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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 20:14

"Jusqu’à quand allez-vous résister contre la démocratie ?"
 

Bonjour monsieur le président

J’ignore dans quel état d’esprit vous vous trouvez aujourd’hui, mais ce qui se passe dans votre pays ne peut pas me laisser indifférent. Vous avez bien failli perdre votre poste lors de ces trois jours de feu et de sang, les samedi, dimanche et lundi derniers. Vous êtes encore là grâce à l’armée française qui a tergiversé dès le départ puis a choisi définitivement par la suite, son camp, votre camp. Désormais, vous n’échappez plus au destin peu enviable de prétendu chef d’Etat africain vrai préfet français qui prend chaque matin ses ordres à l’Elysée, si ce n’est, dans une maison moindre au quai d’Orsay.

 

Monsieur le président,

Je disais que vous aviez failli perdre votre poste et vous n’en êtes pas encore épargné. Pendant ces trois jours de terreur à N’djamena où vous avez envoyé votre pauvre chef d’Etat major des armées se faire massacrer (c’est hélas le destin du soldat) ainsi que d’autres soldats gouvernementaux (c’est le destin lié au métier, je le répète) et où vous-même étiez terré dans un endroit où vous ne risquiez pas de recevoir un éclat d’obus, vous avez résisté. Au péril de votre vie. Je ne vous féliciterai pas pour autant. J’ai toujours eu en horreur les politiciens marrons qui pensent comme notre Charles Blé Goudé national que seule leur vie compte parce qu’ils ont un destin plus important que celui des pauvres gueux qu’ils invitent à arrêter de dormir, pour aller défendre la république en danger. En fait de république, c’est bien le poste d’une seule personne dont il s’agit. Je vous aurais félicité si vous étiez un démocrate accompli que des rebelles aigris et obscurantistes voulaient coûte que coûte déboulonner. Pendant ces trois jours de feu et de sang, je ne vous cache pas, si vous aviez été chassé du pouvoir, vous n’auriez personne pour pleurer sur votre sort. Surtout pas moi. Savez-vous pourquoi ? Parce que vous êtes un dictateur.

 

Monsieur le président,

Sauf votre respect, je vais vous rappeler l’histoire honteuse et ensanglantée de votre accession au pouvoir. Ainsi comprendriez-vous peut-être pourquoi ce qui vous arrive n’est qu’une logique de l’histoire, de votre propre histoire. Nous sommes en 1980. Vous avez juste 28 ans. Vous revenez de France où vous avez obtenu un diplôme de pilote professionnel. Vous rejoignez Hissène Habré dans les maquis soudanais. Le 13 novembre 1981, celui-ci avec la bénédiction et le soutien de Khartoum lance son offensive contre le gouvernement d’union ( ?) nationale dirigé par Goukouni Weddeye. Ce dernier est aussi un ancien rebelle bien connu de Khartoum. Huit mois plus tard, vous et votre patron boutez Goukouni Weddeye du pouvoir. Il est contraint à l’exil en Algérie. Hissène Habré est le nouvel homme fort et vous le tout puissant chef d’état major. Comme toute histoire de comploteurs, vos relations se compliquent et vous tentez de renverser votre beau-frère de putschiste le 1er avril 1989. Vous échouez. Où vous êtes-vous dirigé pour trouver refuge ? Au Soudan. Et que fait Hissène Habré ? Il crie à la trahison du Soudan et menace son voisin de tous les châtiments. C’est au Soudan que vous créez en mars 1990, votre Mouvement (rebelle) patriotique du salut (MPS). C’est du Soudan, (je rappelle que vous avez fait un tour en Lybie) que vous lancez une offensive sur N’Djamena. Celle-ci aboutit le 1er décembre 1990 au renversement de Hissène Habré. Ce dernier trouve d’abord refuge au Cameroun puis au Sénégal où il est sous le coup d’inculpations pour crimes contre l’humanité aujourd’hui. Pour Hissène Habré, la sempiternelle histoire des fins de règnes de despotes, s’est répétée de façon indiscutable. Avec en belle prime, un exil non apaisé troublé par des menaces d’emprisonnement dont s’est bien passé son prédécesseur. Magnifique parallélisme des formes pour un piètre balayeur balayé par un vilain balai. Qui règne par l’épée périt par l’épée…

 

Monsieur le président,

L’histoire ne vous a pas enseigné. Et vous voilà aujourd’hui en train d’être l’objet de cette terrible histoire qui risque fort de se répéter. Parce que qu’est-ce qui se passe aujourd’hui au Tchad ? Aujourd’hui, vous avez dans votre pays, des mouvements rebelles coalisés, soutenus, encore et toujours par le Soudan et qui sont mieux organisés, mieux équipés, mieux fournis en hommes que votre mouvement qui a chassé du pouvoir Hissène Habré ou celui de ce dernier auquel vous avez appartenu qui a chassé Goukouni Weddeye. Vous savez plus que quiconque que la France est à vos côtés, non pas parce que vous êtes un grand président soi-disant démocratiquement élu mais parce que vous êtes la meilleure garantie pour ses entreprises qui opèrent dans l’or noir et pour la force européenne qui doit se déployer au Darfour. Vous savez encore plus que quiconque, que si les rebelles qui vous en veulent, offrent cette même garantie à la France, elle risque fort de vous lâcher, pour éviter de s’empêtrer dans un magma africain qu’elle voudrait bien éviter après celui de la Côte d’Ivoire. Vous le savez. Alors pendant qu’il est temps, bénissez Nicolas Sarkozy et ses avions mirages qui vous ont épargné le naufrage. Pour l’heure, vous résistez. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand allez-vous résister contre la démocratie dans votre pays ? Jusqu’à quand allez-vous assister avec un œil indifférent à la fuite des habitants de votre pays vers d’autres cieux plus apaisés ? Jusqu’à quand allez-vous compter sur "l’appui logistique" français pour vous maintenir au pouvoir ? Jusqu’à quand allez-vous diriger un pays, d’une façon aussi tatillonne, dans la hantise, d’être renversé ? Jusqu’à quand allez-vous résister à l’accomplissement du destin de tout dirigeant putschiste ?

 

Monsieur le président,

Vous avez commis des erreurs et vous devez aujourd’hui en tirer les conséquences. Vous n’auriez jamais dû tripatouiller la constitution qui limitait à deux mandats, le règne présidentiel, pour vous représenter en 2006. A quoi vous attendiez-vous après avoir organisé des "élections calamiteuses" boycottées par l’opposition politique ? J’ai entendu notre chef d’Etat à nous, Laurent Gbagbo dire que "l’Union africaine doit trouver des mécanismes pour lutter contre les coups d’Etat". C’est sa façon à lui, de vous apporter son soutien. J’ai compris, pour ma part, qu’il n’avait encore rien compris et qu’il n’a pas encore tiré les conséquences de la rébellion dans son pays. Ce que l’union africaine doit faire, c’est de trouver des mécanismes pour construire la démocratie dans les pays africains. A travers des institutions fortes mises en place non pas "dans des conditions calamiteuses" mais selon des règles démocratiques universelles qui fondent l’Etat de droit. Aujourd’hui, il ne viendrait à la tête d’aucun soldat ghanéen, béninois, sud-africain…de se rebeller contre John Kufuor, Yayi Boni, Thabo M’Beki…La raison est que ces hommes sont arrivés au pouvoir dans les règles électorales de l’art démocratique et s’efforcent de consolider les institutions démocratiques de leur pays, sans préjuger de leur succès économique. Mais voyez-vous monsieur le président, personne ne s’émouvra en Afrique si des soldats se rebellent et chassent du pouvoir le Guinéen Lansana Conté, le Congolais Sassou N’Guesso ou le Gabonais Omar Bongo. Toutefois, que les rebelles ne pensent pas que c’est un blanc seing à leurs actes anti démocratiques et fermement condamnables. Je n’ai jamais toléré la rébellion, qu’elle soit en Côte d’iVoire, au Tchad ou ailleurs. Mais je dis qu’il ne faut pas donner des prétextes fiables voire légitimes à des voyous qui ne rêvent qu’à casser des banques et à rouler des jaguars.

 

Monsieur le président,

Vous êtes face à votre destin. Vous avez à choisir entre démissionner, négocier ou résister. La troisième option est suicidaire. Si vous choisissez la deuxième, vous devez acceptez l’idée d’un gouvernement d’union nationale qui intègre la rébellion mais surtout l’opposition politique et de la mise en place d’un pouvoir intérimaire qui se chargera d’organiser des élections ouvertes à tous auxquelles vous ne participerez pas, selon la constitution préalable que vous aurez réhabilitée. Pour ma part, je vous dis : démissionnez ! Votre arrivée à la tête du Tchad était une erreur et votre règne est un échec. Vous n’avez pas fait mieux que Hissène Habré et vous avez fait pire que Goukouni Weddeye. Les Tchadiens sont plus misérables que jamais, en dépit du pétrole qui coule à profusion dans des proches déjà bien garnies de votre galaxie. L’histoire a déjà inscrit votre nom au panthéon des dictateurs. Cependant, elle vous laisse le choix de partir dans la dignité. Démissionnez !

 

 

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Published by andré silver konan - dans politique africaine
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commentaires

makaila 15/02/2008 13:05

Bonjour cher André!
Je vous félicite énormément pour cet article éloquent
et courageux écrit et adresssé à Idriss Deby.Je l'ai
publié sur mon blog pour une large diffusion.
Merci bcp pour cette contribution excellente en
solidarité aux Tchadiens qui luttent pour le
changement du régime de Deby.
Mon blog:http://makaila.over-blog.com
Meilleures salutations

mahamat 14/02/2008 12:01

Slt!
Bonsoir, M. je tiens a vous remercier par rapport à votre réaction sur la situation de notre pays en adressant une lettre ouverte au prefet de Sarkozy qui meurtrie le peuple Tchadien à cause de ses interets personnels et ceux de ses maitres. Cela dit M. Konan votre compassion et votre attachement au peuple Tchadien qui vit sous la dictature la plus feroce du monde montre votre determination pour une Afrique libre, independante et prospére. Ainsi, permettez-moi de vous présenter mes vifs et chalereux remerciements pour le combat que vous menez à travers votre plume pour la liberation des opprimés en général et ceux du Tchad en particulier.
En fin je vous donne un certain nombre de sites Tchadiens afin que vous puissiez publier vos articles qui ont un apport considerable pour la lutte que nous menions contre la Dictature Debyenne .
Cordiales salutations!

tala mahamoud 13/02/2008 17:25

Bonjour,
Que DIEU soit avec vous, que la chance vous sourie encore plus dans votre vie et que DIEU vous réunisse un jour dans un moment agréable de la vie avec tous ceux qui vous sont chers.
Il m’est un grand un plaisir de vous adresser par la présente toutes mes félicitations, encouragements et mes remerciements pour le courage, la détermination, mais aussi et surtout le panafricanisme dont vous avez fait acte en adressant cette lettre a Deby. J’étais ébahis par votre point de vue, votre façon d’en construire et de concevoir les choses telles quelles sont pour évoquer ce problème en disant la Vérité. Cet acte est un exemple que nous devrons lutter avec, afin d’instaurer la paix et la démocratie dans notre pays malgré les gan grains qui le minent.
Je vous laisse sur ceci tout en espérant vous relire avec des idées aussi novatrices que pertinentes .Je vous remercie

kouassi kouassi 10/02/2008 17:13

salut andre

Je te presente tout d abord mes voeux les meilleurs pour cette annee 2008
Sante, succes, paix, etc. Tels sont les voeux, que je formule a ton egard sans oublier toute ta famille.
Parlant de la cote d ivoire et de son president, je voudrais que tu saches une bonne fois pour toutes, que chaque peuple a le president qu il merite a un moment donne de son existence.
Prenons l exemple du Liban.
A la fin du mandat constitutionnel de l ancien president ou premier minstre, la communaute international n a pas pu leur imposer un remplacant. Mais qu est ce que les ivoiriens ont fait a leur tour? N y a t il pas d intellectuels consciencieux, humains et responsables dans nos differents corps d armee pour arreter le massacre des militants de l opposant qui sont aussi leurs freres.
Souviens toi des evements au mali qui ont fait chuter l ex president Moussa traore.
Face au massacre de la population civile, un groupe d officiers conduits par ATT, a pris ses responsabilites en parlant a ses freres d armes pour mettre fin a cette tuerie pour sauver le poste d une seule personne, qui etait celui du president Moussa.
Voila comment Moussa traore a ete renverse et le pays a ete sauve. Et le Mali fait parti des etats democratiques aujourd hui en Afrique.
Comment comprendre que la population decide de manifester contre les responsables qui etaient impliques dans le scandale des dechets toxiques, et qu a notre grande surprise, cette manifestation pacifique est reprimee dans le sang par nos forces de l ordre. Pourtant ce produit est dangereux et mortel pour toute la population ivoirienne meme pour les militaires.
Tu sais Andre, ce pays fait vraiment pitie. La cote d ivoire ne merite pas cela. Le president HOUPHOUET a donne ume ame et une dignite a ce pays. Alors que celui d aujourd hui est en train de tout detruire. Pas de programme a long terme avec lui. Le pays va simplement mal

bayala 09/02/2008 09:15

Je vous remercie monsieur konan du courage que vous aviez eu en ecrivant cette missive à Deby une fois de plus l'afrique et ces africains ont montré à la face du monde de quoi ils sont capables à la manupulations des armles tous cela à cause d'un i,divudu qui se nomme deby et qui n'a pas fi en sa democartie et na pas peur non pluis de Dieu livre son pays à une rebelliuon que lui mème à contribuer à eriger par sa malgouvernance sur l'or noir et il à oser triptrouller une constitution en sa faveur car lui mème deby sait d'ouviennent les rebelles car lui aussi il est un ancien di maqui soudanais formé au soudan soutenu par le soudan pour pre,dre le pouvoir des hussène habre qui lui aussi est un produit de la mèmùe moule que deby et les rebelles car sème le vent recolte le vent deby à semmer la haine la malgouvernance au profit de son clan que du peuple qui souffre combien sont les tchadiens qui ont fuient le pays à cause du manque deliberté ils sont plusieurs lui mème deby en sait plus
lesprmières ventes du petrole l'argent à servir à payer des armes pourtant le peuple à besoin de routes des hopitaux et des emploies mais le grand deby s'en moque
ils son plusieurs presidents qui sont des preftes ou des commis français ils font ce que veut le maitre si non le pouvoir leur echappera ils oublient que c'est le peuple qui souffre mais commeils n'ont qu'une pierre à la plc"e du coeur c'est la bamboulade soyons un peu serieux l'afrique ne merite pas cela messieurs les presiendts de grace ayez pitrié et honte dece que vous faites car de la haut Dieu vous voie l'afrique et les fricains devraient ètre heureux mais comme nous avins des roitelt de la frnce afrique que voules vous moi je n'accuse pas la france car un seul pays ne peut pas dicter des lois à plus de 52 etats non c'est parceque ceux qui npous dirigent sont pas inteligent nos rois avant l'arrivée des colons s'occupaient mieux du peuple et les blancs en savent quelque chosemessioeurs les chefs et commis français hier c'etait laurant gbagbo de la cote d'ivoire kibaki du kenya aujourd'hui c'es le tchade de deby et demain à qui le tour ? ils sereconnissent ces presidents ils sont nomùbreux ceux là dont les fauteilles sont mencés