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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 11:13

En moins de dix ans, la capitale du Mali est passée de grande bourgade pauvre où des hommes assis sur des dos d’âne circulaient allègrement dans des rues petites et encombrées ; à une ville moderne avec échangeurs, larges rues et cités futuristes. Voyage dans le Bamako cuvé 2012.

 Aci-2000--Bamako.JPG

Cité administrative de Bamako, il est midi. Des fonctionnaires souriant, aux visages radieux, sortent par dizaines des bureaux climatisés. Ils se dirigent vers le parking souterrain où sont garés leurs véhicules. Cette cité est la fierté des Maliens, c’est le symbole du développement urbain du pays. Il y a quinze ans, cet espace abritait des bicoques qui relevaient plus du ghetto que d’un quartier digne d’une capitale. En moins de dix ans, la nouvelle cité est sortie de terre, superbe et attirante. Peinte en jaune or, la cité abrite le siège de douze ministères et la Primature. La Présidence restant logée sur le très coquet mon Koulouba qui a donné son nom au Palais présidentiel.  Lancés en 2003 par l’ancien président Alpha Oumar Konaré avec le soutien financier du Guide de la révolution libyenne Mouammar Kadhafi, les travaux ont pris fin en 2011. En septembre, c’est le président Amadou Toumani Touré (ATT) lui-même, qui a inauguré les bâtiments, en l’absence du principal donateur, tué lors de la crise libyenne.

« Depuis que nous avons déménagé ici, je sens que je donne le meilleur de moi-même », confie Djény Nana, l’une des secrétaires de la Primature, à une amie qu’elle invite à déjeuner à la pause, à la cantine de la Primature. Car il y en a une au sein de la Primature. Deux cantines au total, dans la cité. La cité administrative est influencée par une architecture soudano-sahélienne, autrement dit libyenne, avec sa finition en forme de minaret. Coût de ce joyau architectural bâti sur une surface de plus de 10 hectares: 53 milliards de francs CFA. Un tour dans cette cité propre, parsemée de jardins fleuris, dévoile la Primature, imposant bâtiment de 5 niveaux avec 173 bureaux, 1 salon VIP, une cantine pour le personnel, une salle de réunion pour le conseil de gouvernement. Les ministères eux, sont bâtis sur 4 niveaux. Une différence d’un niveau, sans doute pour bien montrer que le premier ministre commande les ministres.

Echangeur à voies multiples

Pour accéder à cette cité, le nouvel échangeur, autre fierté malienne, construite sur une avenue Cheick Zayed, bordée de fleurs et propre, offre un beau spectacle avec ses voies multiples et son monument surmonté d’une colombe, dédié à l’unité africaine. Unité africaine ? Justement, de l’autre côté de la voie, dans le dos de la cité administrative, le mémorial Modibo Kéita, du nom du premier président du Mali, offre au visiteur les posters fiers des pères des indépendances africaines : Houphouët-Boigny, Sékou Touré, Patrice Lumumba, Joseph Kasavubu, Jomo Kenyatta, Kwame Nkrumah…

L’une des voies de cet échangeur conduit à l’avenue du 5 septembre. Petite surprise technologique sur cette avenue, précisément au rond-point dit du cinquantenaire au quartier Boribana : un feu tricolore doublé d’un chronomètre à timing décroissant. « C’est à Bamako que je vois ça, s’enorgueillit un chauffeur de taxi, qui a passé son permis de conduire à Agboville, en Côte d’Ivoire où il a résidé pendant plus de dix ans. Même si on ne regarde pas le feu, le chrono est là. Quand on approche à 5 secondes, je m’apprête à démarrer ».

Autre symbole du nouveau visage de Bamako : le quartier Aci 2000. C’est le Cocody de Bamako, le Ouaga 2000 version malienne. Ici, les lots se payent en millions de francs CFA. La nouvelle ambassade de Côte d’Ivoire, non encore opérationnelle, y est bâtie. C’est un bâtiment moderne en verres, qui en impose et qui reflète l’image positive de la Côte d’Ivoire dans ce pays. Aci 2000 n’existait pas il y a dix ans. Et déjà, plusieurs entreprises commencent à y délocaliser leurs sièges. C’est le cas d’Orange Mali ou de la puissante société aurifère ghanéenne Anglo Gold Ashanti. Aci 2000 se distingue des autres quartiers de Bamako, non seulement par ses constructions modernes, mais par ses larges routes telles des avenues et ses espaces verts. Le gouvernement y applique une politique d’urbanisation stricte, contrairement à d’autres vieux quartiers de la ville comme à Baco-Djicoroni, le quartier populaire devenu célèbre dans le milieu de la diaspora ivoirienne de Bamako du fait que Tiken Jah Fakoly s’y est établi depuis quelques années.

Tapis roulant

Le nec le plus ultra d’Aci 2000 est incontestablement le Centre commercial de l’Aci, chef-d’œuvre co-réalisé par des architectes maliens et tunisiens, à hauteur de 7.6 milliards de francs CFA. Moderne et fier, l’édifice domine le Grand marché ou Marché rose sur la rue Karamoko Diaby. Le Centre commercial de l’Aci, c’est le Sococé Deux-Plateaux de Bamako, mais en plus grand. Il a été inauguré le  22 septembre. Un voyage dans ce centre de 6 ha, dévoile les ambitions de développement urbain du Mali. Cinq niveaux, un parking au sous-sol, une mezzanine,  71 espaces commerciaux, 18 toilettes au rez-de-chaussée, 10 à chaque étage. Le centre comprend également trois galeries commerciales dont deux latérales, avec chacune un hall circulaire spacieux et une galerie longitudinale centrale comprenant 3 grands halls de forme circulaire avec deux escalators. Ici, ces escalators sont une vraie curiosité. En effet, avec ce centre commercial, le tapis roulant, fait sa première apparition au Mali.

Sur la rue Karamoko Diaby, plusieurs autres grands chantiers sont en cours, dont les nouveaux sièges du Pari mutuel urbain, (PMU-Mali) et de l’Institut national de prévoyance sociale, (INPS).

Complexe numérique du futur

Les autorités maliennes ne veulent pas s’arrêter là. Après avoir réussi à faire pousser des immeubles (hôtels, commerces, services, etc.) aux abords de la voie qui part de l’aéroport de Bamako Sénou au centre-ville, là où des cases étaient encore visibles il y a dix ans, les autorités prévoient de construire un complexe numérique futuriste à la périphérie de la ville. Coût du projet : 16 milliards de francs CFA, financés notamment par la Banque africaine de développement (BAD). Ce complexe dont les travaux ont été lancés le 20 décembre dernier par ATT devra changer davantage le visage de Bamako. Il sera construit à Djicoroni-Para sur l’emplacement actuel du Centre de formation des postes et télécommunications (CFPT) sur 4.5 ha. «  Le complexe numérique constituera dans l’avenir l’un des piliers de la nouvelle économie, l’économie numérique, génératrice des emplois du futur, dispensatrice du savoir et du savoir-faire dans le Mali du 21è siècle », se plaît à commenter Modibo Ibrahim Touré, ministre des Postes et des Nouvelles technologies.

Hier raillée voire méprisée, Bamako surprend aujourd’hui tout visiteur par ses infrastructures modernes. La capitale malienne poursuit avec dignité son embellie et sa transformation morphologique. Abidjan la belle avec ses tours au Plateau, son autoroute nu nord et bientôt son échangeur à trois niveaux, a donc intérêt à renforcer sa toilette... 

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 11:10

ASK-bureau-decembre-2011.JPG

Grande Interview / André Silver Konan (Journaliste écrivain) à Ivoiremedia.com :

« Le RDR a trop dénoncé le tribalisme et l’exclusion dont il a du reste souffert, pour tomber dans le même jeu du tribalisme et de l’exclusion »

Il a toujours tiré la sonnette d’alarme par ses écrits sur la situation en Côte d’Ivoire de façon prémonitoire. Aujourd’hui, ivoiremedias.com lui tend son micro pour dire son sentiment et une analyse sans langue de bois comme on le lui connait sur les différentes étapes du processus de réconciliation en cours en Côte d’Ivoire.

 

Bonjour cher confrère, des législatives viennent de se tenir en Côte d’Ivoire. Et les indépendants ainsi que les femmes y ont fait une percée en force. Qu’est-ce cela  vous inspire-il ?

 

Ma réponse va porter sur les indépendants, puisqu’à mon sens, les femmes n’ont pas réussi une réelle percée. Les nombreuses candidatures indépendantes sont la preuve qu’il n’existe pas encore une réelle volonté de transparence dans le choix des candidats au sein des partis politiques. Aucune élection primaire n’a été organisée au sein d’aucune formation politique, ni au RDR d’Alassane Ouattara, ni au PDCI d’Henri Konan Bédié, ni à l’UDPCI de Toikeusse Mabri, ni au Cap-UDD de Gervais Coulibaly, ni au Lider de Mamadou Koulibaly. Vous remarquerez que tous ces partis ont tous des idéologies politiques différentes, souvent même radicalement opposées. Vous constaterez par ailleurs que le choix non transparent des candidats par les partis politiques touche aussi bien la mouvance présidentielle que l’opposition y compris celle qui est proche de Laurent Gbagbo. Il y a encore du travail à faire, puisque la plupart des indépendants se sont portés candidats par dépit et en rapport avec le mode de désignation ni démocratique et ni consensuel au sein des partis politiques. Conséquence : dans un parti comme le PDCI qui porte pourtant le mot « démocratique » dans sa définition, de nombreux indépendants issus de ses rangs ont raflé la mise face aux candidats officiels.

La Côte d’Ivoire va se doter d’un Parlement après les législatives du 11 décembre dernier. Mais avec le score du RDR, le PDCI-RDA garde-t-il encore ses chances intactes de se voir confier la Primature ?

Le PDCI garde encore ses chances de se voir attribuer la Primature. Je pense que Ouattara est homme à respecter ses engagements vis-à-vis d’un allié. Mais je crois savoir que cela pourrait prendre au moins quatre mois encore. On attend de voir.

A votre avis, est-il exclu que le RDR soit tenté de former un gouvernement de personnalités  majoritairement issues des rangs de cette formation politique ? Notre question trouve son fondement dans le fait que des candidats PDCI-RDA se soient retirés au profit de ceux du RDR. Votre sentiment ?

A mon avis, le président Ouattara va former un véritable gouvernement d’union, non seulement avec ses alliés du RHDP, mais avec des personnalités proches de Laurent Gbagbo. En tout cas, c’est ce qu’il devrait faire. Il n’a aucun intérêt à fermer le jeu démocratique autour du RDR dont, soit dit en passant, il demeure officiellement le président, ce qui n’est pas normal. Comme il n’est pas normal qu’il ne déclare pas ses biens, comme il s’y était engagé (rires).

La Côte d’Ivoire va enfin se doter d’un Parlement. Au vu des personnalités élues, à quel genre de Députés le peuple aura affaire ? Seront-ils beaucoup plus représentatifs de leurs mandants ou allons-nous assister encore à la bonne vieille assemblée disons ‘‘à la papa’’ où certains approuvaient les projets de loi en suivant le mouvement sans avoir compris un seul instant de quoi il s’agissait et l’impact de leur décision sur leurs régions ?

Le parlement sera monocolore, il ne faut donc pas rêver à y assister à de réels débats démocratiques. Cela est bien dommage pour la démocratie.

 

Les législatives du 11 Décembre 2011 ont vu la participation de beaucoup de cadres militants du Front Populaire Ivoirien en indépendant, n’était-ce pas une stratégie de reconquête du pouvoir sachant l’implication de leur parti dans les massacres perpétrés lors de la crise post-électorale et craignant d’en être sanctionnés dans les urnes en y allant sous cette étiquette ?

S’il y a des candidats que j’ai particulièrement suivi pour le compte de mon journal, Jeune Afrique, c’est bien ceux issus du FPI et globalement ceux qui se réclamaient de Laurent Gbagbo. Je puis dire que leur candidature n’obéissait pas à une stratégie du double langage du FPI. Ils avaient décidé d’y aller contre le gré de leur parti et ils ont d’ailleurs été suspendus par le FPI. Ils risquent la radiation, ce qui n’arrivera pas j’espère. Mais en même temps, secrètement, certains responsables du FPI, les plus modérés, les appuyait et ils comptaient bien sur eux pour former un groupe parlementaire proche du FPI à l’assemblée nationale. Malheureusement, presque tous ont échoué, pour une raison toute simple : le boycott du FPI a particulièrement ciblé les candidats issus de ses rangs. L’on a pu constater que les plus mauvais taux de participation ont été enregistrés dans des régions qui votent traditionnellement le FPI. C’est dommage, je pense que c’était une erreur de la part du FPI de ne pas aller aux législatives, quoique les trois conditions qu’il posait, à savoir la recomposition de la CEI, la sécurité et la libération des détenus du camp Gbagbo, étaient légitimes, même si concernant la libération du couple Gbagbo, cela apparaissait surréaliste pour le pouvoir.

Plusieurs candidats reconnus comme des militants du PDCI-RDA se sont présenté en indépendants. Quel pourrait être leur sort de ceux qui n’ont pas été élus ? Et celui de ceux qui l’ont été ?

 

Le PDCI ne prendra aucune décision contre ceux qui ont désobéi à son mot d’ordre. Ce parti est victime de ses propres turpitudes. Quant à ceux qui ont été élus, il y a des tractations visant à les faire revenir à la maison pour gonfler le chiffre historiquement lamentable de 76 députés que le PDCI a obtenu. Certains sont réticents et pourraient constituer un groupe parlementaire avec le MFA, qui à la surprise générale, a pu avoir trois élus. Les autres vont rejoindre leur parti.

 

Cela est la manifestation d’une indiscipline notoire. Dans le cas extraordinaire où ces récalcitrants ne sont pas sanctionnés, ne pensez-vous pas que ce soit la porte ouverte à toutes les fantaisies pour les prochaines échéances?

C’est la porte ouverte à toutes les fantaisies. Mais je pense que ce ne sont pas les indépendants qui sont en faute, mais c’est le mode de désignation des candidats qui est en cause. Je vous prends un exemple. A Attécoubé, après que la direction du PDCI eut décidé d’organiser des élections primaires, la base a désigné le maire sortant Paulin Claude Danho pour être la tête de liste. Quand Henri Konan Bédié est rentré  de son voyage à Paris, il a décidé d’annuler tous les résultats des primaires, expliquant qu’il privilégiait le consensus, ce qui est à encourager dans une démocratie. En termes de consensus, ce sont des candidats désignés après la première date de clôture des candidatures par la CEI, sur une base purement discrétionnaire du président, qui a été faite. Entre temps, tous les candidats à la candidature du PDCI, craignant d’être forclos sont allés déposer individuellement leur liste à la CEI. A trois jours de la deuxième date de clôture des candidatures, une liste de la direction du PDCI, publiée dans les journaux, désignait M. Danho comme candidat du PDCI, avec comme colistier M. Drissa Coulibaly, qui lui, avait déjà constitué une autre liste. Evidemment, étant donné que la direction du PDCI n’a pas entrepris de médiation pour réconcilier les deux hommes, et surtout, pour offrir des alternatives crédibles, aux colistiers de chacun des deux candidats, la campagne électorale s’annonçait difficile. Mais le PDCI a commis une autre erreur. A la veille de la date de clôture des candidatures, il a sorti sa liste dite corrigée sur laquelle ne figurait plus M. Danho et son colistier. Que feriez-vous à sa place devant ce manque de considération et de transparence manifeste ? Eh bien, c’est ce qui s’est passé dans plusieurs endroits notamment à Yamoussoukro où le PDCI a perdu avec une liste officielle et trois autres listes issues de ses rangs, alors que les voix obtenues par tous ses candidats dépassent de loin celles du RDR. Voilà pourquoi je dis que le PDCI est victime de ses propres turpitudes.

Quel commentaire sur la débâcle de Koulibaly Mamadou de Lider à Koumassi et de la majorité des candidats du FPI indépendants?

La défaite de Mamadou Koulibaly à Koumassi était prévisible. Je l’avais annoncée. Le fait est que Mamadou Koulibaly sans le FPI n’est rien, alors que le FPI sans Mamadou Koulibaly et avec Laurent Gbagbo reste le FPI. Quant aux candidats issus du FPI, ils ont été particulièrement visés dans la campagne de boycott du FPI. Par exemple dans le village du président de la coordination des candidats indépendants issus du FPI, Séry Déhoua, des personnes sont passées pour dire que Gbagbo a dit que si les populations veulent le revoir, elles ne doivent pas voter. A la veille du scrutin, des SMS disant que les FRCI descendraient dans les villages de la région pour massacrer tous ceux qui participeraient au vote, ont circulé. Les villageois sont tombés en brousse (rires) au sens vrai du terme pour fuir d’éventuelles représailles. Evidemment, c’était de l’intox. Mais quand ils sont sortis de la brousse, ils avaient un nouveau député qui avait été élu par une poignée de ses supporters et qui n’était pas celui qu’ils auraient aimé voir élu. Sinon, les candidats indépendants issus du FPI avaient toutes les chances de l’emporter dans les localités qui votent traditionnellement le FPI.

Certains candidats désignés par le PDCI-RDA ont mordu la poussière face aux indépendants se réclamant du parti. Cela ne pose-t-il pas le problème de la méconnaissance du terrain par la direction?

Le top management du PDCI n’a tiré aucun enseignement de ses débâcles passées, depuis le coup d’Etat de 1999, jusqu’à sa défaite à la présidentielle de 2010. Cela est fort dommage pour les jeunes de ce parti, qui a pourtant sa carte à jouer et qui, s’il était dirigé avec une vision claire et une stratégie pointilleuse, pourrait très rapidement revenir aux affaires. Si le statu quo demeure, je crains que ce parti ne parte à reculons. Aujourd’hui, de première force politique du pays, il est passé à la troisième force politique derrière le RDR et la coalition pro-Gbagbo. Cela devrait interpeller ses dirigeants sur la nécessité d’une réorganisation structurelle et stratégique de ce parti.

L’on observe une percée de la jeunesse lors de ce scrutin, quel est votre sentiment ?

Dans de nombreuses localités, le discours de rupture des jeunes, a payé. Les vieux sont souvent perçus par les électeurs comme des personnalités potentiellement corrompues ou ayant trop « mangé » sans avoir suffisamment pensé à leurs cadets.

Que pouvez-vous dire des femmes élues Députés ?

Les femmes doivent se battre davantage pour occuper pleinement leurs places dans toutes les composantes de la société et dans toutes les sphères de décision. Dans une Côte d’Ivoire où le combat pour le genre n’est pas mené par les hommes, c’est à elles d’arracher et de mériter leurs places. Les leaders politiques doivent aussi faire la promotion des femmes. Cela paye en politique. La preuve est faite avec Yasmina Ouégnin que le PDCI a promu à Cocody. Par la force des choses, elle est devenue la tête de liste devant l’autre candidat dont j’ai d’ailleurs oublié le nom. Pour moi, elle est la révélation de ces législatives.

L’on comprend difficilement que malgré les séances de formation aux techniques du vote que les partis politiques ont multiplié surtout avant les présidentielles, il y ait pu encore exister des bulletins nuls par milliers. A quoi cela est dû à votre avis?

Ecoutez, je n’ai pas encore vu de candidat frapper aux portes de potentiels électeurs pour leur apprendre à cocher leur nom dans une case sur un bulletin de vote. C’est la sensibilisation de proximité qui va régler cela, non les campagnes de masse, que les gens suivent de loin et avec distraction.

La majorité réclamée par le RHDP l’Assemblée Nationale va-t-elle constituer un atout pour le Chef de l’Etat ou tout au contraire, un problème dans la gestion quotidienne de ses pouvoirs ?

 

Le RHDP ne constituera pas un problème pour Ouattara à l’assemblée nationale. Dans un scénario improbable où cette coalition volerait en éclats avant 2016, le chef de l’Etat peut compter sur les députés du RDR, qui sont majoritaires à l’assemblée nationale.

Quel est votre sentiment sur les nombreuses réclamations et de contestations de certains candidats aux législatives sur le bureau du Conseil Constitutionnel ?

C’est la preuve que les Ivoiriens commencent à intégrer les voies démocratiques de gestion des contentieux électoraux. C’est aussi la preuve que Francis Wodié, le nouveau président du conseil constitutionnel inspire confiance. Le traitement diligent et impartial de toutes ces réclamations constitue pour Wodié un véritable test de crédibilité. Il joue non seulement sa réputation, mais son honneur.

 

Un certain Jaguar s’est fait élire Député d’Attécoubé sans être démobilisé ni avoir démissionné de l’Armée ? Que vous inspire cette situation ?

Les dieux sont tombés sur la tête en Côte d’Ivoire, voilà ce que je peux répondre. Je pense aussi que l’affaire est sur la table de Wodié.  

Et les événements de Vavoua suivis des décisions de Ouattara ?

Les évènements de Vavoua sont arrivés pour faire éclater au grand jour, un problème que personnellement je dénonce depuis toujours : les activités inacceptables des FRCI. Il est bien que cela soit arrivé à Vavoua, une localité située en ex-zone FAFN, parce que si cela avait été à Gagnoa, à Duékoué ou à Alépé, il se serait certainement trouvé des gens pour accuser des pro-Gbagbo, d’avoir initié ces actions et le problème aurait été éludé. Il faut donc saluer la fermeté de Ouattara sur cette question des FRCI. Il était dans une posture difficile, entre des agissements incorrects de commandants de zone, de ville et de secteur qui l’avaient aidé à arriver au pouvoir et la nécessité de protéger la population face à ces agissements. Les premiers témoignages sur le terrain sont de nature à croire que sur la question des FRCI, le chef de l’Etat est en train d’affirmer son autorité, comme je l’avais demandé dans un article.  

Malgré la bonne volonté affichée des forces armées et impartiales en Côte d’Ivoire, l’on ne peut pas dire que la sécurité était vraiment garantie lors de ce scrutin ? Votre avis ?

La sécurité était relativement garantie lors de ce scrutin. En 2000, il y a eu des dizaines de morts, suite au boycott du RDR. En 2011, il y a eu cinq mort, dont trois liés à une explosion de grenade, qui n’avait aucun rapport avec des revendications politiques et le décès d’un candidat. Cependant, l’implication de certains cadres des ex-FAFN dans la campagne électorale, surtout dans le nord (il y a eu des photos que j’ai vues sur abidjan.net) a faussé le jeu démocratique dans certaines localités.

Nombre d’Ivoiriens comprend difficilement le découpage administratif actuel de la Côte d’Ivoire ? Et vous ?

Il y a deux choses dans ce nouveau découpage. La première chose concerne le redécoupage administratif. Ce nouveau redécoupage pour ce qui concerne la nomination des gouverneurs est une anomalie démocratique dont avait usée Laurent Gbagbo à des fins politiciennes. Il est dommage qu’Alassane Ouattara perpétue cette anomalie. Par ailleurs, je crois savoir, si je ne m’abuse, que les gouverneurs des 14 districts seront nommés. Si tel sera le cas alors ce serait un recul démocratique car la tendance est à la décentralisation, non à la déconcentration. En outre, je vois d’ici là, des querelles de leadership entre les gouverneurs nommés directement par le président, qui cherchera incontestablement à placer ses hommes et les présidents des conseils régionaux élus, ainsi que des conflits de compétence. Concernant les conseils généraux transformés en conseils régionaux, cela est juste du point de vue de l’efficacité, mais il reste une question que les autorités, à mon sens, vont éluder : que vont devenir les centaines de travailleurs dans ces administrations ? La deuxième chose concerne le nouveau découpage électoral. Je constate avec Laurent Akoun que sur 30 nouvelles circonscriptions électorales créées, plus de la moitié est située au nord. Cela ressemble à un redécoupage sur mesure et cela n’augure rien de bon pour l’équilibre géopolitique.

Quel est votre sentiment sur le transfert de Laurent Gbagbo à la CPI ?

Ma position sur le transfèrement de Laurent Gbagbo à la CPI est radicalement simple : il y a eu 3.000 morts en Côte d’Ivoire pendant la crise postélectorale et il faut bien que quelqu’un paye. Il y avait deux principaux belligérants : lui et Alassane Ouattara. Dans mes épitres que j’adressais à mon ami Koudou pendant la crise postélectorale et alors que j’étais en exil, j’ai à maintes fois prévenu M. Gbagbo qu’il pourrait se retrouver à la CPI, parce que ce sont les vainqueurs qui décident du sort des vaincus, et que lui, allait perdre la guerre après avoir perdu l’élection. Je l’invitais à se retirer pour que s’arrêtent les massacres dans les deux camps et par les deux camps. Il n’a pas écouté, il a joué et il a perdu. Il doit assumer. Si c’était lui qui avait gagné, au mieux, Alassane Ouattara serait à la CPI, au pire, il serait dans un autre monde. Je l’ai dit et je le répète, c’est malheureux que ce soit ainsi, mais la justice a été toujours celle des vainqueurs. Autrement, les généraux de l’armée rouge, dont les troupes ont commis les pires massacres en Allemagne pendant la bataille pour faire tomber Hitler, auraient dû être jugés pour crimes contre l’humanité au même titre que les nazis. En le disant, je ne défends pas ceux qui appliquent une justice des vainqueurs, car mon position est que tous ceux qui ont commis des crimes doivent payer, mais je décrypte froidement une situation qui équivaut à dire, que rarement les hommes politiques se font hara kiri. Il appartenait à Gbagbo d’inviter la CPI en Côte d’Ivoire pour enquêter sur les crimes commis à Bouaké par les ex-FAFN, il ne l’a pas fait, parce que lui aussi avait des cadavres dans le placard avec les escadrons de la mort. Les partisans de Gbagbo ne doivent donc pas compter sur Ouattara pour exiger la lumière sur ces faits passés d’une force militaire qui l’a aidé à arriver au pouvoir. Aujourd’hui, Ouattara a ouvert la boîte de Pandore de la CPI, cela met la pression sur lui-même et sur ses proches. Par ailleurs, je pense qu’à la CPI, Gbagbo a la possibilité de mieux se défendre. En dépit de tout ce que ses partisans peuvent dire aujourd’hui, sur la partialité de la CPI ou son inféodation aux puissances coloniales ou occidentales, vous savez, ce genre de slogans vaseux qui ont pour seul mérite d’endormir les consciences peu éclairées ; la CPI travaille en toute transparence, en atteste ses séances publiques. Si Gbagbo n’a rien à voir avec les 3.000 morts, il sera libéré, sinon, il sera condamné. Et les marches de soutien à La Haye, les slogans du genre « No Gbagbo, no peace », les accusations totalement farfelues contre Sarkozy qui a mieux à faire avec son élection en 2012 que de s’occuper de livrer Gbagbo à la CPI, n’y pourront rien. Au fait, j’ai bien compris que Gbagbo est devenu un fonds de commerce pour des gens en France. Je vois ce qui se passe ici à Paris, et j’ai mal pour tous ces gens qui à Abidjan ou à Accra, croient naïvement qu’ils luttent pour une cause, alors qu’ils luttent pour l’enrichissement d’une catégorie de personnes. Bref, je n’en dirai pas plus. 

Quel commentaire sur l’arrestation et la libération des journalistes de Notre Voie ?

C’était une erreur inadmissible et je crois que la justice s’en est repentie en libérant les confrères. Il faut que le parquet du Plateau comprenne une fois pour toutes qu’on ne doit pas arrêter un journaliste pour ses écrits dans un journal. La loi sur la presse votée en 2004 et applaudie par les tenants actuels du pouvoir, l’interdit. Ce sont les magistrats qui doivent faire appliquer la loi qui souvent se montrent peu regardants face au respect de la même loi. C’est une hérésie judiciaire, un mauvais signal envoyé aux justiciables et qui est la preuve qu’on est en droit de se poser des questions sur l’indépendance de la justice. Enfin il faut que les politiques qui très souvent font pression sur les magistrats comprennent qu’on n’amènera jamais un journaliste à diluer sa plume ou à retourner sa plume, en le mettant en prison. Bien au contraire, très souvent, c’est précisément le résultat contraire qu’on obtient.

A quand le prochain André Silver Konan en kiosque ?

Raison d’Etat, mon deuxième livre, sortie en octobre, est toujours en librairie. On prévoit d’autres dédicaces au premier trimestre 2012 à Abidjan. En attendant mon prochain livre qui pourrait être une sorte de récit exclusif et chronologique romancé sur ce qui s’est réellement passé 19 septembre 2002, j’invite les Ivoiriens à s’offrir Raison d’Etat et à offrir Raison d’Etat, en guise de cadeaux de nouvel an à leurs proches.

Vos vœux pour l’année 2012 ?

Je souhaite que la paix revienne vraiment dans mon pays pour qu’enfin, des investissements massifs créent des emplois pour nos frères et sœurs.

 

Votre mot de fin

J’aimerais dire que notre pays peut et doit se relever. Personnellement, je crois que le président Ouattara s’est mis à la tâche et les résultats sont bien visibles dans les rues d’Abidjan. Même ceux qui n’approuvent pas son arrivée à la tête du pays, sont obligés d’admettre que du point de vue du travail, il s’applique. Cependant, je souhaite de tout cœur que les autorités ne tombent pas dans le piège de leurs prédécesseurs, car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le RDR a trop dénoncé les maux tels le tribalisme et l’exclusion dont il a du reste souffert, pour tomber dans le même jeu du tribalisme et de l’exclusion. Les gens ont beau le nier ou l’expliquer, cette politique n’a jamais construit une nation. Je souhaite une vraie réconciliation dénuée de toute hypocrisie et cela est de la responsabilité du pouvoir, non de l’opposition. Le pouvoir doit poser des actes concrets, non proclamer des slogans, tout comme l’opposition, principalement le FPI doit sortir de son mal le mieux partagé, à savoir l’extrémisme. La réconciliation passe par l’ouverture du jeu démocratique par le pouvoir et par des actes diligents de l’opposition.

Réalisée au téléphone par Gervais Y DJIDJI

gervais.djidji@ivoiremedias.com

Source : ivoiremedia.com

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 18:10

André Silver Konan est journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la Guinée. Ecrivain, blogueur et analyste politique, il a été le premier journaliste de la presse internationale à s’être rendu à Conakry après l’attaque du domicile d’Alpha Condé et le premier à avoir fait le film de cet évènement. Il livre à Afrik.com son analyse de la situation. 

Deux ans après le massacre du 28 septembre, qui avait fait plus d’une centaine de morts, le sang a de nouveau coulé à Conakry.  L'opposition a eu-t-elle raison de maintenir sa marche, malgré l'interdiction gouvernementale ?

Je ne m’exprime pas en termes de raison ou non de l’opposition ou du pouvoir, mais en termes de droit constitutionnel. L’opposition a-t-elle le droit constitutionnel de marcher ? La réponse est oui. Constitutionnellement, le pouvoir est-il fondé à interdire une marche ? La réponse elle aussi est oui. Ma position est qu’idéalement, il faut laisser les gens manifester leurs joies comme leurs mécontentements, dans un cadre sécurisé par les forces de l’ordre.

 

L’objectif des manifestants était de protester contre la nomination, jugée partiale, de la CENI, Commission Electorale Nationale Indépendante, chargée d’encadrer les élections législatives prévues fin décembre 2011. Est-ce le cas ? Va-t-on vers des élections truquées ?

L’objectif des manifestants n’était pas seulement de protester contre des nominations à la Ceni, mais d’obtenir une date et une organisation consensuelles des élections législatives. Pour l’heure, nous n’en sommes pas là, mais le cadre de concertation mis en place à l’initiative du pouvoir et sous la pression de l’opposition, est à encourager. Nul n’a intérêt à voir la Guinée replonger dans le spectre du sang. En attendant, et pour répondre à votre deuxième question, je fais remarquer qu’il est difficile de parler d’élections truquées en Guinée dans les conditions instituées par le code électoral. En réalité, il faut connaître le modus operandi des élections en Guinée. De façon pratique, cela se décline ainsi : chaque candidat à des élections locales (comme générales) peut déléguer des représentants dans tous les bureaux de vote de sa circonscription. A 18h, après la fermeture du bureau de vote, chaque représentant de candidat est autorisé à assister au dépouillement et à la signature du procès verbal. Une copie de ce procès verbal lui est remise. Il est très aisé pour chaque candidat d’agréger les résultats des bureaux de vote qui lui parviennent de la part de ses représentants et de confronter ses résultats avec ceux proclamés par les commissions locales où il peut aussi se faire représenter. Je ne vois donc pas comment, un candidat vigilant tant en amont qu’en aval, sur tout le processus, peut se faire voler sa victoire.

Alpha Condé avait promis des élections six mois après son investiture. Le délai est largement dépassé. Est-ce le facteur qui a suscité la mobilisation de l'opposition ?

C’est l’un des facteurs. L’opposition a trouvé la « prolongation » suspecte, surtout qu’il a été question de reprendre intégralement le fichier électoral qui a servi, il faut le souligner, à l’élection présidentielle de juin et décembre 2010.

Cellou Dalein Diallo, l’ancien premier ministre et actuel chef de l’opposition, a dénoncé les dérives dictatoriales de Condé. En est-on là ?

M. Diallo utilise des termes théoriques familiers aux opposants, il appartient au pouvoir de démontrer le contraire dans les faits. Ma position qui est d’ailleurs très simple, est que tout pouvoir a intérêt à écouter et à respecter son opposition et toute opposition a intérêt à s’inscrire dans une démarche citoyenne. Hélas, cela manque beaucoup en Afrique où les dirigeants politiques qu’ils soient opposants ou au pouvoir,  tirent tant sur la fibre ethnique, qu’à la fin, l’équilibre de la nation se rompt.

L'armée n'est pas intervenue hier (le 27 septembre, NDLR). Quel rôle peut-elle jouer dans cette situation de blocage entre le pouvoir et l'opposition? Un coup d'état militaire avait déjà été déjoué en juillet dernier ? Condé est-il réellement menacé ? Par qui ?

L’armée n’est pas intervenue et c’est une grande victoire pour le président Condé. Cette manifestation faisait figure de test de contrôle de l’armée, par lui. Il a passé son test. Cependant, la gendarmerie et la police sont intervenues. La manifestation a montré que les éléments de ces deux corps ont besoin non seulement d’être formés, mais d’être dotés d’outils conséquents. De même, les attaques de manifestants contre des gendarmes qui pour certains ne disposaient même pas d’une matraque, a bien montré que les dirigeants de l’opposition ne contrôlent pas leurs militants et ne les disposent pas au respect des institutions et des biens publics. Pour autant, un coup d’Etat militaire en Guinée est pour l’heure hors des esprits des militaires y compris ceux qui ont fui le pays pour des raisons diverses, depuis les évènements du 19 juillet. Je ne dirai pas que M. Condé est menacé, mais je constate qu’il se bute à de nombreuses problématiques. La première reste l’armée dont la réforme tarde du reste. La deuxième est son propre camp qui navigue souvent à contre-courant du rassemblement prôné par le chef. En clair, Condé doit fermement montrer aux siens qu’il est venu pour travailler pour tous les Guinéens, non pour une partie des Guinéens. Ce matin, au lendemain de la marche, certaines descentes bien ciblées dans certains quartiers ben ciblés, étaient totalement inconséquentes. Elles n’ont pour seul mérite que de braquer davantage des communautés contre les autorités. La troisième est le chômage dans un pays au potentiel agro-géologique impressionnant. Une bonne politique agricole offrirait du travail à ces milliers de jeunes qui ne veulent que travailler. Prenons un exemple simple, les autorités pourraient décider d’encourager les jeunes au retour à la terre, à travers (je dis n’importe quoi), la subvention de plantations de palmiers à huile. Les terres arables existent, les bras valides sont là, il suffit de créer des structures d’encadrement agricole, une banque pour le financement de l’agriculture qui serait doté d’un capital tiré de prélèvements sur la vente de bauxite, dont le pays est le premier producteur africain. En subventionnant cent  jeunes par commune rurale par an, qui eux emploieraient dix autres jeunes dans chaque plantation chaque année, on crée près de 33.000 emplois par an. Je dois reconnaître que ma proposition peut paraître naïve (rires). La dernière problématique est l’opposition qui a le sentiment d’être méprisé, ignoré et qui pose souvent des actes qui ne vont pas dans le sens de l’unité nationale. Cette opposition doit pour sa part, sortir du carcan infernal de la tribu assiégée dans laquelle elle aurait tendance à s’enfermer et qui fait qu’il lui arrive de surfer sur la politique de la tribu, qui a fait tant de mal à la Guinée depuis 53 ans.

De quelles marges de manœuvre dispose l'opposition ?

Il convient de distinguer ici entre l’opposition radicale amenée par la Coalition des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’opposition modérée représentée par l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP). La première, la plus importante, en ce sens qu’elle regroupe les deux principaux partis de l’opposition, à savoir l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sydia Touré, va peut-être durcir davantage sa position, puisqu’elle a ajouté à son chapelet de revendications préalables, le limogeage du gouverneur de Conakry et la démission du ministre de la Sécurité. De son côté, l’ADP des anciens premiers ministres Jean Marie Doré et Lansana Kouyaté, qui s’était d’ailleurs désolidarisée de la marche du 27 septembre, va continuer de discuter avec les autorités. Mais il ne faut pas s’y méprendre, il peut s’agir d’une répartition des rôles au sein de l’opposition guinéenne dans une stratégie du méchant et du bon opposant, le premier usant de pressions, le deuxième choisissant la diplomatie, mais les deux visant le même objectif : l’obtention de garanties pour les élections locales de décembre. Le dialogue inclusif qu’appelle le pouvoir, qui a eu assez d’humilité pour reprendre l’initiative, pourrait voir la participation de toutes les forces vives du pays, ce vendredi. Ce serait un grand pas vers le calme et vers la consolidation de la démocratie en Guinée. Je pense que toutes les parties ont assez montré leurs muscles et ont suffisamment joué à se faire peur, force doit être maintenant à la négociation, car en définitive, rien de fondamental n’oppose le pouvoir et l’opposition : ni la date de l’élection, ni la composition de la Ceni, ni le fichier électoral, ni l’accès équitable aux médias d’Etat.

Par Dounia Ben Mohamed

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 22:15

Guinée Conakry : un Etat en faillite / Voyage au cœur d'une république “malade”

 

Un sous-sol riche en minerais. Des dirigeants sans vision. Une population majoritairement pauvre qui assiste dans une résignation mal contenue, l'agonie de son président et de ce qu'a été sa fière Guinée. Reportage au pays de Sékou Touré.

 

Vendredi 30 juin. Il est 18h 10. Le bœing 737 de la compagnie nigériane Belleview pointe son nez dans le ciel de Conakry. Dans les hublots, le littoral, étonnamment beau de la basse Guinée, offre son labyrinthe d'affluents de fleuves qui se jettent dans une mer joyeuse. Aéroport prétendument international de Conakry-Gbessia. Rien à voir avec l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan. Quand l'avion qui a accusé un retard de deux heures à l'étape de Lagos (c'est une tradition bien nigériane) vomit sa vingtaine de passagers, un bus vient se placer à la hauteur de l'échelle de coupée. Les non habitués s'étonnent. Les habitués y sautent. Un groupe d'Asiatiques ignore royalement le mastodonte. Ils n'ont pas tort parce qu'ils arrivent au salon d'enregistrement avant les passagers du bus. La distance ne vaut pourtant pas 50 mètres. "C'est pour éviter que les gens marchent sur le tarmac", explique quelqu'un dans le bus. Un habitué très décontracté. Un Guinéen. Au point de contrôle des visas, des agents de police sous le regard faussement d'un "commissaire" en civil, contrôle les identités. "Carte jaune !", aboie une femme de près de 50 ans portant une blouse blanche défraîchie. Ceux qui n'ont pas la fameuse carte (jaune) de vaccination doivent payer. Le groupe d'Asiatiques semble ne pas être intéressé par ces formalités. Sur un signe du "commissaire" tout sourire, ils passent tous, leurs passeports visés en main. Extraordinaire hospitalité (intéressée) guinéenne.

 

Bienvenue au pays de la bauxite !

La première vue terrestre de Conakry, montre l'image d'une terre désolée. Terre rouge, atmosphère chaude. Le pays de la bauxite (2ème producteur mondial) s'ouvre au visiteur dans tout son pittoresque. "Change de Cfa, Dollar, Naira", lance un grand monsieur tenant un gros sachet noir en main. Il propose 45.000 francs guinéens (Gnf) pour 5000 Fcfa. Le vieux chauffeur de taxi qui nous a accosté dans le hall, nous pince discrètement. Le message est clair. Il nous souffle aussi discrètement que "quelqu'un peut changer 5000 Cfa à 50.000 Gnf". Ce quelqu'un se pointe quand nous montons à bord du taxi, un vieux véhicule poussif sans amortisseurs arrière. Il propose 49.000F Gnf pour 5000FCfa parce qu'il va "vendre ça à 50.000 Gnf pour avoir un bénéfice de 1000 Gnf". Marché conclu. La ville de Conakry avec ses cinq communes (Kaloum, Matam, Dixinn, Ratoma, Matoto) et ses 98 quartiers est une grosse bourgade de plus d'un million d'habitants. Les hommes et les femmes regagnent à pied leur domicile ou empruntent à 7 un taxi fait pour prendre 5 places ou s'engouffrent à 25 dans des "magbanan" (le "gbaka" local) de 18 places. Les bus sont rares et sont toujours bourrés. La nuit tombe mais les lampadaires tardent à s'allumer.

 

Beni soit le mondial !

Ils ne s'allumeront pas. Le courant électrique est une denrée rare en Guinée. Dans un pays où il n'existe aucun plan d'urbanisation (des quartiers entiers ne sont pas lotis mais ils ne sont pour autant pas classés dans la catégorie des bidonvilles), le courant électrique est distribué selon le bon vouloir des responsables d'Edg (Entreprise de distribution électrique de Guinée). "Depuis qu'il y a le Mondial, le courant n'est plus trop coupé", fait remarquer un jeune homme à l'hôtel où nous déposons nos bagages dans le quartier (loti) résidentiel de Minière. "C'est le quartier de Sidya Touré", ajoute, ce dernier qui rappelle que le premier Premier ministre post multipartisme de Lansana Conté est le maître d'ouvrage de l'extension du réseau électrique pendant ses trois années (1993-1996) passées à la Primature. Minière, c'est aussi le quartier de Ousmane Bah, le leader de l'opposition parlementaire. L'électricité n'est pas capricieuse ce vendredi. Ce sera ainsi pendant tout le Mondial. "L'entreprise de délestage de Guinée (allusion faite à Edg, Ndlr) a intérêt à filer doux", devrait laisser entendre dimanche un journaliste rencontré "en ville". Il raconte que le premier jour du Mondial, "au quartier Konimodouyah, dans la commune de Ratoma une foule de fieffés du football est descendue dans la rue pour protester contre les coupures intempestives du courant. Les mécontents ont brûlé sur la route des pneus et ont érigé des barrages. Ils criaient qu'ils voulaient le courant sinon ils casseraient tout. C'est la police qui les a dispersés". La menace a été prise au sérieux. Ainsi, une ou deux heures avant chaque match, le courant revient avant d'être interrompu au petit matin. Quand le Mondial finira, Edg renouera certainement avec ses premières amours de délestage chronique. Que dire de l'eau courante ? Exactement ce qu'on dirait du courant électrique. A la différence qu'ici, il n'y a pas de Mondial pour que les responsables de la Société des eaux de Guinée (Seg), fassent un effort.

 

Un pays en faillite

Edg et Seg sont les symboles achevés d'un Etat qui a cessé d'être. Un Etat malade. Au sens propre comme au figuré. Ce que le diplomate opposant Jean Marie Doré appelle le "non Etat". Le président Conté agonisant entraîne le pays dans sa lente agonie sans fin. La Guinée de Sékou Touré n'est plus qu'une banale république gérée comme un village soussou (ethnie du chef de l’Etat), où l'enterrement du chauffeur du président qui se passe en présence de tous les ministres; est présenté au journal de 20 heures et où la disparition de deux mallettes bourrées de fric sorti tout droit de la banque centrale, appartenant au président quoiqu'alimentant les conversations, passe pour être un fait normal. Pendant que les ministres et les membres du clan présidentiel roulent carrosse arrogante, multiplient mariages et baptêmes onéreux, le petit peuple crève de faim. "Notre sous-sol est riche, immensément riche mais regardez autour de vous, c'est la misère totale. Impossible d'acheter un jus de 1500 francs (150 Fcfa, ndlr) pour faire plaisir à sa fiancée". Ibrahim Diallo est amer. A côté de lui, la fiancée, une belle peulh aux dents toutes blanches, lui attrape la main et lui adresse un sourire pour marquer son assentiment. Ibrahim Diallo vient de finir ses études de médecine. A Taouyah où il vit avec ses frères et son père, un fonctionnaire polygame retraité, la famille arrive à survivre grâce à l'argent qu'expédie chaque fin de mois son aîné "allé se chercher en France". Il avait un autre frère qui s'était rendu à Abidjan "pour se chercher aussi", mais déclare-t-il avec une rage contenue dans les yeux, "les policiers l'ont tué. Il gérait la boutique d'un oncle à Yopougon. On ne sait pas ce qui s'est réellement passé".

 

Manifestations contre la vie chère

Cette famille est princesse. Pour la majorité des Guinéens, les trois repas par jour sont une utopie. Le fonctionnaire moyen touche 300.000 Gnf. Avec l'inflation, cela fait 30.000 Fcfa. Quand il achète un sac de riz de 50kg à 125.000 Gnf, il ne lui reste plus qu'à louer une maison et à acheter son thé quotidien. C'est dans ce contexte que la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (Cntg) de dame Bah Rabiatou Sérah Diallo, soutenue par l'union nationale des travailleurs de Guinée (Untg) d'Ibrahima Fofana, a lancé le 08 juin dernier une grève générale qui a ébranlé le pays et fait onze morts officiellement, dix-huit selon d'autres sources. Ce dimanche matin, dans sa villa sise à Taouyah, celle qui a bravé le régime pendant onze jours (du 08 au 19 juin 2006), explique dans son salon surchauffé (le courant à cette heure était comme d'habitude interrompu) la situation : "Le pouvoir d'achat du travailleur est très faible surtout depuis qu'on a augmenté le prix du carburant à la pompe. Ensuite il y a l'inflation de la monnaie". Sans un soupçon de peur, alors que sa maison comme celles de la plupart des leaders du pays n'est pas gardée, elle déclare que "c'est un processus qui est déclenché". En terme syndical, cela veut dire que la grève peut reprendre à tout moment. En effet, il y a eu une première grève d'"avertissement" du 27 février au 3 mars. Les engagements pris par le gouvernement du Premier ministre démis Ceillou Diallo n'ont pas été honorés. Il s'agissait pour l'Etat d'augmenter progressivement les salaires, de réviser la Retenue totale sur le salaire (Rts), de signer le statut particulier de l'enseignant, etc. Trois mois après le faux bond du gouvernement, les syndicats ont remis ça.

 

Des morts

Le 12 juin, la grève a pris une tournure dramatique. Les examens du baccalauréat étaient prévus ce jour-là. Les enseignants ont fait savoir qu'ils entendaient bien boycotter l'examen parce qu'ils étaient en grève. Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Enseignement pré-universitaire Mamadou Bhoye Barry (le seul candidat d'un parti inconnu qui a légitimé l'élection en 2003 de Lansana Conté), déclarait la veille sur la base d'on ne sait quoi, que les examens auraient "bel et bien lieu" et que "toutes les dispositions ont été prises". C'était une mauvaise plaisanterie. Au rendez-vous du lundi 12 juin, point de surveillants. Mais des policiers partout. Les élèves désabusés se sont faits maîtres des rues et ont commencé à casser. Des pillards étaient de la partie. La police a dû charger. A balles réelles. Des morts. Le gouvernement n'a pas cédé pour autant. C'est une semaine plus tard que la délivrance est arrivée. Un protocole d'accord tripartite a été signé entre le gouvernement du presque Premier ministre Fodé Bangoura (nommé le 29 mai ministre d'Etat, ministre des Affaires présidentielles et coordonnateur de l'action gouvernementale, après le limogeage de Ceillou Diallo), les deux centrales syndicales et le patronat du tout-puissant Mamadou Sylla. Les trois parties conviennent entre autres de "relever la valeur indiciaire de 240 à 250 à compter du 1er juillet 2006, de 250 à 280 à compter du 1er janvier 2007", de donner aux travailleurs une indemnité de transport de 25.000 Gnf et "une indemnité de logement "à compter du 1er juillet 2006", de réduire dans les secteurs privé et mixte le taux d'indice de 10% sur la Rts". Sur la réduction du prix du carburant, cause de toutes les inflations, motus. Aucun accord n'a été trouvé. Concernant le prix du sac de riz, le gouvernement a fait savoir qu'il devrait être vendu à 85.000 Gnf. Du coup, la précieuse céréale a disparu des boutiques. Aucun commerçant ne veut vendre à perte. Par entraînement, la denrée devient rare et la situation prédit une prochaine hausse du prix du sac de 50kg. Au demeurant jusqu'au 4 juillet, le gouvernement n'avait pas encore fait face à ses engagements qu'il devrait honorer "à compter du 1er juillet 2006". "Le processus" pourrait reprendre là où il a été laissé le 19 juin dernier. En attendant, les Guinéens se lèvent résignés et fatalistes comme depuis le temps de Sékou Touré, le "sily" (éléphant) national, chaque matin en confiant leur journée à Allah et répètent ce qu'ils ont toujours répété : "gô, faut que ça finisse !".

André Silver Konan

Envoyé spécial à Conakry

kandresilver@yahoo.fr

 

 

 

 

Les droits de l'homme en enfer

 

Situation controversée des droits de l'homme. D'un côté, la Guinée a des normes nationales et internationales en matière des droits de l'homme et de l'autre côté, le pouvoir se donne des moyens sinueux pour ne pas les respecter. Au niveau national, il y a l'Organisation guinéenne des droits de l'homme et du citoyen (Ogdh). Au niveau international, la Guinée a ratifié presque toutes les conventions, souvent avant de nombreux pays africains. Cependant dans la pratique, les droits de l'homme sont en enfer. "La justice n'est pas indépendante", dénonce Dr. Sow Thierno Maadjou, le président de l’Ogdh. Il rappelle que "sous la première république, tous les organes d'Etat dépendaient du pouvoir central, c'est-à-dire le chef de l'Etat. On continue la même chose jusqu'à présent. Il n'y a qu'un pouvoir, c'est le pouvoir exécutif. Le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire ne sont même pas des autorités. Le fait qu'il n'y ait pas séparation des pouvoirs, d'autonomie judiciaire, empêche le respect des droits de l'homme". En outre, fait-il savoir "les forces de l'ordre appliquent systématiquement ce qu'elles connaissaient avant, c'est-à-dire qu'elles violent systématiquement les droits de l'homme". Ces violations se résument en "arrestations arbitraires et illégales, des traitements cruels, inhumains et dégradants, des tortures". Dr Sow Thierno ajoute "qu'il y a beaucoup de lieux d'arrestations qui ne sont pas contrôlés par la justice. Il y a des endroits même où le procureur de la république ne peut pas aller". A l'en croire, il existe encore aujourd'hui en Guinée "des lieux de détention secrets" qui ne sont certes pas comparables au tristement célèbre camp Boirro (aujourd'hui banal camp militaire devant lequel deux vieux DCA modèle 39-45 rappellent une histoire douloureuse et sanglante de la Guinée) de Sékou Touré puisqu'au moins "c'était connu". Il donne un exemple précis : les îles Delos. Triste bagne sous la colonisation française transférée en Amérique latine et située à 8km de Conakry. Les arrestations sont très souvent politiques. Sous le couvert "d'atteinte à la sûreté nationale", les abus se justifient surtout avant, pendant et après les échéances électorales. Cela a été le cas d'Alpha Condé, arrêté à la frontière ivoirienne en 1998, accusé de vouloir recruter des mercenaires pour renverser Lansana Conté. Il a passé près de 30 mois en prison avant de bénéficier d'une grâce présidentielle acquise sous la pression internationale.

ASK

 

 

 

 

Lansana Conté : grandeur et déchéance

 

Il était venu pour balayer la maison et rendre le pouvoir aux civils. Il ne l'a jamais fait et ne le fera peut-être jamais. Son parcours est semblable à celui de tous ces soldats ambitieux qui ont écrit des pages noires dans l'histoire de l'Afrique. Né en 1934 à Moussayah Loumbaya, il fréquente l'école primaire de Dubréka après ses études coraniques puis est admis sur concours au collège technique des enfants de troupe. Bingerville en Côte d'Ivoire puis Saint Louis au Sénégal l'accueillent. A 21 ans, il est incorporé dans l'armée française et fait la guerre d'Algérie. Fin décembre 1958, il débarque à Conakry et se met à la disposition de Sékou Touré qui quelques temps avant venait de dire "non" à De Gaulle. C'est le début d'une brillante carrière. Très vite, il gravit les échelons. Aspirant, sous-lieutenant, lieutenant, commandant de compagnie. En 1970, il entre à l'Etat major interarmées. Lors du putsch (portugais) mâté du 22 novembre 1970, l'officier Conté défend avec hargne la capitale. Un an après, Sékou Touré le promeut à titre exceptionnel (il n'avait pas le niveau requis) et "pour services rendus à la nation" au grade de capitaine. 4 ans plus tard, il est nommé chef d'Etat major adjoint de l'armée de terre. En mars 1982, il est nommé colonel. Le 3 avril 1984, 8 jours après la mort de Sékou Touré, à la tête d'un groupe d'officiers, il prend le pouvoir. "Sans effusion de sang". La deuxième république est proclamée. Pendant un an, il s'attelle au balayage en rétablissant les libertés individuelles et en engageant une politique d'ouverture qui vaut la reconnaissance de la communauté internationale. Le 4 juillet 1985, le balayage tourne à l'épuration. Prenant prétexte d’une tentative de putsch avérée, le président du Comité militaire de redressement national (Cmrn) fait éliminer les putschistes réels ou supposés ainsi que de nombreux dignitaires de l'ancien régime y compris le Premier ministre de Sékou Touré (le successeur légal démis) Lancina Béavogui. C'est le début de la dictature. L'espoir dans le cœur des Guinéens commence à se transformer en cauchemar. Ils ont encore en mémoire l'accession triomphale du "petit fils de Samory Touré" comme Sékou Touré se plaisait à se présenter et sa tyrannie meurtrière pendant son règne de 26 ans (1958-1984) rythmé par les assassinats et arrestations politiques, l'autarcie (apprentissage du Malinké, du Soussou et du Poular en lieu et place du Français, à l'école, nationalisation des sociétés, etc) et la restriction des libertés individuelles. Le tout couronné par un manque criant de gouvernance qui a laissé le pays au niveau où les colons français l'avaient laissé en 1958 dans leur départ hâtif. L'histoire recommençait. Après avoir autorisé le multipartisme en 1988, il organise les premières élections multipartites en 1993. Alpha Condé le leader du Rassemblement du peuple de Guinée (Rpg, parti d'opposition) est donné gagnant. Mais la Cour suprême par une décision surréaliste annule les votes de la préfecture où l'opposant est majoritaire. Le Général président réussit son deuxième putsch. Ce sera réédité 5 ans plus tard et aussi en 2003. Après 22 ans passés au pouvoir, Lansana Conté n'est plus qu'un chef d'Etat hémiplégique victime d'un diabète aigu et qui ne quitte presque plus ses appareils de dialyse. Déterminé à mourir au pouvoir comme son prédécesseur (sauf que lui voudrait que ce soit en Guinée), il a réussi par une sorte de force mystique, à arrimer le destin de son peuple au sien.

ASK

 

 

 

 

Bah Rabiatou Sérah Diallo : la nouvelle bête noire du régime

 

Au terme de 11 jours de bras de fer, elle a réussi à faire plier un pouvoir qui passe pour être l'un des plus autoritaires du continent. Il reste que les avantages obtenus (relèvement de l'âge de la retraite, statut particulier des enseignants, indemnités, etc) soient traduits en actes. Cependant dans l'histoire de la Guinée, jamais une femme n'a été autant propulsée au devant de la scène. "C'est clair, nous avons dit que la grève est suspendue, elle n'est pas levée. S'ils (entendez le gouvernement et le patronat, Ndlr) ne respectent pas les engagements pris, nous reviendrons à la charge", nous a-t-elle confié. La dernière responsable de la Centrale de Sékou Touré déclare à qui veut l'entendre qu'elle ne veut pas utiliser le syndicat comme l'a fait le premier président guinéen, pour faire une intrusion en politique. "Nous n'avons pas les mêmes visions et nous n'avons pas les mêmes objectifs", fait-elle savoir. Sa distance vis-à-vis de la politique est d'autant plus importante que "pour le moment (elle) pense qu'il n'y a aucun parti politique qui a un programme répondant aux aspirations des travailleurs". La nouvelle bête noire du régime après l'opposant Alpha Condé est à la tête comme elle se plait à le dire de "la centrale la plus vieille et la plus représentative". La Cntg compte "plus de 60.000 membres à jour de leurs cotisations" dans 17 branches professionnelles et est présente dans les 38 sous-préfectures du pays.

André Silver Konan

 

 

 

 

 

 

La Guinée en bref

 

Superficie : 245.860 km2

Capitale : Conakry

Population : 7.164.823 habitants (recensement 97)

Langue officielle : Français

Religion : Islam (75%), Animisme (20%), Christianisme (5%)

Monnaie : Franc guinéen (Gnf)

Principales villes : Kankan, Labé, Nzérékroré

Pays limitrophes : Guinée Bissau, Côte d'Ivoire, Sénégal, Mali, Liberia, Sierra Leone

PNB (1998) : 3,8 milliards de dollars

Budget (1997) : Recettes, 629 milliards Gnf : dépenses, 755 milliards Gnf

Dette extérieure (1997) : 3,52 milliards de dollars

Production minière : bauxite : 13 millions de tonnes (2ème rg mondial)

Routes : 19000 km dont 10% bitumés

Une sélection de ASK

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 20:22
Le journaliste-écrivain André Silver Konan est connu pour être un analyste politique. De nombreuses personnes ignorent qu'il est diplômé en économie. Dans cette interview, il fait le tour d'horizon de l'actualité économique et financière de la Côte d'Ivoire. Mais pas seulement.
Plus de trois semaines après la décision prise par la BCEAO de rompre les amarres avec Abidjan, quelle est la situation sur le terrain financier en Côte d'Ivoire ?
En termes de situations, j'évoquerai des faits, pour éviter de faire des commentaires, qui pourraient être interprétés d'une façon ou d'une autre. Les faits sont ceci : aujourd'hui, il est quasi impossible de retirer plus de 200.000 FCFA, dans une agence de transferts de fonds. Les banques commerciales ont fixé des sommes plafonds, généralement 1 million FCFA, au-delà desquelles aucun retrait n'est possible. La plupart des banques n'octroient plus de crédit ni de prêts. Les guichets automatiques sont de moins en moins approvisionnés. En début de semaine, au moins deux banques commerciales, en l'occurrence Bicici et Citibank, ont décidé de suspendre provisoirement leurs activités, après que des responsables de la Société générale, eurent été contraints, sous la force des armes, quelques jours plus tôt de faire de la compensation. Manifestement, c'était à leur tour et elles ont décidé de ne pas céder à cette façon de faire. Conséquence : elles ferment provisoirement.
 
Qu'est-ce qui explique tout cela ?
La raison est toute simple. Il y a, on pourrait dire, panne de liquidité, autrement dit manque d'argent frais. La Bceao à Dakar en coupant les ponts avec l'agence nationale et en mettant cette dernière, réquisitionnée du reste, dans l'illégalité, empêche l'une des fonctions essentielles qui participe de la raison sociale d'une banque : la compensation. De fait, depuis Dakar, la Bceao, qui est la patronne des banques, qu'elles soient privées ou publiques, a procédé au blocage informatique de la chambre de télé-compensation de l'agence nationale d'Abidjan. C'est un système contrôlé par un logiciel ultra sécurisé qui permet aux banques et aux établissements financiers, de traiter informatiquement et avec un risque zéro, leurs opérations. En guise d'exemple, si la SGBCI a des chèques Ecobank et que celle-ci a des chèques SGBCI, chaque soir, après la fermeture officielle des guichets, les responsables des deux banques font le point des chèques. Si Ecobank a des chèques SGBCI d'une valeur de 10 millions FCFA et que SGBCI a des chèques Ecobank de 15 millions FCFA, la compensation fait que Ecobank doit 5 millions FCFA à SGBCI. Le lendemain, on fait encore ce travail qui évite les convois d'argent dans tous les sens, chaque jour. Ce travail, ainsi que d'autres travaux, est supervisé, contrôlé et régulé à partir de la chambre de télé-compensation. Les autres agences nationales disposent de ses mêmes chambres, ce qui permet de traiter les informations bancaires à l'échelle de l'Uemoa. Depuis lors, ce travail n'est plus fait, alors au pire, les banques refusent les chèques des autres banques, au mieux, elles font patienter les clients détenteurs de ces chèques. Puisque chaque banque gère sa caisse, donc sa liquidité de façon autonome et précieuse.
 
Etait-ce normal que la Bceao prenne cette décision qui selon elle participerait à l'asphyxie financière de M. Gbagbo, quand on voit que les perdants dans cette affaire sont plus les petits épargnants que le pouvoir de M. Gbagbo ?
Je n'ai pas envie de juger ni de commenter cette décision. Je fais des constats. Vous savez, l'une des principales particularités de la banque, c'est la confiance. Quand la confiance est rompue, cela devient difficile. La situation est d'autant plus compliquée que les agents qui travaillent au sein des agences nationales de la Bceao ont été sommés par Dakar (siège de la Bceao, NDLR) d'aller ouvrir des comptes dans des banques commerciales, pour le virement de leurs salaires de février. Cela a été fait. Au demeurant, les décisions radicales prises par le Gouvernorat de la Bceao ont été rendues possibles sur le plan pratique, d'autant plus qu'elle s'était préparée à ce genre de situations. D'abord après le casse de Sia Popo en 2001, puis les casses des agences régionales en zone Forces nouvelles en 2004. Du coup, depuis Dakar, le Gouvernorat change quotidiennement les codes d'accès aux voutes, contenant à peu près 240 milliards FCFA. L'argent disponible en caisse, estimée à près de 8 milliards FCFA, avait déjà été emporté après la démission forcée, pour employer le terme fort à propos de l'un des deux protagonistes de la crise postélectorale, du Gouverneur Dakoury Tabley.
 
Manifestement, ces décisions n'ont aucun effet sur le « gouvernement illégitime » de M. Gbagbo, puisque le ministre délégué au Budget de son gouvernement a déclaré que les recettes du cacao ont fait un bond, en dépit de la mesure prise par M. Ouattara et il assure que les salaires du mois de février ne sont point menacés, puisqu'il semblerait que le camp Gbagbo a sollicité l'appui financier de certains pays comme l'Angola ou l'Afrique du Sud. Quel est votre commentaire sur les assurances du ministre ?
Le ministre délégué sait ce qu'il dit, je ne commenterai pas ses propos. Pour ma part, je ne fais pas de politique. Je fais des constats. Et les constats sont simples. D'abord en ce qui concerne, la hausse de la quantité de cacao exportée. Les chiffres sont justes mais contrairement à ce que certaines personnes veulent comprendre, ce sont les chiffres de l'exercice 2010. Depuis que M. Ouattara et son gouvernement ont pris la décision de suspendre les exportations de cacao, dont notre pays est le premier producteur mondial, vous pouvez aller faire le constat dans les deux ports du pays. L'activité a considérablement baissé. Les principaux exportateurs que sont Cargill, ADM, Armajaro, etc. ont gelé leur exportation à partir des deux ports du pays. Quant au payement des salaires, je fais le constat suivant. Un : à la fin du mois de janvier, le salaire de certains fonctionnaires n'a pas été viré le jour annoncé. Deux : les personnels dans les Etablissements publics nationaux ont perçu leurs salaires seulement dans la deuxième semaine de février. Trois : jusqu'à présent, de nombreux retraités n'ont pas encore perçu leurs pensions. Indéniablement, le mois de février sera plus difficile puisque les recettes douanières ont chuté, les recettes fiscales, pareil, de même que les revenus tirés du pétrole et du gaz. Ce qu'il faut savoir, c'est que la Côte d'Ivoire compte environ 105.000 fonctionnaires et 55.000 soldats, tous corps confondus. La masse salariale mensuelle tourne autour de 80 milliards FCFA et les dépenses de fonctionnement de l'Etat avoisinent 50 milliards FCFA. Ce qui fait qu'il faut trouver mensuellement environ 120 milliards FCFA. Ce que tout gouvernement qui a des problèmes d'argent fait, c'est de faire une répartition discriminée des ressources. En d'autres termes, faire comme feu Lansana Conté en Guinée, à savoir payer prioritairement les soldats et échelonner le payement des salaires des fonctionnaires, en commençant par les plus difficiles à gérer que sont les enseignants, puis terminer par les masses les plus socialement vulnérables que sont les retraités et les plus politiquement marqués que sont les travailleurs dans les institutions.
 
Qu'en est-il des prêts sollicités par le gouvernement Gbagbo auprès de l'Angola et de l'Afrique du Sud ?
La masse salariale mensuelle en Côte d'Ivoire est fort importante. Aucun Etat, même inconditionnellement ami et déterminé dans son soutien, ne peut supporter de faire des prêts ou des dons, de cette hauteur pendant plusieurs mois. L'Angola peut donc aider pendant un temps. L'Afrique du Sud, non. Vous savez, beaucoup de choses se disent sur l'Afrique du Sud. Très souvent, cela n'est pas juste. Ce pays s'est doté d'instruments et de mécanismes de gouvernance les plus démocratiques d'Afrique, qui empêchent que M. Jacob Zuma, s'il ne veut pas courir le risque de la destitution, comme son prédécesseur, ne peut pas se laisser aller à des transactions financières au noir. Très souvent en Côte d'Ivoire, on fait des projections selon notre façon de concevoir la démocratie. De sorte qu'on accuse les médias occidentaux par exemple de cacher l'information sur la mort d'une personnalité, parce que nous contrôlons les médias et dictons les informations à la presse. On ignore totalement que les journalistes occidentaux sont indépendants et qu'ils sont à la recherche du scoop qui va booster leur carrière. Etant donné qu'on peut se permettre, sans passer ni par le parlement, ni par le conseil des ministres, ordonner un transfèrement de fonds à l'endroit d'un Etat qui n'arrive pas à honorer ses engagements vis-à-vis de ses fonctionnaires, plus parce que le Président est incompétent et moins parce qu'il y a une forte pression salariale, on pense qu'il suffit d'un coup de téléphone, pour que le Président d'une nation comme l'Afrique du Sud, fasse décaisser des fonds pour tel Président. Ce qu'il faut savoir à propos de l'Afrique du Sud, c'est que ce pays joue sa notoriété dans le monde avec le dossier ivoirien. Ses dirigeants en ont pleinement conscience. Sachez que les Etats, plus ils deviennent démocratiques, plus ils n'ont pas d'amis et plus ils privilégient leurs intérêts plutôt que les intérêts d'un autre Etat encore moins les intérêts d'un individu dans un autre Etat. L'Afrique du Sud lutte depuis des années pour obtenir une place au Conseil de sécurité des Nations-Unies, lesquelles ont reconnu M. Ouattara comme président élu de Côte d'Ivoire. L'Afrique du Sud fait ce que font tous les Etats qui sont dans cette posture, elle joue l'équilibriste.
 
Sur le plan économique, comment se porte la Côte d'Ivoire aujourd'hui ?
Ma réponse est radicalement pessimiste : la Côte d'Ivoire se porte mal, très mal. Notre pays est au bord de la faillite, quoiqu'un Etat ne peut faire faillite. Même en plein conflit, les indicateurs économiques et financiers n'étaient pas autant dans le rouge. Ceci encourage une gestion empirique des affaires publiques qui a fait reculer le pays, en termes de mécanismes de gestion, à l'ère coloniale, pendant la seconde guerre mondiale. Evidemment, cette gestion au noir est la porte ouverte à toute sorte de détournement de fonds. Les faits prouvent mon affirmation. Le secteur de l'hôtellerie est en plein sinistre. De nombreux hôtels dont certains huppés, ont fermé. Le gaz butane manque dans les ménages. De nombreuses stations d'essence affichent « rupture ». Les entreprises attributaires de marchés dans le cadre des projets post-conflit, financés par les institutions de Breton Woods ou par l'Union européenne, ou encore par les coopérations de l'un des pays de l'UE ou de l'Asie, principalement le Japon, ainsi que par des pays comme le Canada ou les Etats-Unis, sont au bord de l'asphyxie. Les fournisseurs de l'Etat réclament des dizaines de milliards à l'Etat, tout comme les fondateurs d'établissements scolaires, qui crient à la banqueroute. Chaque jour, ce sont des emplois qui sont supprimés, des hommes licenciés ou mis au chômage technique. Allez à la bourse de travail de Treichville, et vous serez édifiés sur l'ampleur du drame. Les entreprises qui résistent encore produisent moins avec une charge de production beaucoup plus importante, du fait de l'approvisionnement en matières premières, qui se fait rare, situation liée à la décision de l'UE et des Etats-Unis d'inscrire les ports sur leur liste noire. L'inflation, du fait de la panne de liquidité, et du renchérissement des coûts de production sur les prix de vente des produits finis, est de la partie. Et toute chose étant égale par ailleurs, les salaires n'augmentant pas, diminuant même, dans certaines entreprises, je puis vous dire que la situation est intenable pour l'Ivoirien ordinaire. L'administration publique ignore maintenant le système de traçabilité (avec les chèques, les bons de livraison, les courriers, etc.) pour préférer l'argent frais, disponible hic et nunc. En attestent les appels à payer les impôts directement chez le receveur, plutôt que par chèque. Cela ressemble au système d'encaissement de la contravention dans les régies de police, à savoir l'opacité parfaite.
 
La création de la Monnaie ivoirienne de la résistance (MIR) n'est-elle pas une solution à envisager ?
La création d'une nouvelle monnaie pour faire face à une inflation galopante est une solution radicale et appropriée adoptée dans certains pays. Elle est le fruit d'une étude approfondie et conséquente. Cependant, ce n'est certainement pas la MIR, comme vous dites, qui sera une monnaie crédible. Rien que par son nom, cette idée de monnaie est ridicule. Aucune monnaie ne se fabrique sur la base de la résistance. Je vous ai dit plus tôt que la banque, c'est la confiance. La monnaie l'est encore plus. C'est ce qu'on appelle la valeur fiduciaire de la monnaie. Une monnaie doit inspirer la confiance. Pourquoi le dollar a plus de valeur que le GNF, le franc guinéen, qui lui-même a moins de valeur que le CFA ? Eh bien, c'est la confiance que les consommateurs placent en cette monnaie, puisque tous les billets sont fabriqués avec du papier. Certains intellectuels de la Refondation, je crois, ont exclu cette hypothèse, née dans certains esprits retors qui ne comprennent rien aux affaires financières et monétaires et qui pensent qu'on peut gérer un pays, comme on gèrerait un champ de manioc au village.
 
Qu'en est-il donc de l'idée d'aller fabriquer des billets de CFA en Argentine pour alimenter le marché local, éventée par La Lettre du Continent ?
Elle participe elle aussi de l'hérésie financière. Ce serait la pire des fautes que ceux qui nourrissent l'idée de la faire, commettrait, puisqu'elle précipiterait la faillite du système financier ivoirien et par entraînement, celle de toute la Communauté financière africaine. La raison est simple. Si rien que la rumeur annonce que des billets fabriqués en dehors de la procédure habituelle à la Bceao circulent sur le marché ivoirien, la réaction de la Banque centrale sera de dénoncer l'existence de faux billets sur le marché ivoirien. On dira « On s'en fout s'ils dénoncent », mais non. Puisque les banques commerciales ne reconnaîtront pas ces billets. Pire, le boutiquier du quartier commencera à être méfiant vis-à-vis de tous les billets et très vite, même la vendeuse de banane braisée va refuser un billet de banque, qu'il soit vrai ou faux. La psychose des faux billets d'Argentine (je vois d'ici là les Ivoiriens donner des surnoms à ces billets) va s'emparer de tout le monde et comme la monnaie, c'est d'abord et avant tout la confiance, les billets de banque ne vont plus circuler sur le marché et ce sera la faillite du système. Il faut dire que l'on risque d'arriver à la faillite du système financier ivoirien d'une autre façon, si l'on n'y prend garde. Si les difficultés de retrait de fonds subsistent, il faut craindre que la panique s'empare des épargnants dans les banques et surtout dans les micro-finances, et que ceux-ci accourent un jour dans les banques pour retirer partiellement ou totalement leurs épargnes. Ca serait catastrophique.
 
Que faut-il pour sortir de cette situation ?
Il faut que la situation se normalise.
 
Que M. Gbagbo accepte de quitter le pouvoir ou que la « force légitime » soit mise à contribution pour le déloger ?
(Rires) Je vous avais déjà dit, avant de commencer cette interview que je ne parlerais pas politique.
 
De quoi avez-vous peur ?
Selon vous, de quoi devrais-je avoir peur ? La réponse légitime à votre question appartient aux Ivoiriens, pas à moi.
 
Propos recueillis par Elvire Ahouanan
Source : lebanco.net
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 12:00


Qu’est-ce qui s’est passé à Abobo dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 janvier 2011 ? Pour tenter de comprendre cette tragédie digne du film d’espionnage, nous sommes allés à la rencontre de témoins directs et indirects. Sous le couvert de l’anonymat, ils parlent. Retour sur une nuit sanglante.


Aux dires de certaines personnes qui résident dans le périmètre du « Parlement » des jeunes patriotes d’Abobo, tout a commencé un jour plus tôt, c’est-à-dire dans la nuit du lundi 10 au mardi 11 janvier.

« Dès 4h du matin, nous avons été réveillés par des rafales tirés en l’air, raconte un résident de ce périmètre. Certaines personnes ont reçu la visite d’hommes en armes et en treillis. C’étaient des éléments en tenue noire de policiers et d’autres qui portaient des pantalons treillis et des tee-shirts verts. Des voisins ont dit que c’étaient des miliciens qui sont venus très tôt, de la maison de la tante de Blé Goudé au Plateau Dokui où ils ont établi leur quartier général. Un voisin m’a confié qu’il avait vu l’un des responsables du « Parlement » servir d’indicateur. Ils disaient rechercher des armes qui pourraient servir à tuer Blé Goudé. Certaines personnes ont été délestées de leurs biens : téléphones portables, argent, bijoux, d’autres ont été bastonnés, pour rien, d’autres encore ont été arrêtés et on ne sait toujours pas ce qu’ils sont devenus ».

Le meeting de Blé Goudé, annoncé à grands renforts de publicité sur LMP-TV, autrement dit la RTI, n’a pas eu lieu. La descente des hommes en armes et en treillis à Abobo PK18 a en effet causé la mort de plusieurs personnes.

 

« Trop, c’est trop ! »

Ce mardi-là, Abobo ressemblait à un vaste champ de bataille. « Trop, c’était trop ! », martèle Abdoul, un militant du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Celui-ci dit avoir perdu son petit frère lors de la marche du 16 décembre dernier sur le siège de la Radio télévision ivoirienne (RTI) à Cocody, réprimée dans le sang par les forces pro-Gbagbo, et un oncle, qui a été tué chez lui à domicile, pendant le couvre-feu, toujours « par des forces pro-Gbagbo ». Lui, dit ignorer totalement ce qui s’est passé le jour suivant la descente punitive des policiers et des miliciens.

« Une chose est certaine, je n’ai jamais entendu de ma vie, des bruits pareils. Non, c’était une affaire de professionnels. Rien à voir avec les petits bruits de pétard auxquels nous autres militants du RHDP, sommes désormais habitués ».

Une source proche des Forces de défense et de sécurité (FDS) nous renvoie à un communiqué publié dans la presse, par un groupe de soldats. Ce groupe de soldats avait en effet revendiqué l’attaque contre les FDS à Abobo. Rien n’est moins sûr.

« L’état major avait été informé qu’il y avait des armes stockées à Abobo. Le colonel Bohiri a été personnellement informé de cette situation. Certaines informations disaient que les armes sont arrivées d’Anyama, via Bouaké, par le train et que c’était Koné Zakaria lui-même qui dirigeait les opérations. Ce n’était pas très juste à mon sens. Vraisemblablement, du matériel des FDS a été détourné par nos propres éléments sur le terrain », confie un officier de l’état major, qui clame qu’il décrypte froidement la situation, sans se laisser influencer par des considérations partisanes, car « de toutes façons, je ne soutiens aucun des deux camps ».

 

Des armes détournées

Selon son témoignage, le détournement des armes remonte à la veille du jour de l’an, « quand Blé Goudé a annoncé que le jeunes devraient aller au Golf à partir du lundi 3 janvier, pour déloger Alassane Ouattara et son gouvernement. En réalité, l’état major avait donné son accord pour cette opération. Les jeunes devraient être devant pour provoquer les casques bleus et quand ceux-ci commenceraient à perdre leur contrôle et à faire usage ne serait-ce que de bombe lacrymogène, les FDS devraient entrer en jeu ».

Selon notre source, cette initiative, quoique critiquée, a permis de percer pour la première fois l’abcès au sein des FDS.

En effet, « L’information a été donnée dans toutes les unités de police et de gendarmerie, à en croire notre source. Mais au camp d’Agban où siège le général commandant de la gendarmerie, Kassaraté Tiapé, pour la première fois, des voix se sont élevées, lors de l’information, pour dire que cette histoire ne concernait pas les gendarmes qui devraient rester neutres dans un combat entre politiciens. L’état major a senti qu’il y avait péril en la demeure. Surtout qu’un gendarme a osé dire à peu près ceci : « Vous savez tous ici que Ouattara a gagné dans les casernes, donc arrêtons l’hypocrisie. Nous les gendarmes, nous ne voulons pas être associés à cette entreprise ». La consigne de se tenir prêts pour le 3 janvier a été toutefois maintenue. Cela ne m’a pas étonné quand Blé Goudé a annoncé qu’il reportait sa marche sur le Golf. L’affaire était boycottée de l’intérieur du système par les gendarmes et des policiers, dont certains apprécient très mal la présence de mercenaires chèrement payés, arborant des grades et des treillis de la BAE (Brigade anti-émeute, NDLR). Cela n’a pas empêché la distribution d’armes, dont certaines lourdes à des forces paramilitaires. Cette opération n’a pas été confiée à l’état-major mais à des gens en dehors de l’état-major. Le lundi 3 janvier, à la reprise du travail, l’état major était informé que du matériel avait été détourné à Abobo, par des responsables du Parlement d’Abobo, justement. L’information a été négligée, vu que de toutes les façons, c’était une chose qui concernait les patriotes. Apparemment, le détourneur n’était pas celui à qui on avait pensé. ».

 

« Une affaire de pro »

Tout semble indiquer que le meeting de Blé Goudé a été le point de départ de cette opération.

« Moi, je suis un vieux père du quartier. Je peux attester que Koné Zakaria n’était pas dans notre quartier. Je peux aussi dire que ni nous-mêmes, ni nos jeunes, n’étaient associés à cette action », confie l’un des doyens de PK 18.

Notre source au niveau de l’état-major ne lui donne pas tort.

« Les armes détournées, ce n’était pas Zakaria. Vraisemblablement, c’était des soldats qui ont réussi à infiltrer le milieu patriotique et se sont servis. Et au moment opportun, ils se sont servis contre leurs frères d’armes. Les renseignements ont dit plus tard à l’état major, qu’il s’agissait de soldats pro-Alassane qui en avaient assez de voir leurs parents être tués à Abobo. Cela semble très crédible ».

Une thèse crédible d’autant plus que « c’était une affaire de pro », raconte un policier de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) de Williamsville commandée par le commissaire Assohou Léopold. Une compagnie qui a pris une part active dans les massacres du 16 décembre dernier et contre qui ceux qui ont mené l’attaque, avaient des griefs.

« Jusqu’à présent, je ne sais pas comment j’ai pu m’en sortir. Nous étions à bord d’un cargo quand nous sommes arrivés à la hauteur du grand carrefour de la mairie. Nous avons entendu une forte détonation. C’était un tir sur un char. Au troisième tir, le char a virevolté. Les occupants en sont sortis et il y a eu des tirs de mitraillettes sur eux. D’autres tirs se faisaient entendre. J’ai personnellement sauté du cargo, j’ai rampé à terre, me suis glisse sous les tables, rampé pour m’éloigner du champ de bataille. Dès que je me suis senti hors de portée, j’ai enlevé ma chemise treillis et j’ai emballé mon AK47 avec. J’ai marché toute la nuit jusqu’au camp. J’ai dit à mon chef de prendre mon arme et que je ne voulais plus jamais retourner dans ce genre de coin. Il n’a rien dit. Le reste de la troupe qui était restée au camp était déjà en pleurs ».

L’attaque a fait plusieurs morts dans le camp des FDS. Un bilan qui n’a jamais pu établir ni le nombre exact de victimes, ni les faits.

 

Prince B.

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 17:25

La Côte d’Ivoire devrait connaître son président en principe fin novembre lors d’un second tour potentiellement explosif entre le sortant Laurent Gbagbo et l’ex-Premier ministre Alassane Ouattara.

 

Pourquoi cette élection, qui a été reportée six fois depuis 2005, a-t-elle lieu maintenant ?

Il y a plusieurs raisons. J’en retiendrai deux. La première est liée au fait que les principaux protagonistes réunis au sein de l’exécutif, à savoir l’ex-rébellion des Forces nouvelles qui contrôle la Primature et le camp présidentiel, ont entendu les cris assourdissants du peuple. La seconde raison et sans doute la plus importante, c’est que le président sortant s’est convaincu qu’il pouvait dès lors gagner l’élection présidentielle, après la publication de plusieurs sondages qui le donnaient gagnant.

 

Ces élections ont été qualifiées d’historiques. Quel est au fond l’enjeu de ce scrutin ?

Cette élection présidentielle est historique pour la simple raison que depuis le retour au multipartisme, il y a deux décennies, c’est la première fois qu’une compétition est autant ouverte que transparente. Pour la première fois dans l’histoire du pays, qui a célébré son cinquantenaire en août dernier, les principaux leaders politiques qui le désiraient, ont été admis à être candidats. En définitive, le principal enjeu, c’est la paix. Une paix après laquelle les Ivoiriens courent depuis 11 ans, après qu’un coup d’Etat est venu faire tomber le pays dans le giron des pays politiquement instables, en décembre 1999.

 

Y a-t-il une possibilité d’un réel changement suite à ses élections sachant que les candidats ont été acteurs dans la crise qu’a connue le pays ?

Une chose est certaine, l’élection va sonner la fin de la crise armée. Cependant j’ai bien peur que la crise politique demeure. Pour comprendre cela, il faut analyser les deux cas de figure qui se présentent. Si M. Gbagbo est réélu, son pouvoir désormais légitimé, après une élection qu’il avait lui-même qualifiée de «calamiteuse», pourrait être trop fort. Dès lors, il faut craindre certains dérapages qu’un contre-pouvoir suffisamment faible ne pourra ni vigoureusement dénoncer ni efficacement combattre.

De l’autre côté, l’élection de M. Ouattara, le challenger du président sortant, dont le nom est associé à la rébellion, par les supporters du camp présidentiel, va réveiller les rancœurs de tous ceux qui estiment que c’est par lui que le malheur est arrivé. Toutefois, cette analyse peut se révéler totalement déphasée, tant le peuple ivoirien peut se montrer surprenant, en atteste le calme et la non-violence lors du scrutin de dimanche, ce qui a déjoué toutes les appréhensions.

 

La diplomatie française observe de très près ce qui se passe lors de ces élections, quel rôle a-t-elle pu y jouer ?

La diplomatie française a joué un rôle important, autant que la communauté internationale présente en Côte d’Ivoire à travers l’Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (Onuci). Quelques jours avant le scrutin, le secrétaire général de l’Elysée, M. Guéant, était à Abidjan, où il a rencontré les principaux acteurs politiques.

 

On souligne un taux de participation record, des irrégularités mineures et un calme relatif, selon le Conseil de sécurité de l’ONU, qu’en est-il des accusations de Bédié qui dénonce de graves dysfonctionnements et une fraude dont il a été victime ?

Je voudrais bien croire que le PDCI a été frustré de sa victoire, mais ma position est celle que j’ai fait savoir à des proches du candidat Bédié : où sont les preuves ?

 

Craint-on des violences au deuxième tour qui opposera les deux ennemis Gbagbo et Ouattara le 28 novembre prochain ?

Messieurs Gbagbo et Ouattara ne sont pas des ennemis. Ils sont des adversaires. Ils ont déjà montré qu’ils pouvaient travailler ensemble et en toute intelligence, entre 1994 et 1999, au sein du Front républicain, qui réunissait plusieurs partis de l’opposition d’alors. Cependant, j’admets que les risques de confrontation entre les supporters des deux hommes est grand. J’espère que la sagesse va habiter chaque Ivoirien au moment du scrutin.

 

La presse ivoirienne a fait état d’un scénario à la sénégalaise qui se dessine, à savoir la création d’une alliance avec Ouattara qui pourrait finalement remporter le deuxième tour. Ce scénario est-il privilégié ?

Je suppose que vous parlez d’une alliance entre M. Bédié, le grand perdant du premier tour, et M. Ouattara. Les deux hommes sont déjà unis par une alliance qu’ils ont signée au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP, coalition de quatre partis d’opposition). Théoriquement, M. Ouattara devrait être élu avec cet accord qui lui assure 60% des voix du premier tour. Cependant, il faut rester mesuré, car le report des voix pourrait, dans la pratique, ne pas être systématique. Il reste que la politique étant le domaine du tout illogique, il y a de fortes chances qu’on assiste à des ralliements spectaculaires.

 

Mehdia Belkadi ( El Watan)

 

 

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 19:12

Un tas d’ordures ménagères dans une charrette débordée qui dégage où elle passe, une odeur nauséabonde. Depuis quelques années, la pré-collecte d’ordures ménagères est devenue la principale activité de nombreux jeunes Ivoiriens. Personne ne se doute que, parmi eux, se trouvent de grands diplômés. Et pourtant…

 

Chaque matin, Jean Kipré quitte Abobo Samaké, un quartier populaire d’Abobo, à pieds pour Plateau Dokui, un quartier résidentiel situé la commune populaire d’Abobo et la commune bourgeoise de Cocody, dans le district d’Abidjan. A 7 H, il est devant l’un des cinq immeubles dont il enlève les ordures ménagères depuis quatre ans. « Nous avons 187 poubelles à vider chaque jour », précise-t-il en souriant. Jean Kipré est le président de la Coopérative des pré-collecteurs volontaires et de salubrité urbaine de Côte d’Ivoire (CPCVSU) créée, il y a quatre ans. Il est titulaire d’une licence de géographie obtenue à l’Université de Cocody. Ses deux associés sont aussi des étudiants. « Je prépare la soutenance de mon mémoire de maîtrise », précise-t-il.

De fait, Jean Kipré et ses deux associés ramassent chaque matin, « sauf dimanche », les ordures entassées par les ménages, devant les maisons, dans des poubelles. C’est la phase de ramassage ce qu’ils appellent la pré-collecte d’ordures ménagères.

Leur job consiste à collecter les ordures des ménages, puis à les amasser dans un coin de rue ; ensuite à les enfouir dans une charrette de fortune. Celle-ci est modifiée avec des contre-plaqués placés sur les quatre côtés, afin d’augmenter sa capacité à prendre des ordures. Une fois cette étape franchie, à deux, ils poussent la charrette jusqu’au dépotoir du carrefour appelé « Bangui », vers le zoo, à deux kilomètres environ de Plateau Dokui.

Entre le 1er et le 5 du mois, Jean Kipré frappe à chaque porte pour encaisser 1.000 FCFA, la prime à payer mensuellement par les ménages bénéficiant de leurs prestations.

« A la fin du mois, si on prend en compte les mauvais payeurs et les ménages qui ont déménagé, on se gagne entre 160.000 et 170.000 FCFA à partager après avoir dégagé les dépenses liées à certaines charges ».

 

Activité honteuse ?

Au carrefour « Bangui », le responsable du quai d’ordures, pour le compte de la société Clean Bor, entreprise de collecte d’ordures ménagères, est N’Guessan Kouamé, 38 ans, père de trois enfants. Il vit de cette activité, « depuis des années », sans aucun complexe. « Je ne trouve pas cela dégradant. Je gagne raisonnablement ma vie », laisse-t-il entendre. Philosophant, il fait remarquer : « En général, ceux qui raillent les gens parce que d’après eux, ceux-ci font un travail salissant, sont ceux qui paressent dans les salons de leurs parents ou qui n’ont aucune qualification pour pouvoir mener une activité ». Sur son quai, il gère au moins trente pré-collecteurs « dont des gens qui ont des diplômes universitaires et qui ne se plaignent pas de mener une activité qui leur fait honte ».

Il révèle que certains parmi eux « peuvent se retrouver avec au moins 40.000 FCFA », un salaire plus élevé que le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) de 36.000 FCFA.

A en croire Joseph N’Gatta, le président de l’Union des fédérations des professionnels de la pré-collecte de Côte d’Ivoire (UFEPCI), « le métier nourrit son homme, cependant, il nous nourrirait mieux si les autorités formalisaient et régulaient la corporation ». De ce fait, il propose que l’Etat crée un cadre réglementaire, voire législatif en vue de permettre aux pré-collecteurs d’évoluer dans un cadre qui leur garantirait plus de profits et de possibilités, comme l’accès au crédit bancaire.

L’UFEPCI, à en croire M. N’Gatta, compte trente groupements de pré-collecteurs à Abidjan. « Nous comptons 500 membres dont de grands diplômés », précise-t-il. Ajoutant : « Mon petit-frère fait de la pré-collecte mais, il prépare son diplôme d’ingénieur ».

 

Profits insoupçonnés

De fait, les pré-collecteurs d’Abidjan engrangent des gains différents, selon qu’ils travaillent dans un quartier huppé ou non.

« A Abobo, par exemple, où les gens ne sont pas très riches, nous encaissons mensuellement des sommes comprises entre 500 FCFA et 1.000 FCFA, aux ménages qui sont nos clients », indique-t-il. « A Yopougon, nous prélevons entre 1.000 FCFA et 3.000 FCFA. A Cocody, où les ménages sont supposés avoir un peu plus d’argent et où il y a des administrations privées et publiques, les encaissements d’élèvent de 1.000 FCFA à 50.000 FCFA », poursuit-il.

De quoi permettre aux 8.000 pré-collecteurs que compte la Fédération des entreprises de pré-collecte et du service urbain de Côte d’Ivoire (FEPCSU-CI) dirigée par Etienne Dougba, de joindre les deux bouts. Ce dernier est à Dakar (capitale du Sénégal) où il participe à un séminaire sur le développement durable. Une invitation adressée par les organisateurs à sa structure. La preuve, selon son vice-président Iran Guéblon, qui assure son intérim, que le secteur des pré-collecteurs ivoiriens a aujourd’hui une audience internationale.

« C’est le résultat de l’implication de jeunes diplômés, dans un secteur qui jadis se bornait à des activités de pré-collecte dans les marchés publics et exclusivement réservés à des non nationaux, généralement sans instruction scolaire », démontre Guy-Charles Wayoro. Ce dernier est le directeur de cabinet du maire Raymond N’Dohi Yapi de Koumassi.

Il soutient qu’il est « fier de constater qu’à Koumassi, les jeunes diplômés qui opèrent au même titre que ceux qui n’ont aucun diplôme ni qualification, ont commencé à conduire leur activité comme en entreprise ».

 

Pré-collecteur entrepreneur

En effet, le milieu des pré-collecteurs, depuis qu’il est investi par de jeunes diplômés en attente de leur premier emploi, dans un pays où l’insertion professionnelle est un casse-tête aussi bien pour les autorités que pour les demandeurs d’emplois, se professionnalise au fil du temps. Ce n’est pas la marchandise qui manque. Selon les chiffres de l’Agence nationale de salubrité urbaine (Anasur), la décharge d’Akouédo reçoit en moyenne 3.000 tonnes d’ordures par jour. En moyenne, toujours selon l’Anasur, c’est au minimum 1 million de tonne d’ordures qui atterrit à la décharge d’Akouédo.

A Bouaké, Honoré Kouamé est une figure emblématique de l’auto-emploi à travers la pré-collecte des ordures ménagères. « En 2001, témoigne-t-il, alors que je finissais mes études de maîtrise de droit, carrière entreprise, je cherchais un projet viable pour constituer une entreprise. C’est ainsi que notant la difficulté de nos autorités à régler le problème des ordures, j’ai décidé de m’y intéresser ». Après plusieurs expériences dans la pré-collecte d’ordures ménagères, à Abidjan et à Bouaké, il a décidé de créer une entreprise, la Société d’infrastructure et d’assainissement (SIA) qui gère depuis quelques mois, la salubrité dans une grande entreprise de la zone industrielle de Bouaké. Il est par ailleurs le président du Collectif des entreprises de pré-collecte d’ordures ménagères de ladite ville.

La pré-collecte d’ordures ménagères est désormais un nouveau « petit » métier qui nourrit des milliers d’Ivoiriens. Un métier qui s’impose dans le contexte de l’impraticabilité des routes dans les différents quartiers et dans la raréfaction des moyens des collecteurs professionnels. En définitive, comme le souligne Paulin Claude Danho, le maire d’Attécoubé, sans les pré-collecteurs en général et les jeunes diplômés qui commencent à professionnaliser le secteur en particulier, « c’est la catastrophe environnementale ».

 

André Silver Konan

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 18:03

 

Ils vivent dans l’espoir. Au propre comme au figuré. Des malades du syndrome immunodéficitaire acquis (sida), condamnés à mourir, se retrouvent dans un centre d’hébergement à Adjouffou, un bidonville d’Abidjan, situé dans la commune de Port-Bouët. Dans cet endroit dénommé ” L’Espoir “, ils attendent la mort. Dans la dignité qui leur fait défaut dans la communauté, mais aussi dans l’espoir de sourire à nouveau à la vie. Visite d’un centre, qui, à sa création, avait un nom plutôt évocateur : le mouroir.

 

Adjouffou. Dans ce quartier pauvre, situé après la longue clôture de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, se trouve un centre hospitalier peu ordinaire : ” L’Espoir “. Réputé mouroir des malades du sida mais aussi centre de soins pour populations pauvres d’Abidjan.

 

Les rayons du soleil brûlants de ce lundi 9 août 2010, agressent le bâtiment crépi en jaune ocre, perdu dans la masse de bicoques et de constructions anarchiques du quartier. De l’un des containers qui sert de salle d’hospitalisation, sort une femme entre deux âges, soutenue par deux autres femmes. Elle n’a plus de cheveux sur la tête. Son corps amaigri, tremble. Ses yeux exorbités vous transpercent et on a du mal à soutenir son regard. Elle a le sida.

 

” Le problème, c’est que les malades arrivent souvent en retard “, fait observer Mme Marie-Odile Gabet, une infirmière française, qu’on prendrait volontairement pour une bonne sœur catholique. Elle assure l’intérim de Mme Lotti Latrous, la fondatrice du centre, en déplacement dans son pays, la Suisse.

 

Eux

Cette patiente vient juste d’arriver et elle reçoit les premiers soins, entièrement gratuits. Vu son état, elle va certainement se retrouver au centre ” L’Espoir D’eux “. Mme Latrous a le sens de la formule. Elle s’est permis ce jeu de mots, pour appeler le deuxième centre consacré à ” eux “. Eux, les malades du sida en phase terminale. A sa création, en septembre 2002, le centre était appelé ” Le mouroir “. A l’instar du mouroir de Kalighat, à Calcutta en Inde, fondé en 1952 par Mère Teresa.

 

Le mouroir est situé à cent mètres du centre principal ou ” L’Espoir 1 “. On le rallie en empruntant une petite route poussiéreuse, bordée de commerces divers. Dans cet endroit, 680 personnes y étaient déjà passées de l’ouverture à août 2004. 360 y sont mortes au cours de cette même période. ” Les chiffres ont évolué positivement depuis lors. Il y a de moins en moins de morts aujourd’hui”, précisera plus tard Mme Latrous. En effet, le taux de prévalence a chuté depuis 2005, selon les chiffres du ministère chargé de la Lutte contre le sida, de 12 à 4,7 % en Côte d’Ivoire. 500.000 personnes vivent avec le sida, et moins de 47.000 en meurent chaque année depuis lors.

 

Le centre est situé en face d’une église des chrétiens célestes. La symbolique des deux cadres est frappante : le repos du corps qu’offre le centre et celui de l’âme, représenté par l’église. Les deux bâtiments ont curieusement le même logo représenté par l’arc-en-ciel.

 

La cour du centre forme un U. Cet après-midi, le centre reçoit la visite de cadres d’une banque de la place, venus faire des dons à l’orphelinat. En effet, ” L’Espoir D’eux ” reçoit aussi bien des malades du sida en phase terminale, que des enfants victimes du sida. Ces derniers logent dans le centre ” L’Espoir 3 “, qui partage la même cour avec le mouroir. A côté de la cuisine, située au fond de la cour, se trouve la salle de consultation et l’infirmerie. Dans cette dernière salle, sont disposés sur des étagères, des antirétroviraux : Lamivudine, Zidovudine, Elkana-T, Alidra.

 

Ames sensibles, s’abstenir

Ces antirétroviraux appartiennent aux enfants séropositifs du centre, pour la plupart ” orphelins du sida “. Chaque enfant a son nom sur la boîte de médicament. “Deux fois par jour, à 7 H et à 19 H, ils doivent prendre leurs médicaments “, souligne Mme Gabet. Celle-ci regrette les ” nombreuses ruptures de stock, des antirétroviraux “. Quand cela arrive, ” c’est atroce pour les enfants et pour les séropositifs “. Ceux-ci développent des maladies opportunistes qui peuvent rapidement entraîner leur mort. Cela a été souvent le cas.

 

Le mouroir est une grande salle divisée en trois dortoirs. La première comprend plusieurs lits. Certains sont occupés, d’autres non. Les lits vides peuvent signifier aussi bien que l’occupant a repris des forces ou est…mort.

 

En phase terminale, les malades du sida ont le regard abyssal, le corps squelettique, la peau abîmée par le sarcome de kaposi, les membres inférieurs souvent enflés ou portant des plaies, etc. Bref, tous les symptômes de l’horreur d’une maladie qui effraie l’Africain. Dans ce mouroir, c’est ” âme sensible, s’abstenir “.

 

Dans l’un des compartiments, se tient debout, à côté d’un malade, un prêtre aspirant français, portant une blouse blanche, à la manière d’un médecin. Le révérend Pierre Labaste est venu spécialement de France, pour toucher du doigt, la réalité de cet autre enfer sur terre, en terre africaine.

 

L’heure a sonné

Le malade auprès de qui se tient l’aspirant prêtre, est un homme grand de taille, qui flotte dans ses habits usés. On aurait dit qu’il n’a plus de chair sous la peau. Les os de sa hanche le transpercent.

 

Celui-ci lui tient la petite main décharnée et le bras flasque qui tremblent au-dessus du lit. A sa façon de respirer (il inspire une fois chaque cinq secondes), à regarder ses yeux incroyablement blancs, à voir ce corps qui ne peut plus faire un seul mouvement, cette bouche aux lèvres rouges de plaies qui ne peut ni être fermée ni parler, on sent que la vie est en train de quitter cet homme. Et que son heure a sonné. Ce genre de scène relève de la coutume dans le mouroir.

 

Pendant ce temps, dans la cour du centre, la vie poursuit son cours normal. Les autres malades qui arrivent encore à se déplacer, écoutent religieusement, Rigobert, un homme de teint noir, fort et jovial. Il y a quelques mois encore, il était dans ce centre. ” Personne ne pourrait parier sur ma vie. Aujourd’hui, on ne peut même pas savoir que j’ai le sida “, soutient-il. La femme au teint blafard, dont les vertèbres saillent sous sa robe trop large, badigeonnée de talc, sourit timidement quand elle entend cette phrase.

 

Au centre ” L’Espoir D’eux “, les malades du sida savent que pour n’avoir pas été dépistés plus tôt, ils sont à la porte de la mort. Mais dans ce centre où ils reçoivent des soins palliatifs gratuits, soutien moral et souvent spirituel, ils savent qu’ils peuvent au mieux retrouver des forces et retourner à la vie, au pire, mourir dans la dignité. Avec le sentiment de ne pas avoir été sur la terre des hommes, un homme maudit du fait d’une ” sale maladie “.

 

André Silver Konan

kandresilver@yahoo.fr

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 21:00

« L’infertilité est un véritable problème de santé »


« Un véritable problème de santé ». C’est en ces termes que Dr Myriam Kadio-Morokro, médecin biologiste de la reproduction, présente l’infertilité de couples en Côte d’Ivoire. Cependant, dans cette interview qu’elle nous a accordée dans son centre d’aide à la procréation, à Abidjan Riviera Palmeraie, le mardi 21 septembre 2010, elle déclare qu’il y a de l’espoir. Car, « l’infertilité n’est plus une fatalité ».

 

Quelle différence y a-t-il entre la stérilité et l’infertilité ?

Il faut savoir avant tout que la fertilité correspond à la capacité pour un couple de concevoir ou de débuter une grossesse. On parle d’infertilité lorsqu’au terme d’un an de rapports sexuels réguliers et non protégés, ne survient pas de grossesse. Quant à la stérilité, elle a un caractère définitif.

 

Quelles sont les principales causes d’infertilité en Côte d’Ivoire ?

Les causes ne sont pas spécifiques à la Côte d’Ivoire mais universelles. Les causes masculines se traduisent, entre autres, par une anomalie de production des spermatozoïdes due à une cause génétique, un cancer, une infection ou un traumatisme, etc. Pour ce qui est des causes féminines, nous pouvons citer, entre autres, les anovulations ou des dysovulations (les ovaires polykystiques par exemple), les anomalies tubo-péritonéales ou obstructions tubaires ou encore « trompes bouchées », les anomalies d’origine utérine (les fibromes, les malformations utérines…). En définitive, on est arrivé à la conclusion selon laquelle, dans 30% des cas, l’origine est masculine. L’origine féminine représente 30% des cas et l’origine mixte se constate dans 30% des cas. Enfin dans 10% des cas, le bilan est normal et l’infertilité est inexpliquée.

 

Quel rapport y a-t-il entre les 10% de cas inexpliqués et les mystères africains ?

Je suis une scientifique et je constate qu’il y a des cas inexpliqués. Au demeurant, je signale que ce sont des statistiques européennes qui sont quasiment les mêmes partout dans le monde.

 

Quelle est la part des avortements dans l’infertilité d’une femme ?

L’avortement est un facteur de très mauvais pronostic parce qu’il détruit l’endomètre, qui est la partie de l’utérus où l’embryon s’implante. Les IVG ou curetages détruisent cet endomètre au point où même avec toutes les thérapeutiques possibles, elles n’arrivent pas à tomber enceinte.  Pour une raison toute simple : une fois que le médecin dépose l’embryon dans la cavité utérine, c’est la nature qui prend le relais. L’embryon ne s’implante pas dans un milieu inadéquat.

 

Quelle est la proportion de consultations liées au désir de maternité des couples que vous recevez ?

Un couple sur sept, consulte pour des difficultés à concevoir. Nous sommes autour de 15 consultations pour désir de maternité sur 50 consultations ordinaires. C’est dire que l’infertilité est un véritable problème de santé.

 

Quelles sont les techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) utilisées en Côte d’Ivoire ?

Les différents types d’AMP que nous utilisons en Côte d’Ivoire sont l’Insémination intra-utérine (IIU), la fécondation in vitro (FIV), l’injection intra cytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI). Les techniques dépendent du problème auquel nous sommes confrontés. A l’issue des examens, nous déterminons l’origine. Dès lors, nous proposerons une FIV, s’il existe une obstruction tubaire et si la femme a plus de 40 ans car chez elle, l’insémination intra utérine représente une thérapeutique mineure. La FIV consiste à faire la fécondation à l’extérieur du corps humain et à transférer l’embryon dans l’utérus, étant donné que la fécondation naturelle se fait au niveau des trompes, lesquelles sont bouchées. Une ICSI est nécessaire si l’homme n’a pas assez de spermatozoïdes. Il faut savoir qu’il n’y a pas de hiérarchies d’efficacité entre les différentes méthodes d’assistance médicale à la procréation. L’injection intra cytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) s’adresse à des couples dont l’homme a un problème au niveau du nombre de spermatozoïdes décelées au spermogramme, un nombre de spermatozoïdes inférieur à 500.000 pour une norme à partir de 20 millions. Cela consiste à prendre le sperme, à le traiter et à extraire un spermatozoïde vivant et acceptable, que l’on injecte par la suite à l’intérieur de l’ovocyte pour forcer une fécondation. Il peut arriver qu’un bilan ne révèle aucune cause évidente mais, une assistance médicale à la procréation peut néanmoins être proposée. Dans ce cas, une insémination intra-utérine (IIU) peut régler le problème. L’insémination intra utérine consiste à rapprocher les spermatozoïdes de la trompe, lieu de fécondation.

 

Combien de personnes ont pu avoir un enfant à partir de ces techniques d’AMP ?

Je ne saurais avancer un chiffre. Cependant, en l’absence de statistiques dans notre pays, je vais plutôt me baser sur les chiffres de grands pays comme la France où les centres d’AMP ont environ plus de 1000 grossesses sur 3000 par an. Je puis aussi vous dire que quand les conditions sont réunies, il y a plus de chance de réussite. Pour notre part, nos résultats sont satisfaisants.

 

Combien coûte une assistance médicale à la procréation ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que la consultation n’est pas chère. C’est une consultation classique pour désir de maternité. Il y a des examens complémentaires qu’on va demander pour cibler la cause de cette infertilité. Une fois que la cause est ciblée, nous proposons une technique d’assistance médicale à la procréation, au couple. Il peut s’agir d’une IIU. Dans ce cas, il faut s’attendre à payer environ 200.000 FCFA. Quant à la fécondation in vitro, elle est beaucoup plus lourde. D’abord, il faut trois à quatre consultations. Ensuite, il faut réaliser des échographies tous les deux jours. La patiente doit se faire injecter des médicaments tous les jours. Le coût tourne autour de 1.5 million. Mais tout dépend des cas.

 

Quelle est la garantie pour un couple d’avoir un enfant grâce à ces techniques ?

Une chose est indéniable : il y a des femmes qui n’auraient jamais pu donner naissance, s’il n’y avait pas eu de fécondation in vitro. Cependant, il y a des femmes qui se soumettent à toutes les techniques d’AMP et qui demeurent infertiles. Dans ce cas, elles sont obligées de faire le deuil de cette grossesse qu’elles n’auront jamais et se tourner vers l’adoption. Il y a des couples qui vont donc demeurer stériles quoique, l’infertilité n’est plus aujourd’hui une fatalité. Quand on est dans de bonnes mains, on réussit à régler ce problème. Surtout, il faut que les couples acceptent de se faire assister rapidement. Cela veut dire qu’il ne faut pas tourner en rond, courir de gynécologue à gynécologue. Il faut très vite se tourner vers les spécialistes de la stérilité qui vont donner les examens justes. Tant qu’une femme a entre 20 et 22 ans, elle peut prendre son temps. Mais, quand elle a 35 ans et qu’elle n’a jamais été enceinte, elle doit se poser des questions et utiliser des thérapeutiques majeures pour régler le problème.

 

Outre les problèmes que vous avez relevés qui font qu’une femme ne pourra jamais donner naissance, qu’est-ce qui explique, malgré tout, les échecs ?

Il y a d’abord le fait que l’AMP a déjà un taux de réussite autour de 40% partout dans le monde. Si en plus de cela, nous ajoutons des facteurs de mauvais pronostic comme l’âge de la femme, les IVG à répétition, les infections à répétition, on est, excusez-moi du terme, « mal barré ». Une femme qui a 40 ans a moins de chances qu’une femme qui a 20 ou 25 ans. Une femme qui a 42 ans a moins de chances qu’une femme qui a 32 ou 35 ans. L’explication est simple : la femme de 40 ans, par exemple, est plus proche de la ménopause que celle qui a 20 ans. A 40 ans, on se retrouve avec une réserve ovarienne, c’est-à-dire, un nombre de follicules moins important et de qualité médiocre.

 

En Inde, en 2008, une femme de 70 ans et son époux du même âge, infertiles depuis 50 ans, ont mis au monde une fille, par l’entremise de l’AMP. Comment expliquez-vous cela ?

La médecine a fait d’énormes progrès. Mais ce sont des cas qui demeurent exceptionnels. Cependant, il faut savoir que certains pays  européens comme la France, l’Espagne, la Belgique, ou même des pays comme l’Inde, ont recours à d’autres moyens de fécondation qui sont autorisées. De sorte qu’à 50 ans, une femme, même ménopausée, peut avoir un enfant. Il s’agit simplement de « court-circuiter » la nature. Qu’est-ce à dire ? Avec des ovocytes abîmées ou parce que ménopausée, une femme qui ne peut pas avoir d’enfant, on utilise des ovocytes d’une femme plus jeune. Dès l’instant où l’utérus n’a pas de problème, si on y dépose un embryon, ça donne un enfant. Tel n’est pas le cas en Côte d’Ivoire, pour l’instant.

 

Quelles sont les chances de survie des enfants nés dans ces conditions, qu’on appelait dans le temps les « bébés-éprouvettes » ?

Les enfants nés dans ces conditions sont des enfants tout à fait normaux puisque nés après une grossesse normale. Ce que nous proposons n’est qu’une aide médicale à la procréation. En Côte d’Ivoire, nous sommes encore à nos débuts mais en Europe, précisément à Londres où ils ont une expérience d’environ 25 ans, le premier bébé in vitro, Louise Brown, a déjà donné une naissance. Il n’y a donc pas de problème. La seule différence entre la technique et la nature se situe à ce niveau : une fécondation qui devrait se faire au niveau de la trompe se fait au laboratoire. C’est tout. Il n’y a aucune manipulation génétique. Au laboratoire, nous essayons de reproduire ce qui se fait dans le corps humain, ce qui nous permet de suivre l’évolution de la fécondation. Quand on a, par exemple, deux spermatozoïdes qui sont entrés dans une cellule, celle-ci est détruite. Ce qui est transféré dans l’utérus est tout à fait normal.

 

Vous avez utilisé le terme « détruit ». Ce qui, de l’avis de certains spécialistes opposés à la fécondation in vitro, pose un problème éthique lié à la destruction de la vie. Que leur répondez-vous ?

Nous estimons qu’un jour après la fécondation, on n’a pas encore d’embryon parce qu’il n’y a pas encore de clivage embryonnaire, à savoir qu’il n’y a pas encore les premières cellules embryonnaires. Pour nous, c’est simplement une cellule. Le problème éthique survient quand on se livre à des manipulations par la suite. En effet, une fois qu’on a un embryon à quatre cellules, étant donné qu’elles sont totipotentes donc toutes puissantes, on peut retirer une cellule et en faire toute sorte de manipulation génétique. Ce n’est donc plus de la biologie. Nous, nous ne faisons pas cela parce que cela ne nous effleure pas l’esprit mais en plus, nous n’avons pas les moyens de ces techniques en Côte d’Ivoire, pour nous livrer à ce genre d’expériences.

 

Interview réalisée par André Silver Konan

 

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