent le plus.

 

Quitte ou double

Pour sûr, la rébellion interne aux Forces nouvelles va se poursuivre. Les proches de Ibrahim Coulibaly (IB) en exil au Ghana n’ont pas encore dit leurs derniers mots. Ils se feront entendre, tout comme ceux de Zakaria Koné. Les nuits aux longs couteaux initiées par Issiaka Ouattara dit Watao, qui a fini de se forger une terrible réputation vont se poursuivre pour mettre au pas les rebelles à l’accord de Ouagadougou. Evidemment, le désarmement ne sera pas total et cela va exacerber la crise entre le camp présidentiel et les Forces nouvelles.
Laurent Gbagbo, on le sait, n’a jamais abandonné son idée belliciste. Il pourrait profiter d’une déstabilisation prolongée dans les zones FN pour lancer ses troupes à la reconquête du nord. Pendant qu’au sud, ses escadrons de la mort feront le reste du travail de réduction au silence des opposants et leaders d’opinion bien ciblés. Ce serait alors quitte ou double aussi bien pour Laurent Gbagbo que pour Guillaume Soro.

 

Soulèvements populaires

L’année 2009 sera très mouvementée en termes de tensions sociales. Les syndicats du secteur de l’éducation à qui le gouvernement a fait des promesses relatives à la revalorisation des salaires de leurs membres, se mettront en branle pour exiger le respect des engagements pris. Ces agitations vont perturber durablement l’école. Dès ce premier trimestre déjà, les couleurs seront annoncées.

La crise sociale va s’accentuer. Les masses populaires vont certainement descendre dans les rues, à la suite d’une quelconque décision pour protester contre la cherté de la vie. Ces mouvements populaires pourraient déboucher sur des revendications d’ordre politique qui, elles mêmes, pourraient conduire à une révolution dans le cas de figure où le pouvoir du Front populaire ivoirien (FPI), comme à son habitude, chercherait à l’étouffer dans le sang.

La sécheresse des ressources financières de l’Etat va entraîner de graves dysfonctionnements dans les institutions et entreprises publiques et para publiques. Les grèves vont être déclenchées dans ces institutions et rien ne les arrêtera. Puisque la situation financière ne va pas s’améliorer et que les dirigeants vont continuer à afficher leur train de vie ostentatoire.

2009 en définitive ne sera pas plus heureuse pour les Ivoiriens que 2008. Pour sûr, l’éclairci viendra cette année après le « big bang » qui sonnera comme une catharsis.

André Silver Konan

Journaliste écrivain

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 13:22

 

 

Qui était Kragbé Gnagbé ? Le portrait succinct laissé par l’histoire révèle que l’homme était un sécessionniste, un séditieux et un anarchiste. Nous sommes en 1970. Kragbé Gnagbé, natif du village de Gaba, dans le canton guébié, à la tête d’une centaine de membres de son parti interdit (le Parti national africain ou PANA), armés de fusils et de machettes assiègent la ville de Gagnoa. Ils descendent le drapeau tricolore, symbole de la nation ivoirienne et érigent leur propre drapeau sur les mats de la sous-préfecture et du commissariat de police. Kragbé Gnagbé proclame la république d’Eburnie, dont il s’autoproclame chancelier. Il publie un manifeste « La proclamation aux tribus d'Eburnie » et une constitution qu’il appelle « La loi organique de l'Etat d'Eburnie ».
Dans son manifeste qui rappelle un certain « Mille morts à gauche, mille morts à droite, moi j’avance », il déclare solennellement qu' « il faut se battre avec tous les moyens, même avec nos mains nues, dussions-nous y mettre le prix en hommes et en sang. Le sang parle mieux aux masses, car c'est le langage de la politique ». Il ordonne une purge ethnique sur la base d’un tract qui dénonçait « le vol des terres des paysans bété par les allogènes baoulé avec la complicité du pouvoir central ». Le gouvernement de Houphouët-Boigny qu’il ne reconnaît pas dépêche alors le commandant du corps urbain Obou Kouassi (père d’un célèbre footballeur international qui a fait les beaux jours des Eléphants de Côte d’Ivoire) afin de négocier une trêve avec les sécessionnistes. Ce dernier est capturé, séquestré, torturé (il a été émasculé et ses parties intimes ont été enfouies dans sa bouche) et finalement décapité. Son nom y serait pour quelque chose. Une grave méprise puisqu’il était originaire de Daloa…
Le pouvoir du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) prend alors la menace sécessionniste très au sérieux. Kragbé Gnagbé et son armée se retirent dans un maquis situé entre les villages de Bobia, de Dikouéhipalégnoa et de Tipadipa, dans les cantons Pacolo et Guébié. Kragbé Gnagbé, rappelons-le, avait été chassé de son village par ses parents quelques mois plus tôt après son arrestation et sa libération. Ceux-ci dénonçaient sa propension séditieuse et les exactions (racket des paysans à travers des impôts sauvages, menaces contre ceux qu’il accusait de collaborer avec le pouvoir PDCI, etc).
Kragbé Gnagbé et son armée se livrent dès lors aux premiers massacres en masse de populations allochtones traitées de suppôts du pouvoir central et autochtones accusées de collaboration avec « l’ennemi ». Dans les villages et sur les routes, l’armée de Kragbé Gnagbé contrôle les identités et passe systématiquement à l’arme à feu ou à l’arme blanche, les « ennemis ».
Une semaine après le siège de Gagnoa par les sécessionnistes, l’armée nationale conduite par l’officier Gaston Ouassénan Koné prend le contrôle de la situation dans la région. Kragbé Gnagbé est éliminé dans des circonstances encore floues. C’est la fin d’une aventure sanglante qui a commencé en août 1966, au retour au pays, du jeune intellectuel Kragbé Gnagbé après des études en occident.
Kragbé Gnagbé était en définitive un dangereux tribaliste doublé d’un piètre sécessionniste. Il était plus qu’un rebelle puisque lui a franchi le cap de la rébellion pour proclamer sa république. C’est cet homme extrêmement dangereux dont les actions séditieuses ont été matées (un rebelle ça se mate sinon ça discute avec lui, c’est un principe de la science politique) par Houphouët-Boigny dont l’héritage est revendiqué par Laurent Gbagbo. Rien d’étonnant, en fin de compte.
Mais alors pourquoi dénoncer Guillaume Soro, le patron d’une rébellion qui n’est pas pour autant glorieuse ?

André Silver Konan

Journaliste écrivain

 

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 13:04

Laurent Gbagbo doit-il dénoncer le rebelle Guillaume Soro ?


 

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 21:46

Policiers, gendarmes, douaniers... réinventent de nouvelles formes de racket

Policiers, gendarmes, douaniers réinventent de nouvelles formes de racket

592 Kms de route bitumée. Près de dix heures d’horloge dont le tiers perdu dans des escales artificielles sur 19 barrages de policiers, de gendarmes, de douaniers et d’agents des Eaux et forêts.

Dimanche 23 novembre 2008. Il est 7 H 40 à la nouvelle gare d’Adjamé. Dans le car de 50 places où nous avons pris place, les deux tiers des passagers sont des femmes, « des commerçantes », explique un responsable du Groupement des transporteurs de l’Indénié (GTI), l’une des quatre compagnies qui desservent Séguéla à partir d’Abidjan. Quinze minutes plus tôt, un apprenti-chauffeur avait tenté de contrôler les pièces d’identité des passagers, mais l’initiative a été contrariée du fait des déplacements incessants dans le car. L’ambiance ce matin est bon enfant. Un chauffeur qui approche la quarantaine, des passagères joyeuses, un apprenti-chauffeur qui cherche, dans la boîte à gant, trouve une cassette du mythique groupe malinké "Zagazougou" et la met dans le poste auto qui se met à distiller un air enjoué.

A la sortie d’Abidjan, ce matin, le contrôle au corridor de Gesco qui ressemble à un camp de concentration partiellement abandonné, n’est pas sévère.

« Ils ne sont pas encore djahouli », fait savoir un aboyeur du corridor. Traduction : les Forces de l’ordre et de sécurité, ainsi que les douaniers et agents des Eaux et forêts n’ont pas encore éprouvé le besoin de racketter. C’est en Nouchi qu’il parle, un argot bien abidjanais.

Au barrage d’Attinguié, le chauffeur ne se donne pas la peine de ralentir comme par le passé. Les agents qui sont là, comme en embuscade, ne regardent même pas le car. Depuis que l’état-major des Forces de défense et de sécurité a lancé l’opération de lutte contre le racket sur les routes, certains agents gardent le profil bas.

 

Cotisations pour les douaniers

A PK 52, une sexagénaire souriante se lève et lance un appel à la cotisation dans le car. Les passagères semblent être habituées à cette pratique. Elles s’exécutent, sans broncher. « C’est pour les douaniers », nous fait-elle savoir en nous tendant la main et en montrant une facture normalisée de ses marchandises. Nous lui faisons comprendre que nous ne voyageons avec aucune marchandise douteuse. Elle n’insiste pas et va reprendre sa place pour regarder un camion d’oignons de 10 tonnes, renversé sur le bas côté de l’autoroute. « Eh Allah ! », implore-t-elle avant de se pencher vers sa voisine, pour partager avec elle de l’igname bouillie achetée à la gare à des vendeuses ambulantes.

A Elibu, l’apprenti-chauffeur, qui passait jusque-là son temps à changer les cassettes, lance à son patron : « Il faut qu’on gère les douaniers. L’autre jour, ils nous ont perdu le temps pendant deux heures ». Le chauffeur acquiesce. L’apprenti-chauffeur descend du car et court rapidement vers les douaniers. L’agent qui reçoit ce dernier se fend d’un large sourire et fait signe au car de passer. La halte dure quelques minutes seulement pendant lesquelles un gendarme monte dans le car pour procéder à des contrôles d’identité.

Au corridor de N’Zianouan, à quelques kilomètres de la fin de l’autoroute, le car est immobilisé pendant un quart d’heure. Quatre passagers sont interpellés par les FDS. Ils n’avaient pas de carte nationale d’identité, ni d’attestation d’identité. L’un d’entre eux est un élève qui a une carte scolaire que ne reconnaît pas l’agent chargé du contrôle des identités. L’élève, après avoir parlementé un instant avec le chef de poste, revient dans le car. Les trois autres passagers sont obligés de mettre la main à la poche. Difficile de savoir combien chacun a donné.

A Toumodi, le tristement célèbre corridor sud sur lequel, dans un passé récent, des cars de transport de marchandises qui desservaient l’Hinterland, pouvaient s’aligner-là, sur au moins un kilomètre et y passer des heures, voire des jours, a été démantelé. Une passagère, heureuse de cette situation, pointe du doigt une baraque en ruines des FDS et raconte ses mésaventures à cet endroit, en Kôyaka, sous-groupe de la langue Malinké, parlé dans la région du Worodougou. Si le corridor-sud de Toumodi a été démantelé, il reste que la gendarmerie de la ville a trouvé le moyen de contourner la mesure.

 

Le racket a la peau dure

A moins d’un kilomètre dudit corridor, en effet, deux gendarmes ont levé un barrage discret et ignorent royalement les cars. Ils jettent leur dévolu sur les petits véhicules de transport en commun de cinq et neuf places. Trois véhicules Peugeot 504 sont stationnés là. Les conducteurs sont descendus et tiennent en main les pièces de leur véhicule. Le billet de 1000 FCFA que cache l’un d’entre eux sous la couverture de ses pièces, n’est pas très discret. A Moronou, un détachement de la brigade motorisée avait arrêté quelques minutes plus tôt le car. Le gendarme a hésité à faire le mouvement vers le véhicule avant de se résoudre à obtempérer.

« Normalement, ils ne devraient pas s’arrêter à un endroit fixe puisque ce sont des motards. Mais depuis que je voyage sur cette route, ils sont toujours ici », avait commenté notre voisin.

La police de Toumodi a, elle aussi, trouvé une parade pour contourner les mesures de réduction des barrages routiers. Elle a érigé un barrage en face du collège municipal. Les cars et les véhicules lourds de transport ne les intéressent pas. La police et la gendarmerie de la ville semblent s’être passé le mot.

11 H : nous sommes au corridor-sud de Yamoussoukro. Nous avons rallié la capitale administrative du pays en 2 heures 20 minutes. Une jeune passagère ne manque pas de manifester sa joie face à cette évolution du temps passé sur la route : « Avant, à l’heure ainsi, on était encore au corridor (sud) de Toumodi ».

Au corridor de Yamoussoukro, outre les gendarmes, les policiers et les douaniers, il y a des agents de la police des stupéfiants (plus connue sous le nom de police anti-drogue) et des Eaux et forêts. Le car y passe près de vingt minutes. Motif : le policier qui avait procédé au contrôle des identités des passagers a bloqué les pièces du chauffeur. Explication du policier : « Le chauffeur voulait démarrer avec moi ». Le conducteur, stoïque a dû lui faire comprendre que son seul souci était de bien garer. Après avoir laissé clairement entendre au conducteur qu’il souhaite qu’il lui remette 1000 FCFA et que ce dernier rétorque qu’il n’avait pas d’argent prévu à ce sujet, il a dû se résigner à « libérer » le car.

Les quatre personnes qui n’avaient pas de pièce d’identité ont dû encore descendre. Deux parmi elles ont soutenu avoir payé 500 FCFA chacune aux policiers.

 

« Au prochain barrage, je vous laisse »

A Zatta, le corridor des FDS a été déplacé. Il est désormais à un kilomètre du lieu où il était, il y a quelques mois. « Les villageois les ont chassés du premier corridor, raconte un passager, qui ne cache pas que l’information qu’il donne le rend heureux. Ils enceintaient les femmes des gens en désordre ».

Le policier qui procède au contrôle des identités est une vieille connaissance. Il nous salue et continue son travail. Il fait descendre trois passagers qui n’ont pas de pièces d’identité, l’élève n’ayant pas été inquiété. Notre voisin s’étonne qu’il ne laisse pas partir le car puisqu’il y avait une connaissance.

Un adjudant, particulièrement nerveux, n’entend pas laisser partir les personnes n’ayant pas de pièces d’identité, sans qu’ils ne fassent un geste. Pendant ce temps, un car arrive et est arrêté par un policier. Aucun agent ne daigne se diriger vers le conducteur. Il faut dire qu’il y a plus de véhicules arrêtés là que de policiers. Alors un agent, qui a un bandeau blanc au bras lance : « AMT là, les pièces ! ». Le conducteur du car de la compagnie AMT ignore l’ordre. Le policier finit par se diriger vers lui.

Après près de vingt minutes, les « sans papiers » sont libérés. Cela commence à énerver le conducteur qui lâche : « Au prochain barrage, je laisse tous ceux qui n’ont pas de pièces ».

La menace donne des idées à une « sans papier ». A l’entrée de Bonon, elle descend précipitamment du car avant que le policier y monte pour procéder à des contrôles d’identité. Il est 13 H. Nous trouvons à ce barrage un autre car de la compagnie GTI. Les passagers sont descendus du car. Certains parmi eux sont devant des douaniers, sacs de bagages entrouverts à leurs pieds. Le conducteur de l’autre car vient dire à son collègue qu’ils sont à ce barrage « depuis 11 H. Les douaniers veulent que je paye 2000 FCFA par voyageur. S’ils viennent vers toi, ne leur donne rien, sinon ça sera leur habitude ». Notre conducteur acquiesce. Un douanier vient en effet vers lui et déclare qu’il va procéder au contrôle des soutes à bagages et des sacs de voyage. C’est la nouvelle trouvaille sur certains barrages. Alors la passagère qui avait levé des cotisations plus tôt, se lève et descend du car. Elle se dirige résolument vers le poste de la douane et en revient quelques instants après. Un douanier, lance à notre conducteur : « Fermez les soutes à bagages vous allez partir. On a déjà vu ce qu’on devrait voir ».

Quand notre conducteur met son véhicule en marche, son collègue court vite vers lui et l’accuse de trahison. Lui, explique qu’il n’y est pour rien et nous prend à témoin. Nous expliquons à celui-ci que ce sont des femmes qui ont dû payer quelque chose aux douaniers. Ce qu’elles-mêmes confirment aussitôt. Cela ne le convainc pas. Qu’à cela ne tienne, nous quittons le corridor. L’apprenti chauffeur lance un juron et maudit les douaniers. « S’ils n’avaient pas bloqué l’autre car, on se serait croisé à Zatta ».

Nous avons perdu au total 23 minutes à ce barrage. A la sortie de la ville, un barrage policier ne s’intéresse pas à nous. Nous avons eu la même chance après Zatta. Un motard, seul, était arrêté dans un village et arrêtait des véhicules de transport.

 

Fourrière peu ordinaire

Il est un peu plus de 14 H quand nous arrivons au corridor d’entrée de Daloa. A ce barrage, en dépit du manque de pièce d’identité de deux passagers (la dame ayant repris sa même stratégie), le gendarme qui arrête notre car nous laisse partir. Nous en sommes surpris. Lors d’une conférence de presse, tenue la veille par l’Union nationale du patronat du transport de Côte d’Ivoire (UNPTCI), le secrétaire général Samassi Mossanifo, avait déclaré que Daloa, Issia et Yamoussoukro constituaient le triangle résistant au racket dans la partie gouvernementale du pays.

Cependant au corridor nord de Daloa, cette allégation s’est avérée fausse. Les douaniers particulièrement nerveux ont été très rapidement calmés par la passagère qui avait levé les cotisations.

A Daloa, selon des témoignages à notre retour de Séguéla, la gendarmerie se livre à du chantage sur des transporteurs. Ainsi, un car de la compagnie Soumahoro transport (ST) a été arrêté à ce barrage le 14 novembre dernier. Face au refus du conducteur de « rentrer dans le contexte », un gendarme dont nous taisons volontairement le nom a délivré une contravention au conducteur au motif de l’ « usure pneumatique » avant de laisser partir le véhicule sur Abidjan. Au moment où le représentant de la compagnie à Daloa s’apprêtait à aller retirer la carte grise, le gendarme aurait déchiré la contravention et lui aurait dit de se rendre à la Direction régionale des impôts pour payer la contravention. Dans ce service, les agents des impôts lui ont appris qu’il devrait payer 20.000 FCFA représentant la taxe pour une fourrière. Le représentant de ST a dû payer la somme pour pouvoir retirer la carte grise du véhicule. Le directeur régional saisi de l’affaire a confirmé que le procès-verbal de l’agent de sécurité mentionnait « fourrière » et que par ailleurs le même PV faisait savoir que le véhicule avait été conduit à la fourrière municipale.

Selon certains syndicalistes des transports de Daloa, les gendarmes de la ville utilisent souvent cette pratique pour les sanctionner de leur propension à ne plus « mouiller leur barbe ».

Au barrage de Modoguhé, le conducteur paye 2000 FCFA au barrage. Il n’a pas l’air de s’en plaindre. « Avant la guerre, on payait 20.000 FCFA à ce barrage », précise-t-il.

Un kilomètre plus tard, il y a un autre barrage. C’est le dernier de la zone gouvernementale. Il y a des gendarmes et des policiers anti-drogue.

 

15.000 FCFA pour la zone FN

A Bonoufla, c’est un barrage d’agents du Centre de commandement intégré (CCI) peu vigilants que nous traversons sans marquer de halte. En zone Forces nouvelles (FN), le premier poste désormais contrôlé par des hommes de Issiaka Ouattara alias Wattao (depuis la disgrâce de Zakaria Koné, aujourd’hui « sous contrôle » à Ouagadougou) est à Bahoulifla, peu après le fleuve Dé. Le char détruit avant le fleuve Dé montre bien que nous sommes en zone FN. Au check point des FN, le conducteur lui-même paye 2000 FCFA. 500 mètres plus loin, il prend un laissez-passer de 5000 FCFA frappé du sceau des FN. C’est la taxe officielle en zone FN pour les cars de transport en commun. Les 2000 FCFA constituent une taxe de stationnement. Les passagers, eux, ne sont soumis à aucun contrôle. Ce qui ne sera pas le cas à notre retour, deux jours après l’attaque sanglante de la prison civile de Séguéla par un commando pro-Zakaria. A l’entrée et à la sortie de Vavoua, le conducteur paye une « taxe de stationnement » de 3000 FCFA. Celle-ci s’élève à 2000 FCFA à l’entrée de Séguéla.

Il est 16 H 56 quand nous entrons en gare pendant que de gros camions chargés de fèves de cacao prenaient la direction du Burkina Faso. Nous avons mis au total 9 heures et 16 minutes pour parcourir une distance de 592 Kms facturée aujourd’hui à 8000 FCFA.

André Silver Konan

Envoyé spécial

 

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 19:53

Les victimes oubliées de l’endosulfan crient au secours



Plus de quarante jours après la découverte de produits toxiques à M’Bahiakro (430 Kms au nord d’Abidjan), des populations intoxiquées continuent de partager leur quotidien avec ces produits qui ont déjà causé l’intoxication d’au moins 320 personnes.

Le magasin du forgeron est situé au quartier Représentant, non loin du siège du conseil général du département, sur la voie nationale Abidjan-Bouaké. Deux gamins poussant des brouettes chargées de marmites et de houes nouvellement fabriquées dans la forge ; non loin de là, entrent dans le magasin. Ils déchargent les ustensiles et les outils dans le magasin et ressortent en riant. Un troisième arrive avec plusieurs casseroles dans la main. Les ustensiles tombent de ses mains, devant le magasin, sur du sable mélangé à du charbon. Ce jeudi 9 octobre 2008, on a du mal à déceler un soupçon de substances nocives à cet endroit précis où des ustensiles qui se retrouveront dans quelques jours dans des cuisines de certaines ménagères, sont tombés. Et pourtant, à cet endroit précis, c'est-à-dire devant le magasin du forgeron, là où le sable a été mélangé au charbon, des substances nocives ont été répandues par inadvertance par le forgeron. Aujourd’hui, ce dernier se trouve en prison. Il a été arrêté par la gendarmerie dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire déchets toxiques de M’Bahiakro ». Son magasin devrait être fermé. Cependant, il est ouvert.

« Il faut bien qu’on mange », lance un apprenti forgeron à une équipe de la mairie qui insiste pour dire que l’endroit est sinistré et qu’il ne faut pas y mener des activités.

 

« Où allons-nous partir ?»

L’endroit a été en effet ceinturé par la mairie sur ordre du comité de crise dirigé par le préfet du département Julien Gueu N’Gbe et le magasin a été fermé par un cadenas. Le cadenas a sauté, la ceinture est violée. Le comité de crise impuissant, regarde faire.

« Qu’est-ce que nous pouvons y faire ?, lâche un employé de la préfecture qui parle sous couvert de l’anonymat. Nous avons demandé aux gens de quitter les lieux mais nous avons conscience que c’est un vœu pieu. Nous n’avons pas de moyens pour reloger les sinistrés et eux, n’ont pas les moyens pour aller ailleurs ».

Pas de moyens. Les populations sont donc obligées de vivre avec les substances toxiques. Et elles continuent de passer sur la ruelle qui rallie la voie nationale à N’Gattakro, un quartier de la commune où on sent encore l’odeur que dégagent les substances nocives. La voie a été déclarée interdite à la circulation. La pancarte « Attention, route barrée » avec le signe du danger de mort est bien visible.

Bernadette Tanoh Aya, mère de quatre enfants, sans emploi réside au quartier N’Gattakro. Elle fait partie des premières personnes intoxiquées. Chaque jour, elle passe sur cette voie interdite à la circulation.

« Le docteur m’a dit : « si vous continuez de vivre dans les produits, vous ne serez jamais guérie ». C’est vrai ce qu’il dit mais où allons-nous partir ? ».

La résignation semble donc être la chose la mieux partagée par les populations riveraines des trois sites où ont été découvertes les substances toxiques.

 

Odeurs de déchets toxiques dans la ville

Nous sommes le mardi 26 août 2008. Au quartier Koko 1. Des odeurs insoutenables attirent l’attention d’un nombre de personnes qui participent à des funérailles. Celles-ci découvrent que les odeurs proviennent d’un liquide répandu sur le sol près d’un dépotoir. La rumeur assimile ce liquide aux déchets toxiques et mortels, déversés dans la capitale économique, à Abidjan, en août 2006 et qui dégageaient de très fortes odeurs. Très vite, l’information parvient au maire de la commune Delphin Kouadio Kpli Kouassi. Ce dernier se rend sur les lieux avec le directeur départemental de la santé André Goh. Le même jour, le maire écrit au préfet pour lui demander de « prendre ou (de) faire prendre des dispositions pour informer les autorités compétentes ».

Deux jours après, la gendarmerie saisie par le maire, découvre un fût abandonné dans la broussaille près d’une ruelle qui rallie la voie nationale au quartier N’Gattakro. Le fût dégage les mêmes odeurs senties à Koko 1. Les mêmes odeurs sont senties devant le magasin du forgeron, non loin de là.

La gendarmerie pousse ses investigations et découvre que le fût abandonné à séjourné d’une part devant le magasin du forgeron et que d’autre part, il provient d’une sorte de silo abandonné par la Compagnie ivoirienne du développement du textile (CIDT) lors de son déménagement de M’Bahiakro, il y a au moins une dizaine d’années. Le fût est ramené à l’entrepôt. La gendarmerie découvre que les six fûts qui y étaient stockés n’y sont plus.

 

320 intoxiquées, réaction tardive

Une semaine après la découverte du premier foyer, les personnes souffrant de maux divers (irritation des yeux, palpitations, douleurs à la gorge, toux, céphalées, irruption cutanées…) se succèdent à l’hôpital général. Au 10 septembre, le directeur départemental de la santé déclare que l’hôpital général de la ville a déjà reçu en consultation 80 personnes qui soutiennent être des intoxiquées. Au 22 septembre, le chiffre grimpe. 320 personnes consultées.

La réaction des structures compétentes nationales n’a pas été prompte. L’Office national de la protection civile (ONPC) est arrivé dans la ville le mercredi 10 septembre 2008. Deux semaines après la découverte du premier foyer. L’ONPC est une structure étatique. Elle a pour missions entre autres « l’organisation et la coordination des activités de secours d’urgence en cas d’accidents, de sinistres, de catastrophes naturelles et technologiques ; l’élaboration et la réalisation des plans de secours ; l’organisation et la coordination des opérations de secours dans le cadre de l’action humanitaire ».

L’équipe de l’ONPC visite les sites contaminés et détermine la nature des substances. Au quartier Koko 1, l’ONPC détecte la présence de méthane et de l’oxyde de carbone. Ce sont les mêmes substances qui sont retrouvés devant le magasin du forgeron. Le fût contient, outre ces deux éléments, de l’hydrogène sulfureux. Dans l’entrepôt abandonné de la CIDT, l’on retrouve du méthane et de l’hydrogène sulfureux.

 

Substances toxiques

Si dans un premier temps, le directeur de la santé a conseillé le calme à la population car, la substance répandue sur le sol n’était pas, selon lui, des déchets toxiques d’Abidjan, l’ONPC, après analyse conclue que « la combinaison des trois gaz (hydrogène sulfureux, méthane, oxyde de carbone) peut être toxique ».

La conclusion à la quelle aboutit quelques jours plus tard, le Centre ivoirien anti pollution (CIAPOL) arrivé près d’un mois après la découverte des substances, à M’Bahiakro est quant à elle, plus précise : le produit originel de l’entrepôt abandonné est de l’endosulfan. C’est un dangereux pesticide utilisé jadis pour tuer insectes et rongeurs qui dévastaient le coton. Pour son action très nocive, les planteurs l’avaient baptisé « Caïman », en comparaison à la bile de caïman qui est un poison mortel. L’endosulfan, du fait de sa nocivité, est depuis quelques années interdit à l’utilisation et à la commercialisation en Côte d’Ivoire.

Quarante jours après la découverte des produits, au moment de notre passage dans la localité, rien ne présageait que les structures étatiques compétentes allaient procéder à la décontamination des sites.

« Qu’on nous aide ! »

C’est pourtant l’obsession des populations qui vivent à proximité des sites contaminés et qui soutiennent qu’elles ne savent pas où aller. « Mon souhait, c’est que les autorités viennent enlever ces produits. Jusqu’à présent, ça continue de sentir. Quand il pleut, ça sent encore plus fort. J’ai peur parce que je ne sais pas si mon mal va s’aggraver bien que je n’ai plus assez mal depuis que l’hôpital a envoyé des médicaments et que la mairie a payé ceux que je devrais payer à la pharmacie », déclare Bernadette Tanoh Aya.

La préoccupation de cette victime est identique à celle de Fanta Sangaré, sexagénaire, commerçante au marché, victime du quartier Représentant. « Cela fait plus d’un mois que nous respirons cette odeur. Je dois avouer qu’aujourd’hui (jeudi 9 octobre 2008, ndlr) les palpitations et le mal de gorge que j’avais après avoir pris les médicaments offerts aux victimes à l’hôpital et payé l’ordonnance prescrit par le médecin, ont diminué. Mais, j’implore les autorités afin qu’elles viennent enlever les produits pour qu’on respire mieux ».

Eugène Kouassi Konan, 39 ans, calligraphe au quartier Représentant va plus loin. Il demande que l’Etat songe au dédommagement des victimes « comme il l’a fait pour les victimes des déchets toxiques d’Abidjan ».

En attendant, trois personnes ont été interpellées par la gendarmerie dans le cadre de cette affaire. Il s’agit du forgeron cité plus haut et de deux ferronniers qui ont un atelier au quartier Koko 1. L’affaire est en instruction chez le procureur de M’Bahiakro. Le commandant de brigade Bamba Vassey, qui nous a reçu dans son bureau lors de notre passage dans la ville a confirmé l’information. Il n’a pas souhaité en dire plus.

De sources recoupées, le fût retrouvé au quartier N’Gattakro aurait séjourné dans un premier temps au domicile des deux ferronniers arrêtées. C’est par la suite qu’il a « atterri » à l’endroit où la gendarmerie l’a découvert. La gendarmerie soupçonne ces deux personnes d’avoir des informations précises sur les conditions dans lesquelles le (s) fût (s) contenant les substances toxiques ont quitté l’entrepôt abandonné de la CIDT pour se retrouver en ville. Quant au forgeron, (pour lequel un fût en métal constitue un matériau à l’instar des ferronniers), toujours selon nos sources, la gendarmerie n’aurait pas grand’chose à lui reprocher mais il est détenu pour nécessités d’enquêtes.

Toujours de bonnes sources, le CIAPOL s’apprête pour la décontamination des sites et l’enlèvement des substances chimiques. Cette structure refuse cependant de donner une date précise.

André Silver Konan

Envoyé spécial à M’Bahiakro

 

 

Qu’est-ce que l’endosulfan ?

Selon le dictionnaire encyclopédique en ligne Wikipédia, « L' endosulfan est une substance active de produit phytosanitaire (ou produit phytopharmaceutique, ou pesticide), qui présente un effet insecticide, et qui appartient à la famille chimique des organochlorés ». Wikipedia définit l’endosulfan comme « dangereux pour l’environnement, toxique par contact avec la peau et par ingestion, irritant pour les yeux, très toxique pour les organismes aquatiques, peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique ».

L’endosulfan est interdite dans l’Union européenne depuis le 2 décembre 2005. En France, cette substance est interdite à la commercialisation et à l’utilisation. En France, la décision d’interdiction a été officiellement publiée dans le journal officiel le 22 février 2006.

Au Bénin où un cas de décès a été signalé en 1999 (Pesticides ans alternatives, premier trimestre 2000, PAN-Afrique Dakar), le produit a été interdit cette année. Le pays est en effet en retard sur l’application de l’interdiction contrairement à certains pays comme la Côte d’Ivoire. Le communiqué du conseil des ministres en date du 6 février 2006 fait savoir qu’il y a eu « un compte rendu du ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche relatif à la mission d’information sur les programmes de traitement du coton au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali et les dispositions pratiques pour l’utilisation de l’endosulfan et de produits alternatifs au Bénin ». Le communiqué précise qu’ « en approuvant ce compte rendu, le Conseil a décidé d’interdire l’utilisation de l’endosulfan pour les prochaines campagnes agricoles au Bénin, à l’instar de plusieurs autres pays de la sous région ouest africaine. Il sera substitué à ce produit insecticide particulièrement dangereux et nocif pour la santé et l’environnement, des produits alternatifs, tel que le TIHAN ».

En Côte d’Ivoire l’endosulfan était tant connu pour sa nocivité sur la santé de l’homme qu’il a été baptisé par les planteurs de coton « Caïman ».

Enterré, ce pesticide peut contaminer la nappe phréatique. C’est la raison pour laquelle la CIDT dans son déménagement l’a laissé dans des fûts eux-mêmes entreposés dans une sorte de silo hermétiquement fermé.

ASK

 

 

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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 16:48

Côte d’Ivoire : Heremankono et Koudougou

 En attendant le bonheur… au pays de l`hospitalité

 

C`est l`histoire de quatre couples qui vivent dans une cour commune dans une cité imaginaire dénommée Poorcity. Un cadre de banque viré de son boulot et devenu ivrogne, qui vit en concubinage avec une institutrice, un enseignant de philosophie déchu qui se prend tantôt pour Hegel tantôt pour Freud, marié à une jeune et belle femme, un boy-cuisinier burkinabé et sa compagne, fiers et dignes et une très jeune musulmane, quasiment contrainte d`être la seconde épouse d`un riche polygame qui a juste le temps de passer, une fois par semaine, satisfaire sa libido pour disparaître. Une belle pièce écrite par Jérôme Djégou Bailly, mise en scène par Sijiri Bakaba, produite par Ayala Bakaba et jouée par les comédiens de l`Actor Studio.

Le texte peint dans une philosophie de la pédagogie par le rire des scènes cocasses de vie en communauté de personnes que rien n`unit si ce n`est la même quête d`un mieux-être. Et quand le malade mental de la contrée, annonce en grande pompe, l`arrivée imminente d`un très mystérieux " il ", tous dans une unanimité inhabituelle et une solidarité agissante, se lancent à la rencontre de cette personne, pardon, de cette chose qui n`est rien d`autre que le bonheur. D`où le nom de la pièce : Heremankono. Ce qui signifie en Malinké en attendant le bonheur. Depuis fin août, la pièce se joue tous les vendredi au palais de la culture d`Abidjan Treichville.

Poorcity n`est rien d`autre que Heremankono dans la réalité. Car, cette dernière localité et bien réelle et existe bel et bien en Côte d`Ivoire. C`est une grande bourgade dans le département de Divo (203 Kms au nord ouest d`Abidjan où vivent des autochtones dida), située sur l`axe Abidjan-Divo. Cependant, la vie quotidienne dans ce gros village érigé depuis peu en sous-préfecture par le chef de l`Etat Laurent Gbagbo, est bien différente de la pièce de théâtre.

 

Une bourgade venue du Sahel

A Heremankono, il n`y a ni philosophe défroqué ni professeur à la touche. Il y a certes, cette belle ambiance de "cour commune" bien spécifique à la Côte d`Ivoire.

Harouna travaille dans un moulin en bordure de la route à Heremankono. Il est d`origine nigérienne de par son père arrivé en Côte d`Ivoire dans les années du " miracle ivoirien ". Sa mère est Baoulé (ethnie du centre de la Côte d`Ivoire, qu`on retrouve par ailleurs dans cette localité). Le propriétaire du moulin est un vieux Peuhl guinéen qui a fui la dictature de Sékou Touré.

" Ici, c`est chez moi. Je ne sais même pas de quel village vient mon père. Il est décédé ici et il a été enterré ici. Je suis un Ivoirien " martèle-t-il en riant.

Dans le moulin, il montre sa compagne, une jeune femme qui sourit à toutes les questions et ne répond à aucune. Harouna précise qu`elle est arrivée " il n`y a pas longtemps ". La jeune femme en question vient du Burkina Faso, précisément de Koudougou. Une ville burkinabé, qui a donné son nom à un campement de Bouaflé (324 Kms au nord d`Abidjan) devenu un gros village aujourd`hui érigé, lui aussi, en sous-préfecture. L`histoire du peuplement de Koudougou (version Côte d`Ivoire) est certes différente de celle de Heremankono, cependant les deux histoires semblent se rejoindre du point de vue de la parfaite intégration des communautés tant ivoiriennes qu`étrangères, toute chose qui a " boosté " leur développement respectif. Conséquence : les deux localités ont été aujourd`hui érigées en sous-préfectures et en communes rurales.

Mamadi, le fils de l`oncle paternel (défunt) de Harouna, arrivé, quant à lui, longtemps avant l`indépendance de la Côte d`Ivoire, explique en Abbey (ethnie parlée à Tiassalé, département où il a fait l`école primaire et voisin de Divo) que le village a été fondé par un Nigérien, proche parent de sa famille. Il avance que Heremankono est le nom de son village au Niger. Difficile à vérifier, puisque lui-même comme des habitants de la nouvelle sous-préfecture, ignore l`histoire de leur localité. Qu`ils soient Ivoiriens " nés de père eux-mêmes Ivoiriens d`origine " ou d`origine burkinabé, nigérienne, malienne ou guinéenne, tous regardent vers l`avenir. " Avec notre nouvelle sous-préfecture, fruit de nos labeurs, nous avons la preuve parfaite que la Côte d`Ivoire est notre pays. Nous allons nous mettre davantage au travail pour son développement ", affirme avec force Harouna.

 

Des colons mossi à Bouaflé

L`histoire du peuplement de Koudougou, elle ne relève pas de la légende.

" Ce simple fait d`histoire a pris corps voilà 75 ans, au moment de la redéfinition des frontières ivoiriennes par la tutelle française d`alors. De cette volonté politique, naîtra ce qu`un chroniqueur de l`époque appela si poétiquement, une " nouvelle colonie d`Abidjan à Ouagadougou ". Comment conter ces faits en ignorant les figures de proue que furent du côté français, le gouverneur Brevié, le lieutenant-gouverneur Jean-François Reste, du côté voltaïque ou burkinabé, le Morho Naba Kom II, du côté ivoirien, le chef gouro Lorou Bi Gole de Lopouafla ! ", explique l`historien ivoirien Pr Tiacoh Carnot. Il ajoute que " l`objectif de départ était d`une grande limpidité : mettre en valeur les riches terres ivoiriennes en important à demeure, la laborieuse main-d`oeuvre mossi, qui depuis belle lurette, s`en allait, saisonnièrement, s`employer dans la cacaoculture et les mines de la Gold Coast, aujourd`hui Ghana. Moyennant des garanties fermes et après d`âpres négociations, les colons, Mossi essentiellement, acceptèrent de s`implanter dans la région de Bouaflé ".

Nous sommes donc en 1932. Les flux migratoires de colons mossi ont continué jusqu`en 1980. L`appellation Koudougou de la nouvelle sous-préfecture du département de Bouaflé résulte de la migration des peuples mossi du Burkina Faso, principalement de Koudougou, aujourd`hui troisième ville du " pays des hommes intègres " située dans la région centre ouest, à environ 100 Kms de Ouagadougou (capitale burkinabé).

 

Développement croisé

Autant la localité ivoirienne de Koudougou a connu un développement fulgurant autant la commune du même nom au Burkina Faso a tiré son épingle du jeu du développement dans un pays au sous-sol pas très riche. Un développement croisé lié essentiellement à la forte implication de la " diaspora " des ressortissants de cette ville à Bouaflé où ils n`ont pas fondé que Koudougou.

En attendant les prochaines élections locales en Côte d`Ivoire, Haoussa, Peulhs, Malinké de Heremankono avec leurs tuteurs abbey et dida, de même que les Mossi de Koudougou, plus Ivoiriens que jamais (le chef de l`Etat Laurent Gbagbo a signé plusieurs ordonnances de naturalisation au bénéfice de certains habitants jusque-là quasi apatrides), et leurs tuteurs baoulé et gouro ; eux, semblent déjà avoir trouvé leur bonheur à eux au pays par excellence de l`hospitalité.

 

André Silver Konan

 

 

 

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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 18:48

Les 80 milliards FCFA du cynisme et de la honte

« La date du 30 novembre est dramatiquement menacée », menace la primature. Et c’est reparti. Les Ivoiriens risquent d’être frustrés pour la énième fois de leur élection présidentielle. Principale mis en cause : le nerf de la guerre. 80 petits milliards FCFA qui manquent à la cagnotte. 80 petits milliards que le gouvernement de Côte d’Ivoire n’arrive pas à trouver. Une autre preuve d’incompétence au plus haut niveau qui jette l’opprobre sur le pays.


Ça a commencé par une déclaration de Sindou Méité le porte-parole du premier ministre Guillaume Soro. « Les difficultés dans la mobilisation des ressources financières, a-t-il dit le vendredi 27 juin 2008, vont amener des retards dans la mise en œuvre d’un certain nombre d’opérations essentielles dans le processus de paix. On aura des retards sur le désarmement, des retards sur la sécurisation du processus électoral, des retards sur la réinsertion des ex combattants et des groupes d’auto défense, des retards sur l’indentification. Et donc nous risquons, si la mobilisation de ressources intérieures et extérieures n’est pas urgente, d’avoir un retard sur le calendrier électoral. Donc le calendrier électoral risque d’être fortement perturbé et la date du 30 novembre dramatiquement menacée ».

Le lundi 30 juin, c’est le conseiller spécial à la communication du premier ministre qui est monté au créneau. « Le processus de paix est en danger car le premier ministre n’a pas les moyens de sa politique », a fait savoir Alain Lobognon. Ce dernier a pointé du doigt la communauté internationale qui selon lui ne s’empresse pas de mettre la main à la poche. « On attend des aides qui ne viennent pas », clame-t-il.

 

Comme un pays sous tutelle

La phrase est lâchée : « Des aides qui ne viennent pas ». Sous entendu : des aides extérieures qui tardent à être décaissées. La Côte d’Ivoire est réduite à se comporter comme un pays sous tutelle onusienne où tous les financements sont attendus de l’extérieur. Surprenant, quand les dirigeants font savoir que pour la première fois, le budget du pays dépasse la barre de 2000 milliards FCFA. Les 80 milliards FCFA de financements extérieurs attendus sont prévus pour supporter non pas exclusivement le coût des élections (il ne manque que 7 milliards FCFA sur les 36 milliards FCFA nécessaires à la Commission électorale indépendante pour cela) mais des programmes dont la pertinence de la faisabilité laissent à désirer. Il s’agit notamment du nébuleux service civique inscrit dans le cadre du processus de sortie de crise. Ce programme nécessite 40 milliards FCFA. Et pour tout dire, la communauté financière internationale hésite à jeter de l’argent par la fenêtre au moment où l’urgence est le front contre la flambée des prix de denrées de premières nécessités.

Car il faut bien comprendre que la Côte d’Ivoire est engagée sur deux fronts principaux de recherche de financements qui commandent que l’on distingue entre le processus électoral (recensement électoral, installation des CEI locales, organisation pratique des élections) et le processus de sortie de crise (démobilisation, primes des ex combattants, service civique…).

Ce que les autorités ivoiriennes ne disent pas à leurs compatriotes, c’est que le financement qui coince est celui lié au processus de sortie de crise. Et sur ce point là, les partenaires au développement qui avaient fait des promesses au dessus des espérances, l’année dernière au cours d’une table ronde dite des donateurs demeurent sceptiques. Ce que les traditionnels partenaires au développement de la Côte d’Ivoire  ne disent pas clairement, « c’est qu’ils croient que les dossiers montés en l’occurrence le programme du service civique, relèvent de l’amateurisme et que par ailleurs les Ivoiriens ne font pas nettement preuve de patriotisme en montrant des signes qu’ils veulent vraiment en sortir », selon un diplomate onusien en fonction à Abidjan.

 

Unicité de caisses

En réalité, la Côte d’Ivoire peut financer elle-même ces deux processus électoral et de sortie de crise. Avec un budget qui dépasse nettement, dit-on, les 2000 milliards FCFA, le pays peut opérer une réorientation budgétaire qui consistera à "prioriser" le financement des processus. A tout le moins, les autorités peuvent se tourner vers les financements intérieurs (des entreprises de droit ivoirien peuvent octroyer des crédits à l’Etat, ce qui peut constituer une dette intérieure).

Au demeurant, le gouvernement dont le chef n’est personne d’autre que le patron des Forces nouvelles (FN) peut compter sur des entrées importantes d’argent non budgétisées depuis le début de la crise, en zones Centre, nord, ouest (CNO). En 2005, l’ONG Global Witness avait estimé à environ 30 milliards FCFA les sommes illégalement perçues par la Centrale (nom donnée à la structure chargée de collecter les taxes et impôts en zone CNO) et qui sont entrées directement dans les poches de responsables de la rébellion et autres seigneurs de la guerre. Le principe de l’unicité de caisses, difficilement accepté par les responsables des FN, curieusement à la primature, est resté dans le domaine des vœux pieux.

Par ailleurs, l’Etat devrait consentir à réduire son train de vie. Le chef de l’Etat Laurent Gbagbo a au bas mot cent conseillers. Il a un nombre incalculable de chargés de missions officiels et occultes. La plupart d’entre eux sont payés à ne rien faire. En outre, il y a les innombrables présidents de partis politiques (Martine Djibo, Danièle Bony Claverie…) et autres responsables de mouvements patriotiques regroupés au sein de la mouvance présidentielle qui sont grâcement payés mensuellement par le chef de l’Etat sur le budget du contribuable.

Enfin, les deux têtes de l’Exécutif pourraient faire la preuve, pour une fois, de patriotisme en renonçant à leurs immenses privilèges liés au fonds de souveraineté. Les fonds de souveraineté cumulés de Guillaume Soro et de Laurent Gbagbo avoisinent 100 milliards FCFA.

Le fait est donc plus que clair : si les autorités ivoiriennes le veulent, elles trouveront les 80 milliards qui manquent pour financer les processus de sortie de crise. Apparemment, elles hésitent à choisir cette option de dignité et préfèrent s’enfermer dans une logique ridicule de main tendue vers l’extérieur qui couvre encore de honte la Côte d’Ivoire.

Certainement, l’option de la honte les arrange. Elle contribue à prolonger cyniquement un processus de paix infini et harassant pour le petit peuple qui n’a d’autre choix que la pauvreté.

André Silver Konan
Journaliste écrivain                        

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 19:43

« Merci de servir d’exemple à tous les criminels de guerre qui sont encore sur le continent »

 

Bonjour monsieur Bemba,

J’ignore où vous vous trouvez précisément, actuellement. En réalité, cela m’importe peu dès lors que je sais que vous êtes entre les mains de la justice internationale. Je ne vous connais pas particulièrement, mais j’ai suivi avec beaucoup d’attention votre parcours en République démocratique du Congo (RDC) depuis le renversement de Mobutu Sessé Séko dont vous avez bénéficié des largesses, si je ne m’abuse. Je crois savoir que votre sœur est mariée à N’Zanga Mobutu, l’un des fils du dictateur. Bref.

Ce n’est pas pour cela que je vous écris aujourd’hui. Je sais que vous ne lirez pas cette lettre. Du fond de votre cellule glaciale, en attendant votre jugement, je sais que vous n’avez pas le temps de lire un article de presse, préoccupé que vous êtes à méditer sur votre sort. En réalité, ce n’est pas à vous que j’écris. Je me sers de votre affaire comme prétexte pour m’adresser à tous ces boutefeux qui pullulent sur le continent et qui croient qu’ils sont assurés de l’impunité ad vitam aeternam.

 

Monsieur Bemba,

Je voudrais m’adresser à ceux- là en leur rappelant ce qu’a été votre vie. Votre parcours. Un parcours identique à celui de centaines de criminels de guerre que la conscience collective a déjà condamnés et qui seront tôt ou tard rattrapés par l’histoire pour leurs crimes.

Vous vous croyiez intouchable quand en 1998, jeune homme d’affaires prospère, issu d’une famille bourgeoise que vous étiez, vous créiez le Mouvement de libération du Congo (MLC). De votre exil ougandais, avec votre Armée de libération du Congo (ALC), vous vous êtes lancé dans une guerre fratricide contre les troupes de Laurent Désiré Kabila. Un an plus tôt, ce dernier, en effet, avait chassé Mobutu Sessé Séko du pouvoir, avec son Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et vous-même étant un proche du régime déchu avez été contraint à l’exil. A 36 ans, vous deveniez un redoutable chef de guerre craint et autant adulé (il faut le reconnaître) dans votre fief natal de l’Equateur.

C’est en 2002 que votre nom a commencé à circuler dans les registres de criminels de guerre placés dans les placards confidentiels de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003, en effet, certaines de vos troupes, réputées sous payées ont mené une incursion particulièrement meurtrière en République centrafricaine (RCA) à l’invitation du président Ange Félix Patassé dont le régime était menacé par la rébellion conduite par le général François Bozizé.

Les exactions meurtrières de vos miliciens en territoire centrafricain hantent encore nos esprits d’évolués.

« Crimes sexuels, crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». L’acte d’accusation est suffisamment grave pour que vous en preniez pour la vie dans les cellules non douillettes de la Cour pénale internationale (CPI) si votre culpabilité est établie. Vous savez mieux que moi qu’en la matière, vous bénéficiez plutôt d’une présomption de culpabilité du fait de votre passé de chef de guerre. J’ai lu quelque part une réplique timide de l’un de vos proches qui avançait que vous n’êtes coupable de rien dès lors que vous n’avez donné aucun ordre à vos troupes de commettre des exactions. Ce proche, franchement nul, a même mis au défi quiconque pourrait prouver qu’il vous a entendu ou vu donner un ordre dans ce sens. J’ai ri de son inculture, à tout le moins, de son ignorance. Parce qu’il ignore totalement les fondements élémentaires du droit international humanitaire qui prescrit qu’un leader politique ou militaire est responsable des exactions et autres crimes commis en son nom, pour son compte et dans son intérêt avec ou sans son accord. Le principe est simple : si on ne veut pas assumer les dérives de ses troupes, on ne crée pas de milices, on ne forme pas de rébellion.

 

Monsieur Bemba,

Vous vous croyiez intouchable en 2003, quand dans votre fief de Gbadolite (ancien fief de Mobutu) où vous avez élu votre quartier général, vous démentiez les accusations de cannibalisme dont se seraient rendus coupables certains de vos soldats, formulées par l’ONU dans l’affaire « Mambassa ».

Vous vous croyiez intouchable quand vous vous êtes "torché", toujours en 2003, avec votre condamnation par contumace à un an de prison ferme pour « traite d’êtres humains » par une cour de justice européenne.

Vous vous croyiez intouchable quand affublé de votre surnom (que vous aimez particulièrement) de chairman, vous avez siégé pendant plus de trois ans, au gouvernement de transition du 30 juin 2003 en qualité de vice-président.

Vous croyiez bénéficier de l’impunité parce que vous vous êtes fait élire sénateur lors des élections sénatoriales du 19 janvier 2007. Vous ne saviez pas que la justice internationale se fichait pas mal de votre impunité, elle qui a entre ses mains d’anciens présidents de la république déchus, qui ont fait bégayer tragiquement l’histoire de leur pays respectif. 

Voyez-vous monsieur Bemba, votre inculpation en Belgique est un signal fort envoyé à tous ces voyous qui se prennent pour le nombril du monde, en Afrique et dans le monde. Vous servez d’exemple pour tous ces criminels de guerre qui sont sur le continent africain. Vous servez d’exemple aussi bien dans votre pays en RDC, chez vos voisins du Congo Brazzaville, de la RCA, etc. qu’en Côte d’Ivoire.

 

Monsieur Bemba,

Votre inculpation est, en effet un message très clair que la justice internationale envoie aux acteurs de la crise ivoirienne. Chez vous comme en Côte d’Ivoire, il y a eu une crise armée, il y a eu accord politique, gouvernement de transition avec tous les belligérants, amnistie générale, etc. Cela n’a pas empêché la justice internationale de vous épingler. Cinq à six ans après les faits incriminés.

Dans votre exil doré à Bruxelles, vous aviez oublié que votre histoire passée avait été écrite en lettres de sang. Le sang innocent d’innocents qui ne demandaient pas mieux qu’à vivre tranquillement dans leur pays.

Vous avez été un rebelle à qui on a par la suite déroulé le tapis rouge. Comme ailleurs sous d’autres cieux. Vous aviez oublié. La justice internationale, elle, n’a pas oublié. Les victimes pour leur part, n’ont pas non plus oublié. Des victimes mortes ou vivantes qui au Rwanda, en Ouganda, au Tchad, au Soudan, en Birmanie, au Zimbabwe...ne peuvent oublier.

En Irak, le dictateur Saddam Hussein a payé sa dette vis-à-vis de ses victimes au prix de sa…tête. Le Libérien Charles Taylor va payer, je ne sais à quel prix, pour le sang qu’il est accusé d’avoir fait verser en Sierra Léone. Hissein Habré payera d’une manière ou d’une autre son règne…aux longs couteaux au Tchad. Le général dissident Laurent N’Kunda à l’instar des tortionnaires du camp présidentiel de Joseph Désiré Kabila Kabange, payeront tôt ou tard pour leurs crimes dans votre pays.

En Côte d’Ivoire, qu’ils s’appellent miliciens, patriotes, rebelles, mercenaires, soldats loyalistes, dozos, tous seront appelés un jour ou l’autre à répondre de leurs responsabilités dans les affaires des charniers de Yopougon, de Monoko Zohi, de Korhogo, d’Akouédo, de Bouaké ; des assassinats de Boga Dodou, de Robert Guéi, des gendarmes de Bouaké, de Kass, de Félix Doh, de Habib Dodo ; des Escadrons de la mort, des déchets toxiques, des massacres du 25 mars 2004, de Guitrozon, etc.

C’est une exigence inextricable de l’histoire de l’humanité. C’est une logique implacable dans l’histoire de la Côte d’Ivoire.

 

Monsieur Bemba,

J’aimerais savoir l’effet que ça vous fait d’attendre que votre sort soit scellé par la justice internationale. Vous avez délibérément choisi d’entrer dans l’histoire par une petite porte ensanglantée. Votre nom est inscrit au panthéon sans gloire des criminels de guerre de l’humanité. L’heure des comptes a sonné. Je vous demande une seule chose : assumez avec dignité votre histoire, celle passée et celle qui est en train de commencer !

 

André Silver Konan
Journaliste écrivain ivoirien
Lauréat en 2007 du prix spécial international Norbert Zongo du journalisme d'investigation

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 22:37

Jean Djaha, membre du bureau politique du PDCI mis aux arrêts

Rebondissement spectaculaire dans l’affaire « préfet Edmond Ago contre des militants du PDCI de Grand Lahou ». Jean Djaha, membre du bureau politique du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et deux autres militants du PDCI ont été mis aux arrêts lundi en milieu d'après midi, à l’issue d’une audition avec le juge d’instruction de la section du tribunal de Dabou qui les avaient convoqués.

Jean Djaha était à sa deuxième audition après celle du vendredi saint le 21 mars dernier. Contre toute attente, le juge d’instruction Huberson Ehouman a ordonné sa mise aux arrêts par des policiers à qui le parquet avait exceptionnellement fait appel et qui se sont rendus dans la cour de justice, en grand nombre avec des casques et des fusils à pompe. Jean Djaha a été aussitôt déféré à la prison civile de Dabou en même temps que deux autres personnes. Il s’agit de Michel N’Zi, chef du service technique du conseil général de Grand Lahou et de Yssouf Koné, chauffeur de son état.

 

La seconde mort de Usher

De source proche du tribunal, il devrait avoir une confrontation entre accusateurs et accusés. Celle-ci n’a pas eu lieu. Pourtant, le préfet qui était en compagnie de son épouse a été aperçu au tribunal où il a passé plusieurs heures. Les deux autres plaignants étaient aussi présents.

Les trois nouveaux prévenus ont rejoint quatre autres militants du PDCI convoqués et placés le même jour en détention préventive le vendredi saint. Ce sont Gaston Lago N’Drin, le coordonnateur de la Jeunesse du PDCI (JPDCI) et chef de cabinet du président (PDCI) du conseil général, Tovi N’Guessan, Paul Gnaba Avit et Philippe Guédé Gbo. Tous sont poursuivis par la justice suite à des plaintes déposées par le préfet du département de Grand Lahou Edmond Ago, du député (Front populaire ivoirien, parti présidentiel) Lakpa Amessan et depuis hier du dissident du PDCI aujourd’hui proche du camp présidentiel Antoine Ségui. L’acte d’accusation est principalement « vols en réunion, troubles à l’ordre public, incitation à la violence et destructions de biens publics ».

 

Plainte exclusive du préfet

L’affaire remonte au 14 décembre 2007 quand des populations de Grand Lahou ont décidé de marcher sur la préfecture pour obtenir une annulation d’un arrêté préfectoral expropriant le maire Arsène Usher Assouan (décédé le 13 octobre 2007) d’une parcelle de terrain. Une autre manifestation a eu lieu trois jours plus tard pour obtenir toujours l’annulation de l’arrêté préfectoral. Quelques jours après, une marche organisée par le FPI en vue de soutenir le préfet dans ses actions a dégénéré. C’est à la suite de cela que les plaintes ont été déposées dont celle exclusive du préfet dans un pays où la compétence de la plainte, dans une affaire opposant un responsable de l'administration publique à ses administrés; est dévolue à l’agent judiciaire du Trésor. 

De onze au départ, le nombre de militants du PDCI convoqués dans le cadre de cette affaire est passé ce lundi à une vingtaine. Le délégué départemental PDCI et président du conseil général de Grand Lahou Alfred Yao fait partie des accusés. Il en est de même du nouveau maire Joseph Laga Tanoh.

 

Bédié saisi

Quelques instants après le déferrement des trois hommes, le président du PDCI informé a dépêché une délégation auprès de ces derniers. Romain Porquet, directeur du protocole de Henri Konan Bédié (qui a personnellement salué lors d’un meeting à Bocanda, l’action des populations pour défendre l’héritage de son ami Usher Assouan) en compagnie du maire de Dabou Albert Kacou Tiapani (déjà présent à l’audition de certains accusés) est allé apporter le réconfort du candidat du PDCI aux prévenus. A sa sortie de l’enceinte de la prison, il a confié que tous « ont le moral ». Il a déclaré que selon l’avocat commis par le PDCI, une confrontation entre accusés et accusateurs "doit avoir lieu  le mercredi " donc demain.
Dès l’éclatement de l’affaire, le PDCI s’est saisi du dossier en envoyant sur les lieux, le secrétaire général adjoint chargé de l’organisation et de la mobilisation Maurice Kacou Guikahué et en constituant un collectif d’avocats pour les prévenus.

 

Colère à Grand Lahou

La nouvelle de l’arrestation suivie de déferrement de Jean Djaha, jeune cadre très populaire à Grand Lahou et à Dabou, s’est rapidement répandue dans les deux villes sus-citées et à Abidjan, la capitale économique. Des groupes de jeunes du PDCI mais aussi issus de milieux dits patriotiques telles la « Sorbonne » et la Fédération estudiantine et scolaire de Cote d’Ivoire (FESCI, affiliée au FPI) ont commencé à se former à l’entrée de la prison civile. Ils criaient à la libération des « prisonniers politiques ». Ils se sont dispersés après quelques minutes.

A Grand Lahou, fief natal des prévenus, sitôt la nouvelle parvenue aux milieux proches de ces derniers, des rassemblements ont été signalés à la hauteur de la mairie. Les manifestants ont aussitôt pris les rues de la ville. La foule grossissait au fur et à mesure que la marche se dirigeait vers la résidence du préfet, selon des sources concordantes. Un habitant de la ville joint au téléphone a déclaré que les manifestants « resteront dans les rues jusqu’à ce que les prisonniers du FPI soient tous libérés. Une chose est sure, demain, Grand Lahou sera une ville morte. M. Djaha n’a rien fait et nous mettons au défi ses accusateurs de prouver ce qu’ils avancent. C’est une façon d’enterrer pour une seconde fois le vieux (Usher Asouan) dont M. Djaha était un fidèle serviteur ».

 

André Silver Konan

Envoyé spécial à Dabou

 

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 23:50

13è producteur mondial de café

L’information mérite d’être sue des Ivoiriens. La Côte d’Ivoire n’est plus la 4è productrice mondiale de café. Elle occupe désormais le 13è rang mondial. L’information est donnée par l’Organisation internationale du café (OIC). A titre d’exemple, le Vietnam qui était le 31è producteur en 1987 est depuis 2004, le 2è producteur mondial après le Brésil. En 1984, notre pays était le 4è producteur mondial avec 289.000 tonnes. En 2004, nous sommes 13è avec 105.000 tonnes. Comment en est-on arrivé là ? Devinez. Les refondateurs sont passés par là. Encore et toujours !

André Silver Konan

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