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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 12:27
Défaite de Lionel Zinsou au Bénin : Leçon ivoirienne

Que retenir de la défaite de Lionel Zinsou au Bénin ? Deux choses simples, mais alors très simples.

Première chose : ceux qui continuent de clamer que la France a encore un mot à dire dans le choix des personnalités qui doivent diriger nos Etats africains se nourrissent encore de fantasmes obscurantistes de gens qui ne voient pas que les lignes bougent sur notre continent, s’ils ne sont pas carrément de piteux propagandistes qui expliquent par le sempiternel complot de la Françafrique, leur cuisante incapacité à monter sur les plus hautes marches du pouvoir.

Je m’explique. Zinsou a été présenté comme le candidat de la France (il est indéniable qu’il avait de nombreux soutiens français, étant donné sa double nationalité, cependant il est aussi vrai que Talon avait aussi des soutiens français, étant donné que c’est en France qu’il a atterri quand il avait des déboires politico-judiciaires avec Boni Yayi. Dans les deux cas, il ne faut pas être dupe, personne ne va à une compétition présidentielle, sans compter ses amis européens, américains ou africains), mais cela n’a eu aucune incidence sur le contrôle du processus électoral. Je répète à qui veut l’entendre depuis des années : aucun Français ne peut imposer un Président à un Africain, au 21è siècle, lors d’un scrutin au suffrage universel. La raison relève du bon sens même : ce sont les voix sorties des urnes qui sont comptabilisées et tant qu’un candidat a la possibilité d’avoir un représentant dans chaque bureau de vote (les hommes sont tous tentés par la fraude, pour se donner davantage de chance, on l’a vu lors des élections intra-muros en France, avec l’ex-UMP), il est difficile de manipuler les chiffres sortis des urnes.

Zinsou ne pouvait pas gagner

Deuxième chose. Lionel Zinsou, 62 ans, ne pouvait pas gagner face à Patrice Talon, 58 ans. Je m’explique encore. La défaite du premier était prévisible. Pour deux raisons très simples, qui relèvent de la science politique élémentaire. Raison un : il était candidat de la mouvance présidentielle sortante et a gagné au premier tour avec un score peu honorable (28.44%). Seulement 100 000 voix le séparaient de Patrice Talon (24.80%). En général, quand le candidat d’une mouvance présidentielle sortante (je dis bien mouvance et non parti) est en ballotage défavorable dès le premier tour (au Niger, le candidat de la mouvance présidentielle sortante était en ballotage favorable avec plus de 48% des voix), alors qu’il est parti, au premier tour, avec une coalition de partis politiques, il n’a pas assez de réserves de voix, pour le second tour.

Raison deux et elle est la conséquence de la première : Patrice Talon était soutenu par une vingtaine de candidats malheureux du premier tour, dont le troisième homme Sébastien Ajavon (23.03%), le quatrième Abdoulaye Bio Tchané (8.79%), le cinquième Pascal Irénée Koupaki (5.85%). Rappelons que tous ces candidats avaient signé avant le scrutin, un accord qui devrait permettre au mieux placé parmi eux, au premier tour, de bénéficier du soutien des autres, au second. On est exactement dans le scénario de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2010, où le candidat de la continuité de la mouvance présidentielle s’était retrouvé en ballotage défavorable, face à un candidat de la rupture de l’opposition, soutenu par les principaux candidats malheureux du premier tour, qui avaient signé un accord de collaboration, des années auparavant. Cela ne pardonne jamais, la défaite est quasi assurée, malgré les voix discordantes esseulées de certains supporteurs (par exemple, l’association des zémidjan, soutiens d’Ajavon, au premier tour, a appelé à voter Zinsou).

Au Bénin, il s’est trouvé un candidat malheureux, qui très vite, a joué le jeu de la responsabilité républicaine en concédant avant l’heure, sa défaite électorale, même si dans le fond, il avait des raisons de se baser sur certaines irrégularités, qui de toute évidence, n’ont pas pu avoir d’incidence, sur l’issue du scrutin. L’histoire de la Côte d’Ivoire aurait été écrite autrement si cette sagesse républicaine avait habité la mouvance présidentielle de 2010. Les faits sont têtus…

André Silver Konan

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 13:18

Billet d’humeur n°33 d’André Silver Konan: “Dirigeants africains, allez à l’école de Tsipras le Grec, assumez !”

Alexis Tsipras, 41 ans, Premier ministre grec depuis janvier 2015. Ecce homo, voici l’homme. Voici le modèle de leader politique courageux que je veux pour mon Afrique. Parce qu’il assume...

Rien à voir avec nos néo-anti-colons d’Afrique, forts en gueule le jour, faibles en compromissions la nuit, avec ceux qu’ils pourfendent, souvent, sans raison apparente, si ce n’est pour se donner une contenance personnelle.

Parce qu’il assume, Tsipras a dit “Non” au plan de remboursement de la dette de son pays, concocté par les créanciers de l’Union européenne, la toute puissante Allemagne de la non moins puissante chancelière Angela Merkel, en tête.

Parce qu’il assume, Tsipras ne s’est pas contenté d’enflammer ses concitoyens avec des discours lénifiants aux accents nationalistes. Il est passé à l’acte, avec un référendum populaire, où il a clairement affiché (d’autres se seraient contentés de dire que le choix appartient au peuple, n’auraient pas appelé publiquement à voter Non, mais auraient ameuté, dans l’ombre, leurs troupes, à aller dans ce sens) sa position. Il a d'abord refusé de se plier aux ultimatums des créanciers et a appelé à voter “Non” au plan de l’Europe, et son peuple l’a suivi à plus de 60%, parce qu’il assume.

Aujourd’hui, parce qu’il assume, il demande un abandon pur et simple d’une bonne partie de cette dette astronomique (il faut toutefois faire remarquer que la dette grecque n’a pas été imposée aux Grecs par les créanciers, elle est le fruit amère d’une longue période de gestion hasardeuse de certains dirigeants grecs) qui étouffe sans discontinuer, son peuple. Et je suis convaincu qu’il obtiendra gain de cause, au moins partiellement, parce qu’il assume.

Parce qu’il assume ses choix, Tsipras ne rejette pas la responsabilité sur les autres. Suivez mon regard... En Afrique, les coupables désignés sont connus: la France, les États-Unis, l’impérialisme et le colon.

Dans son gouvernement de douze membres, aucune femme (je ne suis pas d’accord avec ce machisme) et il l’assume. Pour arriver à la “Primature”, il a refusé de prêter serment sur la Bible et devant le Pape, une coutume vieille comme la démocratie grecque et il l’assume.

Parce qu’il assume, Tsipras ne clame pas à longueur de journée qu’on veut l’assassiner, qu’un plan ourdi de l’intérieur, avec des soutiens de l’étranger (le classique de la théorie du complot) vise à le destituer. Il fait son job. Le job de la bête politique, du politicien courageux qui assume.

Dirigeants africains, allez à l’école de Tsipras le Grec, assumez !

André Silver Konan

Journaliste-écrivain

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 20:22
Y’en a marre des abus sexuels de soldats français en Afrique !

Billet d’humeur n°32 d’André Silver Konan : « Y’en a marre des abus sexuels de soldats français en Afrique !»

En moins de quatre mois, c'est la deuxième affaire qui implique des soldats français en Afrique. En Centrafrique, en avril dernier, quatorze soldats français étaient accusés d'abus sexuels sur mineurs. Depuis avant-hier, c'est au Burkina Faso où deux soldats français sont accusés d'attouchements sexuels sur des petites filles.

Alors je m'interroge. Pourquoi n'entend-on jamais que des soldats français ont été accusés d'abus sexuels sur mineur(e)s en France, pays de base de toute l'armée française estimée à environ 300 000 hommes et femmes ?

Pourquoi alors est-ce qu’en Afrique, principalement en Centrafrique, où ils sont 1 600 et au Burkina Faso où on ne compte que 250 soldats, qu'on entend ce genre de choses parfaitement ignobles, impliquant des soldats de l’ex-puissance coloniale ?

De deux cas, l’un. Premier cas : la hiérarchie militaire en France sélectionne cyniquement certains pervers narcissiques, en vue de les « déverser » en Afrique. Cette hypothèse me parait absolument invraisemblable.

Dans le deuxième cas, il y a encore deux cas. Soit certains soldats qui viennent en Afrique, développent un sentiment d'impunité qu’ils n’auraient jamais développé, dans aucune base en France. Soit, une fois en Afrique, ils sont animés par un complexe de supériorité, qu’ils n’auraient jamais eu face à des enfants en France.

Je penche pour la deuxième hypothèse. Et cela me révolte doublement. Y'en a marre !

André Silver Konan

Journaliste-écrivain

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31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 08:53

La situation est de plus en plus confuse au Burkina Faso, entre autres parce que nous sommes dans un cas exceptionnel de vide constitutionnel. En effet, l’article 43 de la Loi fondamentale dans son premier alinéa stipule que « lorsque le Président du Faso est empêché de façon temporaire de remplir ses fonctions, ses pouvoirs sont provisoirement exercés par le Premier ministre ». Dans le cas présent, le gouvernement a été dissous et il n’est pas sûr que Blaise Compaoré veuille céder le pouvoir à Luc Adolphe Tiao, les manifestants encore moins.


Le deuxième alinéa de l’article 43 qui règle la question de la « vacance de la Présidence du Faso, pour quelque cause que ce soit, ou d’empêchement absolu ou définitif constaté par le Conseil constitutionnel saisi par le Gouvernement », stipule que « les fonctions du Président du Faso sont exercées par le Président du Sénat ». Problème : il n'y a pas de Sénat au Faso.

 

Ma proposition

Elle relève de ma volonté de voir ce pays où je compte tellement d’amis que quand je suis à Ouagadougou, j’ai l’impression d’être à Bouaké où j’ai fait mes études secondaires ; sortir pacifiquement de cette spirale de violence. On parle déjà de plusieurs dizaines de morts.


Ma proposition a le mérite de respecter la constitution et de tenir compte de la volonté des manifestants (remarquez que je n’utilise pas le terme « peuple »). A mon avis donc, Mohamed Ibn Chambas, l’envoyé spécial de l’Onu (notez que l’UA a une fois de plus manqué de prendre un leadership sérieux sur une crise sérieuse en Afrique), qui devrait être arrivé à Ouagadougou, à l’heure où j’écris ces lignes ; devra nécessairement obtenir la démission de Blaise Compaoré dans les meilleurs délais, et l’amener à s’exiler dans un pays hors de l’espace Cedeao. Auparavant, je propose qu’il parvienne à faire nommer par celui-ci, un nouveau Premier ministre.


Et qui vois-je ? Le Général Kouamé Lougué ! Ce général à la retraite, révolutionnaire des années Sankara, est populaire au sein des troupes et jouit de la confiance des manifestants (pas forcément de tous les opposants).


Après tout, la constitution ne dit-elle pas, dans son article 46, que « le Président du Faso nomme le Premier ministre au sein de la majorité à l’Assemblée nationale » ? Le Général à la retraite est après tout, issu du système Compaoré. Et justement cette disposition constitutionnelle fait qu’il apparaîtrait illégale, la nomination d’un Premier ministre issu de l’opposition.


Ceci évidemment, n’est qu’une proposition idéaliste dont l’objectif est d’éviter absolument une prise de pouvoir non constitutionnelle. La réalité elle, se trouve dans les rues de Ouagadougou. Les évènements pourraient se précipiter aujourd’hui vendredi, après le « jeudi noir » d’hier, survenu précisément vingt-sept ans et deux semaines après le « jeudi noir » du 15 octobre 1987 qui a vu la « mort naturelle » de Thomas Sankara.

L’histoire est un recommencement, mais elle n’enseigne jamais les esprits entêtés. Qui vivra verra !

 

André Silver Konan,

Journaliste-écrivain

Spécialiste du Burkina Faso

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 17:44

En novembre dernier, lors d’un forum sur le panafricanisme organisé à Ouagadougou où j’ai été convié, j’avais déclaré que je me méfiais de cette expression, surtout quand elle était utilisée par un politique. Je n’avais pas été bien compris par certains participants.


J’avais expliqué que le panafricanisme était devenu, en tout cas à notre temps (je ne parle pas du temps de nos pères), le refuge de politiques qui avaient un problème avec la démocratie, singulièrement l’alternance. J’avais déclaré, et cela avait suscité quelques mécontentements, que je prédisais que cette propension à brandir le panafricanisme était aux portes du Burkina Faso, que dis-je, du palais de Kosyam ; alors que je voyais se former dans le ciel ensoleillé de Ouagadougou, des soupçons de nuages de modification de la Loi fondamentale. Presqu’un an après, je note à ma grande honte, que ma prédiction est en train de se réaliser.

Au Burkina Faso, un panafricaniste de la 25è heure est en train de naître et il aura, je vous l’assure le soutien de nombreux militants « panafricanistes » d’Afrique et d’Europe. Parce que les politiciens de tous les continents ont compris qu’il est plus facile de rallier des masses à leur cause, par de grands mots, plutôt que par de petits actes.


Lisez plutôt : « Vous ne verrez pas le Burkina aller se mêler de comment on organise la vie politique en France, aux USA. Ce que nous souhaitons, c’est la liberté d’organiser la vie politique de notre pays. On ne va pas se mêler des lois américaines, françaises et autres, nous Africains. Je comprends difficilement qu’on soit toujours prompt à nous dire où il faut aller, où il ne faut pas aller, qu’est-ce qu’il faut faire. » (Blaise Compaoré, sur la BBC).


Ce langage, je l’ai déjà entendu dans bien de contrées africaines, ces dernières années, de la Côte d’Ivoire sous Laurent Gbagbo au Tchad d’Idriss Déby, en passant par la Guinée de Dadis Camara... Ainsi naissent nos panafricanistes africains du 21è siècle !

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André Silver Konan, Journaliste-écrivain

 

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 10:59

 

Un Nigérian affirme avoir trouvé le remède contre Ebola. Les Américains, qui, comme chacun le sait, ont trouvé un sérum expérimental, ont analysé son « remède » et décrété que celui-ci n’était rien d’autre qu’un…pesticide. Et voilà, les tenants africains de la thèse du complot occidental crient au scandale. Et moi je crie à ces derniers : stop ! Et je leur demande ceci : pendant ce temps, qu’avons-nous fait, nous Africains, pour prouver le contraire de ce qu’ont affirmé les Américains ?

 

Eh bien, nous nous lamentons. Nous critiquons les chercheurs américains qui selon nous, sont jaloux du savant nigérian et veulent empêcher par tous les moyens déloyaux, un Africain de découvrir le remède contre Ebola. Nous les pseudo-panafricanistes, vrais faux anti-impérialistes, nous nous enflammons. Nous faisons tout ce tapage, alors qu’il nous suffisait de faire une chose très simple, la chose la plus intelligente qu’on aurait dû faire avant tout : analyser nous-mêmes le « remède » du Nigérian.

 

En effet, le gouvernement nigérian aurait pu et dû commander plusieurs analyses du fameux remède, dans des laboratoires africains, européens, russes ou chinois. La communauté des chercheurs nigérians et africains aurait pu et dû inviter le « savant » en question, afin qu’il explique à la juridiction de ses pairs, la composition de ses molécules, et leurs effets sur Ebola. Les responsables en charge de la santé de nos pays touchés ou menacés par Ebola, si prompts à quémander le sérum expérimental américain, auraient pu et dû inviter notre « savant » à envoyer son « remède » dans leurs pays afin qu’il soit expérimenté sur des malades qui n’attendent que ça. N’est-ce pas plus simple ainsi ? N’est-ce pas la meilleure façon de situer le monde entier sur l’efficacité ou non de ce « remède » ?


Au lieu de ça, comme à notre habitude, nous allons passer le clair de notre temps, à nous lamenter sur notre sort, qui se trouve pourtant entre nos mains ; à insulter l’industrie pharmaceutique occidentale et à critiquer les scientifiques américains.

Et pendant ce temps, de deux choses forcément l’une : soit un savant nigérian émérite sombrera dans le doute et l’anonymat injustes ; soit un sacré charlatan nigérian va continuer à casser du détestable sucre sur le dos désespéré de malades sonnés par la fatalité.

Je l’ai dit et je le répète : il est temps que l’Afrique écrive sa propre Histoire, plutôt que de la subir !


André Silver Konan

Journaliste-écrivain

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 10:33

C’est un virus aussi vieux que mon âge. Qui sévit depuis plus de trois décennies, uniquement qu’en Afrique, avec aussi bien des victimes africaines qu’européennes (généralement des religieux catholiques). Pendant plus de 30 ans, nos chers dirigeants africains n’ont pas songé à constituer une équipe de chercheurs, de savants et de scientifiques, pour « travailler » sur le virus Ebola, afin de trouver un remède. 

 

Et voilà, il a fallu que deux Américains soient contaminés en Afrique, pour qu’on découvre que depuis un certain temps, des chercheurs américains expérimentent un sérum anti-Ebola. Et pendant ce temps, que croyez-vous que nous faisons en tant qu’Africains ? Eh bien, nous pleurnichons pour que les Américains nous donnent ce sérum, qui je le précise, n’est qu’expérimental, donc non validé et pas certain.


Bien sûr, les théoriciens du complot viendront encore nous rabâcher les oreilles sur un complot international contre les Africains (pour tuer les Africains, il suffit que les pays occidentaux et les institutions financières qu’ils contrôlent ne nous donnent plus de l’aide, Lol) mais le fait est là : un virus né sur les bords de la rivière Ebola dans l’ex-Zaïre, sévit en Afrique depuis plus de 30 ans, et aucun chercheur africain ne s’y est encore sérieusement penché. Ceci est une fuite en avant de nos autorités depuis plus de trente ans et nous devons le leur rappeler.


De l’autre côté, nous devons rappeler à nous-mêmes, en tant que simples citoyens, notre propre irresponsabilité. Nous devons relever cette détestable propension à la banalisation du risque (assimilable à l'inconscience) de certains Africains, y compris des Ivoiriens (il faut saluer, en passant, la réactivité du gouvernement, dont les mesures aux deux frontières de l’ouest, ont permis jusque-là d’épargner la Côte d’Ivoire). L'on a dit: ne mangez plus les rongeurs. Eh bien, que faisons-nous ? Nous prenons nos voitures à Abidjan, nous nous arrêtons aux carrefours des villages en province et nous achetons des rats à des paysans. Pire, nous prenons plaisir à aller manger de la viande de brousse dans les "maquis", alors que nous savons qu'en le faisant, nous encourageons les chasseurs et ceux qui touchent cette viande jusqu'à sa cuisson, à s'exposer au risque.


Mon message est clair. Autorités africaines, il est bien d’arrêter des mesures préventives, mais je pense qu’il serait mieux indiqué de combattre ce mal africain à la racine : dégager en toute urgence des fonds en vue de permettre à une équipe de scientifiques africains, de « travailler » sur le virus, pour trouver un remède efficace. L’intelligence n’a ni couleur, ni continent, c’est le fonds qui manque le moins en Afrique, sinon la volonté étatique. Je suis donc absolument convaincu qu’avec un peu de moyens, nos scientifiques africains arriveront à bout d’Ebola.  

En attendant, respectons scrupuleusement les mesures de prévention, Ebola, c’est pas du jeu !  

André Silver Konan  

Journaliste-écrivain

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 10:58

Certains disent : nous ne sommes pas encore indépendants. Je leur réponds : qui doit nous-redonner notre indépendance et comment cela doit se faire ? D’autres disent encore : nous avons eu l’indépendance politique, il nous reste l’indépendance économique. Je leur réponds : aucune Nation au monde, pas même la grande Amérique, n’est totalement indépendante économiquement.


Aux uns et aux autres, je dis ceci : le 7 août 1960, nous avons eu la plus parfaite des indépendances qui détermine toutes les autres indépendances : le droit souverain de mon peuple à disposer de lui-même, avec tout ce que cela implique. Le problème n’est donc pas les autres Nations plus ou moins puissantes qui nous empêcheraient de jouir intégralement de notre indépendance.


Croyez-vous que ça plait à certaines Nations que la Chine soit devenue en l’espace d’une génération, le premier exportateur mondial, devant l’Allemagne et les Etats-Unis ? Croyez-vous que ça plait à tout le monde que l’Inde dispose de l’arme nucléaire ? Pensez-vous que tout le monde accepte que le Brésil prenne le leadership des pays émergents ? Détrompez-vous si vous pensez que tout le monde est ravi que le Japon, ce pays d’Asie, petit comme la Côte d’Ivoire (377 915 km2), bombardé sans ménagement, il y a environ 70 ans, puisse être la troisième puissance économique du monde, devant la France et la Grande-Bretagne ?  


Autant cela ne nous plaît pas à nous Ivoiriens, de manger du chocolat importé chèrement de Suisse et de nous voir envahir par les produits chinois, autant nous devons comprendre que tout le monde n’est pas content que nous soyons les premiers producteurs au monde de cacao, devant l’Indonésie et le Brésil. Au demeurant, nous devons comprendre que notre croissance qui frôle les deux chiffres depuis trois ans (même si les effets sont peu perceptibles actuellement du fait du taux très élevé de pauvreté et d’emplois précaires, conséquence de la décennie gâchée ; il est clair que la Côte d’Ivoire prendra une sérieuse option sur la voie de l’émergence économique, si cette tendance est maintenue sur dix ans au minimum) suscite nécessairement des jalousies bien contenues, pour l’heure.


La question que les Ivoiriens en particulier et les Africains en général, devraient donc se poser est : qu’avons-nous fait de notre indépendance acquise par les pères de nos pères et les mères de nos mères, au prix de leur sang et de leurs larmes ?


Quand nous aurons répondu avec responsabilité à cette question, et donc déterminé nos propres faiblesses, nos rendez-vous manqués avec l’Histoire, notre refus d’assumer notre part d’héritage et de sacrifice, nos indisciplines, notre manque de courage et d’initiatives ; nous arrêterons de pleurnicher devant des mots devenus creux face à l’ordre mondial, tels le  colonialisme et l’impérialisme.

Et alors, nous nous mettrons résolument et fermement au travail qui seul, je dis bien seul, nous libérera des chaînes de la pauvreté, du sous-développement, de l’obscurantisme, bref, de la dépendance. Bonne fête de l’indépendance !

André Silver Konan

Journaliste-écrivain

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 13:35

Vous avez aidé au respect de la démocratie en Côte d’Ivoire, faites de même chez vous

 

Bonjour monsieur le Président,

L’actualité politique de ces derniers jours dans nos deux pays frères, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, m’amène à vous adresser cette lettre. Avant tout, je tiens personnellement à vous féliciter pour votre implication décisive dans la résolution de la crise ivoirienne. En tant qu’Ivoirien, je souhaite que la paix revienne définitivement dans mon pays à l’avènement du Président Alassane Ouattara. J’espère, par ailleurs, que nos deux pays, comme par ce passé enchanté, pourront, très rapidement, sceller leur re-union sacrée, retrouver leur fraternité perdue, et amorcer leur développement croisé. Si notre pays a réussi, dans la douleur et le sang de ses martyrs, à tourner, il y à peine, quelques jours, la page la plus triste de son histoire, c’est entre autres, grâce à votre patiente facilitation. Je vous en remercie donc.

 

Monsieur le Président,

Ce que j’ai à vous dire est à la fois simple et ferme : vous avez aidé au respect de la démocratie en Côte d’Ivoire, faites de même dans votre pays. Ce que vous, l’ensemble de la communauté internationale, ainsi que la majorité des Ivoiriens, ont réussi dans notre pays est la preuve parfaite que rien n’est impossible aux hommes de bonne volonté politique. Cependant, il vous reste à faire l’essentiel dans votre propre pays. L’essentiel, c’est réussir à instaurer la démocratie dans votre propre pays, la démocratie au sens stricte du terme, pas celle qui consiste à laisser un semblant de liberté à la presse, à permettre un semblant de liberté d’expression ou à organiser des semblants d’élections transparentes. En effet, les images et les informations qui nous parviennent de Ouagadougou et d’autres villes du Burkina Faso ne sont pas de nature à nous rendre fier du travail que vous avez abattu chez nous. N’appliquez pas la double formule inconséquente du cordonnier mal chaussé ou de celui qui ôte la paille dans un seul œil de son voisin, alors que ses deux yeux à lui, sont remplis de poutre. Appliquez la pédagogie de l’exemple. Je sais que vous pouvez le faire. Mais au fait que se passe-t-il dans votre pays ? Je ne vous ferai pas l’injure de vous l’expliquer, je vais décrypter cela sous les prismes d’un journaliste étranger qui aime votre pays où il a beaucoup d’amis et où il a reçu une reconnaissance internationale (prix spécial Norbert Zongo du journalisme d’investigation en Afrique de l’ouest, 2007) et qui considère que les Burkinabè et les Ivoiriens forment un même peuple.

 

Monsieur le Président,

Ce qui se passe chez vous est très simple, n’allez pas chercher loin. Il se résume en trois mots : soif de démocratie. Derrière chaque soldat mutin des camps Kambo-Nsin, Guillaume-Ouédraogo et Sangoulé-Lamizana, qui réclame une prime de logement, derrière chaque jeune de Koudougou qui manifeste contre la mort de l’étudiant Justin Zongo, derrière chaque commerçant de l’avenue Kwame N’Krumah qui met le feu au siège du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), votre parti, se cache en réalité un citoyen qui veut tout simplement la démocratie. Comprenez bien que ni la dissolution hâtive du gouvernement du Premier ministre Tertius Zongo, ni le limogeage spectaculaire du chef d’état-major des armées, le général Dominique Djindjéré, ne peuvent étancher cette soif de démocratie de votre peuple dans sa majorité. Si vous êtes allé à l’école du « Père fondateur » Félix Houphouët-Boigny, alors décryptez sereinement les messages certes violents et incontrôlés que votre peuple vous envoie, et apportez des réponses durablement appropriées plutôt que d’y trouver des solutions circonstancielles.

 

Monsieur le Président,

J’ai des solutions à vous proposer, en toute humilité. Cependant, avant d’y arriver, je souhaite que vous regardiez avec détachement le bilan politique de votre règne, qui, à vrai dire, commence à être un peu trop long et un règne un peu trop long finit par s’enliser, de façon souvent totalement involontaire, dans l’autoritarisme. A 60 ans dont 24 passés à la tête de votre pays, vous êtes arrivé au pouvoir en 1987, suite à la chute (j’utilise cet euphémisme pour ne pas susciter des passions) du capitane Thomas Sankara, arrivé au pouvoir trois ans plus tôt, avec vous du reste, comme bras droit. Vous avez attendu 4 ans pour organiser une élection présidentielle boudée par trois-quarts des électeurs. Réélu en 1998 pour un deuxième septennat, vous avez fait modifier la Loi fondamentale deux ans plus tard, non seulement pour limiter à deux, le nombre de mandat présidentiel, mais pour réduire à cinq ans, la durée dudit mandat. Les démocrates du monde entier ont applaudi. Vos adversaires eux, n’y avaient pas décelé la subtilité de la non rétroactivité de la loi, qui vous a permis de vous présenter en novembre 2005 et de vous faire élire à plus de 80% (on n’est pas très loin des scores soviétiques) contre 12 « petits » candidats et de remettre le couvert le 25 novembre dernier, toujours avec le même score et une forte abstention.

 

Monsieur le Président,

Voici en réalité d’où viennent vos problèmes. Ils sont d’ordre politique. Les problèmes militaires et socioéconomiques que les uns et les autres soulèvent ne sont que du vernis de colère posé sur un ongle rongé par des décennies de furoncles de frustrations. Ne vous y méprenez pas. Votre peuple réclame le changement. Maintenant ! Vous devez l’entendre, l’écouter et le comprendre. Votre peuple n’a rien à foutre (l’expression est grossière mais elle reflète la réalité) que vous ayez réussi votre médiation en Guinée et au Togo, et achevé avec succès votre facilitation en Côte d’Ivoire. Votre peuple veut voir de nouveaux dirigeants, et le fait que votre parti, par une sorte d’hystérie collective surréaliste propose un amendement de la constitution pour faire sauter le verrou limitatif des mandats, agace davantage votre peuple, fatigué de voir « les mêmes » depuis un quart de siècle.

 

Monsieur le Président,

Ne commettez pas l’erreur impardonnable d’écouter les apparatchiks de votre parti et les mensonges répétés et autant intéressés de votre entourage. Ceux qui vous font croire que vous êtes la seule personne au Burkina Faso à pouvoir être Président de la République durant ces quinze prochaines années, vous mentent. Les hommes de valeur, il en existe dans tous les secteurs d’activité et dans tous les milieux professionnels au pays des hommes intègres. Une seule personne, en dépit de toute son intelligence et de tout son charisme, ne peut pas diriger une Nation, correctement, dans l’intérêt collectif, et tournée vers le développement exclusif, pendant plus d’une décennie au troisième millénaire. Le temps des « Pères fondateurs », qui mesuraient leur aura à l’aune de leur longévité au pouvoir, est révolu. Les Denis Sassou N’Guesso, Mouammar Kadhafi, Paul Biya, Robert Mugabé, Teodoro Obiang N’Guema, etc., quitteront le pouvoir dans la honte et le mépris s’ils ne décèlent pas dès maintenant le signe des temps qui changent. Vous pouvez et vous devez refuser d’être comme eux, une espèce de dirigeants africains en voie de disparition contrainte. Encore une fois, n’écoutez pas les hypocrites qui seront les premiers, comme on le voit actuellement en Côte d’Ivoire, à sauter dans le bateau d’un nouveau commandant de bord, à qui ils feront, sans honte, ni remords, allégeance, pour espérer faire prospérer auprès de lui, leurs conseils malhonnêtes de navigateurs usurpés. Ceux-là veulent votre perte et veulent se délecter de votre humiliation. Ceci m’amène donc à vous proposer mes modestes recettes.

 

Monsieur le Président,

Vous devez dissoudre la commission électorale et nommer un président et des membres dont l’intégrité est de notoriété publique, en accord avec la société civile et l’opposition. Cette nouvelle commission va proposer un mode opératoire consensuel et parfaitement transparent, en vue des élections législatives qui auraient lieu, après que tous les partis se sont mis d’accord sur le mode opératoire. Dans l’attente, nommez un gouvernement de large ouverture avec des représentants des partis politiques représentatifs et de la société civile, après discussion avec ceux-ci. Ce gouvernement dirigé par un Premier ministre apolitique de consensus, doté de larges pouvoirs de l’Exécutif, sera chargé de conduire les réformes constitutionnelles, électorales, financières, institutionnelles, judiciaires, médiatiques, militaires, politiques. Bref. Des réformes désintéressées, profondes et radicales, qui vont doter votre pays d’instruments fiables et rigides pour devenir un Etat de droit, un Etat véritablement démocratique. Vous n’avez rien à y perdre, sinon tout à y gagner. Personnellement, je souhaite que vous n’attendiez pas cinq ans pour quitter le pouvoir, comme prévu par la constitution. Je préconise que vous donniez un signal fort à votre peuple et aux dirigeants africains encore tentés par l’obscurantisme suicidaire qui consiste à s’arc-bouter aveuglément au pouvoir, en acceptant d’organiser une élection présidentielle anticipée, au terme de toutes ces réformes. A l’issue de ces réformes vous pourrez vous retirer à Ziniaré, pour une retraite bien méritée et le monde entier vous dira « bienheureux ». Mettez-vous donc au-dessus de tous. Laissez la démocratie s’exprimer librement et soyez son dépositaire, comme Jerry J. Rawlings l’a été et l’est encore aujourd’hui, au Ghana. 

 

Monsieur le Président,

Je vous assure que si vous prenez ces engagements dès maintenant, et que vous commencez sincèrement, à les mettre en pratique, les manifestations de colère des uns et des autres cesseront et dans quelques petites années, vous serez classé au panthéon de grands dirigeants africains au même titre que les Mandela, Konaré, Diouf. Si vous voulez écouter la voix de ceux qui crient au complot des sankaristes, à la subversion « de jeunes drogués » (pour reprendre l’expression amusée du colonel Kadhafi), à la manipulation de puissances étrangères, etc., je ne peux pas vous promettre que le vent du destin qui a commencé à souffler dans les sables brûlants de Tunisie et d’Egypte, qui a emporté sur son passage enragé, Ben Ali et Hosni Moubarak, avant de descendre dans les profondeurs troubles de  la lagune ébrié pour faire chavirer la pirogue de Laurent Gbagbo, ne va pas atteindre les bords survoltés de la Volta.

Très respectueusement.

 

André Silver Konan

Journaliste écrivain ivoirien en exil (qui rentre bientôt au pays)

Prix spécial Norbert Zongo du journalisme d’investigation en Afrique de l’ouest

kandresilver@yahoo.fr

http://andresilverkonan.over-blog.com

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 12:40

-Forces et faiblesses des « 5 grands »

La première élection présidentielle véritablement démocratique de la Guinée met aux prises vingt-quatre candidats. Parmi eux, cinq candidats sérieux dont deux hyper favoris. 

Dimanche, pour la première fois dans l'histoire de la Guinée, après son indépendance en 1958, les Guinéens seront appelés à choisir librement, leur président de la république. Vingt-quatre candidats ont été autorisés par la cour suprême, à participer à cette compétition. Dix-neuf parmi eux sont considérés comme des " accompagnateurs " par l'opinion guinéenne. Selon des journalistes que nous avons interrogés, certains parmi ces dix-neuf " accompagnateurs " pourraient ne pas atteindre les 5% recommandés pour obtenir le remboursement de l'énorme caution de 400 millions GNF (environ 40 millions FCFA) exigés par le code électoral. 
Cependant, cinq candidats sont de sérieux prétendants au titre. Deux (Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé) apparaissent comme de super favoris et trois (Sydia Touré, Lansana Kouyaté et François Lonsény Fall) comme des outsiders.

Tout sauf Dalein
Grand favori du scrutin du 27 juin, Cellou Dalein Diallo est le candidat de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Son slogan " Pour une Guinée unie et prospère " est visible dans tout Conakry. A 57 ans, ce père de trois enfants a été ministre pendant près de dix ans, dans plusieurs gouvernements de Lansana Conté (décédé en décembre 2008), avant d'être nommé premier ministre, pendant un an et demi, entre décembre 2004 et avril 2006. Son omniprésence dans le système Conté est aussi bien un handicap qu'un avantage. " Il a une expérience prouvée dans la gestion des affaires de l'Etat ", soutient son directeur de la communication, Souleymane Thianguel Bah. " Un pur produit du système Conté ", rétorque Moustapha Naité, adjoint au directeur de la communication du candidat Alpha Condé. Le candidat de l'arbre et du soleil levant a un avantage solide sur ses concurrents : il connaît la Guinée, pour y avoir vécu toute sa vie, de l'enfance aux postes de responsabilité, en passant par les études. Cependant, le Peulh, natif de la Moyenne Guinée, traîne le boulet de l'accident de l'avion de l'UTA, qui a provoqué la mort de plusieurs Guinéens. En effet, il est accusé d'avoir délivré une licence d'exploitation à la compagnie, au moment où il était ministre des Transports. C'est contre son gouvernement que les premières manifestations sociales ont été dirigées, en 2006. Ses adversaires l'attaquent ainsi sur son bilan. Au demeurant, ses pourfendeurs clament qu'il est le champion de l'ethnocentrisme, en menant le combat du " Peulh ou rien ". Certains de ses supporteurs dans les rues de Conakry n'hésitent, en effet pas, à clamer haut et fort, qu'après Sékou Touré, un Malinké, Lansana Conté, un Soussou, Dadis Camara, un Forestier, l'heure est venue pour qu'un Peulh soit président de la République. Ces propos inquiètent une partie de la population qui oppose à cette thèse, celle de " Tout sauf Dalein ". Le candidat, quant à lui, veut bien montrer qu'il est au-dessus de la question ethnique. Son directeur de campagne, le pharmacien Dr Fofana, est un Malinké.

Condé, l'homme à battre
Un autre grand favori du scrutin : Alpha Condé, opposant historique reconnu comme tel. Ce statut est à la fois une force et une faiblesse. La force ? " Alpha Condé a une légitimité d'opposant que personne ne peut lui nier. Son nom n'est mêlé à aucun détournement ni scandale. Et il a le mérite d'avoir posé les jalons de la démocratie en Guinée en s'affichant ouvertement contre des systèmes ", démontre Moustapha Naité. Pour Souleymane Thianguel Bah, " cela est un problème, en ce sens que M. Condé n'a jamais rien géré dans ce pays. C'est un chèque en bois que de confier le destin d'un pays à quelqu'un qui n'a aucune expérience dans la gestion des affaires de l'Etat ". L'ex-député de 1995, Malinké, originaire de la Moyenne Guinée, avec ses 72 ans, est le doyen du scrutin. Paradoxe de l'histoire, il symbolise davantage le changement contre ses quatre challengers qui ont tous collaboré avec Lansana Conté, d'une manière ou d'une autre. Le candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) est réputé intransigeant et coléreux. Il ne le cache pas dans son livre-entretien, paru chez Jean Picollec, seulement la semaine dernière. Dans " Alpha Condé, un Africain engagé ", il confesse : " J'ai fait des erreurs, comme tout homme d'action pris dans la rudesse des épreuves politiques ". 
Mais il ajoute aussitôt : " Je suis confiant : toutes les conditions sont, aujourd'hui, réunies pour gouverner autrement notre pays, pour changer radicalement de cap ". Cette ambition de " refondation " va certes se buter sur un obstacle majeur : les quatre autres challengers du " professeur ", le considèrent comme un opposant à eux-mêmes, au moment où ils étaient aux affaires, et lui, ne cache pas qu'il les prend tous pour des produits du système qu'il a toujours combattu. 

Sydia, le moindre mal
" Sidya Touré, la solution pour la Guinée ". Le slogan du candidat de l'Union des forces républicaines (UFR) rappelle son passé de premier ministre. Entre 1996 et 1999, le passage à la primature de cet originaire de la Basse Guinée (un Diakhanké, ethnie minoritaire, proche des Soussous) est marqué par l'électrification de plusieurs quartiers de Conakry et de certaines villes de l'intérieur du pays. " C'est un bilan qui parle de lui-même ", souligne avec fierté Mamadou Saliou Baldé, un journaliste membre de la cellule de communication du candidat. Marié et père de quatre enfants, avec ses 65 ans bien comptés, il a fait l'essentiel de sa carrière professionnelle en Côte d'Ivoire. Cadre du Trésor ivoirien, il a même dirigé le très stratégique cabinet du premier ministre (ivoirien) Alassane Dramane Ouattara, entre 1990 et 1993. Principal handicap de Sydia Touré : son parti quoique largement représenté sur le territoire national, en atteste les dernières élections municipales (2005) n'a aucune assise sociologique. Dans un pays marqué par l'ethnocentrisme, en atteste une étude menée par des chercheurs de l'Université Général Lansana Conté de Conakry, Sydia Touré passe pour un extra-terrestre. " Ce n'est pas un handicap, c'est au contraire un atout ", rétorque Mamadou Saliou Baldé. Dans les états-majors des deux favoris, officieusement, l'on chuchote que Sydia Touré serait le candidat idéal qu'on voterait volontiers. A surveiller de près donc.

Kouyaté, l'invité de dernière heure
Brièvement (1997) premier ministre " de consensus ", sous la pression de la rue, Lansana Kouyaté bénéficie, du fait de son statut de fonctionnaire international, de nombreux soutiens à l'étranger, notamment du Libyen Mouammar Kadhafi. Avec son Parti de l'espoir pour le développement national (PEDN), il estime que " Le progrès se gagne ". Ses détracteurs disent de lui qu'il est un parvenu sur la scène politique guinéenne. A 60 ans, marié et père de deux enfants, il a fait l'essentiel de sa carrière à l'extérieur de la Guinée. Son dernier poste était basé à Abidjan. Il était le représentant spécial du président de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en Côte d'Ivoire. Son parti est jeune et il joue sur le même terrain…ethnique que celui d'Alpha Condé, à savoir le pays malinké. " Les quinze mois que j'ai passés à la primature ont montré aux Guinéens que leur pays pouvait être géré autrement ", rappelle-t-il dans tous ses discours. Il se présente donc comme un candidat du changement. Comme d'ailleurs tous les candidats.

La si longue absence de Fall
Le fait d'armes le plus connu de François Lonsény Fall est sa démission fracassante de son poste de premier ministre en avril 2004, après deux mois passés à la primature. C'est donc l'homme qui, ayant été dans le système (il a été ministre des Affaires étrangères et de la coopération, de 2002 à 2004), a osé dire " non " à l'autoritaire Lansana Conté. Son parti, le Front uni pour la démocratie et le changement (Fudec) est mal implanté sur le territoire national. Cela est lié à sa longue absence du pays, depuis 2004. Ses adversaires lui reconnaissent cependant, des qualités de bon gestionnaire et de grand diplomate. Son dernier poste était basé à Bangui. Il était le représentant spécial pour la République centrafricaine et chef du Bureau d'appui des Nations-unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (Bonuca). Il avait, auparavant, occupé le même poste en Somalie. A 61 ans, marié et père de trois enfants, le juriste Fall lance : " Construisons une Guinée démocratique et prospère ".

André Silver Konan
kandresilver@yahoo.fr
Envoyé spécial en Guinée



 

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